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Sorti en 1959

Réalisé par Michael Gordon

Ecrit par Russell Rouse, Maurice Richlin, Stanley Shapiro & Clarence Greene

Dure 1h42

 

Avec :

Doris Day >>> Jan Morrow

Rock Hudson >>> Brad Allen

Tony Randall >>> Jonathan Forbes

Thelma Ritter >>> Alma

etc

 

Dontesque ?

A son grand damn, Jan Morrow, une décoratrice d’intérieur à succès, doit partager sa ligne téléphonique avec Brad Allen, un compositeur coureur de jupons, qui la monopolise complètement et empêche Jan de recevoir ou passer ses appels professionnels. Un jour, Brad rencontre Jan, et lui seul sait à qui il a affaire, si bien qu’il décide se faire passer pour un autre, et séduire la jeune femme.

 

 

.oOo.

Il est temps de revenir à d’autres projets, les gens, et parmi ceux-là, j’ai mon fameux « cinquante années d’Hollywood » dans lequel j’étais impatiente de me replonger à nouveau, d’autant que Pillow Talk était sur la liste, et que pour le coup, j’avais envie de revoir celui-là en particulier, après avoir parlé de Down with love sur ce blog, via l’interview préparée par SALT (♥). Down with love, si vous ne savez pas, c’est une comédie romantique avec Renée Zellwegger et Ewan McGregor, et c’est très sympa, donc je vous le conseille. Cela a aussi plusieurs choses en commun avec Pillow Talk, que ce soit dans le scénario (puisque les deux films contiennent une « tricherie », le personnage principal masculin se faisant passer pour un autre afin de séduire l’héroïne, et les personnages passent de la haine/l’agacement à l’amour), les personnages (le playboy, la femme qui a réussi). Sans oublier la forme, avec surtout la façon qu’ont les deux films de diviser l’écran, pour nous montrer plusieurs personnages à la fois, dans des lieux différents, notamment quand ils se parlent au téléphone, ce moyen de communication étant essentiel dans les deux (encore plus dans Pillow Talk). Les deux films ont pour autre similitude de bien plus fonctionner en tant que comédie que romance, mais on y reviendra. En tous les cas, projet Hollywood + parler de Down with Love = revoir Pillow Talk, dont je ne me souvenais pas très bien, me rappelant juste que j’avais trouvé ça drôle la première fois. Cela me semblait plutôt positif comme souvenir, et après revoyure, j’ai le plaisir de vous annoncer que le film m’a plu la seconde fois également *wouhou, confettis dans vos têtes*

Faut dire que, pour commencer par là, Rock Hudson et Doris Day, nos deux acteurs principaux (qui collaboreront plus d’une fois à l'écran) sont tous deux très bons, ils ont un bon timing comique, et ils ont également une bonne dynamique ensemble, ce qui rend leurs interactions amusantes en général. En particulier, je dois dire que j’ai beaucoup rigolé à voir Rock Hudson se la jouer texan. Alors, je ne sais pas ce qu’en pensent les véritables texans, mais sa caricature de John Wayne, moi, m’a beaucoup amusée, en grande partie parce que justement, c’est tellement caricatural et gros qu’on se demande comment l’héroïne a bien pu se laisser prendre. Et si les deux acteurs principaux sont très bons, les acteurs secondaires ne sont pas en reste, que ce soit Thelma Ritter (dans le rôle de la femme de ménage ivre 90% du temps) et Tony Randall (dans le rôle du soupirant éconduit de l’héroïne), que je trouve très expressif, m’ayant particulièrement amusée. D’ailleurs, Tony Randall est également dans Love come back et Send me no flowers, avec Doris Day et Rock Hudson, ce qui me donne très envie de voir ces deux autres films, car clairement, le trio fonctionne. Par ailleurs, ce très bon casting a également un très bon script avec lequel travailler ce qui, forcément, ne fait pas de mal. Alors, clairement, certains gags sont un peu datés, et font lever un sourcil (par exemple, Rock Hudson décrivant un stéréotype d’homosexuel au téléphone… sachant que Rock Hudson lui-même était gay, d’ailleurs, je me demande ce qu’il a pensé de ce passage), mais il y a aussi beaucoup de répliques fines que j’ai adorées. Parmi mes favorites, par exemple, après que Jonathan (Tony Randall) ait envoyé, sans le vouloir, son meilleur ami et la femme qu’il aime, passer un week-end romantique dans sa résidence secondaire :

Hotel clerk: There's no phone number, but I have a forwarding address.
Jonathan Forbes: 241 Stoneybrook Road ?
Hotel clerk: Why yes sir !
Jonathan Forbes: [slams counter] And you let her go ?!
Hotel clerk: Well, it wasn't my place...
Jonathan Forbes: No, it's my place, and I helped him pack !

Difficile à traduire, mais l’humour vient des deux dernières phrases. Le « concierge » dit à Jonathan qu’il n’a pas empêché Jan de partir parce que ce n’était pas à lui de le faire, « it wasn’t my place » « ce n’était pas ma place/je n’étais pas placé pour ». Jonathan répond « No, it’s my place and I helped him pack », « place » signifiant ici « maison/habitat », « Non, c’est chez moi/my place, et je l’ai aidé [Brad] à faire ses valises ».

 

Pour un échange plus facile à cerner en français, on a ce passage, où Jonathan essaie de convaincre Jan de lui laisser sa chance :

Jan: Jonathan… you’re doing wonders for my morale. But I don’t love you.
Jonathan : Well that’s absurd !
Jan : Oh ?
Jonathan : I’m young, I’m rich, I’m healthy, I’m good looking [glance in the mirror]. I’m very good-looking. I’ve got everything.
Jan : Including three ex-wives !
Jonathan : Oh, that’s what it is !
Jan : I don’t mean to be stuffy…
Jonathan : Please don’t hold that against me ! Those marriages were just a revolt against my mother. I’m trying to work it out. I’m trying to find out why I dislike her so. I’ve been talking to his psychiatrist about my mother for two years now.
Jan : And ?
Jonathan : It’s perfectly healthy. He dislikes her as much as I do. And he’s from Vienna !

Et en français :

Jan : Jonathan… Vous me rendez vraiment heureuse, mais je ne vous aime pas.
Jonathan : Mais c’est absurde !
Jan : Oh ?
Jonathan : Je suis jeune, je suis riche, je suis en bonne santé, je suis beau [regarde dans le miroir]. Je suis très beau. J’ai tout pour moi.
Jan : Et ça comprend trois ex-femmes.
Jonathan : Oh, alors c’est ça qui vous gêne !
Jan : Je ne voudrais pas être vieux jeu, mais…
Jonathan : Je vous en prie, ne retenez pas ça contre moi ! Je ne me suis marié que pour me rebeller contre ma mère. J’essaie de travailler là-dessus. J’essaie de comprendre pourquoi je la déteste autant, et je parle d’elle à un psychiatre depuis deux ans maintenant.
Jan : Et ?
Jonathan : C'est parfaitement sain. Il la déteste autant que moi. Et il vient de Vienne !

Bon, je ne comprends pas bien la référence à Vienne (il y a un stéréotype comme quoi les gens de Vienne aiment tout le monde/sont plus tolérants ?), mais sinon, l’échange me fait beaucoup sourire, et en général, je me suis vraiment amusée devant ce film.

Après, oui, clairement, comme je le disais, on sent que le film appartient à une autre époque (encore que sincèrement je pense que beaucoup de choses trouveraient malheureusement encore leur place dans les comédies/films d’aujourd’hui). Notamment, il y a un certain… climat. Mettons qu’il fait pas très safe d’être une femme dans Pillow Talk.

 

Par exemple, Jan se fait agresser dans une voiture et c’est traité comme si ce n’était pas grand-chose. Alors, en l’occurrence, elle se défend sans mal, mais une agression reste une agression, et elle est complètement banalisée (et du coup, on m’a quand même sorti que « c’est pas vraiment une agression vu qu’il avait aucune chance de parvenir à ses fins »… euh… si un type me fonce dessus avec un couteau, et qu’il se trouve que je suis la réincarnation de Bruce Lee, ça empêche pas qu’il a essayé de m’agresser, hein !). Par ailleurs, vers la fin, Brad entraîne Jan contre son gré, et elle crie pour qu’on appelle la police : personne ne réagit. Il la balade dans toute la ville et personne ne fait rien. A vrai dire à un moment donné ils croisent un policier et Jan l’appelle à l’aide, mais le policier connait Brad et répond qu’elle est si jolie, qu’il ne peut pas en vouloir à Brad. M. Pierrot le collègue de Jan, est très content d’aider Brad (qu’il ne connait, il sait juste qu’il a menti et manipulé Jan, et qu’elle ne veut plus le voir) dans une supercherie pour attirer à lui une Jan qui ne veut plus avoir de contact avec lui. Un conducteur de calèche et une chanteuse réalisent que Brad ment complètement à Jan, et aucun ne dit quoi que ce soit à la jeune femme, le premier se contentant de penser qu’il est content que ce soit pas sa fille dans la calèche, et l’autre chantant un « menteur » à Brad, auquel celui-ci répond par un clin d’œil complice. Et enfin, Brad a un interrupteur permettant de « modifier » son appartement quand ses nuits se font romantiques et lorsqu’il appuie dessus, les lumières se tamisent, le canapé se transforme en lit… et la porte se ferme à clé. Bonjour le climat de sécurité o.o Ca ne m’a pas empêchée de beaucoup apprécier le film, c’est juste le genre de choses que je ne peux vraiment pas m’empêcher de noter.

 

En revanche, je trouve le personnage de Doris Day vraiment... ben… cool. Elle a du caractère, elle a confiance en elle, elle assume sa sexualité, elle a un travail dans lequel elle a réussi, un apart qui déchire (bon j’aime pas la déco, ce qui est con vu qu’elle est décoratrice d’intérieur, mais l’appart en soi, il déchire), du répondant, et une très jolie voix quand elle chante en plus… c’est con que le monde autour d’elle lui sorte un « oui mais t’as pas de mec, donc il manque un truc » mais ça enlève rien au personnage lui-même. Et en plus elle a une garde-robe qui me parle. Bon… pas tout. Genre, ça :

C’est non.

 

Mais ça :

Je dis oui.

 

Lui, c’est une autre question, mais j’aime beaucoup Rock Hudson, alors… mais c’est vrai que je trouve vraiment que Pillow Talk marche en tant que comédie, et pas trop en tant que romance. En mettant de côté toute opinion sur les personnages de base, [spoiler ?] le mensonge dure vraiment 90% du film, du coup la conclusion semble vraiment précipitée niveau sentiments. Brad continue de lui mentir jusqu’à ce qu’il soit démasqué, et il continue de s’en amuser jusque-là, on le voit en rire. C’est pas comme s’il se sentait prisonnier de la mascarade, ou avait peur de se montrer honnête, de crainte que Jan le quitte, il est clairement toujours très amusé de la rouler dans la farine, et du coup c’est compliqué, je trouve de sentir qu’il l’aime. Mais ça, à la limite, une fois démasqué, on peut se dire que le choc fait qu’il réalise ses sentiments (le fameux « on se rend compte de ce qu’on a une fois qu’on l’a perdu ») et au moins, il a appris à connaître Jen. Alors qu’elle, finalement, elle le connait à peine : elle a eu affaire au Brad-désagréable au téléphone, mais sinon, elle est amoureuse de son alter-ego imaginaire. Et vu, en plus, sa colère (justifiée) lorsqu’elle découvre le pot aux roses, c’est dur de l’imaginer pardonner rapidement. [/ spoiler ?] La seule dynamique qu’on a entre les deux leads en tant qu’eux-mêmes, ce sont des disputes, sans évolution vers autre chose, du coup côté romance, forcément, c’est un handicap, et si votre but premier est de voir une romance véritable, Pillow Talk ne marche pas trop.

 

Mais si c’est la comédie qui vous intéresse, alors oui, pourquoi pas :D ! Oui, il y a pas mal de choses datées dans le tas, je suppose que cela bloquera une partie du public, mais pour ma part l’écriture des dialogues et le charme des interprètes, sans compter la forme elle-même, dynamique et colorée, ont fait que j’ai passé un très bon moment devant Pillow Talk. Et que maintenant, j’ai envie de revoir Down with love. C’est une boucle, je n’en sortirai jamais ;A;

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