[Le seigneur des lapins: la communauté du terrier] Richard G. Adams - Watership Down

Publié le 31 Décembre 2014

Projet 📖

 

 

Watership Down

 

Richard George Adams

 

 

Les jours semblent s'écouler paisiblement pour le foyer de lapins auquel appartient Hazel. Mais son plus jeune frère, un lapin frêle et sujet aux intuitions généralement bonnes, a subitement une vision inquiétante, voyant une vague de sang recouvrir leur colline. Alarmé, Hazel essaie de convaincre le chef lapin qu'il faut évacuer et relocaliser les terriers mais celui-ci ne veut rien entendre. Ayant foi en la prédiction de Fiver, Hazel réunit tous ceux qui veulent bien partir avec lui et Fiver et ils s'embarquent tous ensemble dans la recherche périlleuse d'un nouveau foyer.

 

🌑🌑🌑🌑🌑

 

« Oh des petits lapins ! Ce livre doit être adorable ! »

 

NON. Non, non, re NON. Ne vous laissez pas avoir les gens. Ni par le côté « lapins qui parlent », ni par certaines illustrations mignonnes -notamment certains posters du fiilm adapté du roman-. Ce livre est violent.. et génial aussi mais violent. Et si jamais vous tombez sur le film, sachez-le : ils n'ont pas édulcoré. Si vous avez des enfants, je ne pense pas qu'il faille forcément les en tenir loin parce qu'il est bon et parce que personnellement je pense que les enfants sont souvent bien plus solides que certains films ne semblent le penser mais, tout de même, renseignez-vous et prenez votre décision en fonction de l'âge et de la sensibilité de votre gosse. Préparez-vous également, éventuellement, à devoir répondre à des questions du genre « Maman, pourquoi les lapins s'entretuent ? », « Papa, ça veut dire quoi la séquence super bizarre où il y a plein de têtes de lapin avec des yeux rouges ? » ou encore « Pourquoi le lapin il bouge plus ? Pourquoi y a du sang partout ? Est-ce que je peux me cacher derrère le canapé ? ». Watership Down c'est pas pour les faibles !

 

Personnellement j'étais tombée sur le film il y a déjà quelques années et j'avais trouvé que c'était un bon film si bien que j'avais emprunté le livre à la bibliothèque. Et j'étais persuadée de l'avoir lu... mais en fait non, j'étais partie en tangeante sur un autre bouquin. Du coup, pour ce mois-ci, j'ai décidé de lire Watership Down. Ce que j'ai fait. Et ce fut une expérience éprouvante, c'est le mons qu'on puisse dire. J'étais complètement accroc, dévorant les pages sans faire gaffe au temps qui passait et, à la fois, j'étais en état de stress quasi-constant parce que, déjà le lvre est angoissant mais, en plus parce que, sans me souvenir parfaitement du film, j'avais en tête plusieurs images parfaitement glauques qui achevaient de rendre ma lecture stressante à souhait. Honnêtement il y a des soirs où j'ai eu du mal à m'endormir. Bon le livre ne donne pas dans l'horreur les gens, je vous rassure, c'est juste qu'il est angoissant et qu'à la base je réagis au stress en imaginant monstres et croque-mitaines un peu partout. En état de stress il y a un effet dominos en gros. Mais il y a peu à parier que le livre de Watership Down vous donne véritablement des cauchemars. Et la chandelle en vaut le jeu ! A peine le livre fini, je l'ai repris au début et l'ai relu. Mais avant de parler du livre pour en faire les éloges, quelques mots sur le film : je l'ai revu après avoir fini de lire le livre la seconde fois et c'est toujours un bon film mais honnêtement j'ai été déçue.

 

J'apprécie le fait que le film n'ait pas édulcoré le livre mais il est tellement moins bon. Pour le coup c'est un livre auquel on aurait vraiment pu appliquer la formule « un livre => deux films » devenue si populaire ces derniers temps. Parce que le livre est long et qu'il y a énormément de choses importantes que le film n'a juste pas le temps d'inclure. C'est compréhensible mais du coup il y a plein de choses qui ne passent pas : les scènes tendues le sont moins, les personnages sont nettement moins développés et deviennent donc moins distincts les uns des autres, moins attachants, ils sont moins défnis. Et toute la dimension « mystique » de la société des lapins ainsi que la satire sociale sont nettement mises en sourdine. Par ailleurs, il y a également la question de l'échelle : dans le livre on voit tout à travers les yeux de nos personnages principaux, ce qui signifie que l'on ressent leur terreur, la menace de certains endroits, la grandeur du monde, la profondeur de leur désespoir ou la hauteur de leur courage face à des situations périlleuses pour eux. Traverser un filet d'eau devient une véritable épreuve. Dans le livre on voit des lapins qui sautent un peu partout dans l'herbe et, au delà du fait que certaines épreuves sont rendues nettement plus faciles dans le scénario -par exemple, lors d'une scène très tendue du livre, la tempête qui rendait le tout plus confus et plus dangereux est carrément virée de l'histoire dans le film-, le fait que le film nous soit montré d'un point de vue d'humain fait que l'impact est énormément réduit. Je ne pense pas qu'il serait impossible de rendre le point de vue des lapins en film -surtout d'animation- mais le film ne le fait pas et cela fait sembler l'histoire plus petite qu'elle ne l'est réellement, c'est dommage. Une odyssée épique se transforme en aventure champêtre glauque en gros. Du coup mon conseil est le suivant : à la limite regardez la bande-annonce du film pour savoir dans quoi vous vous lancez mais surtout lisez le livre d'abord puis lancez le film. Il y a aussi eu une série animée maisje n'y ai pas encore jeté un œil -c'est prévu- donc je ne sais pas ce qu'elle vaut. Enfin, en tous les cas, vraiment, commencez par le livre. Et si vous avez déjà vu le film mais n'avez pas lu le livre, je vous y encourage vivement car il y a une multitude de bonnes choses dont vous n'avez pas pu profiter.

 

-La vérité à propos de Watership Down-

 

Sur ce, donc : le livre.

 

Cela faisait longtemps qu'un livre ne m'avait pas agrippée de la sorte. C'était d'ailleurs assez drôle car parfois j'étais surprise de constater que les personnages étaient des lapins. En fait il y avait dans ma tête une sorte de va et vient étrange. Watership Down arrive si bien à nous faire rentrer dans la tête de ses personnages et à nous faire voir le monde à travers leurs yeux que je m'identifiais énormément à eux et projetait sur eux une image humaine inconsciemment. Mais à la fois le livre rendait également vraiment bien les manières des lapins et leur rythme de vie. Par exemple, lorsque les lapins avançaient en groupe, le livre nous indiquait la façon dont ils avançaient -pas en file indienne, ils se perdaient parfois les uns les autres-. Ou bien, lorsqu'ils se parlaient, le texte nous racontait ce qu'ils faisaient en même temps, qu'ils fassent un tour, s'invitent à manger un pissenlit, etc-. Je ne sais pas très bien comment l'expliquer mais ces petites actions revenaient tellement et étaient si bien intégrées au récit qu'on pouvait rentrer vraiment dans le rythme de vie des lapins et se faire une idée très nette de leur façon de bouger, d'interagir. Du coup je projetais parfois une image humaine sur les lapins mais, à la fois, j'avais une idée nette de leur façon d'être et je m'identifais à eux en tant que lapins. Pardon, ce n'est pas très clair. Mais en gros : c'est vraiment bien écrit.

 

Les personnages ont des personnalités très distinctes et je me suis beaucoup attachée à certains d'entre eux tandis que je les regardais évoluer : Bigwig le bravache, tête brûlée au début mais loyal et très courageux, Blackberry l'ingénieux, Dandelion le conteur, etc. Et bien entendu, au centre de tout : Hazel et Fiver et leur bromance qui m'a donné envie de pleurer à certains moments. CARREMENT une p***** de bromance entre lapins m'a fait chialer et supplier mon bouquin de se dépêcher de faire aller mieux les choses. Déjà, le sentiment de camaraderie est au cœur du livre puisque notre petite troupe doit se serrer les coudes pour survivre et que leur rapprochement est un des grands thèmes du roman. Mais Fiver et Hazel ont volé mon cœur. Hazel le leader de facto qui prend la route et prend en charge les autres, faisant preuve d'intelligence et de courage face à l'adversité, n'est pas parfait : il fait des erreurs, il est parfois trop téméraire par exemple. Mais sa résilience et sa volonté de toujours innover pour mieux subvenir aux besoins et répondre aux attentes de ceux qu'il a entrainés dans cette aventure, le rendent très attachant. Quant à Fiver, plus petit et plus faible physiquement, il est celui qui a les « intuitions » -les visions en fait- et il se trompe rarement. C'est à sa demande qu'Hazel a initié l'exode et il n'y aurait eu qu'Hazel pour croire Fiver aussi aveuglément. Ces deux-là partageaient une relation d'affection et de confiance mutuelle qui m'est allée droit au cœur.

 

Par ailleurs, autour de nos lapins principaux qui partent d'un point A pour arriver un point Z en essayant de survivre à toutes les autres lettres de l'alphabet comme ils peuvent, il y a tout un monde et ce monde, s'il est parfois doux, est le plus souvent hostile. Les prédateurs tels que les renards ou les chats sont bien entendu craints par les lapins mais ils ont bien d'autres dangers à éviter : l'homme par exemple, qui ne fait que peu de cas de leur vie et les traite en nuisances à exterminer, animaux à mettre en cage ou gibier à chasser. La menace de l'homme est d'ailleurs ce qui lance le roman et je ne vais pas vous révéler ce que les hommes ont fait aux terriers que les lapins ont quitté au début de l'histoire mais le récit en était terrifiant. Et à côté de cela les lapins ont également leurs semblables à craindre et à travers le portrait de plusieurs sociétés de lapins, l'auteur nous dresse une critique de différentes organisations. J'ai beaucoup admiré l'efficacité avec laquelle l'auteur arrive à rendre inquiétantes les différentes épreuves que traversent nos personnages. Le premier foyer de lapins étrangers que rencontrent nos héros, en particulier, m'a fait froid dans le dos. Même lorsque les choses n'allaient pas encore mal, j'étais mal à l'aise parce que l'auteur, encore une fois, nous plongeait vraiment dans le récit et rendait apparent que quelque chose ne tournait juste pas rond. Et le foyer de lapins organisé comme un régime totalitaire que l'on rencontre un peu plus tard était tout aussi effrayant.

 

Un autre aspect du livre qui m'a énormément plu -et qui explique que le livre soit parfois classé dans la « fantasy »- est la construction de la culture lapine. Les lapins ont leur propre langue et, surtout, leurs propres mythes. Ils ont leur version de la création des espèces et leurs personnages légendaires . Un surtout :El-Ahrairah dont on entend beaucoup parler et dont chaque aventure était très intéressante, participait à l'ambiance et à l'étoffement du récit et, souvent, amusait -encore que l'histoire d'El-Ahrairah et du lapin noir d'Inlé était plus qu'inquiétante-. L'auteur du livre a d'ailleurs sorti plus tard un recueil de nouvelles intitulé Tales from Watership Down relatant, entre autres, les aventures d' El-Ahrairah et cela fait partie de mes projets de lecture -de même que The Plague Dogs, un autre roman du même auteur dont beaucoup de gens chantent les louanges-. Les lapins ont leur propre spiritualité et cela donnait toute une nouvelle dimension au livre. J'ai adoré découvrir leur culture, leurs croyances, le monde tel qu'ils le voient. Il y a vrament de quoi, avec ce livre, tirer un film -ou deux- carrément épique. On a un monde riche en mythes, des aventures trépidantes, des adversaires redoutables, une quête, de l'héroïsme, de la camaraderie, de l'action, … que faudrait-il de plus ?

 

En clair : c'est un excellent livre et si ce n'est pas déjà fait, je ne peux que vous conseiller de le lire !

Rédigé par Milady

Publié dans #Littérature

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