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Coraline par TheDisenchanter

 

Il y a peu de temps, je vous ai parlé du livre Des choses fragiles de Neil Gaiman. Comme je le disais dans l'intro de cet article-là, après avoir discuté animation avec Minalapinou, j'étais allée regarder le film Coraline et l'avais absolument adoré, ce qui avait lancé mon intérêt pour Neil Gaiman. Je vous aurais bien écrit sur le film à ce moment-là mais je voulais d'abord découvrir le livre or il n'était plus à la bibliothèque. Enfin maintenant que j'ai effectivement pu lire le livre de Coraline, causons les gens ! Du film et du livre qui, je dois l'admettre, m'a un petit peu déçue. Pas parce que c'est un mauvais livre, oh non, loin de là, c'est un très bon livre même, mais je pense que si l'on a l'intention de découvrir les deux, il vaut vraiment mieux, dans ce cas précis, découvrir l'original avant l'adaptation. Car contrairement à plusieurs adaptations, il y a plus dans le film qu'il n'y a dans le livre si bien qu'en lisant Coraline, je dois admettre avoir été un petit peu triste de ne pas avoir retrouvé certains éléments que j'avais adorés dans le film. Donc pour cette raison mais également parce que c'est toujours agréable d'avoir l'opportunité de créer soi-même ses propres images avant de s'en voir imposées par une adaptation -aussi extraordinaire soit-elle-, je pense qu'il vaut mieux commencer par le livre. En plus cela ne vous prendra que peu de temps car il est vraiment très court. Il est riche mais en une heure, vous devriez l'avoir terminé.

 

Le livre

 

 

🌑🌑🌑🌑🌕

 

L'histoire est celle d'une petite fille appelée Coraline qui, avec ses parents, emménage dans une nouvelle maison. Elle et sa famille n'occupent cependant qu'un étage. A l'étage au dessus il y a un monsieur mystérieux qui prétend avoir dressé des souris pour former un orchestre et à l'étage du dessous vivent deux femmes qui aiment à parler de leurs chiens et de leurs années de gloire au théatre. Un jour Coraline va découvrir un passage vers un autre monde, une autre maison, dans laquelle l'attend une autre famille désireuse de la garder avec elle. C'est un livre qui embarque très rapidement et Coraline est une petite fille attachante, en grande partie parce qu'elle est écrite comme une véritable petite fille et non pas une caricature. A travers son voyage dans l'autre monde, elle va apprendre à apprécier ce qu'elle a, va découvrir le sens du courage et faire un nouveau pas vers l'âge adulte. Neil Gaiman a un style très agréable, simple et très vivant qui a beaucoup d'effet sur le lecteur. Le livre est facile à lire, on peut donc le mettre entre les mains d'un enfant -et c'est le but donc cela vaut mieux-, mais les adultes y trouveront facilement leur compte car l'histoire de Coraline, pleine de suspens, est délicieusement sombre et même carrément effrayante par moments. Il y a notamment un face-à-face avec une créature enfermée dans une cave qui m'a donné des frissons dans le dos. Neil Gaiman, avec beaucoup d'aisance semble t-il, nous transporte aux côtés de Coraline et nous plante des images dans la tête qui sont tour à tour merveilleuses et moins que rassurantes. Ou les deux à la fois. Le livre suit une véritable progression, commençant dans la fantaisie charmante pour finir dans le thriller impossible à lâcher des yeux, et c'est un plaisir de tous les instants. Donc vraiment, jetez-y un œil.

 

Et après regardez le film parce qu'il est excellent et que, comme je le disais, je pense l'avoir encore préféré au livre. Mais je pense que c'est parce que je l'ai vu en premier, sinon j'aurais probablement aimé les deux de façon à peu près égale.

 

 

Le film

 

 

10/10

 

Réalisé par Henry Selick -le réalisateur entre autres de L'étrange Noël de Mr Jack qui, non, comme cela commence à se savoir, n'a pas été réalisé par Tim Burton, et de James et la Pêche Géante-, Coraline est un film réalisé en stop-motion absolument superbe, qui prend l'histoire de base et construit dessus un chef d'oeuvre d'animation. Tout à fait, un chef d'oeuvre. J'avais constamment les yeux émerveillés de découvrir ce qu'Henry Selick allait nous proposer et tandis que le monde autour de Coraline se transforme, se tord, je me suis surprise plusieurs fois à devoir refermer la bouche qui s'était ouverte, béate d'admiration. Il y a une imagination débordante à ce film et rien que cela justifierait que je vous pousse à le regarder. Henry Selick a pris ce qu'il y avait dans le livre, l'a porté à l'écran avec brio, mais a également ajouté ses propres idées. En effet si dans le livre l'action se déroule quasiment uniquement dans la maison -ce qui donne à l'histoire une ambiance très claustrophobique-, le film lui ajoute quelques éléments autour de la maison, notamment un jardin dans lequel se passe une certaine partie de l'action et dans lequel Henry Selick a implanté des inventions féériques qui, bien entendu, virent au cauchemar plus loin dans le film. Cet univers étendu et ces ajouts permettent de donner au film une richesse visuelle bienvenue sans pour autant compromettre du tout l'esprit et l'ambiance du roman de base. Et il en va de même pour les autres ajouts tels que le personnage de Wyborne -qui a le prénom le plus cruel au monde au fait-, complètement inexistant dans le roman, qui fait dans le film un allié de Coraline attachant et heureusement pas cliché, qui permet de construire le caractère de l'héroïne.

[Par la petite porte] Coraline (livre & film)[Par la petite porte] Coraline (livre & film)
[Par la petite porte] Coraline (livre & film)[Par la petite porte] Coraline (livre & film)

Là où je trouve que le film construit également intelligemment sur le roman, c'est dans la façon dont il appuie sur le mécontentement de Coraline et son impression d'être délaissée par sa véritable famille ainsi que sur l'enchantement avec lequel elle découvre l'autre monde. Dans le livre, bien que l'on sente l'ennui de Coraline, sa frustration vis-à-vis de ses parents est moins palpable et, surtout, lorsqu'elle passe de l'autre côté de la porte, les choses s'enchainent plus rapidement, elle réalise très vite que quelque chose cloche. Alors que dans le film, il y a une période bien plus longue durant laquelle Coraline est charmée par sa nouvelle famille, veut rester avec elle, elle retourne plusieurs fois de l'autre côté par sa propre volonté. Sa découverte de la vérité est plus progressiive et j'ai trouvé que c'était une bonne chose de laisser au malaise plus de temps pour s'installer. Car cela ne nuit pas du tout aux thèmes du roman qui sont conservés, c'est ce qui fait de ce film une bonne adaptation : le cœur du roman est gardé et l'adaptation a quelque chose à en dire, quelque chose à ajouter, scénaristquement et visuellement. J'ai adoré la façon dont tous les choix renforçaient vraiment le propos. Par exemple le monde « réel » est plein de couleurs ternes tandis que l'autre monde est chaleureux, vif, jusqu'à ce qu'il perde ses couleurs et que le monde réel devienne, lui, moins fade. La porte qui mène vers l'autre monde, qui était de taille normale dans le livre, est plus petite dans le film car cela renforce l'image de passage secret et le tunnel qu'il y a derrière, lorsqu'on le traverse, rappelle, évidemment, le processus de la naissance. Or c'est effectivement, en quelque sorte, une seconde naissance, « grâce » à son autre mère, que Coraline effectue dans ce film tandis qu'elle évolue en tant que personne. La poupée qui sert de représentation à Coraline, absente dans le livre, est une matéralisation des intentions de l'autre mère qui interprète visuellement des lignes du roman. Etc.

 

Le film est drôle, il est sombre, il est excitant, il m'a émerveillée et il m'a foutu les boules. C'est un excellent film, une excellente adaptation d'un excellent bouquin. Et je vous encourage tous à découvrir les deux oeuvres~

Tag(s) : #Cinéma Occidental, #Littérature

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