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Sorti en 1932

Réalisé par Edmund Goulding

Ecrit par William A. Drake

D’après le roman de Vicki Bauum

 

Avec :

John Barrymore >>> le Baron Felix von Geigern

Greta Garbo >>> Grusinskaya

Joan Crawford >>> Flaemmchen

Wallace Beery >>> Preysing

Lionel Barrymore >>> Otto Kringelein

Lewis Stone >>> Dr. Otternschlag

 

 

Dontesque ?

Un groupe d’invidus se croisent dans le Grand Hotel de Berlin et leurs destins s’entremêlent.

 

 

7.5/10

Je me suis promis de lire tous les livres présents dans ma maison et je sais bien que c’est une promesse que je ne tiendrai pas mais je vais au moins commencer et dans nos bibliothèques il y a ce livre : Hollywood : 50 ans de cinéma. Quand j’étais jeune, j’adorais en regarder les photos, aujourd’hui je me suis dit que tant qu’à faire, autant le lire. Sauf que voilà, je me suis rendue compte avec tristesse que, surtout au début –cela commence dans les années 30, aux débuts du cinéma parlant- le livre passait son temps à évoquer des tas de films que je n’ai jamais vus. C’est un peu handicapant parce que du coup je ne comprends pas les références et cela rend la lecture moins intéressante. Alors avant de lire le livre, j’ai décidé de faire une liste des films cités et, page par page, de les regarder pour capter le texte. Encore une fois c’est probablement un truc que je ne finirai jamais –c’est que je commence à plutôt bien me connaître voyez-vous- mais eh, si j’arrive à tenir le coup un moment au moins, ce sera toujours cela de culture en plus. Bon par contre j’ai sauté direct Le Chanteur de Jazz. J’en connais l’histoire, j’en ai vu plein d’extraits, j’ai vu les références, des parodies –dans les Simpsons notamment- et la blackface me fait me crisper à l’intérieur de moi-même. Je verrai ce film un jour mais pas tout de suite. En revanche celui-ci me tentait plutôt bien parce que, pour tout vous dire, je n’avais jamais vu jouer ni Greta Garbo ni Joan Crawford, deux stars qui sont de véritables légendes à présent. Même si Joan Crawford a plutôt mauvaise réputation j’ai l’impression, à tel point que mon premier contact avec son nom –même si j’étais trop jeune pour vraiment le retenir et capter- a été Joan Crawford, la chanson de Blue Oysyer Cult dans laquelle Joan Crawford revient d’outre-tombe pour tourmenter sa fille. Mais la réputation de Joan Crawford en tant que mère ne me passionnant pas non plus des masses, j’étais juste ravie de pouvoir enfin la voir à l’écran dans l’un de ses –nombreux- films –sérieusement elle a eu 45 ans de carrière et au début elle tournait 6 films par an-. Par ailleurs, histoire de le dire, ce film est basé sur un roman écrit par Vicki Baum mais, ne l’ayant pas lu, je n’ai aucune idée de ce que donne Grand Hotel en tant qu’adaptation. En tous cas, en tant que film, Grand Hotel m’a bien plu…. Mais je mentirais si je vous disais que je n’ai pas été un peu dérangée par certaines choses.

Histoire cela dit de commencer par du mineur et même de l’amusant tenant à l’âge du film, c’est vrai que c’est presque étrange de voir des gens fumer autant à l’écran et même se fumer carrément au visage. Nous vivons à une époque où la cigarette n’a plus exactement bonne réputation et où Lucky Luke n’a plus droit qu’à un brin de blé. Même le cigare de Wolverine est une controverse maintenant –et c’est toucher droit à l’identité du personnage-. Du coup voir deux personnes se draguer clopes au bec, fumée dans les yeux de l’autre, c’était étrange de façon amusante. En parlant de cela, cela va avec l’époque et le style de jeu, les acteurs ont tendance à se parler de très près et, comme je le disais pour rire sur twitter, c’était un peu un film d’horreur pour moi qui ne supporte pas qu’on viole mon espace personnel. Je me souviens que j’avais des amis –et un voisin- comme cela qui se rapprochaient toujours beaucoup trop de moi pour me parler et je passais mon temps à reculer en laissant une jambe devant pour les dissuader d’avancer. Sérieusement cela en devenait un grand écart quasiment et en plus je suivais rien à la conversation tant je cherchais à « m’échapper ». Si vous m’avez rencontrée et que vous m’avez vu faire cela, les gens, c’est vraiment pas contre vous, c’est juste que pour me parler il y a une distance à respecter sinon je commence à être super mal à l’aise. Pour en revenir au film –parce qu’apparemment c’est le sujet-, c’est vrai qu’à  les voir si près les uns des autres, j’avais une sorte de sentiment de « gêne par procuration ».  Et enfin, pour en revenir à cette histoire de « jeu daté », à l’époque on sortait depuis peu du cinéma muet, cinéma muet dans lequel Greta Garbo avait fait sa carrière et c’est vrai qu’en conséquence elle –et particulièrement elle- a un jeu très exagéré, très théâtral, qui m’a… je ne dirais pas vraiment « surprise » parce que dans le contexte je n’étais pas étonnée, mais mettons que je n’y suis juste pas très habituée. Cela dit je m’y suis rapidement habituée et vu que Greta Garbo joue une ballerine aux tendances « diva », cela s’adapte finalement plutôt bien. Encore que je me demande si le côté « diva » vient réellement du personnage ou de l’actrice. En tous les cas cela fonctionne.

Mais pour revenir à mon histoire d’espace personnel et entrer dans ce qui m’a réellement dérangée dans ce film, il est évident que Grand Hotel date d’une autre époque et a été créé dans un autre contexte social que le nôtre, ce qui veut dire que les idées présentées ne sont plus vraiment d’actualité. Et notamment on trouve pas mal de sexisme dans Grand Hotel, sexisme qui était certainement juste ordinaire à l’époque mais a bien plus de mal à passer maintenant. Alors, on va s’entendre tout de suite sur un truc vous et moi. C’était à propos d’un autre film –Two Faced Woman, je vous en parle bientôt- tandis que j’en parlais sur twitter, j’exprimais ma frustration vis-à-vis du sexisme du film et un ami m’a écrit que m’en plaindre était inutile et qu’il valait mieux que je me réjouisse des avancées faites aujourd’hui. Ce que je trouve absurde en y réfléchissant. Si j’avais dit « j’ai du mal à apprécier pleinement ce film parce que les effets spéciaux sont vraiment très mal foutus », on ne m’aurait jamais répondu « réjouis-toi des avancées faites de nos jours ». Bien sûr que je me rends compte qu’un film réalisé dans les années 30 ne sera probablement pas écrit selon mes valeurs et, selon ce que le film me propose à côté, je vois le problème et je continue d’apprécier le film. Tous les films ont leurs défauts, certains sont plus problématiques que d’autres, certains sont compensés et d’autres non, certains n’étaient même pas des défauts à l’époque de la sortie du film et ne deviennent dérangeants que des années après… et bien entendu la réception de tous ces éléments dépend en grande partie de la sensibilité de chacun. Y a des gens qui vont détester les films d’horreur parce que les personnages agissent comme des imbéciles et que ça les dérange, y en a d’autres qui supporteront pas les films violents parce qu’ils sont sensibles à la violence et qu’elle les rendra malades et puis il y a des gens qui auront du mal avec le sexisme. Le sexisme du scénario d’un film fait partie de ce film et il agit plus ou moins sur mon appréciation selon des tas de critères. Et s’il agit sur mon appréciation, il est absolument absurde d’attendre de moi que je ne n’en tienne pas compte dans un compte-rendu, surtout sur un blog –ou sur twitter- qui est à 100% du « mon ressenti » et pas de l’analyse technique –dont je serais tellement incapable que c’en est triste- ou un cours d’histoire cinématographique –dont je serais encore plus incapable-.

Le film donc –on va y arriver les gens-.

[Rien ne se passe jamais au] Grand Hotel[Rien ne se passe jamais au] Grand Hotel
[Rien ne se passe jamais au] Grand Hotel
[Rien ne se passe jamais au] Grand Hotel[Rien ne se passe jamais au] Grand Hotel[Rien ne se passe jamais au] Grand Hotel

Et j’allais parler de sexisme. Il peut s’exprimer de plein de façons mais en l’occurrence on le trouve surtout dans le jeu corporel des acteurs. Dans le scénario j’aurais tendance à dire qu’il est peut-être présent mais moins gênant alors que dans le langage corporel des acteurs il me mettait extrêmement mal à l’aise. Par exemple lorsque notre Baron rencontre Flaemmchen pour la première fois, même lorsqu’elle n’est pas super réceptive à ses avances, il est collé à elle, il l’encercle complètement physiquement, elle ne peut pas reculer. Plus tard on a le même type de scène avec Presying, le patron de Flaemmchen qui la colle, la tripote, etc. La différence c’est que là, elle aussi est extrêmement mal à l’aise et que Presying, qui l’objectifie depuis le début, n’est jamais censé nous être sympathique. Le souci c’est qu’il n’y a pour moi aucune différence réelle entre lui qui se permet de commenter le corps de sa sténographe avec ses collègues et le Baron, que nous sommes censés apprécier, qui colle limite son entrejambe aux fesses d’une femme qu’il ne connait pas, qui ne lui a rien demandé et qui ne semble même pas spécialement ravie de lui parler à la base. Dans le jeu physique des acteurs il y a un mélange de sexisme et de style « fuck l’espace personnel » de l’époque qui s’exprime surtout des hommes vers les femmes et qui m’a mise mal à l’aise. En revanche, je serais nettement moins dure au niveau du scénario. C’est vrai qu’il y a cette idée que chacune des deux femmes de ce film ont besoin d’un homme pour reprendre leur vie en mains ou faire leur vie de façon satisfaisante mais, d’un autre côté, cela m’a l’air plutôt réciproque et s’il est assez étrange de voir Grusinskaya tomber amoureuse en une nuit d’un type qu’elle ne connaissait pas et qu’elle prend pour un fan tendant gravement sur le stalker,  il tombe, en retour, amoureux d’elle en une nuit, une femme qu’il ne connait pas non plus. En fait on peut penser que l’homme qui refuse, par fierté, le plus de se reposer une femme dans ce film en est plus ou moins « puni » à la fin – [spoiler] : le Baron qui avait refusé l’aide financière de Grusinskaya finit par mourir en essayant de voler l’argent dont il avait besoin alors qu’accepter l’aide de Grusinskaya lui aurait sauvé la vie [/spoiler] -. Ce n’est pas comme cela que je l’ai compris pour ma part – [spoiler] pour moi c’était plutôt juste le sort d’un homme n’ayant pas mauvais fond qui se faisait rattraper par ses mauvais choix en général … il refuse de voler à la femme qu’il aime et à son ami mais il volerait un homme qu’il n’apprécie pas et c’est parce qu’en cela il n’a pas réellement changé qu’il meurt, à deux doigts du bonheur parce que sinon c’est moins tragique [/spoiler] - mais c’est une façon de voir les choses. Donc même si on peut trouver des problèmes au film, pour ma part je n’ai pas été vraiment dérangée.

En fait j’ai trouvé tous les personnages intéressants et je me suis attachée à plusieurs d’entre eux. Le Baron, par exemple, était engageant ! Je sais ce que j’ai dit sur sa façon de violer l’espace personnel du personnage de Joan Crawford mais cela ne m’empêche pas d’avoir trouvé le personnage attachant pour sa patience et sa compassion. Très vite, il met Kringelein –un homme qui lui est socialement inférieur et qui userait les nerfs de beaucoup- à l’aise, il compatit à sa situation et construit une amitié avec lui. [spoiler] Et même s’il y a l’idée que le Baron est intéressé par l’argent de Kringelein, son amitié est sincère et à la fin il fait le choix de ne pas voler l’argent de son ami. [/spoiler] L’acteur a beaucoup de charisme et je me suis trouvée charmée par l’interprétation. Quant à Kringelein, c’est vrai que, comme je le disais, il peut s’avérer usant pour les nerfs parce qu’il parle BEAUCOUP et est un peu envahissant mais d’un autre côté c’est un homme qui vient tout juste de trouver une « voix », un homme qui commence à vivre et s’exprimer après avoir appris qu’il allait mourir et il m’a brisé le cœur. Pauvre homme rabaissé toute sa vie, il peut à peine croire qu’un homme tel que le Baron veuille bien se montrer amical à son égard et il m’a vraiment fait du mal ce personnage. Je pense que la plus triste des scènes, même plus triste que celle révoltante où son ancien patron lui balance son mépris au visage –Preysing est un enfoiré de première, le seul personnage qui n’a vraiment trouvé aucune grâce à mes yeux-, est celle de la soirée de gloire de Kringelein. Tous ses compagnons, bien habillés et socialement plus élevés, veulent partir et il tient désespérément à ce qu’ils restent, comme s’il voulait faire durer ce moment de gloire mais qu’aux yeux des autres il n’avait été finalement qu’une curiosité d’un soir mais certainement pas l’un des leurs. Oh Kringelein.

Du côté des personnages féminins, j’ai apprécié autant Grusinskaya que Flaemmchen. La première est une romantique et une femme qui se sent terriblement seule. En pleine dépression, à la limite de vraiment craquer, elle se sent abandonnée par son public et elle se raccroche à la branche qu’est le Baron. Greta Garbo, comme je le disais, en fait une interprétation très mélodramatique mais cela va avec le personnage et la façon dont elle est filmée donne quasiment toujours l’impression qu’elle est un personnage de tableau. Un très beau tableau. En particulier j’ai un faible pour le plan où, assise par terre dans sa robe de ballerine, elle enlève ses chaussons l’un après l’autre. Ange blessé, touche de blanc dans un décor entièrement sombre, elle nous offre une image superbe. Quant à Flaemmchen, ma première impression à son sujet a surtout été « mon Dieu les yeux de Joan Crawford sont absolument magnifiques » mais, après cela, j’ai aussi apprécié le jeu de l’actrice ainsi que le personnage, personnage bien plus désenchantée que celui de Garbo. Flaemmchen ne croit pas au grand amour, sa vie est régie par son besoin d’argent –être sténographe ne paie pas trop apparemment- et pour avancer dans la vie, elle use de ce en quoi elle a confiance : ses charmes. Mais pour autant le personnage ne nous est pas dépeint comme froid ou aigri, elle a bon cœur et pour elle aussi je me suis prise d’affection. J’ai apprécié tous ces personnages et leurs interprètes, j’avais envie de voir leurs destins se croiser. Et tant qu’à faire c’était agréable de les suivre dans le très beau cadre du film.

En particulier, en plus du plan « ballerine », il y en a un autre qui m’est resté en tête et c’est celui-ci :

 

 

Pour plusieurs raisons. A la base cela m’avait marquée parce que le Baron se demande ce que cela ferait de tomber dans cette sorte de trou jusque sur le personnel et qu’à bien des égards, regarder ce film était regarder les personnages chuter. Ensuite, je me suis rendue compte après avoir pris la capture d’écran et en la revoyant que cette image a une forme d’œil ou peut-être de loupe. D’en haut, on observe passer les gens dans cet hôtel. On voit leur vie un moment et quand ils sortent de l’hôtel, on ne les voit plus. Et puis histoire de dire les choses simplement, je trouve que c’est une jolie image, le genre que, comme celle de la ballerine, je mettrais dans un cadre et accrocherais à mon mur.

C’était décidément un très joli film à regarder. Les interprètes étaient tous bons même si pour certains j’ai du prendre le temps de m’habituer au style de jeu, le casting est très charismatique, les personnages complexes et intéressants et je n’ai jamais eu de baisse d’attention. Oui, j’ai été dérangée par certaines choses liées à l’âge du film –et amusée par d’autres- mais somme toute ce n’était vraiment pas une perte de temps et c’est un bon lancement de mon projet numéro « sérieusement j’ai arrêté de compter, cela me déprimait trop ».

Tag(s) : #Cinéma Occidental

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