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Sorti en 1940

Réalisé par Howard Hawks

Ecrit par Charles Lederer

D’après The Front Page de Ben Hech & Charles MacArthur

 

Avec :

Rosalind Russell >>> Hildegard « Hildy » Johnson

Cary Grant >>> Walter Burns

Ralph Bellamy >>> Bruce Baldwin

Etc

 

Dontesque?

Lorsque Hildy, une ex-journaliste, vient annoncer à son ex-mari, éditeur en chef d’un journal, que non seulement elle n’a pas l’intention de reprendre son poste mais qu’en plus elle est sur le point de se remarier, celui-ci décide de la faire changer d’avis.

 

~oOo~

Je continue dans la liste des films que vous m’avez conseillés –en plus celui-là rentre dans l’un de mes projets donc c’est tout bénéf- avec, donc, His Girl Friday et, pour le coup, ce film j’ai vraiment failli ne pas le regarder jusqu’au bout. Sérieusement, au début, j’ai galéré et je regardais l’écran en me demandant « mais qu’est-ce qui peut bien rendre ce film aussi populaire ? ». Je m’attendais à une comédie mais le film ne me faisait pas rire, on m’avait dit que c’était aussi un film romantique mais j’avais envie de frapper le personnage masculin principal et je priais pour que l’héroïne s’en tienne loin… On m’avait vanté les mérites des dialogues rapides et se superposant les uns aux autres, donnant une impression de réalisme et, oui, okay, mais honnêtement ça me saoulait plus qu’autre chose et 1h30 de persos qui parlent super vite et les uns par-dessus les autres ? Bonjour la migraine ! D’autant que les dialogues avaient beau aller super vite, l’intrigue, elle, n’avançait pas des masses et certains passages trainaient en longueur si bien que j’avais le sentiment étrange de voir un truc tourner en rond au ralenti tout en faisant une crise d’épilepsie. J’étais mal partie donc. Mais, parce que le film était dans votre liste, je me suis dit « NON, je regarderai ce truc jusqu’au bout » -honnêtement s’il n’avait fait partie que de la mienne, j’aurais pu craquer et juste lancer un épisode de The Office à la place-  et, petit à petit, j’ai commencé à rentrer dedans, ma perspective a changé, j’ai commencé à comprendre où le film venait en venir et, finalement, à la fin, j’étais contente de ne pas m’être arrêtée au premier tiers.

En fait je pense que mes attentes étaient juste erronées, j’étais partie avec le mauvais état d’esprit et  je vais revenir sur ce que je disais dans l’introduction en trois points :

(1) Les dialogues sont effectivement très rapides, oui les personnages parlent les uns par-dessus les autres et, honnêtement, c’est chaud à suivre. Et vous pourriez même vous dire « quel réalisme ? » parce que dans la vraie vie, les gens qui parlent aussi vite y en a pas tant que cela et beaucoup de gens ont quand même la politesse de laisser parler les autres. Mais, déjà, on ne parle pas de n’importe quel contexte, on parle de journalistes qui écrivent et vivent contre la montre en permanence, coursent après les scoops, prennent des décisions rapidement, etc. Du coup le fait qu’ils parlent aussi vite prend son sens et cela renforce en plus l’impression que leur vie se déroule à 100 à l’heure, qu’ils sont toujours pressés, qu’ils doivent réfléchir vite et, en plus, qu’ils n’ont pas vraiment le temps pour la politesse. Et honnêtement, au bout d’un moment, on finit par choper le rythme. Au début j’ai galéré et j’ai même hésité à mettre les sous-titres : pas parce que l’anglais était difficile mais parce que ça allait super vite. Mais au bout d’un moment, je vous assure, on finit par rentrer dans le rythme et à partir de là, je n’ai plus eu de souci et, finalement,  j’en suis ressortie sans aucun mal de tête.

[A la chasse du scoop] His Girl Friday[A la chasse du scoop] His Girl Friday
[A la chasse du scoop] His Girl Friday[A la chasse du scoop] His Girl Friday
[A la chasse du scoop] His Girl Friday[A la chasse du scoop] His Girl Friday
[A la chasse du scoop] His Girl Friday[A la chasse du scoop] His Girl Friday

(2) Pour ce qui est de la comédie, jusqu’au bout je ne peux pas dire que le film m’ait fait rire aux éclats mais, en même temps : c’était pas le but. On m’avait un peu induite en erreur sur ce coup-là, le film relevant vraiment plus du domaine de la satire que de la comédie à en mourir de rire qu’on m’avait vendue –comme quoi faut pas que j’écoute les gens-. Cela ne veut pas dire, notez bien, que le film n’a pas ses moments amusants. En fait, au bout d’un moment, après que tout se soit mis en place, la situation devient graduellement à la fois de plus en plus sombre et de plus en plus drôle parce que tout s’emmêle complètement. Donc, oui, le film est en fait amusant, c’est juste qu’il a fallu que je lui laisse le temps de vraiment démarrer. Et puis, à côté de cela, il y a juste le regard très noir qu’il pose sur la presse. Sur la police aussi mais sur la presse en particulier, ce qui donne lieu à une de mes répliques favorites du film lorsqu’un reporter écoute parler l’héroïne de sens éthique et lui demande « D’où est-ce que tu sors ces histoires d’éthique ? » -je ne sais pas vraiment ce que c’est en français, j’ai juste traduit cela rapidement… en anglais : « Where do you get that ethics stuff ? »-. Parce que les reporters sont des êtres rendus insensibles par leur boulot, des gens qui ignorent les victimes et ne s’intéressent qu’à leur histoire, pas aux gens qu’elles concernent. Et c’est rendu très clair par l’introduction du film qui, au moyen d’un texte écrit blanc sur noir, nous dit bien que, en gros, les journalistes ne reculent devant rien sinon le meurtre pour vendre leurs journaux. Ce qui va nous donner une scène assez triste où Mollie [spoiler] -dont le destin m’a laissée un peu perplexe pour le coup et, jusqu’au bout, je me suis sincèrement posé des questions sur la scène où elle saute par la fenêtre - [/spoiler], une jeune prostituée qui veut défendre un homme qu’elle estime injustement destiné à la peine de mort, implore les journalistes de l’écouter mais se retrouve confrontée à des hommes qui ne daignent même pas interrompre leur jeu de carte. Bref, le portrait n’est vraiment pas flatteur mais il en nait un humour noir appréciable.

(3) La romance. Encore une fois, il faudrait juste vraiment que j’arrête d’écouter les gens. Parce que de ce qu’on m’avait dit, je pensais que le personnage de Cary Grant, Burns, allait reconquérir notre héroïne, son ex-femme, et que j’étais censée m’en réjouir et, donc, apprécier le personnage. Alors qu’en fait, si vous avez tout à fait le droit de choisir ce chemin-là, le film ne nous y oblige pas et ce n’est pas le chemin que j’ai choisi. Parce que cela m’était impossible. Le personnage de Burns, pour le dire gentiment, est un gros connard –okay, c’était pas si gentil que cela-. Il est manipulateur, il est aussi insensible que ses camarades de métier et il va complètement contre les désirs de l’héroïne pour obtenir ce qu’il veut. Alors on pourrait se dire « oui mais en vérité il la pousse dans la voie, qu’au fond, elle voulait emprunter ». Et, oui, le long du film il parait assez clair qu’Hildy est une addict au métier de journaliste et qu’il aurait été difficile pour elle de réellement laisser tout cela derrière elle. Maintenant, deux choses : 1/ vu ce qu’on nous dit du métier de journaliste dans ce film, peut-on estimer qu’y revenir, malgré l’enthousiasme d’Hildy, soit une bonne chose ? 2/ l’attitude « je la manipule contre son gré parce qu’au fond je sais bien que c’est ce qu’elle veut » est gravement problématique en soi. Et le charisme de Cary Grant ne risquait pas d’y changer quoi que ce soit. Et puis finalement j’ai réalisé que je n’avais pas besoin d’apprécier le personnage –pas à ce niveau-là en tous cas-! Après tout : qu’est-ce qui m’y forçait ? Qu’est-ce qui obligeait sa probable réunion avec Hildy à être une happy-end ? Et qu’est-ce qui obligeait le film à avoir une happy-end ? Donc, à la place, j’ai décidé de voir la romance de deux façons : la corruption d’une femme qui retombe dans un monde lui-même insensible et corrompu et, également, l’histoire de cette même femme qui, après avoir essayé de se conformer à ce qu’elle pensait être « la vie correcte », finalement, envoie tout balancer pour suivre ses propres envies. Du coup ça donne à la conclusion un double-ton que j’apprécie. Et cela m’a permis d’apprécier également le personnage de Cary Grant qui, s’il est un homme que je trouve intelligent et très compétent, est également méprisable à bien des niveaux, mais n’en est pas moins un personnage intéressant, porté par un très bon Cary Grant.

Au final, donc, je pense que tout était une question d’attentes : j’étais tellement influencée par ce qu’on m’avait dit du film que je n’ai pas réussi à me mettre dedans tout de suite –bon ça et la vitesse des dialogues-. Mais une fois mes attentes réajustées, c’est un film que j’ai trouvé intéressant dans sa satire et ses personnages imparfaits et un film qui m’a fait sourire… donc un film que je vous conseille, pour peu que vous partiez avec moins d’aprioris que moi.

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