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Sorti en 2008

Réalisé et écrit par Mark Herman

D’après le roman de John Boye

 

Avec :

 

Asa Butterfield >>> Bruno

Jack Scanlon >>> Shmuel

Vera Farmiga >>> Elsa (la mere)

David Thewlis >>> Ralf (le père)

Amber Beattie >>> Gretel (la sœur)

David Hayman >>> Pavel

Rupert Friend >>> Kotler

Etc

 

Dontesque?

Lorsque le père de Bruno, un officier de l’armée nazie, se voit offert une promotion, le petit garçon et sa famille doivent déménager à la campagne. Bruno n’est pas ravi mais, sur place, il découvre une mystérieuse ferme dont il n’a pas le droit de s’approcher et dans laquelle les fermiers semblent passer toute la journée en pyjama.

 

 

~oOo~

… *traumatisme*

Ce film-là, c’est vous qui me l’avez conseillé en me le proposant ICI. Comme il s’agit d’une adaptation de littérature YA, je me suis dit que le regarder en priorité était faire d’une pierre deux coups et, sans vraiment trop me renseigner, j’ai donc décidé de regarder le film. A l’affiche, bien entendu, je me doutais de quel type d’histoire il allait s’agir mais, honnêtement, je ne m’attendais pas à la vivre aussi mal. Entendons-nous bien : c’est un film qui parle de l’holocauste et d’un gamin juif enfermé dans un camp de concentration. A partir de là, oui, forcément, le film ne pouvait ni commencer bien ni se finir bien. Même en admettant que cela se finisse relativement bien pour les personnages principaux, cela ne pouvait pas vraiment se finir bien de manière globale à moins de se terminer sur « en fait tout ceci n’était qu’un vilain cauchemar et l’holocauste n’a jamais eu lieu »… mais ça aurait été d’assez mauvais goût.  Donc, forcément, le film allait être triste, c’est juste que je ne m’attendais pas à ce qu’il me foute un coup de poing aussi énorme dans le cœur. Mais eh, c’est positif ! Non parce que, okay, a un moment donné j’ai un peu été réduite à la position fœtale mais ça veut dire que le film était efficace. Et, oui, j’ai vraiment beaucoup aimé, c’est un très beau film. D’accord, il y a des trucs qui paraissent peut-être un peu… « gros » en quelque sorte –comme le fait que les deux gamins arrivent à communiquer de la sorte sans que personne ne s’en rende compte par exemple-, simplifiés, pas très réalistes  mais je ne trouve pas que cela empêche l’idée ou l’émotion de passer.

Et je dois dire que pour le coup je serais curieuse de lire le livre. Pour voir comment il est écrit. Parce que dans ce film, l’un des intérêts principaux est la façon dont il nous propose le point de vue de l’enfant, Bruno. Lui ne sait pas ce qu’est un camp de concentration : il pense que c’est une ferme, peuplée de fermiers bizarres qui portent des pyjamas toute la journée. Il croit que les numéros sur les pyjamas sont une sorte de jeu, il ne sait pas ce qui est brûlé lorsque la fumée sort des grandes cheminées. C’est ce qui rend le film assez terrible d’ailleurs : nous on sait. Et le monde autour de lui sait. Le film n’emprunte en fait pas *vraiment* le point de vue de Bruno. Il nous le propose, il nous en parle mais on a quelques scènes auxquelles Bruno n’assiste pas et, forcément, le film ne peut qu’avoir un regard également extérieur. Alors que le livre, lui, peut véritablement épouser complètement le point de vue de Bruno en changeant son vocabulaire, ses descriptions, … Du coup je serais curieuse de voir ce que cela donne mais, en attendant, dans le film c’est assez terrible d’attendre que l’innocence de Bruno soit brisé. Et, par ailleurs, le fait de vivre les choses en partie de son point de vue est une source de malaise pour le spectateur –ou en tous cas pour moi- parce que le film nous force, ce faisant, à voir des facettes des personnages qu’on a pas forcément envie de voir, notamment chez le père. Chez le Lieutenant Ketler il y a un peu de cela aussi mais c’est surtout chez le père que cela s’exprime : cet homme est monstrueux, parlant des juifs en en disant « ce ne sont pas de vrais gens » afin d’en justifier le massacre, mais on est également obligé de le voir père de famille, on est obligé de le voir à travers les yeux d’un enfant qui l’aime et commence petit à petit à s’inquiéter, à se demander si son père n’est pas quelqu’un d’horrible. Et, non, voir le personnage sous cet angle ne rend pas le personnage moins détestable –tout mon respect à David Thewlis d’ailleurs, je ne pensais pas pouvoir le détester autant mais il était très bon dans ce rôle et m’a vraiment à la fois fait trembler de rage et de peur- mais ça nous oblige à voir le personnage comme un homme monstrueux, pas juste comme un monstre. En clair ça nous oblige à voir que c’est un être humain et c’est probablement ce qu’il y a de plus effrayant.

[Des deux côtés du grillage] Le garçon au pyjama rayé[Des deux côtés du grillage] Le garçon au pyjama rayé
[Des deux côtés du grillage] Le garçon au pyjama rayé[Des deux côtés du grillage] Le garçon au pyjama rayé

C’est aussi quelque chose que le film fait particulièrement bien en général, pas juste avec lui mais également avec la mère –excellente Vera Farmiga- et la sœur de Bruno qui sont là pour nous montrer d’autres participantes au reich. La mère, à un moment donné, estime que les choses vont trop loin, certes, mais sinon elle est cette personne qui sait parfaitement ce qu’il se passe et n’a pas vraiment de souci avec tant qu’elle est dans sa grande maison loin de tout : elle n’aime juste pas que les atrocités s’invitent dans sa cuisine et soient exposées aux yeux de ses enfants. On voit clairement qu’elle n’apprécie pas le changement de sa fille mais elle ne proteste pas pour autant, elle laisse faire, elle n’essaie pas d’enrayer le lavage progressif de cerveau que l’on fait à son ainée. Et ce « laissez-faire », ce « ça me dérange pas qu’on parque, tue et brise des juifs tant que cela ne se passe pas sous mes yeux » la rendent participante. Quant à la sœur, elle se fait vraiment endoctriner par son nouveau tuteur et on la voit abandonner ses poupées pour mettre des posters d’Hitler sur ses murs à la place mais, à la fois, elle reste une grande sœur, chipie parfois certes, mais réconfortante et aimante malgré tout. Et j’aime bien ce que fait le film avec ces personnages donc, nous disant que tout le monde est coupable et, encore une fois, que toutes les atrocités commises ne viennent pas de sortes de monstres coupés de l’humanité mais d’êtres humains finalement presque banals à la base, ce qui glace le sang.

Et tout cela est bien entendu rendu possible grâce au casting impeccable. Tous les acteurs font un travail remarquable et Asa Butterfield –que j’avais vu dans la série Merlin et qui joue Bruno ici- et Jack Scanlon –Schmuel- ne sont pas des moindres. Ils sont jeunes mais vraiment très bons et la relation qui se développe entre les deux est vraiment joliment rendu du coup. La question que je me pose par contre est : est-ce qu’ils sont ressortis du film indemnes ? o.o  C’est une question que je ne peux pas m’empêcher de me poser dans certains films et même si je sais bien qu’être acteur est un métier, même si je sais qu’ils font semblant, je me souviens de l’histoire du gosse dans The Shining que tout le monde avait gardé dans le flou pour le protéger et je me demande si cela se fait sur d’autres projets. Bon Scanlon et Butterfield sont plus vieux que ne l’était Danny Lloyd mais quand même, il est dur ce film et moi, en tous cas, je n’en suis pas ressortie complètement indemne. Le film n’est pas « graphique », il ne nous montre pas les gens qui se font tabasser à mort par exemple, mais il est violent quand même parce qu’on sait bien ce qu’il se passe et notre imagination est bien capable de nous livrer toute l’horreur de certaines scènes. Et parfois les pires moments ne sont que les dialogues comme lorsque Pavel -l’esclave juif de la maison en gros- parle de sa vie avant le camp à Bruno. C’est terrible, déjà, d’avoir le sentiment que Bruno est la seule personne à l’avoir traité en être humain depuis un certain temps et, ensuite, simplement, d’être mis en face de cet homme qui a été dépouillé de tout.

Le garçon en pyjama rayé est vraiment un film que j’ai trouvé très joli et à la fois très difficile. Il donne une impression de luminosité dans les images qui colle à l’innocence du personnage principal mais nous sommes bien conscients de ce qu’il se cache sous ces couleurs et quand le film doit faire venir l’orage, il sait le faire drôlement bien également. Je remercie donc les plusieurs personnes à me l’avoir conseillé et je vous le conseille également ! Simplement : ayez un ou deux mouchoirs à portée de main, cela pourrait servir.

7,75/10

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