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Sorti en 1951

Réalisé par John Huston

Ecrit par John Huston, James Agee, Peter Viertel & John Collier

D’après le roman de C.S. Forester

 

Avec :

Katharine Hepburn >>> Rose Sayer

Humphrey Bogart >>> Charlie Allnut

 

Dontesque ?

Après la mort de son frère et le massacre du village dans laquelle elle était missionnaire, Rose, une jeune femme anglaise, n’a d’autre choix que d’embarquer à bort de l’African Queen, le petit bateau du capitaine Charlie Alnut, rustre au bon cœur.

 

~oOo~

Je m’étais toujours dit qu’un jour il faudrait que je regarde ce film. A la maison, j’en avais entendu tellement de bien qu’à force, il fallait bien ! Bon par contre j’en avais entendu beaucoup de bien de la part de personnes qui, clairement, en avaient un souvenir moyen parce qu’on m’avait raconté une histoire de départ un peu différente. Cela dit, contrairement à ce qu’il s’est passé pour His Girl Friday, les fausses attentes avec lesquelles je partais ne m’ont strictement pas empêchée d’apprécier ce film, même pas un petit peu. Oh, au début, j’ai bien eu un moment de doute mais il n’avait rien à voir avec ce qu’on m’avait raconté du film et il n’a même pas duré longtemps de toute façon. C’est juste que, voilà, toute l’ouverture du film, du moment où il commence à celui où Rose rejoint Charlie sur l’African Queen, il parait légèrement poussif… l’attaque du village n’est pas très convaincante, la mort du frère est bien trop rapide, pas naturelle du tout. On pourra aussi se poser des questions sur la représentation des africains dans le film, ainsi que de la crédibilité du contexte historique mais, surtout, j’avais le sentiment que le film en faisait beaucoup sur la musique pour nous faire comprendre et ressentir des choses qui ne passaient pas autrement. Mais ça, c’était l’intro. Et en fait je vous en situais la fin au moment où Rose monte vraiment sur l’African Queen mais c’est faux, le moment où j’ai commencé à me dire « ah, ce film commence à me plaire » se trouve un peu avant : lorsque Charlie arrive au village décimé, constate le désastre et va vers une Rose qui le regarde avancer, des larmes lui montant aux yeux. Elle essaie de prendre une bobine de fil, elle se recoiffe un peu, comme si, au fond d’elle, elle  pensait à protéger les apparences. Mais elle a les yeux humides et on a le sentiment qu’intérieurement, elle lui crie d’aller plus vite parce qu’elle n’en peut plus d’être toute seule dans ce village fantôme, à deux pas de la pièce où le cadavre de son frère à peine mort repose encore sur son lit. C’est le moment où je suis vraiment rentrée dans la prestation d’Hepburn, dans le personnage de Rose et dans le film.

Et les gens, je ne veux rien enlever à Bogart car c’est un acteur que j’apprécie et parce que le personnage  est intéressant mais c’est véritablement Rose qui a fait ce film à mes yeux. Je vais commencer par vous parler un peu du reste mais Rose, j’ai décidé de la faire rentrer dans le groupe de mes personnages féminins bad-ass favoris avec Ripley et Furiosa –tout à fait-. Enfin, pour vous parler d’abord un petit peu du reste, il va sans dire qu’à certains niveaux, le film a inévitablement vieilli. Il est donc assez évident, lorsque les personnages descendent les rapides, qu’ils n’y sont pas vraiment et que les plans « de près » ne se raccordent pas aux plans « de loin », par exemple. Mais, honnêtement, ce n’est pas si gênant et, de toute façon, le plus important est ce qu’il se passe à l’intérieur des personnages. Rose et Charlie sont des personnages opposés qui se retrouvent dans la même situation désespérée et ce n’est pas toujours évident. Charlie est un bon gars, porté sur l’alcool et pas couard, mais pas téméraire non plus, et il est très bien rendu par Bogart même si, je l’admets, j’ai quand même le sentiment d’avoir vu l’acteur meilleur dans d’autres rôles. Cela n’enlève cependant rien à la prestation et il donnait vie à son personnage avec brio, en faisant quelqu’un de sympathique dont on ne peut qu’admirer la résolution lorsque, par exemple, il brave sa peur des sangsues pour tirer son bateau,  apprécier le respect pour sa compagne d’aventure et comprendre la frustration lors de certaines scènes parce que, oui, le plan de Rose semble impossible et elle peut faire preuve d’une rigidité probablement agaçante pour sa compagnie, la jeune femme ne laissant passer aucune excuse et certainement pas l’appel à la « nature humaine » de Charlie puisque, comme elle dit, « La nature qui nous est donnée à la naissance n’est que la base sur laquelle nous devons nous améliorer » -okay j’ai fait une trad globale, ce qu’elle dit en V.O. est « Nature is what we are put in this world to rise above »-. Cette rigidité est néanmoins rattrapée par des petites attentions humaines comme lorsqu’elle ouvre un parapluie et s’en sert pour le protéger de la pluie. Et rattrapée aussi par le fait que ce personnage est extraordinaire en général.

[La bad-assitude *O*] The African Queen[La bad-assitude *O*] The African Queen
[La bad-assitude *O*] The African Queen[La bad-assitude *O*] The African Queen
[La bad-assitude *O*] The African Queen[La bad-assitude *O*] The African Queen

J’ai apprécié les deux personnages et j’ai apprécié leur association, la romance en mode « les opposés s’attirent… et les situations désespérées sont un gros boost aussi quand même » était très plaisante. Malgré des dialogues parfois un peu maladroits, pas très naturels, elle fait ressortir ce qu’il y a de meilleur chez deux protagonistes qui m’ont vraiment plu. Elle fait de Charlie un homme nouveau et plus résolu, elle permet à Rose de se libérer, de s’exprimer et de s’adoucir. Sans rien perdre de sa force bien entendu et, donc, laissez-moi m’extasier sur elle un moment. Katharine Hepburn est excellente dans ce rôle et, okay, Rose n’est pas une « action star » comme Furiosa et Ripley que j’ai citées tout à l’heure, ou encore Sarah Connor –qui, de même que Ripley, l’est plus devenue qu’elle ne l’était de base- mais, regardez le film et je vous mets au défi de me dire qu’elle n’aurait pas tenu tête à un alien ou un terminator. Rose est une femme, au début du film, très réservée et semblant vivre uniquement pour son amour de Dieu et de la Bible –un amour qu’elle ne perd jamais au passage… elle se libère et s’adoucit mais cela ne veut pas dire qu’elle tire un trait sur sa foi ou ses convictions, certainement pas-. Elle semble avoir une expérience du monde plutôt limitée à priori et, subitement, elle perd tout, elle se retrouve dans la pire des situations. Et que décide-t-elle de faire ? Elle décide de traverser les lignes ennemies, d’entreprendre un voyage qui semble impossible et d’aller couler un bateau que l’armée de son pays semble avoir peur d’affronter. Lorsqu’elle rencontre des rapides pour la première fois, là où Charlie s’attendait à ce qu’elle flippe et renonce, Rose, au contraire, trouve cela drôlement cool parce qu’apparemment il y a une petite part d’ « adrenaline junkie » à l’intérieur d’elle. Elle ne regarde pas Charlie bosser non plus en se contentant de le diriger : elle apprend à piloter le navire, elle aide à le réparer, elle plonge dans les sangsues aussi pour le tirer en avant. Et quand Charlie essaie de lui dire « Bon, écoute, ton plan est bien sympa mais tu ne peux pas y aller : c’est moi qui ai l’expertise », elle lui répond « Tu as raison, tu es plus qualifié pour cette part du plan, il va falloir que tu m'accompagnes » parce qu’il n’est certainement pas question que quelqu’un d’autre accomplisse les plans qu’elle a formés elle-même. Et quand Charlie essaie de la raisonner, elle lui balance un « Pour qui tu te prends, à me donner des ordres ? ». Envers et contre tout, Rose garde la tête haute. Elle a bien un moment de désespoir ou deux parce qu’elle est humaine et que, dans cette situation, ce serait difficile d’être optimiste tout le temps, mais sa résilience et sa volonté sont admirables et, vers la fin, lorsque tout semble avoir échoué, elle a tellement d’attitude qu’on pourrait jurer que, nope, c’est elle qui a le dessus –au passage, je ne suis pas fan de la fin… ce n’est pas l’issue générale qui me dérange mais la rapidité avec laquelle cela se passe et l’enchainement des évènements-.

Bref, j’ai été constamment impressionnée par ce personnage et sa force. L’histoire du bateau qu’il fallait couler m’intéressait finalement peu, c’était véritablement l’émergence de Rose, dans toute sa splendeur, que je suivais, les yeux émerveillés. Oh et les crocodiles aussi, j’avais vraiment envie de voir des crocodiles. J’ai également eu droit à des singes, des éléphants et des hippopotames, mais les crocodiles, c’est la vie. Et puis Bogart ne fait bien entendu pas de mal. Mais avant toute chose quand même, ce sont Rose et Hepburn qui m’ont captivée et elles sont, par-dessus la romance, Bogart et l’histoire humaine générale qui ont également leur valeur, la raison principale pour laquelle je vous recommande chaudement ce film.

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