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Raymond E. Feist

Une famille emménage dans une nouvelle maison, et se retrouve bientôt confrontée à la présence inquiétante d’êtres de légendes celtiques aux intentions obscures.

Que ce soit en films, séries ou livres, je marche beaucoup par associations : je lis/regarde un truc, et généralement, ça me donne envie d’en lire/regarder dix autres (parfois pendant que je lis/regarde le premier, ce qui peut légèrement poser problème : c’est comme ça que je me retrouve à regarder dix milles trucs à la fois, quitte à parfois ne pas les finir ^^’). Il y a quelques mois, j’ai relu Simetierre, ce qui m’a donné envie de lire La Part des Ténèbres, ce qui m’a menée à plus de Stephen King, donc Carrie, qui à son tour m’a renvoyée à Portrait de Femme (d’Henry James… ce qui m’a dirigée vers d’autres romans encore), alors que je lisais le Stephen King suivant (Salem), qui m’a fait acheter Je suis une légende (entre autres… je tombe dans un grouffre). Mais pour revenir à Simetierre, ça m’a également donné envie de relire Faerie (qui m’a fait ressortir du Shakespeare et investir dans du Fowles… je suis vraiment pas sortie de l’auberge, et encore je ne vous mets devant les yeux que la partie émergée de l’iceberg). Le lien ? Eh bien, dans les deux on a un set-up vaguement (vaguement) similaire (et assez typique des films d’horreur d’ailleurs) : une famille emménage dans une nouvelle maison, et ce n’était pas la bonne. On retrouve des idées d’endroits qui font froid dans le dos autour de la maison, mais surtout, le vrai point commun c’est que Faerie, comme Simetierre, m’avait filé de sacrés sueurs froides quand je l’avais lu la première fois. Mais j’étais jeune lors de cette première fois, alors j’étais plutôt curieuse de voir ce que donnerait le livre maintenant que j’ai pris des années et (peut-être) un peu de sagesse (mais pas trop).

Conclusion : j’ai aimé, vraiment, mais ce bouquin continue de me foutre les boules (gardez quand même à l’esprit que je suis du genre sensible à ce genre de choses : je n’ai pas le sentiment que la plupart des gens en aient fait des cauchemars du tout). Parce qu’il joue sur plein de tableaux : les personnages sont attaqués mentalement parce qu’ils sont toujours incapables de se rappeler de ce qu’ils ont vus, oubliant les êtres féériques à peine après les avoir rencontrés, si bien qu’ils peuvent difficilement avancer dans leurs recherches, être crus (par les autres ou par eux-mêmes d’ailleurs), se protéger, etc. Mais ils sont également attaqués physiquement, et parfois les deux car les créatures féériques, pour la grande majorité, exercent (volontairement ou en se contentant d’exister) sur tous les personnages une fascination et/ou attirance sexuelle contre leur volonté, ce qui mène à des degrés de viol plus ou moins poussés, dans le sens où ils restent parfois du domaine du psychologique (une émotion est forcée sur un personnage) et parfois vont dans le physique (oui, je vous préviens, à un moment donné, il y a une scène de viol dans le roman… et je réfléchis encore sur la question, mais j’apprécie quand même que l’auteur, à deux reprises, insiste bien sur le fait que 1/ la victime n’a pas une once de responsabilité et 2/ le viol n’est pas une question de sexe, mais une agression physique et mentale). Par ailleurs, on a, sur les évènements, la perspective des enfants qui se sentent isolés des adultes, ne pensent pas qu’on les croira, si bien qu’ils doivent affronter seuls plusieurs degrés de terreurs, qu’il s’agisse d’émotions qu’ils sont trop jeunes pour comprendre, d’épreuves au plein cœur du danger, ou bien de l’intrusion dans leur chambre d’une figure qui n’est pas sans rappeler celle du croque-mitaine (okay, lorsque la Chose Noire est entrée dans la chambre des jumeaux, j’ai jeté un regard en coin à mon placard, et il est possible que j’aie été allumer la grande lumière plutôt que de me contenter de ma lampe de chevet… mais en même temps, je suis faible). Et puis on a la perspective des parents, aussi, qui doivent faire face à une horreur incroyable : on fait du mal à leurs enfants. Physiquement, mais pas seulement. Je préfère néanmoins ne pas vous spoiler~

Bref, le roman ne laisse aucun véritable répit ou refuge à ses personnages, et ils sont de plus en plus attaqués sur tous les fronts, si bien que forcément ce n’est pas super plaisant pour eux, et ça nous permet aussi de choisir l’angle d’attaque qui nous effraie le plus (yay).  Et puis, Faerie baigne dans l’entre-deux, et l’ambigüité c’est toujours inquiétant. C’est-à-dire que les fées sont toujours à la fois belles et effrayantes, on a envie d’en voir plus, et à la fois de s’en tenir loin. Leurs intentions sont changeantes, et pas toujours super claires, elles ont des motivations qui dépassent les personnages et le lecteur, et ça n’aide pas qu’en plus elles puissent changer de forme physique, si bien qu’on pense avoir affaire à quelqu’un, et en fait ce n’était pas la bonne personne. Un truc que j’aime beaucoup dans ce livre, cela dit, c’est que Feist trouve un très juste milieu entre ce qu’il doit garder caché et ce qu’il peut/doit nous dire. Dans Simetierre (auquel Faerie n’a pas vraiment de raison d’être comparé, mais RAF, je fais ce que je veux… mon esprit, comme l’univers, works in mysterious ways, et j’entends être vénérée de même)(oui, je crois bien que je viens de m’autoproclamer être divin)(pardon Kimu, je le ferai plus T.T)… Dans Simetierre, donc, il y a un long-moment d’installation de l’ambiance où les choses ne sont pas vraiment nommées, où on nage un peu dans le brouillard, mais dans Faerie, dès les premières pages, on se retrouve face à ce qui attend nos personnages, et Feist donne des noms à ses personnages (pas tous), les identifie, les décrit, nous fait même rentrer dans leur tête un instant pour certains. On ne se demande pas si les personnages sont juste en train de devenir dingues, on sait ce qui les observe… et à la fois, on ne sait pas exactement. En horreur (et Faerie pioche pas mal dedans… en fait j’ai décidé, de façon parfaitement arbitraire, que Faerie est ce que the Hallow aurait dû être), c’est important de ne pas montrer ses monstres trop entièrement, trop vite ou trop souvent, et Feist nous montre ce qu’il faut. Il y a une part d’ombre largement suffisante pour les rendre inquiétants, et une part éclairée suffisante également pour provoquer la fascination du lecteur. Et j’avais toujours envie d’en voir plus ! J’étais angoissée, mais à la fois on a un bouquin qui nous montre Titiana (la reine des fées donc), des fées, la Chasse Sauvage, Arthur et les dames du lac, et plein d’autres, et moi j’avais envie de voir sur quelle créature de légende j’allais tomber ensuite !

Du coup, j’ai dévoré Faerie, d’autant que le livre est très facile à lire, Feist n’ayant vraiment pas un style compliqué. Les personnages sont immédiatement identifiables, on n’a aucun mal à les cerner, et ils sont attachants. Le seul petit reproche que j’aurais à faire à Feist, est que parfois je le trouvais un peu trop répétitif dans ses descriptions, si bien qu’il y avait des paragraphes auxquels j’avais envie de répondre « je sais tout ça : tu l’as dit dans le paragraphe d’avant ». Mais sinon, le style est rapide et très confortable, si bien que les pages se tournent vite, d’autant que l’histoire ne s’arrête jamais.  Et au niveau de cette histoire, s’il y a deux choses qui m’ont dérangée, je dirais qu’à la fin les proportions de l’histoire m’ont parue un petit peu… trop grandes ? J’aurais du mal à l’expliquer sans vous spoiler, mais mettons que j’ai trouvé que Feist allait un chouïa trop loin. Heureusement, il va trop loin tout en ne nous en disant pas tant et sans tout confirmer (sollicitant une fois de plus notre imagination sur ce coup-là), si bien que ce n’est pas trop gênant non plus. Et mon second petit « froncement de sourcil », c’était la façon dont étaient gérés les personnages féminins. Elles ont chacune une personnalité forte, et elles ont de la poigne, mais au final elles sont quand même reléguées au second plan : elles ne font pas les recherches (on demande même à Gabbie d’aller préparer des sandwichs pendant que ces messieurs cogitent… ça m’a fait sourire amèrement, un peu), elles ne participent pas non plus vraiment à la résolution, elles ont tendance à subir les évènements du roman la plupart du temps, et j’ai trouvé ça dommage honnêtement.

Malgré tout, c’est un roman que j’avais beaucoup aimé la première fois, et que j’ai pris beaucoup de plaisir (et de tremblements) à redécouvrir (et vraiment « redécouvrir » pour le coup, parce que l’ayant lu très jeune, je m’en souvenais à peine). Il est sans doute largement moins effrayant que ce que je laisse transparaître, et si vous avez envie de frissonner un peu sur fond de légendes, alors je vous encourage à y jeter un œil !

Tag(s) : #Littérature, #Roman, #USA, #1980s, #1988, #Faerie tale, #Raymond E. Feist, #Fantastique, #Horreur, #Famille

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