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Femme ingénue, la belle O-Tsuya apprend vite à user de ses charmes et devient une courtisane accomplie qui excelle à corrompre et manipuler les hommes. Jeune et naïf, Shinsuke est une proie facile. Mais qui sait jusqu’à quelles folies peut conduire la passion ?

Quatrième de couverture

Comme je vous le racontais dans mon article sur The Rats, une soirée avant la Japan Expo, je me suis retrouvée avec une soirée affreusement libre, et le besoin pressant de l’occuper, parce que, oh, j’allais quand même pas me coucher une heure plus tôt pour affronter reposée les quelques jours difficiles qui m’attendaient. ARE YOU CRAZY !? Non. Donc, à la place, j’ai cherché quelque chose de court à me mettre sous la dent, et c’est alors que je me suis rappelée de ce coffret intitulé Rêves d'Orient, que j’avais acheté quelques années auparavant et qui rassemble cinq petits livres contenant romans courts et nouvelles de cinq auteurs asiatiques différents. Au final, je n’avais jamais lu aucun des livres, et il m’a semblé qu’il était temps, donc j’ai ressorti ce joli coffret dont chaque petit livre m’occuperait l’heure nécessaire, et j’ai décidé de commencer par Le meurtre d’O-Tsuya de Tanizaki Junichiro parce que je suis sanguinaire dans ma tête et que je voulais DU GORE TOUJOURS DU GORE PLUS DE GORE GIMME BLOOOODDD. Non, plus sérieusement, c’était le premier livre en partant de la gauche, et je suis une fille sanguinaire mais simple dans la vie, donc je me suis dit #YOLO (tout à fait, je parle en hashtags dans ma tête) et je me suis lancée, pleine d’enthousiasme (en plus y a du rouge/rose sur la couverture, j’ai pris ça comme un signe). Un enthousiasme, cependant qui a été rapidement douché par la préface du bouquin, dans lequel la personne en charge de cette intro présentait plus ou moins l’œuvre de Tanizaki comme une succession de portraits de femmes « perfides et tentatrices » abusant des hommes en  se servant de leurs charmes (ce qui, pour ce que j’ai lu sur l’auteur après coup, est quand même pas mal réducteur). Vu que la quatrième de couverture parlait également d’une femme apprenant à « user de ses charmes » pour « corrompre et manipuler les hommes », j’étais inquiète. En plus, je venais de sortir de The Rats que, certes, j’ai (beaucoup) aimé, mais qui faisait une jolie démonstration de mentalité « les femmes, ces êtres inférieurs :’) », donc j’étais pas chaude pour passer d’une thèse sexiste à une autre. Le truc c’est qu’au final, c’est surtout l’introduction du bouquin qui conditionne… et on est bien d’accord que le contexte bon à connaître, mais j’aurais aimé la lire après, pour le coup, cette intro, pour aborder cette histoire vierge d’attentes,... parce que je l’ai trouvée intéressante.

Emotionnellement, on ne peut pas dire que je me sois vraiment investie dans Le meurtre d’O-Tsuya, parce que pour être honnête, je méprisais la majorité des personnages. Au début, je soupirais juste un peu de les voir aussi naïfs, mais au bout d’un moment, le personnage masculin a commencé à m’agacer sévèrement, à sombrer tout en continuant à juger son entourage. Le mec, il en est à plusieurs meurtres, mais on nous le décrit comme « profondément droit » dans sa corruption, et du coup vas-y que je regarde les gens de haut. Le portrait était intéressant, mais le personnage n’est pas sympathique. Quant à O-Tsuya, honnêtement, au début, c’est la seule que j’appréciais, un peu de la même façon que j’apprécie Scarlett O’Hara, parce que le livre ne nous demande pas vraiment de l’aimer, mais qu’elle est naïve au début et change pour survivre, faisant preuve d’une capacité d’adaptation assez impressionnante. Or, j’ai un gros faible pour tous les personnages qui sont en mode « survivre à tout prix », que ce soit en littérature ou à l’écran (cf. par exemple John Murphy dans the 100, Doggu dans Age of Innocence, l’héroïne de Byakuyakou, etc). Ils ne sont pas toujours sympathiques, pas toujours attachants, mais je les trouve généralement fascinants. En l’occurrence, la transformation d’O-Tsuya finit par la rendre cruelle, donc on ne peut pas parler de personnage attachant. Mais après, c’est pas grave si les personnages ne sont pas attachants ! Ca l’est déjà plus quand l’un d’entre eux est agaçant et que l’histoire se déroule de son point de vue, mais je dirais qu’il y a des choses à tirer de cette nouvelle. Dont le style, déjà, parce que c’est bien écrit (joliment traduit en tout cas), mais surtout dans les deux portraits que nous avons.

Le titre, à mon sens, peut se lire de deux façons : le meurtre peut être commis par O-Tsuya, ou bien elle peut en être la victime. Et en fait, ce sont les deux qui arrivent, encore que pas nécessairement de façon littérale. Dans un sens, on peut dire qu’O-Tsuya, avec la complicité de la victime pour le coup, a assassiné Shinsuke, parce qu’elle a été le déclencheur ayant éloigné le jeune homme de sa famille, et ayant précipité son déclin au sein de la société, faisant de lui un meurtrier. Elle n’est pas directement responsable, et son « homicide » était involontaire à la base (elle ne cherchait pas à corrompre Shinsuke, mais à vivre avec l’homme qu’elle aime, et s’est naïvement fait avoir par quelqu’un de mal intentionné), mais à la fin elle retourne quand même bien le couteau dans la plaie, et bref, oui, elle est la perte de Shinsuke, assassinant les perspectives d’avenir du jeune homme, ainsi que sa droiture. Mais O-Tsusa est également victime, d’en gros tout son entourage. Cela commence avec une société qui l’empêche de respirer, ça s’exprime dans la façon dont sa famille rigole de la voir traitée en objet, trouvant très amusant qu’elle soit la proie du harcèlement des hommes (enfin, d’un homme en l’occurrence, mais j’imagine que cela se serait étendu aux autres), et bien sûr, elle finit par se faire avoir par différents hommes qui cherchent à la posséder d’une façon ou d’une autre, et à l’utiliser. Finalement, en usant de son corps, de sa beauté, pour survivre et avancer, O-Tsuya ne fait qu’utiliser les seules armes qu’on lui a données. Lorsqu’arrive la conclusion de l’histoire, le véritable meurtre, le meurtre (quelle qu’en soit la victime, je ne vous en dirai rien) littéral avec du sang et tout,  est super rapide, l’affaire d’un petit paragraphe, il passe comme un éclair, sans description ou quoi que ce soit (il est largement moins détaillé que les deux meurtres commis par Shinsuke plus tôt dans le livre, notamment), mais c’est qu’on n’avait pas vraiment besoin de plus, car nous avons vu mourir Shinsuke depuis qu’il a accepté de s’enfuir avec O-Tsuya, et O-Tsuya avait commencé à mourir avant cela, tous deux tués par le monde autour d’eux, leur époque, les attentes de leur société, puis par eux-mêmes.  

Le meurtre d’O-Tsuya est une tragédie que j’ai aimé lire, encore que j’aurais pu l’apprécier plus (j’aurais vraiment voulu la découvrir sans que la préface forme mes attentes, et me mette dans de moins bonnes conditions, en fait). En tout cas, c’est une nouvelle que je vous conseille, car elle se lit bien et rapidement, et propose des personnages intéressants, à défaut d’être réellement attachants. Je ne sais pas quand je vous parlerai des autres histoires du coffret (à la base je voulais vous parler de tout d’un coup, mais en fait j’aime bien me garder des petits livres de 100-150 pages de côté, c’est pratique quand on a une soirée à occuper un peu, entre deux romans plus long), mais la première pioche a été bonne~

Tag(s) : #Littérature, #Novella, #Japon, #1910s, #1915, #Le meurtre d'O-tsuya, #Tanizaki Junichiro, #Romance, #Drame

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