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Comment se débarrasser de la grand-mère de sa femme qui empoisonne la vie de tous les habitants de la maison ? Exaspéré, Itami décide d’envoyer la vieille dame chez un autre membre de la famille ; attachée sur le dos de sa petite-fille qui la porte comme un sac, la voilà en route ! Mais on ne se débarrasse pas impunément de ses aïeuls…

Quatrième de couverture

Je vous spoile (pas sur le livre, sur ma vie… donc un truc que vous suivez avec largement plus d’attention, ce qui rend le spoiler atroce… mais mwhahaha vous ne pouvez rien me faire, car si vous appliquiez la peine capitale, vous n’auriez plus votre série favorite à suivre), mais je ne finirai pas mon coffret Rêves d’Orient ce mois-ci. A peine l’Age des Méchancetés terminé, je me suis lancée dans le premier volume du Labyrinthe, parce que je n’y peux rien, j’ai juste tendance à être plus attirée par les livres qui peuvent m’occuper plus de deux soirées, j’aime bien avoir une histoire à suivre. Donc je laisse les deux autres petits livres pour plus tard, tant pis, et en attendant j’en aurai quand même lus 3/5 après en avoir lus 0/5 pendant des années, donc… yay malgré tout.

Aujourd’hui, donc : l’Age des Méchancetés. Et c’est celui que je redoutais le plus de lire d’ailleurs. Pas à cause du style d’écriture ou de la longueur du bouquin (clairement), mais à cause du thème. « Un texte féroce et dérangeant sur la vieillesse » me disait la quatrième de couverture, et le truc c’est que la vieillesse, de base, c’est un sujet qui me fout les boules, donc il en faut pas beaucoup pour me déranger. L’idée du corps qui se transforme et s’affaiblit, des capacités mentales qui se réduisent, est une idée qui me fait très peur. Que ce soit à cause de la vieillesse ou autre chose d’ailleurs, car j’ai eu (comme beaucoup de gens) droit aux deux dans ma famille, et que ça m’a traumatisée, un peu. L’idée qu’un jour mon père ne sera peut-être plus la personne active qu’il est aujourd’hui me provoque des crises de panique, et celle qu’un jour je serai probablement à mon tour un esprit déclinant enfermé dans un corps qui m’échappe est le pire des cauchemars. Bref. Je le redoutais ce bouquin, mais je l’ai lu quand même, et … ça m’a mise drôlement mal à l’aise, et je pense que c’était le but donc j’imagine qu’objectif atteint, hein ! (par contre attendez-vous certainement à un post un peu décousu et pas forcément fouillé, parce que j’ai du mal avec ces sujets-là…. et le premier qui me sort « mais en vrai, on ne verra pas la différence avec d’habitude », je le tape)

Je pense que la vieillesse, ou en tout cas la vieillesse qui réduit le corps et l’esprit (car certaines personnes, heureusement, y échappent) fait peur à tout le monde, et sinon, tout va bien, ce livre est là pour y remédier, wouhou ! Ce qui met vraiment mal à l’aise, en fait, c’est qu’on est poussé à la fois à juger sévèrement la famille qui maltraite la grand-mère, et à comprendre leur ras-le-bol et manque d’options. Mettons-nous bien d’accord : je les ai détestés. Ils discutent de la vieille dame comme si elle n’était pas là, ne prennent pas de gants, allant jusqu’à lui dire carrément qu’elle est le cancer qui ronge leur famille, et c’est violent à lire, c’est révoltant. D’autant que l’auteur le rappelle : un jour ils seront dans la position de la grand-mère. Ils ne s’en rendent pas encore compte, mais les êtres humains sont tous destinés à mourir, et probablement vieillir (ils peuvent mourir avant aussi), devenant le fardeau que leur famille devra porter. C’est affreux de voir ces êtres humains en priver un autre de sa dignité. Ils n’abusent pas vraiment d’elle physiquement (encore que, lors du voyage dans les montagnes, si, quand même), mais la maltraitance psychologique va bon train. Et à la fois.

A la fois, la grand-mère vole les affaires, empêche tout le monde de dormir la nuit, a besoin d’aide pour tout, déchire ses vêtements, mange pour quatre dans un contexte de rationnement, et  n’a pas un caractère doux, ayant plutôt tendance à proférer insultes et malédictions. Ce qui n’excuse pas les abus psychologiques, mais si vous vous êtes déjà occupé de quelqu’un de malade, et que la maladie a en plus rendu agressif (avec des degrés différents bien entendu), vous savez à quel point c’est difficile, à quel point c’est épuisant, et vous savez aussi (pour la plupart des gens, je pense, en tout cas) que des fois, il vient des pensées qu’on aimerait vraiment mieux ne pas avoir, des pensées qu’on n'a pas envie d’avouer, qui nous font nous détester et qui ne sont « pas vraiment nous », mais qui viennent quand même, dans les plus grands moments d’épuisement. C’est là qu’était le vrai malaise pour moi. Pire que l’horreur du traitement de la victime, était le sentiment de comprendre l’épuisement de ses bourreaux. Je me suis sentie sale en lisant ce bouquin.

Mais c’est le but, je pense, car tout le livre de Fumio Niwa est une critique du système Japonais qui ne permet pas d’alternative à cette solution dont tout le monde pâtit (c’est pas caché : il prend quelques pages pour le dire directement). Apparemment, à l’époque, les maisons de retraite n’existaient pas trop (maintenant il me semble que si), et de toute façon l’idéal de la famille sous le même toit, la vision du devoir filial, font que les familles utilisant ces maisons sont très mal vues et n’osent pas, ce qui, selon l’auteur, mène à ces situations terribles qu’il décrit dans son petit livre.  Et c’est clair que son message, il le fait passer.

Du coup, moi, je ne sais pas trop quoi vous dire sur ce livre. Il est bien écrit, il atteint son objectif, et je n’y ai pris aucun plaisir, ça résume le tout assez bien. Honnêtement, je pense que s’il avait été plus long, je ne serais pas allée au bout. Après, comme je le disais, je suis particulièrement faible face à ce genre de sujets, donc je ne sais pas trop ce que vaut mon opinion sur la question. En conclusion, je pense, par curiosité, si le sujet vous intéresse, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil au livre, il fait son petit effet (ou son gros effet, si vous êtes comme moi). Mais bon, je le relirai pas.

Tag(s) : #Littérature, #Nouvelle, #Japon, #L'âge des méchancetés, #Fumio Niwa, #1940s, #1947, #Famille, #Drame, #Maladie, #Tranche de vie

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