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Le Maine, 1970. Ben Mears revient à Salem avec l'intention de s'installer à Marsten House, inhabitée depuis la mort tragique de ses propriétaires, vingt-cinq ans auparavant. Mais, très vite, il doit se rendre à l'évidence: il se passe des choses étranges dans cette petite bourgade. Un chien est éviscéré, un enfant disparaît, et l'horreur s'infiltre, se répand, aussi inéluctable que la nuit qui descend sur Salem.

Quatrième de couverture (corrigée parce qu'apparemment la personne en charge n'avait ni lu le roman ni vérifié sa page Wikipedia)

Aujourd’hui, revenons un petit peu à Stephen King si vous voulez bien, avec le prochain livre sur notre liste, à savoir Salem. A la base, je comptais vraiment m’occuper de Stephen King en vidéo seulement, mais avec ma reprise des dramas, je n’ai juste pas le temps de tout faire, et de mes activités dramatesques (donc regarder les dramas en question, mais aussi écrire dessus), de mes activités de lectrice, et de mes vidéos, il fallait que quelque chose saute, et c’est tombé sur les vidéos.  La bonne nouvelle, c’est qu’on va quand même parler de Stephen King, donc c’est déjà non ? Et j’étais très enthousiaste à l’idée de le lire celui-là, parce que Stephen King lui-même le présente souvent comme un de ses favoris. Sur la quatrième de couverture, il écrit que c’est un de ses meilleurs, et un de ses livres les plus flippants. Par ailleurs, j’ai une amie (Sonya, dont vous pouvez visiter le blog ICI) qui avait été terrifiée par ce roman, et comme j’aime bien me faire peur, forcément, j’avais super hâte de me plonger dedans et, avec un peu de chance, de perdre quelques nuits de sommeil (oui, j’ai des buts chelous dans la vie, okay). Alors au final, j’ai réussi à bien dormir, et non je ne pense pas que Salem soit le livre le plus flippant de King. Ni son meilleur d’ailleurs. Mais c’est vrai que j’ai bien aimé le livre et qu’il y a des passages qui m’ont un peu inquiétée. Parmi les pires scènes, [spoiler] il y en a une où un vampire cherche à se faire inviter dans la chambre d’un petit garçon qui m’a fait un peu frissonner,[/spoiler] et j’ai aussi grimacé lorsque Stephen King décrit la façon dont les malades finissent parfois par voir leur corps comme un ennemi (p. 473 dans mon édition « Le livre de poche »), parce que je me retrouvais énormément dans ce passage.

Mais ce passage n’est pas vraiment au cœur du thème principal de Salem, c’est juste un extrait que j’aime vraiment bien. [spoiler] Stephen King, lui, présente Salem comme un Dracula pris à revers, ce qui explique toutes les références à l’œuvre de Bram Stoker (qu’honnêtement j’ai trouvées peu subtiles… c’était un peu marteler le truc à mes yeux). [/spoiler] Salem parle du Mal, avec un grand M, [spoiler] et dans Dracula, que Stephen King qualifie d’œuvre optimiste, la technologie et la science nouvelle permettent de vaincre ce mal, là où [/spoiler] dans Salem non seulement la technologie et la science sont impuissantes, mais elles précipitent même encore plus notre perte, parce qu’elles nous ont permis de vivre si confortablement qu’on est perdus dans un faux sentiment de sécurité, et qu’on se retrouve bien vite désemparés face à ce qui dépasse notre entendement. Dans ce monde décrit par Salem, la science est la nouvelle religion, les médecins sont devenus nos prêtres, les hôpitaux des temples, et on en vient à oublier, parfois volontairement, que la science a ses zones d’ombre, ses lacunes. On s’attend à ce qu’elle puisse tout expliquer, et quand ce n’est plus le cas, c’est la panique, et on met trop longtemps à réagir parce qu’on n’arrive pas à croire à la menace. Et ce qui n’aide pas non plus, c’est ce que King, à travers le personnage du Père Callahan, appelle la « désacralisation du Mal ». C’est-à-dire qu’il n’y plus un Mal mais des maux. Le mal est partout, tout le temps, dans chacun d’entre nous, il ne vient plus du Diable mais du cœur des hommes. Enfin, techniquement, ça a sans doute toujours été le cas, mais la différence à présent est que c’est reconnu, c’est télévisé (technologie, bonjour à nouveau), c’est accepté. Si bien que l’Eglise et la Foi perdent leur pouvoir, n’ayant plus d’ennemi défini, et on ne peut plus se tourner vers elle. Si bien aussi que lorsque le Mal ultime se présente à notre porte, on baigne tellement dans ses minions banalisés qu’on ne le reconnait même plus.

Le mal, d’après l’Evangile selon saint Sigmund, n’aurait plus rien à voir avec le serpent tentateur du jardin, malgré ce que cette image peut avoir de freudien ; ce serait plutôt un gigantesque composé de pulsions individuelles et collectives, le subconscient de l’humanité en quelque sorte. […] Il échappe à toute emprise, et nous n’avons pas plus d’espoir de le distinguer du bien que Shylock n’en avait de se voir découper sa livre de chair sans verser une goutte de sang. […] Le prêtre rejette sa dépouille de sorcier et se lance dans l’action sociale, dans la lutte politique. […] L’Eglise d’aujourd’hui oublie le Ciel à force d’avoir les pieds sur terre.

P485-486

Nous sommes dans le temple du cartésianisme. […] Et si la belle théorie a une fuite quelque part, ils ne peuvent (ou ne veulent) pas le savoir).

P372

Le livre pose une réalité drôlement sombre, donc. Il n’est pas entièrement pessimiste, en vérité, car il nous dit que nous avons une chance de nous en sortir pourvu de nous réveiller à temps, mais il peint quand même un portrait assez triste de ce monde moderne, dans lequel le Mal s’insinue partout et laisse sa trace sur tout ce qu’il touche, que ce soit les endroits (la maison Marsten qui surplombe la ville et semble l’observer en permanence est une présence extrêmement sombre, marquée par les évènements horribles dont elle a été le théâtre) ou les individus. L’exemple le plus frappant à mon sens est dans l’utilisation du nom des personnages. Le gros du roman est en effet un flash-back, et on commence avec deux personnages non-nommés qui ont vécu l’horreur de Salem et se sont enfuis. Le roman nous raconte alors ce qui s’est passé, puis on revient aux deux personnages, toujours non-nommés alors que leur identité a été dévoilée, et c’est seulement après qu’ils soient retournés à Salem's Lot (la décision est prise dans l’intro du bouquin, donc ce n’est pas un spoiler) pour affronter le Mal qui s’y loge, qu’ils retrouvent leur nom, comme si leur rencontre avec ce Mal leur avait volé leur identité et que le seul moyen de la retrouver était de lui faire face, et si possible, de le vaincre. Et bien sûr, le Mal s’insinue également dans les communautés, qu’il teinte et détruit. C’est peut-être même cet aspect-là que j’ai préféré, d’ailleurs, cette histoire d’une communauté détruite petit à petit et d’une ville qui disparait. C’est ce que j’ai trouvé flippant pour ma part. Déjà parce qu’on se rend compte de la facilité avec laquelle la ville est détruite (ce livre m’a rappelé par exemple que mes voisins pourraient être morts depuis des mois que je ne m’en rendrais pas compte), et ensuite parce qu’on se rend rapidement compte que le mal qui se cache désormais derrière les portes, n'est pas toujours bien pire que les voisins qui y vivaient avant cela. Plusieurs fois, Stephen King passe quelques pages à faire le tour de la ville, nous racontant ce que font les gens, nous dévoilant leurs secrets, nous rappelant qu’on ne connait jamais vraiment les gens… et c’est pas bien beau à voir. C’est même un peu trop laid, d’ailleurs. Cela ne m’a pas dérangée car je comprends que Stephen King voulait faire passer une idée, mais [spoiler] de la même façon que les références directes à Dracula m’ont fait l’effet d’appuyer un peu lourdement sur le parallèle, [/spoiler] le rassemblement de dépravés improbable (ou suis-je trop bisounours ?)  m’a semblé appuyer sur le message sans vraie finesse.

Néanmoins, j’ai aimé toutes ces choses-là. J’ai trouvé les thèmes intéressants, inquiétants, et malgré le portrait très sombre de la réalité, j’ai apprécié que Stephen King, comme il le fait quasiment toujours, offre une lueur d’espoir au lecteur via les protagonistes. Comme il le dit lui-même, contre sa volonté de départ, son livre « reste curieusement optimiste ».

Mais j’en viens aux protagonistes, justement, et je dois dire que je n’ai pas été toujours à 100% convaincue. En fait ce que je trouve regrettable, c’est que les personnages secondaires m’ont quasiment tous plus intéressée que les personnages principaux. Ou plus exactement, le personnage principal et Mark Petrie, le gamin qui prend une place de plus en plus importante dans l’histoire au fil des pages. Le protagoniste, Ben Mears, dans la grande tradition Stephen King, est un écrivain, et je n’ai rien eu vraiment contre lui, c’est juste que je l’ai trouvé fade. J’aime toujours quand Stephen King nous parle d’écriture via ses personnages, et j’ai apprécié d’entendre parler des raisons qui poussent Mears à écrire, et du fait qu’il ne choisit pas ses sujets mais couche simplement sur le papier ce qu’il a besoin d’exorciser sur le moment, mais au final j’ai quand même trouvé le personnage plutôt plat, et sa romance coup de foudre avec une demoiselle locale ne m’a pas passionnée non plus. Quant à Petrie, qu’il faut pas mal supporter, pour le coup il m’agaçait sérieusement, parce qu’il fait partie de ces personnages enfants trop idéalisés. Il est très doué, il est capable de garder son sang froid dans les situations les plus difficiles et d’atteindre un degré de concentration à la hauteur « des fakirs indiens et des yogis », il est à la fois intellectuel, chétif mais capable de tabasser un costaud qui l’embête, il est plutôt mignon, il est à l’aise avec les adultes, on lui donne du « tu es quelqu’un, toi ! », etc. Et puis la traduction française n’aide pas, pour le coup, parce que dès qu’il rencontre les autres personnages il leur donne du « tu », et associé au reste ça m’a agacée. Heureusement, autour de ces deux-là, il y a des personnages plus intéressants, mes favoris ayant été Jimmy, le médecin abasourdi, et surtout le père Callahan, un prêtre alcoolique dont la foi s’est émoussée, parce qu’ils représentent respectivement la science et la religion et se rattachent à des thèmes du roman qui m’ont intéressée, si bien qu’ils sont au cœur de certains de mes passages favoris du livre.

Mais tout de même, ça n’aurait pas fait de mal que le protagoniste soit plus intéressant, et c’est à mon sens la plus grosse faiblesse du roman. La seconde, j’imagine serait sa lenteur. Personnellement, elle ne m’a absolument pas dérangée, au contraire, j’ai adoré que le roman prenne son temps, mais je peux imaginer que cela en dérangera d’autres. A la fin du livre, il y a des sortes de bonus et dedans on découvre des extraits qui étaient dans le manuscrit de base, mais ont finalement été retirés. Notamment il y a plusieurs scènes avec des rats (et je le mentionne parce que la présentation m’a fait rire : « Les scènes de rats sont rares dans la version finale, c’est la raison pour laquelle nous vous présentons celle-ci »… ne me demandez pas pourquoi, je trouve ça drôle), mais surtout on y découvre que la révélation [spoiler] de la présence des vampires [/spoiler] aurait dû venir avant. Apparemment King se disait que le public allait tout de suite comprendre si bien qu’il ne servait à rien de le faire attendre, mais son éditeur n’était pas d’accord. Et à l’époque il avait certainement raison, mais à présent que [spoiler] les vampires sont devenus très « communs »,[/spoiler] et que le roman lui-même, comme beaucoup des livres de King, est passé dans la culture générale, eh bien c’est vrai qu’on comprend très vite et que lorsque la révélation nous est livrée, ça fait 200 pages qu’on avait capté (d'ailleurs la préface spoile la chose, parce qu'à ce stade King sait bien qu'il ne va tromper personne). Et je comprends que cela puisse agacer, même si pour ma part cela ne m’a strictement pas dérangée, vu que j’étais très intéressée par les thèmes évoqués plus tôt.

Ah et en parlant de la fin du livre et des bonus qui s’y trouvent, mon édition propose également deux nouvelles intitulées Un dernier pour la route et Jerusalem’s Lot (ou Celui qui garde le ver). Je n’en parle pas ici parce qu’elles appartiennent en vérité au recueil Danse Macabre (Night Shift en anglais… à ne pas confondre donc avec Danse Macabre qui a été traduit en Anatomie de l’Horreur en France, et oui, c’est un coup à se perdre et acheter deux fois le même bouquin dans des langues différentes, ce que j'ai fait), le premier livre de King que j’ai lu, mais c’était intéressant de les relire. La première fait particulièrement froid dans le dos, je trouve, et comme j’avais lu ces deux nouvelles sans avoir lu Salem, c’était sympa de les relire en comprenant ce à quoi elles faisaient référence. Mais je vous en reparlerai quand on causera de Danse Macabre/Night Shift.

Bref, c’était intéressant à lire, Salem, et il y a des moments qui font bien froid dans le dos. Je ne trouve pas que ce soit ce qu’il a écrit de meilleur ou de plus flippant, mais j’ai passé un bon moment à lire ce roman. Et maintenant il ne me reste plus qu’à regarder les adaptations, yay :D

L'espace commentaires peut contenir des spoilers, il est à lire à vos risques et périls :) -mais bien sûr si vous me parlez sans spoiler parce que vous n'avez pas lu/vu l'oeuvre, je vous réponds sans spoiler également hein^^ juste faites gaffe aux autres commentaires-

Tag(s) : #Littérature, #Roman, #USA, #Salem's Lot, #Stephen King, #1970s, #1975, #Horreur, #Surnaturel

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