Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Un journaliste et sa femme s’installent dans le village d’enfance de celle-ci avec leur tout jeune fils et leurs deux chiens. Mais tandis que le journaliste apprend à connaître la région, il commence à entendre de drôles d’histoires à propos d’hommes sauvages dans les bois. Il devra rapidement se rendre compte que ces histoires ne sont pas aussi peu fondées qu’il le pensait.

A la base, j’avais prévu d’écouter ce roman, parce qu’il tombait dans ma ligne « thrillers » à priori. Il était affiché en gros sur audible, et je suis un public facile, donc… Sauf que dès les premières minutes, j’ai compris que ça n’allait juste pas être possible, à cause du narrateur, et j’ai rendu le roman, choisissant Juste une Ombre à la place. Le truc c’est que le synopsis de Skook m’intéressait quand même vraiment. Vous me connaissez, donc vous savez que l’horreur me parle, et il se trouve que si j’ai lu sur vampires, loups-garous, wendigos (mais pas assez), fantômes, zombis, aliens, clowns, et autres créatures qui ne veulent pas du bien à l’humanité, je n’avais encore jamais lu de roman sur les « bigfoot ». Nous n’avons pas vraiment de mots français, donc on appelle ça « bigfoot ». Aux Etats-Unis ils sont aussi désignés sous le nom de « sasquatch » (ou « skook » dans ce livre, un dérivé du mot « skookum », un mot du jargon Chinook… c’est expliqué dans le livre, mais sinon vous avez aussi les liens wikipedia :D), et en gros pensez au yéti, mais version USA, dans leurs chaines montagneuses et leurs forêts. C’est une créature que je n’avais encore jamais rencontrée (dans mon souvenir) lors de mes lectures, et j’étais curieuse, donc j’ai acheté le livre papier, et me suis plongée dedans. J’étais enthousiaste, et j’ai lu le livre très vite. Faut dire que c’est court comme livre. Par contre, j’ai quand même j’ai un peu galéré.

Pas que le style en soi soit compliqué, mais l’auteur écrit les dialogues de façon orale, avec les accents et le jargon, donc des fois fallait que je relise une phrase ou deux, sans oublier qu’il y a juste des mots de vocabulaire que je ne connaissais pas. J’ai appris des noms d’arbre et de gibier, notamment. Genre, je ne savais pas ce qu’était un/e « grouse » (c’est un oiseau de la famille des tétraonidés… et en vrai je ne connaissais même pas ce mot en français non plus). Mais c’est cool, j’ai appris des choses ! Cela faisait longtemps que je n’avais pas sortir le dictionnaire (dictionnaire = google en l’occurrence, certes) en lisant un roman. Par ailleurs, le livre s’attarde parfois sur des histoires d’armes à feu (l’histoire se déroule dans une contrée de chasseurs, sans compter que la population a également des armes pour se protéger), et je vous avoue que là aussi j’avais un peu de mal, mais en l’occurrence c’était plus par manque d’intérêt que parce que je ne comprenais pas les mots. Ce livre avait quelque chose de très « USA » (une partie des USA en tout cas, vu que le pays est grand) à la lecture, en fait, entre les armes à feu, toutes les mentions à la nourriture associée au pays et bien entendu les légendes indiennes, et le jargon utilisé. Et j’ai trouvé ça drôlement sympa, en fait, parce que c’était très dépaysant, l’histoire n’aurait pu se passer nulle part ailleurs. J’ai eu le sentiment d’entrer dans une Amérique que je ne connaissais pas encore, et j’ai apprécié. L’accent est beaucoup mis, dans le livre, sur la communauté dans laquelle le héros s’intègre, les secrets qu’il pénètre (rien que le terme « skook » est utilisé par les habitants pour que les étrangers ne sachent pas de quoi ils parlent, et ne se moquent pas d’eux), et j’ai eu le sentiment d’entrer dans cette Amérique cachée avec lui.  Et puis pour ce que je disais sur le vocabulaire et les dialectes/accents, le style lui, est facile à lire, et j’ai quand même rapidement dévoré le roman, parce que j’avais très envie de voir comment tout ça allait finir. Le livre commence in media res, et tout de suite, j’ai été prise dans l’action. Et, je dois dire, dans l’angoisse. Il y a quelque chose dans ce livre qui m’a vraiment fait flipper.

J’ai cherché ce qui, dans ce concept, me foutait particulièrement les boules, et j’en suis venue à la conclusion que c’était dû à trois choses en particulier : (1) le fait que les skooks en aient après l’enfant du personnage principal, parce que le gosse est vulnérable, et l’idée de créatures volant un enfant, ben, c’est pas cool (j’aime bien les euphémismes, oui) (2) le côté « invisible ». Les skooks ont appris à vivre à côté des hommes sans se faire repérer, et l’idée qu’il y ait ces créatures dans les bois, tout autour des personnages sans qu’ils puissent s’en rendre compte, c’est angoissant (3) le fait que les skooks semblent aussi humains. Et c’est ce point numéro 3, surtout, qui met mal à l’aise, parce qu’on est dans une drôle de position. Dans un sens, effectivement, les skooks (enfin « un skook ») ont essayé de voler l’enfant de notre personnage principal, si bien qu’on comprend sa colère, et même son dégoût face au spectacle dont il est le témoin à un certain moment du livre, mais d’un autre côté, on se rend compte nous aussi, plus que le héros aveuglé par sa rage, que les skooks ne sont pas des êtres monstrueux, mais des êtres doués de conscience, capables d’amour, et également très proches de nous. Du coup, à voir le personnage principal les chasser, j’ai parfois limite eu le sentiment d’une chasse à l’homme, et ça a quelque chose de très dérangeant. Mais bien entendu, foutre les boules, c’est aussi le but du roman, donc j’estime qu’il a simplement bien fait son boulot. Et en tout cas, il m’a gardée en suspense, parce que les skooks ne sont pas révélé rapidement, restant longtemps au rang de « présence », et il faut attendre longtemps avant d’en avoir un aperçu, plus longtemps encore avant de s’en faire une image précise. Ce que j’ai apprécié. Chaque fois que j’avais cinq minutes de libre, je lisais un chapitre, et sur la fin, alors que je devais dormir, je n’ai pas pu m’empêcher de finir le livre d’une traite, si bien qu’il m’a duré encore moins longtemps (deux jours, en fait).

Et puis, d’un point de vue un peu superficiel, je pense, je dois dire que ce livre m’a procuré un petit sentiment de nostalgie. C’est sans doute bête, mais la police du titre, des chapitres, et le fait que le livre soit écrit plutôt gros, m’a rappelé mon enfance à lire Chair de Poule. Le contenu était clairement plus adulte, et le style également, mais la présentation m’a fait revenir en arrière, et quelque part je crois que ça a ajouté à mon appréciation, j’avais le sentiment de revenir à ces années à me faire frémir sous la couette. En somme, j’ai vraiment bien apprécié de lire Skook. Je n’ai pas toujours complètement apprécié le personnage principal (à travers les yeux duquel on assistait à l’histoire, racontée à la première personne), mais je comprenais ses réactions, et j’ai aimé ce sentiment de regarder par le trou de la serrure, avec ce que ça impliquait de frissons en découvrant ce qu’il y a de l’autre côté de la porte. Bref, je ne regrette pas mon choix.

Tag(s) : #Littérature, #Roman, #USA, #Skook, #William R. Burkett JR., #Horreur, #Humanoids, #2010s, #2014

Partager cet article

Repost 0