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A Beast in the Cave / The Alchemist / Dagon / The Lurking Fear

 

Cet article va être un peu spécial, puisqu’il va concerner quatre courtes nouvelles d’H.P. Lovecraft, dont je ne sais pas trop comment parler. Pas une par une en tout cas. Mais récemment je me suis mise à lire du Lovecraft (il était temps), et je me suis dit que j’allais vous en parler, parce que comme ça, si vous avez lu du Lovecraft aussi, on pourra en discuter, or discuter c’est cool. Avant de commencer, un aperçu rapidement de quoi parlent les nouvelles :

 

- dans the Beast in the cave : un homme se perd dans des grottes lors d’une visite guidée, et tombe sur une bête dans le noir.

- dans the Alchemist : un homme cherche à percer le mystère d’une malédiction qui plane sur sa famille et en tue tous les hommes avant ou aux alentours de leurs 32 ans.

- dans Dagon : un homme à la dérive dans l’océan tombe sur une drôle « d’île », et y est témoin de quelque chose qui le rend fou.

- dans the Lurking Fear : un homme enquête sur un monstre de légende ayant fait beaucoup de victimes dans les montagnes Catskill.

 

Maintenant causons.

Comme je le disais, il était vraiment temps que je lise du Lovecraft. Il a été inspiré par des auteurs que j’aime beaucoup, il a inspiré des auteurs que j’aime beaucoup, et je suis familière, de loin, de beaucoup de concepts qu’il a créés, mais je n’avais jamais lu une seule ligne de son œuvre, et tandis que je relisais (encore) Spirale d’Ito Junji, j’ai fini par me dire « okay, stop, sérieusement, Lovecraft, maintenant » (au passage, je sais que je vous l’ai déjà conseillé cent fois ce manga, mais… je vous le conseille une 101ème fois :D et tant qu’à faire, je vous conseille également de lire ce que Masaru Satô a à en dire, parce qu’il a écrit la postface de mon édition, et que son texte est super intéressant… que son analyse s’accorde ou pas avec les intentions de l’auteur, j’ai beaucoup apprécié de découvrir une lecture différente du manga).  Sauf que je ne savais absolument pas par où commencer mes lectures, et fallait pas compter sur mon entourage, parce que la seule personne à avoir lu du Lovecraft dans mon entourage direct, c’est mon père, qui ne l’aime pas du tout. Donc j’ai procédé de façon bourrine : j’ai trouvé une intégrale pas trop chère et je l’ai achetée. En plus, elle est jolie :

J’ai commencé par la nouvelle dont mon père se souvenait (the Lurking Fear) afin de pouvoir comparer mes impressions avec les siennes, et ensuite j’ai repris au début de l’intégrale, donc au début chronologique, à priori (mais j'ai sauté the Tomb, pour aucune raison autre que je m'en suis pas rendue compte sur le moment :D).

Et je vais vous parler de tout ça au fur et à mesure, parce que déjà tout caser dans un seul article serait galère, mais aussi parce que je vais certainement étaler mes lectures dans le temps, vu que le bouquin est assez gros, et qu’en plus, pour ne rien vous cacher, les débuts n’ont pas été des plus aisés.

Dans les quatre nouvelles que j’ai lues pour le moment (et pour avoir rapidement feuilleté le reste de l’intégrale, on dirait que c’est récurrent), Lovecraft écrit en usant de la première personne du singulier, nous plaçant directement dans la tête de ses protagonistes, qui nous racontent leur histoire. Or, comme vous le savez peut-être selon à quel point nous nous connaissons, c’est vrai que de base, j’aborde toujours avec un peu de réticence les textes écrits en point de vue « première personne du singulier ». Bien entendu, il y a des œuvres écrites de cette façon que j’aime beaucoup, mais mon souci avec ce point de vue-là, c’est que pour peu que le narrateur soit antipathique, j’ai tendance à me sentir emprisonnée dans sa tête, et à vouloir de plus en plus en sortir. Et il se trouve que je n’aime pas les narrateurs de Lovecraft pour le moment. Enfin, ceux de the Beast in the cave, the Alchemist et Dagon ne me sortent pas autant par les yeux que celui de the Lurking Fear, peut-être aussi parce qu’on passe moins de temps avec eux, mais ils ne m’inspirent pas non plus énormément de sympathie, car je les trouve plutôt suffisants. Celui de Lurking Fear, en revanche, je l’ai vraiment peu apprécié, en majeure partie à cause de son mépris assez transparent pour les classes sociales inférieures, décrites en gros comme des enfants qui lui sont reconnaissants de la protection qu’il vient leur accorder (alors qu’en vrai, il ne protège pas grand-monde, hein). Il y a juste quelque chose dans le ton qui ne m’a pas plu, et je n’ai pas le sentiment qu’on est censés juger négativement les personnages, mais vraiment épouser leur point de vue. Après, c’est pas non plus rédhibitoire, parce que les histoires sont courtes donc on ne passe pas non plus des plombes de temps avec ces narrateurs moyennement sympathiques, et parce qu’en plus, le succès des nouvelles (pour le moment en tout cas) ne me semble pas vraiment reposer sur un attachement potentiel au narrateur (the Alchemist, à la limite, est celle où on a le plus besoin de s'y intéresser, parce que l'histoire le concerne lui, personellement), on n’a pas besoin de réellement les soutenir, juste de découvrir les horreurs concoctées par Lovecraft, et ça c’est très faisable tout en jugeant à mort la personne qui nous en parle. Mais c’est clair qu’à choisir, j’aurais bien aimé passer ces pages dans la tête de gens plus sympathiques, et que du coup c’est un petit frein, qui s’ajoute à d’autres, comme le fait, par exemple, que le style n’est pas toujours évident pour moi. Ce n’est pas que je le trouve mauvais, en fait j’aime même vraiment bien la façon dont Lovecraft arrive  à poser ses ambiances glauques, et ses descriptions horrifiques, mais simplement, on est toujours dans le descriptif, il n’y a quasi pas de dialogues, et dans the Lurking Fear en particulier, je dois admettre qu’il y a des phrases que j’ai dû relire pour être sûre de bien les assimiler. Donc non, je ne trouve pas le style mauvais, c’est juste qu'il me demande un peu plus d’effort que d'habitude. Encore que ç’ait été moins vrai pour the Beast in the Cave et the Alchemist, sans doute en partie parce que Lovecraft était plus jeune quand il les a écrites (14-15 ans, sauf erreur de ma part), et peut-être aussi parce que plus j’en lis, plus ça vient facilement. On verra comment ce sera à la fin de l’intégrale~ Mais bien que j’apprécie l’ambiance des nouvelles, et les descriptions permettant de vraiment se peindre un tableau mental de ce qui se passe, pour le moment, il y a un petit côté laborieux qui sert de frein supplémentaire. Bon, et puis après il y a de petites choses qui m’ont fait sourire dans ces nouvelles, du genre du narrateur de Dagon qui *écrit* son histoire et la conclue par des mots vraiment pas naturels, un peu comme si un écrivain mourant sur son parchemin écrivait « arrrggh » dessus (cf. aussi ceci) ou des twists en fin de nouvelles écrits en majuscules avec plein de points d’exclamation, en mode « OMG !!! » (mais c’était dans ses premières nouvelles, faut dire).

J’en viens donc aux idées, aux horreurs qu’on trouve dans les textes, qui inspirent ces « OMG !! ». Enfin, pas trop à moi, en vérité. Mais c’est difficile de vraiment toujours blâmer Lovecraft, parce que  par exemple, la conclusion de the Beast in the cave me paraissait évidente, okay, mais faut dire aussi qu’entre l’époque où Lovecraft a écrit la nouvelle, et la nôtre, on a eu droit à plusieurs histoires du genre, certainement inspirées (en partie au moins) par Lovecraft. C’est un peu le souci de découvrir les histoires qui ont inspiré les trucs un peu éculés de nos jours : elles paraissent éculées aussi. Bon, puis en l’occurrence, cette nouvelle et the Alchemist étaient aussi un peu trop courtes, avec des idées que je n’ai pas trouvées suffisamment percutantes (j’admets néanmoins qu’il y a un passage de the Beast in the Cave qui m’a un peu mise mal à l’aise) pour qu’elles me marquent sincèrement. J’ai déjà préféré the Lurking Fear (qui me semble avoir quelque chose en commun avec the Beast in the Cave, mais je ne suis pas encore suffisamment avancée dans mon exploration pour discuter des thèmes de Lovecraft et de leur récurrence potentielle), parce que comme elle est plus longue, on a vraiment le temps de plonger dans l’ambiance glauque du récit, ce qui la rend plus marquante en général, d’autant qu’elle a quand même quelques moments, sans vous spoiler, qui font froid dans le dos, un peu. Néanmoins, ma nouvelle favorite, pour le moment a été Dagon. Il ne s’y passe finalement pas grand-chose en termes d’action, et la créature rencontrée par le narrateur ne lui fait rien de spécial, n’est même pas menaçante, mais l’espace d’un bref instant, il rentre en contact avec quelque chose d’immense, quelque chose qui ne lui accorde pas un regard, et se cache dans des recoins de notre monde que nous ne connaissons pas, ce qui a effectivement de quoi effrayer, je pense. L’apparence de la créature est également décrite comme horrifique, mais à mon sens c’est juste sa taille et l’indication d’une société qui créent vraiment le malaise. C’est la peur de l’inconnu, tout simplement : la présence de cette créature énorme, et d’une civilisation supposée pour aller avec, signifie qu’il y a un monde que nous ne soupçonnons pas sous le monde que l’être humain a trop tendance à considérer comme sien. C’est un peu comme découvrir qu’il y a des créatures inconnues, énormes et peut-être même s'étant installées avant toi qui vivent dans les murs de ta maison, là où tu ne peux pas les voir. Peur de l’inconnu donc, mais aussi flip parce que le narrateur réalise peut-être que « sa maison » n’est justement pas « sa » maison, que l’être humain est insignifiant. Et moi je trouve la nouvelle également intéressante justement parce qu’elle laisse supposer de tout un univers sous celui que nous appelons le nôtre, ce qui ouvre des tas de possibilités que j’aimerais bien explorer.

Je dirais que dans leur terreur, à mes yeux, the Alchemist était à échelle humaine, the Beast in the Cave et the Lurking Fear à échelle de l’humanité, alors que Dagon passe à une échelle bien supérieure, écrasant l’humanité, et je crois que, pour le moment, plus l’échelle est grande, plus ça m’intéresse, donc j’ai hâte d’en lire plus dans cette veine-là. Je me demande si ça a quand même un rapport avec les narrateurs (pour revenir à ce que je disais au début)…. parce que comme les idées me plaisent plus que les personnages, forcément, plus les idées sont grandes et les personnages écrasés, plus ça me parle. Après, je ne sais pas si Lovecraft peut me faire peur avec ça, parce que j’ai tendance à plus flipper avec les histoires à échelle humaine dans lesquelles je peux me propulser (d’où que Stephen King me fasse flipper à mourir, parce qu’il garde généralement ses récits vraiment centrés sur ses personnages) mais il peut carrément m’intéresser, et me mettre un peu mal à l’aise sans doute aussi, ce qui me convient carrément (en même temps, qui va aller se plaindre d’être intéressée, hein o.o). Pour le moment, ce n’est donc pas encore l’amour fou (et en même temps, je n’ai pas encore touché à ses fictions les mieux réputées), mais je suis intriguée, et je continue~

Tag(s) : #Littérature, #Nouvelle, #USA, #Lovecraft, #A beast in the cave, #The alchemist, #Dagon, #The Lurking Fear, #Horreur, #Surnaturel, #Fantastique

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