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Accompagnés de guides, un homme et son neveu vont chasser l'élan dans les forêts du Canada, mais dans ces bois reculés, une présence inquiétante se fait peu à peu sentir.
 

The bleak splendors of these remote and lonely forests rather overwhelmed him with the sense of his own littleness. That stern quality of the tangled backwoods which can only be described as merciless and terrible, rose out of these far blue woods swimming upon the horizon, and revealed itself. He understood the silent warning. He realized his own utter helplessness. Only Défago, as a symbol of a distant civilization where man was master, stood between him and a pitiless death by exhaustion and starvation.


La splendeur trouble de ces forêts vides d’êtres humains et loin de toute civilisation, lui firent ressentir l’écrasante réalité de sa propre insignifiance. La rudesse des arrières-forêts emmêlées, qu’on ne pouvait que qualifier d’impitoyables et terribles, se révélèrent, émergeant de ces lointains bois bleutés qui flottaient à l’horizon. Il comprit l’avertissement silencieux, réalisant l’ampleur de sa propre impuissance. Seul Défago, symbole d’une civilisation lointaine où l’homme régnait en maître, se tenait entre lui et une effroyable mort, de fatigue ou de faim.

Algernon Blackwood - The Wendigo (texte original + traduction amatrice par moi, parce que je n'ai pas la VF... soyez indulgents^^)

Cela faisait un petit moment que je voulais lire cette nouvelle d’Algernon Blackwood. Je trouve le mythe du wendigo vraiment intéressant, vraiment flippant (pour des tas de raisons, mais principalement c’est la transformation du corps, et l’idée de quelque chose « d’un peu humain, mais pas tout à fait » qui me fait peur) et surtout trop rare en fiction. Je ne sais pas si c’est moi qui cherche mal, et si vous avez des recommandations, surtout n’hésitez pas, mais autant il y a des créatures (genre les vampires ou les loups garous) qu’il est facile de trouver dans des tas d’œuvres littéraires et cinématographiques, autant pour le wendigo, ça a l’air plus chaud. Pour le moment, je ne l’ai rencontré que dans la série Hannibal, la série Supernatural, le roman Simetierre, et le film Ravenous (et oui, Robert Carlyle en wendigo… c’est assez génial, à vrai dire), et ce n’est juste pas assez. J’ai quelques romans sur ma liste de choses à lire, mais bref si vous voulez recommander quelque chose, allez-y. Algernon Blackwood, en tout cas, est apparemment le monsieur qui a réellement introduit ce mythe à la littérature (bien entendu, il ne l’a en revanche pas inventé du tout, le wendigo sortant de la mythologie des natifs américains), donc forcément, j’étais curieuse, et récemment SALT a rappelé cette nouvelle à ma mémoire, alors j’ai fait une petite pause dans ma lecture de Lovecraft et compagnie, et je me suis décidée à lire the Wendigo (notez : the Wendigo n’est pas très éloigné de Lovecraft, finalement…), dans l’espoir de bien me foutre les boules, parce que je dors à peine ces derniers temps, et que je n’aime pas ne faire les choses qu’à moitié.

La première chose à noter, c’est que le wendigo de Blackwood est assez différent de ce à quoi je m’attendais, déjà parce qu’il n’est aucunement question de cannibalisme. II y a plusieurs versions du mythe du wendigo, mais la question du cannibalisme est quand même importante dans la plupart d’entre elles. Ici, néanmoins, notre wendigo est apparemment plus amateur de mousse que de chair humaine. Ce qui ne le rend pas moins terrifiant, notez bien. Et le rend intéressant d’une autre manière, mais d’abord, parce que je sens que vous êtes en suspense de savoir si oui ou non la nouvelle m’a fait hésiter à éteindre ma lampe de chevet pour dormir, la réponse est : non, pas du tout. Parce qu’il était clair que je ne l’éteindrais pas. Parce que de toute façon ça fait des semaines que je ne l’éteins pas (je suis flippée en ce moment). Mais oui, la nouvelle est bien angoissante, notamment parce que notre wendigo, certes, est un herbivore, mais ça veut pas dire qu’il ne peut pas faire de mal à nos personnages, et surtout, oui, il parle toujours, et moi ça me fait peur. Il y a une scène particulièrement flippante où notre personnage principal se réveille au milieu de la nuit, pour trouver son compagnon de tente ayant apparemment été trainé de quelques centimètres par les pieds vers l’ouverture de la tente. Alors, il entend le wendigo prononcer le nom de son compagnon, d’une voix extrêmement flippante, et moi, je n’en menais vraiment pas large. Et pour ça, il faut remercier en grande partie le narrateur de l’audiobook. Oui, car en vérité, bien que j’aie acheté le livre physique, j’ai fini par écouter l’audiobook plutôt. Je lis beaucoup de choses en ce moment, donc j’avais envie de varier un peu, et je me suis dit que ce serait une bonne idée d’écouter ça avant de dormir (spoiler : non). Finalement, j’ai bien fait. Le wendigo parle plusieurs fois le long de l’histoire, et il y a notamment une phrase qu’il répète plusieurs fois… je ne vais pas vous mentir, si je l’avais lue, je ne sais pas si je n’aurais pas un peu souri, parce qu’en soi je trouve qu’elle a quelque chose d’un peu comique. Mais à écouter, avec la voix trainante et dérangeante, subitement, ça ne fait plus rire du tout. Donc j’approuve ma propre décision d’écouter la nouvelle (yay), bien que je n’aie probablement pas choisi le bon moment de le faire (moins yay). D’autant que le narrateur, M. Shea Taylor a une voix qui m’est très agréable.

Après, bien entendu, je ne peux pas garantir que cette phrase m’aurait fait rire, car les bons auteurs d’horreur savent prendre quelque chose d’absurde et le présenter de façon terrifiante. Et à priori, Blackwood m’a semblé bon. Le souci de l’audiobook (qui a d’autres avantages, surtout en horreur) est que je m’y penche moins sur le style de l’auteur, mais la (longue) nouvelle alternait drôlement bien entre les ambiances. C’est-à-dire que Blackwood arrive à rendre les bois tantôt un endroit merveilleux forçant l’admiration et faisant ressortir la camaraderie humaine, tantôt effrayants, menaçants et hostiles à l’homme, tantôt les deux en même temps. Pour tout vous avouer, en écoutant lire Shea Taylor, j’avais en tête des images à la The Revenant, qui à mon sens portait très bien à l’écran ce que la nature sauvage a de superbe, terrifiant et mortel (bon par contre, la camaraderie dure pas des masses dans the Revenant… mais y a un gentil nounours qui fait un câlin à Léo, alors ça va). D’autant que the Wendigo a le même genre de décors… du moins je trouve… dans ma tête, en tout cas, et je m’en plains pas parce que the Revenant, c’était très joli à regarder. Mais tout ça pour dire, donc, que Blackwood donne envie de se perdre dans son récit, et sait faire monter le flip quand il faut. Même avec un wendigo herbivore. Parce que le fait est, du coup, que puisque le wendigo ne veut pas manger nos personnages, il a une autre motivation pour son hostilité, et cette motivation semble être la simple présence de nos personnages. Vers la fin de la nouvelle, notre personnage principal avance l’idée que le wendigo est certainement quelque chose de préhistorique, datant des premiers hommes, à une époque où les superstitions terrifiaient le cœur des hommes, quelque chose qui a survécu tout ce temps. Un autre y voit l’appel de la forêt, car les hommes voyant le wendigo deviennent le wendigo, et que le personnage qui se fait avoir dans la nouvelle est celui qui ne se sentait à sa place que dans la forêt, sombrant dans la mélancolie à la ville (et faut voir ce qui lui arrive aussi, mais ça je vous laisserai le découvrir). Devenir le wendigo, serait donc répondre à l’appel de la forêt et devenir une de ses créatures, laissant son humanité derrière soi. Personnellement, dans cette nouvelle, j’ai vu le wendigo comme un peu des deux. Comme une sorte d’esprit de la forêt, qui de même que la forêt peut se montrer attirant (tout en restant super inquiétant, c’est plus qu’il hypnotise), et super hostile à l’homme qui n’y a pas sa place. Les personnages se font la remarque que la forêt semble avoir été aménagée par l’homme, et ils y entrent pour tuer des élans (okay et c’est super gamin mais le mot « moose » est un mot qui me fait rire, du coup je souriais chaque fois que le narrateur le prononçait… level de maturité : négatif), donc on peut voir dans le wendigo une force effectivement primale qui n’attaque pas l’homme pour le manger, mais pour le chasser, parce qu’elle le voit comme un envahisseur.

A côté de ça, le personnage principal, j’ai trouvé, était agréable à suivre. Il n’est pas le narrateur, mais c’est lui qui vit le gros de l’histoire et a rapporté les faits à notre narrateur donc il est un peu notre narrateur indirect en plus d’être notre protagoniste, et comme pour lui tout est nouveau, on découvre avec lui, et on flippe quand il flippe. La plupart des autres personnages sont un peu moins engageants, parce que ce sont surtout des stéréotypes assez plats, mais ils jouent leur rôle, et de toute façon, la nouvelle ne passe pas non plus trop de temps sur eux. On a vraiment surtout besoin de ressentir les choses avec notre protagoniste face au concept, à la forêt, au wendigo, les véritables stars de la nouvelle, et à ce niveau-là, y a pas de souci.

Donc dans l’ensemble, j’ai vraiment bien apprécié ma « lecture ». Blackwood nous montre juste ce qu’il faut, en laissant aussi suffisamment dans l’ombre, et j’ai beaucoup aimé écouter cette nouvelle que je lirai certainement (en livre physique, cette fois, je veux dire) un de ces jours. Si vous avez envie de frissonner un petit peu, c’est une histoire que je vous recommande sans mal. A moins bien sûr que vous partiez en randonnée demain. Ne lisez pas ça dans votre tente au milieu de la forêt. Encore que ce serait typiquement le genre de choses que je ferais si j’étais du genre à aller dormir en forêt. Ou du genre à sortir. Arf. Pour conclure : soyez meilleurs que moi, les gens ! (mais lisez la nouvelle)(en plus, si vous voulez, vous pouvez même la trouver gratuitement, et légalement, sur le site du projet Gutenberg^^)

Tag(s) : #Littérature, #Angleterre, #The wendigo, #Algernon Blackwood, #1910s, #1910, #Novella, #Horreur, #Audiobook, #Survival

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