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Camille est une adolescente surdouée. Elle mène une vie sans historie entre le collège et ses parents adoptifs. Un jour, elle pénètre par accident dans l’univers mystérieux de Gwendalavir avec son ami Salim. Camille ignore tout de ce monde. Mais ce monde, lui, semble la connaître. Sous le nom d’Ewilan. Pourquoi est-elle ici et pourquoi des créatures menaçantes, les Ts’liches, essaient-elles de la tuer ?

Quatrième de couverture (éditions le Livre de Poche)

Quand j’y pense, c’est étrange que je n’aie jamais lu de Bottero avant cette année. Il était populaire à l’époque où j’étais pile dans l’âge-cible, et il écrit dans un genre que j’aime, donc étant donné que je lisais énormément à cet âge-là, je trouve ça bizarre que je n’ai jamais lu de Pierre Bottero. Bref, comme beaucoup de gens que je connais semblent très fans, je me suis dit qu’il était temps de voir de quoi il était question… et ma conclusion, pour le moment (j’ai pas encore entamé la suite, vu que j’ai juste acheté le tome 1 au début, histoire de tester) c’est que j’aurais certainement beaucoup aimé ce livre si je l’avais lu il y a quatorze ans, mais qu’en l’occurrence (me tapez pas, je sais que cette saga tient très à cœur à énormément de monde, mais mon opinion n’est que ça, mon opinion, et je ne demande à personne de la partager) j’ai été déçue. Faut dire qu’on m’avait pas mal mis la hype, ce qui n’a pas aidé, mais surtout, je n’ai simplement pas été très impressionnée. Je suis quand même curieuse de lire la suite, cela dit. Parce qu’il y a tou de même quelques trucs que j’ai bien aimés, et aussi parce qu’il est évident que ce tome s’attache surtout à poser la situation de départ. Or un de mes soucis avec ce livre est la façon dont il balance de l’exposition de façon que j’ai trouvée peu subtile, et je me dis qu’avec un peu de chance, dans le tome 2, ça ira mieux (vu que le gros est fait).

Pour commencer par ce qui m’a plu, j’ai trouvé le livre très facile à lire. Bien sûr, c’est écrit pour un public jeune, donc c’est en partie pour cela que ça se lit aussi vite (d’autant que ce n’est pas long, en l’espace de deux soirées c’était plié, et j’aurais certainement pu le lire en une), mais aussi, j’ai trouvé l’écriture de Bottero fluide, agréable, et notamment, il y a quelques touches d’humour ici et là qui m’ont bien plu. Par exemple, au tout début, dans le chapitre 1, Camille (l’héroïne) est sur le point d’être percutée par un camion, mais au lieu de ça, elle se retrouve subitement dans un univers parallèle, et on a ce passage :

Elle ne se trouvait plus au milieu de la chaussée, mais dans une forêt plantée d’arbres immenses.
C’est alors qu’après un magnifique vol plané, un chevalier en armure s’aplatit à côté d’elle dans un impressionnant bruit de casseroles. Camille commença à penser que quelque chose ne tournait pas rond.

Ce « Camille commença à penser que quelque chose ne tournait pas rond », c’est typiquement le genre de choses qui me font sourire, et il y a des petites touches comme cela dans le roman qui ont rendu ma lecture agréable. Et par ailleurs, j’aime énormément certains concepts introduits par Bottero. Le monde dans lequel se retrouvent les protagonistes (et dans lequel, à moins que j’ai loupé une explication quelque part, tout le monde parle apparemment français :D coup de bol ! mais on va pas retenir ça contre le roman: c’est quelque chose que font énormément d’histoires) ne m’impressionne pas plus que cela niveau habitants, organisation, créatures (à l’exception des monstres Ts’liches, qui me foutent légèrement les boules, parce que toute créature géante étant à moitié mante religieuse me fout les boules), parce que c’est quand même assez classique… mais bien entendu, on vient à peine d’y entrer, et en revanche ces histoires de Pas sur le Côté (grand ou petit, selon qu’on se déplace d’un monde à un autre, ou à des endroits différents dans le même monde), et de Dessin (les Dessinateurs sont capables de créer une image dans leur tête et de la rendre réelle), je trouve ça vraiment intéressant, original, et j’ai envie de voir les idées développées (en plus j’ai entendu dire que des habitants du monde fantastique entreraient un moment dans le monde « réel », et ça promet d’être fun, j’aime beaucoup l’idée). Donc oui, il y a des choses que j’ai bien aimées dans ce livre, qui font que j’ai envie d'en voir plus, et donc que je vais certainement acheter le tome 2, ou l’emprunter à la bibliothèque.

Mais il y a aussi beaucoup de choses qui expliquent ma déception, et la première, oui, effectivement, c’est que j’ai eu le sentiment de lire beaucoup d’exposition, et que même si je comprends pourquoi elle est là (les personnages sont étrangers à ce monde donc bien sûr qu’ils ont besoin d’explications), elle était malheureusement couplée à une intrigue qui prenait tellement de raccourcis que ça m’a laissé un goût désagréable dans la bouche, car du coup j’avais le sentiment qu’on allait juste d’un endroit à un autre pour nous faire un petit topo sur comment fonctionnent les choses, au lieu de nous laisser découvrir (nous et les personnages) tout cela de façon plus naturelle. Qu’est-ce que j’entends par "raccourcis" ? Eh bien, il y a le coup de la langue oui, mais encore une fois c’est un truc courant, donc surtout : l’héroïne passe dans un monde parallèle, boum, elle tombe pile à côté des persos qui vont faire avancer l’intrigue, la seconde fois elle tombe justement sur le mec qu’il fallait, et quand elle est séparée de lui, comme de par hasard, elle tombe encore sur quelqu’un qui va lui faciliter la vie, quand elle est perdue, subitement y a une voix dans sa tête qui lui dit où aller... Ça devient galère d’avancer à pied ? Pas de souci, y avait justement une charrette avec un brave type dedans qui passait par là ! Elle ne sait pas où passer la nuit ? No problem, un sans-abri a pile la planque qu’il faut à lui proposer, contre un service qui tombe précisément dans ses cordes !  Elle se retrouve dans un lac où elle risque de se noyer ? Mais c’est magnifique : pile à cet endroit il y a le truc qui va lui permettre de remonter, et aussi plus tard de résoudre un autre souci !  Si ça n’arrivait qu’une ou deux fois, ce serait pas bien grave, mais ça arrive encore et encore, et je comprends que le livre doit avancer vite pour ne pas perdre le lectorat, mais non seulement c’est répétitif, mais en plus ça m’a empêchée d’adhérer réellement au personnage principal (j’ai d’autres raisons… une surtout… on en reparle plus tard), parce que sentir les difficultés d’un personnage à avancer, c’est aussi ce qui créé l’empathie, et que là j’avais bien trop le sentiment que l’auteur faisait une énorme partie du boulot à sa place.

Une autre facilité à mes yeux aussi : le coup des parents inattentifs, et qui n’aiment pas leurs enfants, mais de façon bien trop grossière (parce que sinon, bien sûr que les parents inattentifs et/ou qui n’aiment pas leurs enfants, ça existe). Salim et Camille ont des situations familiales très différentes (Salim fait partie d’une grande fratrie, et a des parents pauvres, tandis que Camille est fille unique, adoptée par des parents très riches) mais ils ont en commun d’avoir des parents qui ne s’intéressent pas vraiment à eux. Ceux de Camille sont si froids qu’ils en deviennent des caricatures et qu’on se demande pourquoi ils l’ont adoptée à la base, tandis que pour Salim, apparemment, ils sont tellement nombreux dans sa famille que quand il ne rentre pas, ça passe complètement inaperçu. A ce compte-là, je pense qu’ils auraient tout aussi bien pu vivre dans le même orphelinat, ça aurait paru moins étrange. Mais oui, c’est sûr qu’avoir des parents qui s’en foutent, c’est tout de même bien pratique pour pouvoir passer dans un monde parallèle : ils sont ra-vis ! Et ils n’ont absolument pas à gérer le fait d’être loin de leur famille, pas de grandes questions complexes à se poser, yay. Camille sent juste qu’elle est à sa place dans ce nouveau monde, Salim n’a que Camille en tête, et ils n’ont pas de place ailleurs de toute façon, donc ce nouveau monde leur parait hypra cool. C’est là qu’à mon avis, je pense que j’aurais sans doute plus apprécié le livre il y a quatorze ans : à l’époque, j’avais quatorze ans (oui, aussi), et j’étais dans ma période « les parents ça craint », où j’avais moi aussi envie de découvrir que j’étais une héroïne appartenant à un autre monde dans lequel je serais la personne la plus bad-ass et la plus importante de l’univers. En plus Camille, c’est une fille, donc je me serais identifiée à elle, et n’aurais pas pensé à deux fois. C’était l’époque où je lisais Peter Pan en me disant que BIEN SÛR que je suivrais Peter, et rien à battre de ma famille (pardon, famille) après tout. Maintenant, ça me dérange plus. Bien entendu, tous les enfants n’ont pas la chance d’avoir des parents qui les aiment, ou des parents tout courts, mais c’est la façon dont c’est fait que je trouve très grosse et qui donne donc le sentiment que l’histoire s’arrange la vie. A voir comment les tomes suivants règleront la chose (est-ce que Camille et Salim devront finalement confronter leurs parents ou pas…?), mais de même, il y a des moments où j’aurais voulu que le livre aille un peu plus en profondeur : par exemple, à un moment donné, les deux enfants sont témoins d’une mort, et ça les secoue un peu, mais on ne ressent pas assez le poids de la chose à mon goût (au passage, ils ont aussi vu des gens se faire tuer avant, dont un se faire décapiter, mais là ça n’a pas l’air de les avoir traumatisés ?). Et encore une fois, je comprends qu’il y a un rythme à garder, mais j’y peux rien, ça me frustre.

J’en viens à présent aux personnages… Pour le moment, les personnages secondaires sont tous assez archétypaux et je n’en ai pas  grand-chose à dire (encore que j’aime bien Edwin, mais c’est que j’ai un faible instinctif pour les guerriers mystérieux, il n'a rien d'unique pour le moment), donc pour rester sur les deux principaux, Salim m’est bien sympathique, encore que je ne le trouve pas très drôle alors qu’il est censé être le comic-relief (mais ça non plus, je ne le retiens pas contre le livre, car c’est un enfant qui a un humour d’enfant, et s’adresse à un public du même âge que lui… donc le personnage n’est pas mal écrit, c’est simplement que ce qui me faisait rire à treize ans ne me fait plus autant rire à présent), mais j’ai eu du mal avec Camille, parce qu’elle est bien trop boostée à mes yeux. Salim passe son temps à nous dire (indirectement) à quel point elle est trop cool, trop intelligente, trop merveilleuse, et je trouve ça mignon, mais Camille est tellement exceptionnelle qu’elle a appris le latin et le grec toute seule, qu’elle sait toujours quoi répondre, qu’elle est capable de démonter des types super balèzes qu’on nous demandait de craindre, qu’elle est surpuissante, etc… et au bout d’un moment, je vous avoue que j’ai trouvé ça lassant (et qu’elle m’a agacée aussi), surtout associé au fait que le livre faisait déjà bien pencher les choses en sa faveur. On a un personnage d’Elu surpuissant et meilleur que tout le monde (qui a un peu à apprendre oui, mais on ne la voit pas beaucoup faire ça dans ce livre, les choses lui viennent très naturellement) que le hasard aide en plus de toutes les façons possibles, et personnellement, je ne trouve juste pas ça très intéressant. Si elle avait été moins parfaite ou si le livre ne lui avait pas toujours foutu pile ce qu’il lui faut pile au bon moment, je pense que j’aurais plus accroché, mais… meh.

Donc pour le moment, je suis effectivement assez déçue par ce livre dont on m’avait énormément vanté les mérites. Encore une fois, je reconnais volontiers n’être pas dans la cible visée par le roman (et je n’ai pas non plus de nostalgie à son égard, si bien qu’il ne me replonge pas dans l’âge visé), et je suis à peu près certaine que si je l’avais lu au même âge que ses protagonistes, j’aurais été embarquée, car il se lit vraiment bien, et qu’il est simple, mais là, avec des yeux d’adultes, je ne me suis pas sentie impressionnée, je n’ai pas été convaincue par les personnages, et il y a des tas de moments où je me suis sentie frustrée que le roman n'aille pas plus loin, ou ne soit pas plus fin. En revanche, oui, j’aime bien certains concepts, donc j’ai quand même l’intention de lire la suite, d’autant qu’il parait que l’univers de Bottero devient surtout intéressant quand on l’explore plus. Bon, je suis partisane du « si on a besoin de lire 12 bouquins pour trouver le premier vraiment bon, c’est qu’il y un souci » mais en revanche, lire la trilogie de la Quête d’Ewilan en entier ça me parait pas abusé, donc pour le moment, c’est le plan~

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