[Sous le masque rouge de l'honneur] Hara-kiri Death of a Samurai 一命

Publié le 5 Juillet 2017

Un sondage sur vos disponibilités pour fêter les dix ans du blog est en ligne :) Si vous voulez être là, ça se passe par ici.

 

Sorti en 2011

Réalisé par Takashi Miike

Ecrit par Takiguchi Yasuhiko & Yamagishi Kikumi

Remake du film Hara Kiri de Kobayashi Masaki

Dure 2h06

 

Avec :

Ichikawa Ebizo >>> Tsukumo Hanshiro

Eita >>> Chiziiwa Motome

Mitsushima Hikari >>> Miho

Yakusho Koji >>> Saitou Kageyu

 

 

Dontesque ?

 

Un samurai demande à un seigneur l’autorisation de commettre seppuku dans sa maison, afin de mettre fin à ses jours dans l’honneur. Le seigneur accepte, à condition que le samurai écoute d’abord son histoire, celle d’un jeune homme ayant fait la même requête peu de temps auparavant

 

Fiche écran d’Asie : ICI

 

 

~oOo~

A la base, je n’étais pas super intéressée par ce Hara Kiri : Death of a Samurai, pour tout vous dire. Enfin : j’avais été intéressée, à sa sortie. Parce qu’il était diffusé dans des cinémas pas loin de chez moi (à l'époque j'étais à Paris), et parce qu’il y avait Eita dedans, or « voir Eita au cinéma = yes interested ». Mais parce que je suis un peu nulle, comme vous commencez à le savoir maintenant qu’on se connaitrait presque, je l’ai loupé, et après mon intérêt est un peu retombé, parce que je sais pas, il est retombé, c’est tout. SAUF QUE. Je n’avais absolument pas capté que c’était Takashi Miike qui l’avait réalisé ! J’avais laissé ce film pour la fin par manque d’intérêt, mais en découvrant le nom du réalisateur, autant vous dire qu’il est remonté en flèche. Et là vous vous dites que je dois être fan de Takashi Miike, et en fait… non :D Enfin ça dépend. C’est-à-dire que dans la tonne de trucs qu’il a faits (et on parle quand même d’en gros une centaine de films, répartis sur 26 ans de carrière… donc en moyenne deux films par an, ce qui est assez énorme quand c’est tenu de façon constante sur 26 années), déjà, je n’ai vu que quelques titres (et vraiment une minorité de ce qu’il a fait), et y a de tout : des trucs que j’aime bien, des que j’aime beaucoup, des que je déteste (encore qu’il faudrait que je revois Visitor Q un de ces jours, mais j’ai pas la foi/le courage pour le moment), mais très peu de films auxquels je sois restée indifférente. Quand je vois le nom de Takashi Miike sur un poster, je ne me dis pas nécessairement que le film va me plaire, mais qu’au moins il n’y a aucun risque que je m’ennuie ou ne ressente rien, quitte à ressentir un profond malaise. Donc, oui, subitement, j’étais intéressée. Et j’ai été surprise. Car c’est vrai que j’ai vu Takashi Miike taper dans plusieurs styles, mais je l’avais rarement vu aussi… sobre. Lent, oui, mais pas vraiment sobre, pas vraiment dans la retenue (à part peut-être dans Audition ? Je m’en souviens mal, pour être honnête.)

 

On va commencer par la conclusion, en quelque sorte : j’ai aimé ce film. Dès qu’il a commencé à vrai dire, dès ses premières images, parce qu’histoire de simplifier… c’était vachement beau *O* Voyez plutôt :

[Sous le masque rouge de l'honneur] Hara-kiri  Death of a Samurai  一命
[Sous le masque rouge de l'honneur] Hara-kiri  Death of a Samurai  一命
[Sous le masque rouge de l'honneur] Hara-kiri  Death of a Samurai  一命

Toute cette symétrie… ça fait du bien à mes yeux. Mais même sans la symétrie, le film faisait du bien à mes yeux :

[Sous le masque rouge de l'honneur] Hara-kiri  Death of a Samurai  一命
[Sous le masque rouge de l'honneur] Hara-kiri  Death of a Samurai  一命
[Sous le masque rouge de l'honneur] Hara-kiri  Death of a Samurai  一命
[Sous le masque rouge de l'honneur] Hara-kiri  Death of a Samurai  一命

Comment c’est beau.  Et gris, aussi, je sais pas si vous avez remarqué :D  ? Mais oui, ce n’est pas comme s’il n’y avait pas de couleurs (notamment l’armure du samurai, qui prend des allures de démon monstrueux, est très très rouge, et il y a d’ailleurs pas mal de touches de rouge dans le film because wouhou, sang et souffrance), simplement c’est quand même assez gris parce que la réalité des personnages ne l’est pas moins. De différentes façons. Du côté de nos protagonistes, on peut voir des murs en proie à l’humidité, et à l’usure, parce que la famille est pauvre, et vit dans un endroit de plus en plus insalubre, tandis que du côté de la maison des samurai où notre personnage principal veut faire seppuku, on ne manque de rien, et l’extérieur est plus coloré, mais à l’intérieur il y a quelque chose de pourri, aussi crevé et tordu que l’arbre derrière le maître des lieux, et ce sont les gens eux-mêmes. Donc oui, le film est souvent gris, mais il n’en reste pas moins fort joli, et étonnamment restreint pour du Takashi Miike (ou en tout cas, le Takashi Miike que je connais, et je rapelle encore une fois que j'ai vu une minorité de ses films). C’est-à-dire qu’il y a bien des séquences difficiles, et qu’elles frappent vraiment, que ce soit par leur violence, leur tristesse ou les deux, mais au niveau de ce qu’on nous monte, ça reste super pudique, le réalisateur plaçant (littéralement) un voile devant les protagonistes dans plusieurs moments de tragédie, ou bien préférant nous filmer une expression faciale reflétant la douleur, plutôt que la source sanglante de cette douleur. Croyez-moi, ça ne retire rien à l’impact, et à la fin, j’avais la haine contre certains personnages.

 

Le film s’interroge sur ce qui fait un samurai. Pour les directement concernés, c’est avant tout une question d’honneur, mais justement, le film s’attache à nous montrer toute leur hypocrisie. Ils ont cette grande armure rouge, mais dans un pays qui fait de moins en moins appel à eux, ils passent plus de temps à la polir pour l’exposer qu’à vraiment vivre selon les principes qu’elle est censée représenter, leur hypocrisie faisant des victimes au passage. « Votre honneur est une farce » se verront-ils jeté au visage, et… oui. Au final ces samurai qui s’enorgueillissent de leur précieux honneur en ont-ils réellement plus que les classes sociales en dessous d’eux ? Ou bien s’en servent-ils plutôt pour rester à leur position ? Personnellement, j’ai été très intéressée par la façon dont le film faisait tomber les masques.  

 

Au passage, on pourrait d’ailleurs s’arrêter sur le titre du film, ou plutôt sa traduction. En japonais, le film s’appelle en fait « Ichimei », c’est-à-dire « une vie ». Et c’est un remake d’un film qui en japonais s’appelait « Seppuku » (sorti en 1962) et est devenu « Hara Kiri » à l’international, certainement parce que le mot « Hara Kiri » est plus familier que le mot « Seppuku » en dehors du Japon. Dans ce remake de Takashi Miike, « Hara Kiri : Death of a Samurai/La mort d’un Samurai », le mot « hara kiri » (enfin, les mots) n’est jamais prononcé, il est toujours question de « seppuku » (et les sous-titres alternaient entre « seppuku » et « hara kiri » alors qu’à l’oral, c’était toujours « seppuku »). Donc on pourrait se dire que la traduction « Hara Kiri : Mort d’un Samurai » est à côté de la plaque, mais en fait je trouve que (peut-être accidentellement ? vu que le mot « hara kiri » a sans doute été choisi pour ce qu’il a de plus reconnu) cette traduction finit par bien exprimer l’esprit du film. Parce que « Hara kiri » est un terme plus « bas de classe », d’après ce que j’ai pu lire, et fait référence à quelque chose de pas aussi ritualisé, mais aussi, c’est un terme plus « vulgaire » que « seppuku » et un terme utilisé à l’oral, et plus par des classes sociales inférieures que par l’élite. Si on prend en compte que le seul personnage à mourir de seppuku est un personnage d’une classe sociale inférieure, que les samurai méprisent, mais dont le film semble nous dire que finalement, il était peut-être un des seuls à mériter l’appellation… je trouve que cette traduction est un heureux accident (ou pas un accident du tout)(disclaimer néanmoins : je ne parle pas japonais, ni ne suis experte en la culture, j’ai juste été surprise des sous-titres, et du vrai titre, donc j’ai été taper « différence entre hara kiri et seppuku » dans google, j’ai lu plusieurs pages, et cette idée m’est venue, prenez ce que je raconte avec un grain de sel).

[Sous le masque rouge de l'honneur] Hara-kiri  Death of a Samurai  一命
[Sous le masque rouge de l'honneur] Hara-kiri  Death of a Samurai  一命
[Sous le masque rouge de l'honneur] Hara-kiri  Death of a Samurai  一命

Cette parenthèse refermée, bien que j’aie beaucoup aimé le film, je suis obligée d’admettre que de temps en temps, j’ai voulu qu’il aille plus vite, mais c’était pas tellement parce qu’il était lent, c’est plutôt parce que…il…était…affreusement...triste. Des fois, je regardais à côté de l’écran, presque, parce que j’avais du mal (après, certes, je suis du genre sensible, aussi… mais la fameuse « mort du samurai », je l’ai très mal vécue). Et vu qu’il est raconté avec des flash-backs, dont on connait le résultat, il n’y a pas d’espoir que les choses aillent ailleurs que là où on sait qu’elles vont aller, donc on regarde lentement (mais pas gaiement) le mur s’approcher peu à peu de notre face, sachant que nous et les personnages allons tous nous le prendre de plein fouet. Ce film m’a fait penser, au niveau de l’effet sur moi, au Tombeau des Lucioles. Pas du tout dans la construction, et le Tombeau des Lucioles a été bien plus traumatisant pour moi, mais dans le sens où on commence par nous dire « voilà, ça va finir avec cette situation affreuse » et qu’on continue avec « maintenant laisse-moi te raconter comment on en arrive à cette situation affreuse, en revenant au début et en rendant les choses plus tristes à chaque seconde qui passe ». Joie. Et la « joie » passait d’autant plus que le casting était très bon. Bien entendu, je n’en attendais pas moins d’Eita et Mitsushima Hikari,  mais je ne connaissais pas du tout Ichikawa Ebizo (qu’on va bientôt retrouver avec KimuTaku et Erika Toda dans l’adaptation de Blade of the Immortal, par Takashi Miike aussi) et maintenant je suis triste qu’il ait aussi peu de films et dramas à son actif parce que dans ce rôle, il est excellent, et a un charisme évident.

 

Au final, j’ai beaucoup aimé ce film, et je pense qu’il est intéressant à regarder, pour les performances, la réalisation (très jolie scène de neige à la fin, aussi ), et le propos sur les samurai, de même que l’émotion qu’on peut en tirer, mais vous risquez de finir plus déprimés et en colère que le cœur léger, mettons. En tout cas, à mes yeux, ça valait le coup, et je ne savais pas avant de lancer le film qu’il s’agissait d’un remake, mais je serais assez curieuse de jeter un œil  à l'original à présent ! (vous savez, dans cette dimension parallèle où j'ai tout le temps que je veux)

[Sous le masque rouge de l'honneur] Hara-kiri  Death of a Samurai  一命
[Sous le masque rouge de l'honneur] Hara-kiri  Death of a Samurai  一命
[Sous le masque rouge de l'honneur] Hara-kiri  Death of a Samurai  一命
[Sous le masque rouge de l'honneur] Hara-kiri  Death of a Samurai  一命
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :