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Sorti en 2012

Réalisé et écrit par Edwin

Dure 1h35

 

Avec :

Ladya Cheryl >>> Lana

Nicholas Saputra >>> Le cowboy

 

Dontesque ?

Abandonnée enfant dans un zoo, Lana y a passé toute son enfance et son adolescence. Un jour, elle y fait la rencontre d’un homme mystérieux en costume de cowboy.

 

Fiche Ecrans d’Asie : ici

 

 

.oOo.

Eh bien, il me fallait un film venant d’encore un autre endroit en Asie, alors je me suis dit « pourquoi pas l’Indonésie ? », j’ai tapé « Indonésie film » dans Google (le degré 0 de la recherche, quoi), et après avoir regardé un peu ce que l’ami Google me proposait, je suis tombée sur Postcards from the Zoo, qui avait un titre qui me plaisait, et surtout un très joli poster, comme vous avez pu le constater en haut de l’article. D’ailleurs, l’artiste qui a dessiné l’affiche, Diela Maharani, a également fait d’autres illustrations du film, et elles sont superbes :

 

 

Et je vous encourage donc à aller, par exemple, jeter un œil à son compte instagram, parce que c’est beau ce qu’elle fait. Et très coloré, en plus, donc je trouve que ça met de bonne humeur. Elle a aussi un blog, et une boutique pleine de ses jolies choses. Bref, j’aime beaucoup ce qu’elle fait, et je vous encourage donc à aller voir ça. Pour revenir au film, en tout cas, son illustration m’a convaincue, et je n’ai pas regretté, parce que j’ai aimé le film dès le début. Ce qui a peut-être quelque chose à voir avec le fait qu’on rentre dans le film en compagnie d’une petite fille absolument adorable. Mais même une fois que notre héroïne a grandi, ce qui arrive assez rapidement, j’ai continué de beaucoup aimer ce film, donc c’est bien qu’il devait aussi y avoir autre chose. Et… oui. En premier lieu : l’ambiance générale.

 

Le film a une ambiance très flottante, un ton mélancolique agréable, et je pense que ça découle en grande partie du choix de décor, celui du zoo. En premier lieu, c’est un lieu que la plupart des gens connaissent en tant que lieu public, un endroit où il y a toujours du monde, mais comme Lana y vit, on voit énormément le zoo vide, du point de vue de quelqu’un qui y habite, sans le brouhaha des visiteurs, et il y a toujours quelque chose d’un peu étrange à voir dépeuplé un endroit qu’on associe à la foule. Parfois ça peut même être inquiétant, parce que notre cerveau enregistre que la situation n’est pas normale, qu’il y a quelque chose de louche quelque part, mais en l’occurrence je pense que la situation semble plus étrange que menaçante. Ensuite, le zoo est une « réplique » de la nature, un monde faux en quelque sorte. Et il faut compter en plus les statues d’animaux qui poussent plus loin de concept de fausseté. On est dans un semblant de nature, et on le ressent d’autant plus parce que le public est souvent absent. Ajoutez à ça que le film est plutôt silencieux, et on obtient une impression de mélancolie flottante.

 

Et puis j’ai aussi eu l’impression que dans sa forme, le film essayait de refléter son titre : « Des cartes postales du zoo ». C’est-à-dire que souvent, on a de petites-scènes, de plusieurs secondes, où on voit juste tourner le petit train du zoo, un hippopotame faire sa toilette, un éléphant sous la pluie, ce genre de choses. Ca ne fait pas spécialement avancer l’histoire, l’héroïne n’est pas sur place, on a ces petits moments même alors qu’elle est loin du zoo, mais ça donne vraiment le sentiment d’avoir de petits clichés en mouvement de la vie du zoo, comme des cartes postales que l’on recevrait. Par ailleurs, l’héroïne nous narre plusieurs choses en voix off (pas vraiment ce qui se passe, elle nous donne plus des informations sur la vie du zoo, sur les girafes, etc), et il y a ces moments où le film nous met, en blanc sur noir, des définitions ayant un rapport avec le zoo (ce que ça veut dire d’extraire une espèce, ce que signifie « in situ », ce genre de choses), et le tout participe à donner l’impression que le film s’adresse à nous, encore une fois, comme si on recevait des courriers. Ca aussi, ça participe à la mélancolie de l’ensemble.

 

Par ailleurs, j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de scènes entre le jour et la nuit, ce qui ajoutait au sentiment d’être entre deux mondes, et il faut bien entendu compter le personnage du cow-boy magicien de rue, qui utilise sa magie dans la vie de tous les jours, de façon si nonchalante, naturelle, pour lui-même, et pour les plus petites choses, que parfois on en vient à se demander s’il y a toujours un truc, ou s’il possède véritablement un peu de magie. Tout ceci créé une atmosphère que j’ai trouvée envoûtante et qui m’a très rapidement fait aimer le film.

[La vie secrète des girafes] Postcards from the Zoo[La vie secrète des girafes] Postcards from the Zoo[La vie secrète des girafes] Postcards from the Zoo
[La vie secrète des girafes] Postcards from the Zoo[La vie secrète des girafes] Postcards from the Zoo
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[La vie secrète des girafes] Postcards from the Zoo[La vie secrète des girafes] Postcards from the Zoo

A côté de cela, j’étais également intéressée par nos personnages. Enfin, surtout Lana, c’est-à-dire. Parce qu’elle est le personnage principal et qu’on ne suit qu’elle. Le cowboy m’a aussi intriguée parce qu’il semblait tellement magique dans sa présence, que ça lui donnait du charisme, mais oui, c’est bien Lana qu’on suit, jeune femme abandonnée dans le zoo quand elle était enfant. Elle y a grandi, s’occupant des animaux, et créant un lien tout particulier avec une girafe, son animal favori (et j’ai appris des choses sur les girafes dans ce film, c’est cool), en lequel elle semble voir une sorte de figure maternelle (son rêve est de toucher l’estomac de la girafe, depuis qu’elle est enfant, et autant on sait qu’elle avait un père parce qu’il l’abandonne au début, autant on n’a aucune idée de si elle a connu sa mère). La girafe (telle que Lana nous la décrit) et elle ont par ailleurs des similitudes : la grâce, le silence, la solitude (Lana vit avec des gens, mais elle n’en ressent pas moins de la solitude, et je pense que c’est pour ça aussi qu’elle a envie de suivre le cow-boy), le fait qu’elles soient toutes deux plus fortes qu’elles n’en ont l’air, et bien sûr le fait qu’elles appartiennent désormais toutes deux au zoo. Parce que dans un sens, Lana est presque née dans ce zoo. Ou en tout cas, elle y est re-née. On ne sait rien de sa vie avant cela, et elle-même n’a pas l’air de s’en souvenir. C’est sa maison à présent. D’après Lana, il y a trois types de gens dans le zoo :

 

- les visiteurs qui viennent regarder, voire (consciemment ou pas) être regardés eux-mêmes

- les animaux qui sont regardés et le savent parfois, mais parfois pas, et certains observent en retour (généralement ceux qui sont en groupes)

- et les gens qui « appartiennent » au zoo, parmi lesquels on trouve les gens qui y travaillent la journée, ceux qui y trouvent un foyer un moment, et ceux qui ne se voient pas aller vivre ailleurs, parce qu’ils aiment le zoo, et s’y trouvent donc nuit et jour. Pour eux, le zoo, c’est tout ce qui existe.

 

Et on voit Lana passer par les trois catégories. Au début, elle appartient au zoo. Elle y est « née », elle l’aime, elle n’a nulle part où aller de toute façon. Puis elle suit le cowboy hors du zoo, et je pense que ce n’est pas une coïncidence si, pour l’aider, elle se retrouve à enfiler le costume d’une amérindienne alors que lui est un cowboy : le monde extérieur va l’exploiter tout le temps qu’elle s’y trouve. Dans cet environnement auquel elle n’appartient plus, elle est un animal elle-même, exploité comme le serpent dont on vend le contact ou le singe au bout d’une laisse. [spoiler] Elle-même se retrouvera confinée dans un petit dortoir, et les choses seront rendues claires lorsqu’elle se verra demander d’enfiler un costume de léopard par un client. [/spoiler] Mais ce qu’il y a de plus triste, c’est qu’à passer tout ce temps en dehors de son monde (le zoo), elle risque de devenir un membre de la première catégorie : une visiteuse dans ce qui était sa maison. A être restée trop loin de chez elle, elle est dépossédée de son foyer (ainsi on a plusieurs plans de la foule dans le zoo, avec elle, perdue au milieu des autres, sur le côté ou dans l’arrière-plan… elle perd sa connexion intime à l’endroit), et là on peut dresser le parallèle avec le zoo lui-même, car certes certains animaux sont peut-être dans le zoo dans un effort pour préserver l’espèce, mais ce n’est pas le cas de tous, et les zoos sont une forme d’exploitation animale dont les captifs deviennent des étrangers à leur environnement naturel.  

 

Bien sûr on peut aussi le voir dans l’autre sens : Lana a d’abord fait partie du monde « du dehors » et passer trop de temps dans le zoo l’a rendue inadaptée à ce monde-là, qui est vu comme l’environnement naturel de son espèce. Au final, on en revient quand même bien à la même idée : que la cage soit le zoo réel ou le monde extérieur, le temps en captivité « désadapte » le captif au monde où il était censé s’épanouir. D’un autre côté, dans le cas de Lana (mais pas des animaux qui ont été capturés, eux), qui a été abandonnée dans le zoo et y a trouvé une maison, et se montre plus solide qu’on ne pourrait s’y attendre dans le monde extérieur, on peut aussi voir l’idée que l’être humain est capable de survivre aux épreuves et de se créer un foyer là où il est. Bref, il y a plusieurs façons de prendre ce film. Ce que je trouve fort cool.

 

Ainsi, j’ai beaucoup aimé ce film. Si vous cherchez quelque chose de mouvementé, ce n’est pas ce qu’il vous faut, et j’admets que moi-même, il y a un ou deux moments (dans le monde extérieur surtout) où j’ai trouvé le film un peu lent, mais dans l’ensemble, j’ai quand même beaucoup aimé, je me suis laissée envoûter par l’ambiance, et donc oui, si vous sentez que ça peut vous intéresser, jetez y un œil~ Venez apprendre des choses sur les girafes avec moi !

Tag(s) : #SA2017, #Cinéma, #Cinéma Asiatique, #Indonésie, #Postcards from the zoo, #2010s, #2012, #Edwin, #Ladya Cheryl, #Nicholas Saputra, #Coming of age, #Animaux, #Tranche de vie

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