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Il est le meilleur ingénieur de son temps. Il a inventé le robot à tout faire et créé l’usine qui le construit. Mais le voilà dépossédé de tout par la trahison de son meilleur ami et de la femme qu’il aimait. Il s’enfuit dans l’avenir, au moyen du long sommeil. Avec pour seul compagnon Petronius le Sage, le chat qui sait qu’en faisant le tou de la maison, il trouvera, en plein hiver, une Porte qui ouvre sur l’été.

Quatrième de couverture – éditions le Livre de Poche

J’ai lu ce roman dans le cadre du défi lecture de Morgana et la Luciole, sur le blog d’Encre et de Rêve, que je vous recommande de suivre si ce n’est pas déjà fait (vous pouvez aussi les trouver sur youtube, sur twitter et sur facebook). Malheureusement, j’avais manqué de temps pour participer au dernier, mais ce coup-ci, j’avais vraiment envie de le faire, et j’ai donc choisi trois livres, dans trois genres différents que j’apprécie (SF, fantasy, thriller). Enfin, en vrai, j’ai aussi choisi deux audiobooks, mais en ce moment je n’en écoute pas trop (je blâme la chaleur ><), donc j’ai décidé de commencer par Une porte sur l’été de Heinlein, parce que non seulement il m’est tombé entre les mains en premier, mais en plus je connaissais le nom de l’auteur qui a sacré bonne réputation en général, et chez moi également, vu que mon père me recommande régulièrement de lire Starship Troopers (et un jour, je le ferai !). Le livre se lit très vite, donc ma lecture a rapidement été pliée, et pour résumer… c’était… euh… C’est-à-dire que j’ai aucun souci avec le style d’écriture, mais le contenu m’a moins enthousiasmée, et plus j’ai repensé au livre après ça, plus je me suis trouvée... agacée.

 

Pour commencer par le bon, néanmoins, j’ai effectivement beaucoup aimé l’écriture. Bon, en l’occurrence, il s’agit d’une traduction, mais c’était très fluide, léger, bien rythmé, et il y avait pas mal de touches d’humour appréciables, qui m’ont fait sourire en coin. En particulier, j’ai beaucoup aimé tout ce qui relevait de la relation entre le narrateur et son chat. Aux descriptions et aux dialogues (certes, le personnage parle avec plus de mots, mais ça n’empêche pas le chat de répondre, avec des attitudes, voire des sortes de mots) on a l’impression d’avoir affaire à vieux couple qui s’aime mais se chamaille pas mal, et c’est amusant et attachant à lire. J’avais véritablement envie de les voir continuer à être ensemble, c’était un peu mon OTP du livre, en quelque sorte.

[Mon chat] avait la conviction inébranlable que l’une [des portes] au moins, devait s’ouvrir en plein soleil – s’ouvrir sur l’été. Il me fallait donc, chaque fois, faire le tour des onze portes en sa compagnie, les lui ouvrir l’une après l’autre, et lui faire constater que l’hiver sévissait également, tandis que ses critiques sur mon organisation défectueuse s’élevaient crescendo à chaque déception.
Il s’obstinait ensuite à ne pas sortir tant qu’il n’y était pas absolument forcé par ses propres contingences internes.
Lorsqu’il rentrait, la glace collée à ses petites pattes silencieuses faisait un bruit de claquettes sur le plancher. Il braquait sur moi un regard foudroyant et refusait de ronronner jusqu’à ce que tout fût léché, séché. Alors seulement, il me pardonnait… jusqu’à la sortie suivante.
Mais il n’abandonna jamais sa recherche de la porte s’ouvrant sur l’été.

Par ailleurs, bien que je ne puisse pas vous spoiler, il y a des « ressorts » que j’ai bien appréciés dans ce film (le Long Sommeil qui te fait hiberner des années jusqu’à ce que tu te réveilles dans le futur, [spoiler] et l’idée de voyage temporel, bien entendu [/spoiler]), et c’était sympa de voir les choses s’assembler à la fin. Le souci, c’est que… arf, j’aimais bien certains joueurs, j’aimais bien certains ressorts, j’aimais bien le ton de l’auteur, certes, mais il y a aussi beaucoup de choses qui m’ont agacée, dérangée, ou déçue.

 

En premier lieu, j’ai trouvé qu’il y avait un certain manque d’ambition à l’histoire. Ce n’est jamais un mal de donner dans la "simplicité", et j’aime bien le travail d'anticipation d'Heinlein, ainsi que son idée de l’auteur qu’on n’arrête jamais le cerveau humain, qui réfléchira toujours à comment aller plus loin, comment inventer de nouvelles choses (après, est-ce qu’il devrait, ça c’est une autre question, mais le livre est plutôt optimiste), mais j’ai trouvé qu’avec ses idées, Heinlein aurait pu en raconter… plus, quelque part ? Enfin… en fait mon problème surtout c’est que l’échelle est gardée vraiment à hauteur des individus, des personnages, et que j’ai eu du mal avec les personnages, si bien que j’aurais aimé avoir plus à me mettre sous la dent. Si j’avais plus apprécié les personnages et ce qui leur arrive, nul doute que l’échelle m’aurait moins dérangée. Et donc, on va commencer à parler de ce qui ne m’a pas plu.

 

Déjà : le sexisme.

 

Oui, oui, je sais, le livre a été publié en 1957, donc ça date un peu, et c’est donc pas super étonnant d’y trouver des idées datées non plus. Dans certains livres, je mets ça de côté, si je trouve d’autres choses qui me plaisent et qui équilibrent le tout, mais ici, je ne trouvais pas mon compte, donc forcément, mon esprit non-embarqué dans le roman se retrouvait très disponible pour remarquer un sexisme épuisant car omniprésent. Tous les personnages féminins sont tellement… « faibles ». Les trois personnages féminins les plus importants sont la vile tentatrice qui détruit l’amitié loyale de deux hommes, l’épouse dévouée qui aime juste que les choses soient simples, et la petite fille, Ricky. Au-delà de ça, on croise quelques infirmières notamment (dont une qui, malgré l’insistance de son collègue masculin, est bien entendu incapable de respecter le règlement, pourtant sensé, de son hôpital, parce qu’elle se laisse facilement attendrir le cœur, étant une chose sentimentale après tout) mais sinon ce sont les trois personnages féminins "de front". Et faut voir les portraits !

 

La gamine, par exemple, est présentée comme quelqu’un de bien, quelqu’un à qui on peut faire confiance parce qu’elle n’a pas encore les charmes des femmes, qui sont apparemment ici vus comme une arme, voire quelque chose qui corrompt, finalement (et notez, c’est pas bien plus sympa pour les messieurs, parce qu’apparemment ils sont incapables de réfléchir face à une paire de seins, d’après le narrateur, ce qui est quand même bien dégradant pour le sexe masculin). Sérieusement, histoire que ce soit bien bien clair, la « méchante » de l’histoire s’appelle Belle. [spoiler] Oh et n’allez pas croire que le meilleur ami du protagoniste ait agi de son plein gré, hein, elle l’a littéralement drogué et hypnotisé pour qu’il lui obéisse. Mais heureusement la méchante sera punie en devenant pauvre, et surtout grosse et laide, ce qui est certainement la pire des punitions… en clair, sois belle mais pas trop, parce que la beauté est une perversion et la non-beauté une punition, faut être au milieu histoire de plaire à ses messieurs sans non plus les aveugler trop. [/spoiler] Et le truc c’est que je serais prête à passer par-dessus un de ces portraits de femme (après tout, oui, pourquoi pas une femme fatale manipulatrice, hein… c’est pas original, ça veut pas dire que ça n’a pas sa place dans une histoire) mais là c’est constant, et ce serait une chose que ce soit juste l’avis du narrateur (qui est tout content de peut-être participer à l’émancipation des femmes en réduisant le temps qu’elles passent aux tâches ménagères, cela dit… parce que « comme ce serait amusant », dit-il… t’es pas dans le bon lexique, dude ><), mais le roman lui donne raison, donc…

Quel était le tout dernier domaine bénéficiaire de l’automation ? Réponse : le foyer d’une femme d’intérieur. Je ne me posai pas le problème de concevoir un foyr logique, intelligent, scientifique, les femmes n’en veulent pas. Ce qu’elles veulent, c’est une caverne bien aménagée.

Cela peut sembler baroque de faire confiance à une représentante du sexe féminin alors qu’une autre vient de vous agrafer ? Mais quel rapport y avait-il entre les deux ? Aucun. J’avais connu Ricky la motiié de sa vie, et s’il y eut jamais fille droite comme un I, c’était bien elle. Pete lui faisait également confiance. Par ailleurs, elle n’avait pas de ces particularités physiques qui obnubilent les jugements masculins. Sa féminité ne dépassait pas son visage, son corps n’avait pas encore été touché.

J’aime particulièrement le « n’avait pas encore été touché », comme si on parlait d’une maladie. Encore que j’aime aussi beaucoup le « Jenny est un être simple » du sauveur du protagoniste, tandis qu’il parle de sa femme. Le monsieur en question s’engage à aider notre héros (dans un développement d’une facilité scénaristique un peu grosse, au passage), en lui prêtant une grosse somme d’argent, et quand il est question de peut-être expliquer à sa femme ce pourquoi, elle aussi, donne de ses économies, la réponse du mari est que non, pas la peine de la réveiller parce que, je répète, « Jenny est un être simple », vous comprenez. Elle décide d’aider à l’instinct, si elle aime bien quelqu’un, et à la limite, le mari lui expliquera peut-être, s’il décide que c’est nécessaire. Et dans la catégorie « être simple », y a aussi un joli dialogue à la fin du livre où on essaie d’expliquer quelque chose à une jeune femme et où nous fait bien sentir que, pff, elle comprend pas, et d’ailleurs elle pose même pas les bonnes questions, parce qu’elle s’en fout, elle, elle veut juste se consacrer à l’amour. Encore une fois, je dis pas que c’est mal du tout de vouloir se consacrer à son couple et d’en avoir rien à battre de la science, mais c’est juste que quand on additionne tous les portraits faits par le livre, toutes les réflexions, ben, ça commence à puer.

 

Mais là où ça devient fun, c’est quand Une porte sur l’été commence à donner dans… la pédophilie :D Parce que rien de tel que la pédophilie pour booster la qualité d’une histoire après tout.

 

Hum.

 

Bon, en vrai, je ne dis pas du tout qu'un roman (ou n'importe quelle oeuvre) n'a pas le droit d'aborder le sujet. Le truc c'est qu'en l'occurence, ce livre... n'aborde pas vraiment le sujet.

 

Une fois le cœur brisé par notre femme fatale, en effet, notre héro se dit tout naturellement qu’il va se tourner vers la belle-fille de son (ex) meilleur ami, parce qu’elle ferait une très bonne femme d’intérieur… belle-fille qui a… onze ans, wouhou. Alors, le livre fait une petite pirouette : [spoiler] il a l’idée tandis qu’il est en 2000, donc à une époque où elle est censée avoir 41 ans… sauf que lui, il l’a jamais connu autrement qu’à onze ans, hein ! [/spoiler] Quand il se dit « eh, je pourrais épouser Ricky », lui toute l’image qu’il a en tête de Ricky, c’est celle d’une gosse de onze ans. Et puis de base, se dire « Chère petite Ricky ! Si elle avait eu dix ans de plus, je n’aurais jamais posé les yeux sur Belle… », soit « si seulement cette gosse de onze ans en avait dix de plus, comme ça je pourrais me la taper » = ....  .... Et quand il la demande en mariage, elle a onze ans, hein ! Certes, il a pas dans l’idée de l’épouser tout de suite, mais n’empêche qu’il demande en mariage une enfant de onze ans, qu’il a toujours connue comme une enfant de onze ans (et moins), et que c'est présenté comme... bah rien, en fait, ça coule juste de source, apparemment.

 

Au final, je ne peux pas dire que ce livre m’ait franchement plu. Je dirais pas vraiment qu'il est mauvais: j’aimais bien le style d’écriture, le personnage du chat, certaines idées, et l’intrigue m’a semblée bien ficelée, avec un rythme soutenu grâce auquel on ne s’ennuie jamais, mais il y a beaucoup de choses qui m’ont dérangée, j'avais tout le loisir de me focaliser dessus parce que ce qu'il y avait à côté ne me passionait pas, et plus j’ai pensé au livre (qui m’avait déjà tiré des grimaces à la lecture), moins je l’ai apprécié. Bref, expérience pas concluante, Deedr me fait lire n'importe quoi. Tss.

Tag(s) : #Littérature, #USA, #Roman, #Une porte sur l'été, #The door into summer, #1950s, #1957, #SF, #Robert A. Heinlein, #Time travel

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