Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Ancienne journaliste et ex-junkie, Zinzi habite Zoo City, un quartier de Johannesburg peuplé de marginaux et de criminels qui se sont vus attribuer la charge d'un animal symbiotique. Si l'animal meurt, son propriétaire aussi.
"Animalée" après la morte de son frère, Zinzi est affublée d'un paresseux qu'elle porte sur son dos. Elle vit désormais de petites arnaques et recherche ce ou ceux que les gens ont perdu(s). Elle est exceptionellement douée pour cela.
Justement, une célèbre pop star s'est volatilisée.
Zinzi espère tenir là son billet de sortie de Zoo City. Mais elle devra pour cela s'enfoncer plus encore dans les bas-fonds du ghetto...

Quatrième de couverture (éditions pocket)

Entre deux volumes de la Quête d’Ewilan, j’ai commencé et terminé Zoo City, de Lauren Beukes, un roman que j’ai acheté en même temps que Broken Monsters, de la même autrice. A la base, d’ailleurs, bien que les deux m’intéressaient, c’était Broken Monsters que j’avais l’intention de lire en premier. Oui sauf que : j’ai eu la bonne idée de l’acheter en allemand par erreur. Et mon vocabulaire allemand est limité à « bonjour », « merci », quelques verbes basiques, et le mot « cochon d’inde », qui était dans ma toute première leçon d’allemand. Avec ça, je ne risquais pas d’aller bien loin, donc finalement j’ai lu Zoo City, mais eh, je l’avais pas acheté pour rien, il m’intéressait aussi. Parce que j’aimais beaucoup l’idée des animaux attachés aux humains (ça m’évoquait un peu les Royaumes du Nord de Philip Pullman… apparemment à Lauren Beukes aussi, vu que la référence est faite au sein du roman), symboles de leur culpabilité, et aussi parce que j’aimais beaucoup la couverture, or je suis de ces gens qui choisissent souvent les livres à leurs couvertures (mais en vrai, je pense que « ces gens » sont quand même la majorité). J’adore l’illustration, elle donne tout de suite une ambiance « noire » très sympa, et j’aime la façon dont tous les détails se mêlent les uns aux autres pour former les lettres. En plus, une fois qu’on a lu le bouquin, il y a quelques détails où on se dit « oh, c’est en référence à ça ! », c’est gratifiant. Vous pouvez admirer les certains détails en plus gros dans cette bande-annonce :

Et comme la couverture de Moxyland, autre roman de Lauren Beukes, a apparemment été dessinée par le même artiste (et aussi parce que ce roman et l'écriture de l'autrice m'ont plu, quand même), je me demande si je ne vais pas y jeter un œil. Néanmoins, en attendant, pour rester sur Zoo City, c’est un roman que j’ai beaucoup apprécié. Il est venu avec un certain lot de frustrations, mais dans l’ensemble, j’ai vraiment aimé le lire, je n’ai pas vu le temps passer, et il y a des tas de choses dedans qui m’ont beaucoup intéressée.

 

En premier lieu, j’ai particulièrement apprécié la façon dont Lauren Beukes nous embarque en Afrique du Sud, et plus particulièrement Johannesburg. Bon, je n’y ai jamais été, donc je ne peux pas vous dire que le portrait est criant de véracité, mais l’autrice, elle, y a longtemps vécu, donc elle sait quand même de quoi elle parle, et en tout cas, les lieux qu’elle nous décrit deviennent quasiment palpables, on se sent transportés à cet endroit du globe. On ressent vraiment la façon dont la ville fonctionne, et parle, avec notamment pas mal d’argot local utilisé. Il y a un lexique à la fin, du coup, et il m’a fallu m’y référer plusieurs fois, mais je n’ai pas trouvé que ça gênait la lecture, ça n’a pas cassé le rythme avec lequel j’ai dévoré le roman, et c’était un vrai plus, dans le sens où ça participait à construire le décor de l’histoire. Par ailleurs, dans le roman, on trouve quelques extraits de témoignages,

de journaux, on a même droit à une fiche de film, un peu à la imdb (mais extraite d’une database fictive consacrée aux documentaires), commentaires des utilisateurs compris. Tout ça, même si bien entendu les journaux, documentaires, etc, sont fictifs, participe également à ancrer le récit dans une réalité qui n’est pas la nôtre, mais n’en est pas si éloignée que ça non plus. Bref, le décor parait vivant et tangible.

 

Les personnages ne sont pas en reste, étant tous rapidement bien définis, avec une identité propre qui donne le sentiment de gens ayant existé avant le roman. Lauren Beukes arrive à peindre des portraits vivants et prenants. Le lien avec les animaux aide, d’ailleurs, car beaucoup des personnages qu’on croise sont « animalés » (pour reprendre le terme utilisé dans le livre) et la façon dont ils interagissent avec leurs animaux est évidemment révélatrice de leur personnalité, de qui ils sont.  Ainsi, on apprend beaucoup sur le parcours de Zinzi à la façon dont elle parle de son Paresseux, et à la façon dont ils vivent ensemble : à une époque, elle le cachait, mais à présent, il y a de l’affection entre eux, elle ne le cache plus, et ils s’entraident souvent. Le Paresseux étant la culpabilité (enfin... on y reviendra) de Zinzi suite à une mort, l’évolution de leur relation révèle évidemment certaines choses sur son évolution à elle (again: j'y reviens plus tard). En tout cas, Zinzi December est un personnage qui m’a tout de suite beaucoup plu. Le roman a une ambiance (comme nous y prépare la couverture) très « film noir » et je suis rapidement tombée sous le charme de Zinzi, détective privée et arnaqueuse, la réplique facile, trainant un passé lourd derrière elle, et ayant peut-être meilleur cœur qu’elle ne le souhaiterait.

 

Maintenant, c’est vrai, j’ai eu un petit regret vis-à-vis de son évolution. C’est-à-dire que le livre semble vouloir jouer la carte de la rédemption vers la fin (vis-à-vis d’elle-même, surtout) et que j’ai trouvé l’évolution de ses sentiments un peu soudaine. Enfin… En vérité, ce n’est pas tant son évolution à elle, que le récit en général que j’ai trouvé précipité. Oui, effectivement, elle a un changement d’attitude qui m’a paru subit (pas incompréhensible,

ça m’a plus donné le sentiment qu’elle aurait fini là, mais que le livre y était arrivé plus vite que naturellement, parce qu’il commençait à manquer de pages), et c’est suivi d’une seconde partie de roman qui, également, m’a semblé accélérée (par « seconde partie », je n’entends pas la seconde moitié : l’autrice a découpé son livre en deux parties distinctes, la première constituant, après avoir compté les pages, 75% du livre et la seconde 25%), ce qui a accentué l’effet de changement de rythme subit. Dans cette seconde partie, on a droit à tout le dénouement de l’enquête, et je ne peux pas dire qu’il m’ait prise de court dans le sens où je m’y attendais ([spoiler] okay, je n’avais pas démêlé les détails, mais il me semblait évident que Odi et ses deux sous-fifres étaient derrière toute l’affaire… je crois que je suis une blasée de l’industrie musicale, de base, et puis il était clair qu’ils étaient tous louches, et ce depuis leur apparition [/spoiler]) mais tout va quand même très vite et ça jure avec la première partie du roman qui prenait vraiment son temps afin de poser une atmosphère. Or l’atmosphère, le monde, les rencontres avec divers personnages (un de mes favoris étant S’bu, le frère jumeau de l’idole pop que Zinzi est chargée de retrouver, parce que je me suis prise d’affection pour lui instantanément… mais la relation entre Zinzi et Benoit, son « petit-ami » est particulièrement intéressante) sont ce que le livre avait de passionnant à mes yeux, plutôt qu’une intrigue policière pas si incroyable. Du coup quand elle prend subitement le dessus sur le reste dans un sprint final… ça laisse sur un goût un chouïa amer.

 

Reste néanmoins que j’ai beaucoup aimé ce livre, parce que j’ai vraiment aimé le concept, l’univers créé.

 

Déjà parce que dans ce monde, la première manifestation d’un animalé a été l’apparition d’un Pingouin aux côtés d’un chef de guerre afghan. Et les pingouins, les gens, c’est super, donc tout livre contenant ce genre de passages :

C’était avant que le monde ne change. Il est dans une posture fragile, le monde que nous connaissons aujourd’hui. Il a suffi qu’un seigneur de guerre afghan se pointe avec un Pingouin en gilet pare-balles, et tout ce que la science et la religion pensaient savoir est devenu bon pour la poubelle.

Disons que c’est ma mascotte. Vous avez une patte de lapin porte-bonheur, moi j’ai mon Pingouin. Vous gardez la patte dans votre poche, à l’abri, moi je mets une armure à mon Pingouin.

… fait forcément quelque chose de bien (et on notera que le Pingouin a droit à sa majuscule, en signe d’un respect fort mérité, sans oublier que Pingouin + armure = +100 en awesomitude)

 

Et, oui, je trouve le concept fascinant, à la fois vis-à-vis de tout ce dont on nous parle dans le livre, mais aussi de toutes les choses que cela implique et dont le roman n’a pas la place de nous parler. Il y a vraiment de quoi penser. Déjà, on peut réfléchir à ce que les animaux signifient vis-à-vis des individus. Dans le monde de Zoo City, un animal apparaît, lié à un humain, lorsque celui-ci a commis un crime violent, il représente sa culpabilité, selon cet échange entre Zinzi et  une policière :

– Je dis simplement que tu as déjà tué.
– La justice m’a seulement déclarée complice.
- Ce n’est pas ce que dit la chose sur ton dos.
- C’est un Paresseux.
- C’est ta culpabilité. Tu sais sur combien de gens j’ai tiré en onze ans de service ?
- J’ai un bon point si je tombe juste ?
- Trois. Aucun n’est mort.
- Vous devriez passer plus de temps au stand de tir.
- Un bon flic n’est jamais obligé de tirer pour tuer.
- C’est ce que vous êtes ? Un bon flic ?
Elle étend les mains.
- Tu vois un copain à fourrure près de moi ?
- Peut-être que votre conscience est en panne. Il y a eu des études : les sociopathes, les psychopathes…

La question se pose du coup : culpabilité décidée par qui ? Pas par la loi (même si je suppose que l’apparition d’un animal doit influencer un rendu de justice), et apparemment pas par une « entité supérieure », car sinon, alors pourquoi les sociopathes et psychopathes ayant commis des crimes ne seraient-ils pas concernés ? Est-ce alors à l’individu de se juger coupable lui-même, comme semble l’indiquer cet échange ? Mais quid, alors, de ceux qui ne semblent à priori pas ressentir de culpabilité pour leurs crimes, mais sont quand même affublés d'animaux ? En vérité, l’animal semble apparaître lorsqu’un crime est commis et que le coupable est capable de ressentir de la culpabilité, et donc, peut-être, d’atteindre une forme de rédemption personnelle. Du moins, c’est comme ça que j’ai fini par comprendre les choses. Par ailleurs, les animaux ne viennent pas seuls : leurs propriétaires se retrouvent également propriétaires de pouvoirs spéciaux qui peuvent, comme dans le cas de Zinzi, s’avérer être utiles, par exemple, pour gagner sa vie. J’en reviens donc à ce que je disais sur Zinzi, et sur l’évolution de sa relation avec Paresseux : au début, elle le cachait, elle en avait honte, mais à présent il y a de l’entraide et affection entre eux, elle ne le cache plus. Elle le porte sur ses épaules, il y a bien une notion de poids (et aussi de  visibilité, aux yeux des autres), mais il la sort du pétrin, et encore une fois, avec lui vient ce fameux pouvoir de retrouver des objets. Paresseux semble être plusieurs choses à la fois

Celle-là aussi, je la trouve superbe ♥

donc : un rappel qu’elle a bien commis son crime, mais également une chance de rédemption, une présence lui permettant d’affronter ce qu’elle a fait, une possibilité de se réconcilier avec son passé, de l’accepter, puis de construire une vie. Elle ne pourra jamais s’en séparer (un animal peut survivre un temps sans son propriétaire, car le crime ne disparait pas, mais un humain qui perd son animal, en revanche, est fauché par le terrible « Contre-courant », car le crime, lui, fait partie de l’humain, c’est sa croix à porter pour toujours) mais ça ne veut pas dire qu’elle ne peut pas vivre avec. Plutôt qu’une punition, un animal peut devenir une aide, un « outil thérapeutique », pourvu qu’on choisisse de s’en « servir » ainsi.

 

Après, se pose tout de même la question de l’animal aux yeux des autres. Parce que quand tu te balades avec un Paresseux sur le dos, forcément, ce n’est pas discret. Alors, certains obtiennent un Papillon, ou des trucs plus faciles à dissimuler, mais pour la plupart des animalés, le rappel de leur crime est toujours visible à leurs côtés. Et autant vous dire que ça ne leur rend pas la vie facile. En prison, déjà, les animaux peuvent être utilisés comme des moyens de torture (l’humain ne sent pas la douleur de son animal, mais en revanche, mettre trop de distance entre eux le fait souffrir, comme si on éloignait un junkie de sa came trop longtemps, tel que Zinzi le décrt), et en dehors, les animalés se retrouvent victimes de toutes sortes de discriminations : difficulté à trouver un travail, questions indiscrètes, violences (apparemment il y a des coins où ils sont torturés et brûlés), interdiction d’entrer dans certains endroits, et bien sûr, difficulté à trouver un logement. C’est d’ailleurs ça, Zoo City : un ghetto pour les animalés, où la police s’aventure rarement. Et là, la question qui se pose n’est plus celle de la rédemption vis-à-vis de soi, mais de la réinsertion des criminels dans la société une fois leur peine effectuée. Le livre n’apporte pas réellement de solution au problème, mais il fait s’interroger sur la question, sur la difficulté que peuvent avoir les prisonniers à trouver une vie stable et légale une fois sortis de prison, et sur s’il est vraiment possible de retrouver la surface quand le monde autour n’a de cesse de les tirer vers le bas. C’est une question assez épineuse, et j’ai aimé voir le livre se pencher dessus.

 

Il y a des tas de choses encore que j’aurais aimé explorer. Notamment, j’aurais voulu en savoir plus sur comment ça se passe dans le reste du monde, sur comment les différents pays ont accueilli les animalés en fonction des cultures, et sur si ça a eu un impact sur la relation entre l’homme et les autres animaux. Dans le roman on croise très peu d’animaux qui ne soient pas ceux d’animalés (en vérité, j’ai envie de dire « aucun », mais je pourrais me tromper…), et je me demande si cela a affecté la façon de les aborder. Il y a des tas de choses que j’aimerais savoir, à vrai dire, et qui dépassent Zinzi, ce que je prends comme une qualité du roman : il m’a rendue curieuse sur son univers étendu.

 

Donc oui, j’ai vraiment bien aimé Zoo City. Je regrette un peu que la conclusion de l’intrigue n’ait pas été à la hauteur du monde et des personnages qui avaient été établis, mais j’ai beaucoup apprécié ma lecture, et c’est un roman que je vous recommande :)

Je suis désolée, je voulais absolument mettre une artiste sud-africaine, et j'adore cette chanson de Thandiswa Mazwai, mais je n'ai pas trouvé de traduction. Du coup, je ne sais pas de quoi parle le morceau, et je m'excuse si l'association à l'article pose problème. Si c'est le cas, je la retirerai.

Tag(s) : #Littérature, #Roman, #Zoo City, #Afrique du Sud, #Lauren Beukes, #2010s, #2010, #Policier, #SF, #Fantastique, #Female crush, #Animaux

Partager cet article

Repost 0