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Khalid, le calife de Khorasan âgé de dix-huit ans, est un monstre. Chaque nuit, il épouse une nouvelle femme, et la fait exécuter le lendemain à l’aube.

Shahrzad est la première jeune femme à s’être portée volontaire pour l’épouser. Elle a juré de mettre un terme à son règne de la terreur, non seulement pour l’amie qu’elle a perdue, mais aussi pour toutes celles qui sont mortes avant ça.

De façon incroyable, Shahrzad arrive à survivre à son premier matin… puis au suivant.

Nuit après nuit, elle captive le calife en lui racontant des histoires, retardant le moment fatidique tout en fouillant dans le passé du mystérieux enfant-roi.

Si Khald est réellement le meurtrier fou que tout le monde dit, alors pourquoi Shahrzad succombe-t-elle aussi facilement à son charme ?

Quatrième de couverture, grossièrement traduite (éditions Speak)

J’ai entendu parler de ce livre pour la première fois sur youtube (côté anglophone de la sphère, surtout, et j'ai même cru qu'il était pas encore traduit en français, mais apparemment il existe sous le titre Captive - Les nuits de Shéhérazade), et tout le monde avait l’air super enthousiaste, chantant les louanges du style d’écriture, de la romance, du personnage principal. En plus, je trouvais la couverture jolie (même si pour le coup j’en avais vu une autre... j'ai eu la moins jolie des trois que j'avais vues, arf) et apparemment il s’agissait d’une réimagination des Mille et une nuits. Je n’ai pas lu les Mille et une nuits depuis mon enfance, mais ça comptait quand même comme un plus dans ma tête, j’avais envie de voir ce que cela allait donner. Bref, j’étais enthousiaste... et c’est donc de très haut que je suis tombée. Parce que je vais pas y aller par quatre chemins : j’ai trouvé ce livre tellement rageant que j’ai eu du mal à le finir, il a fallu que je me force. WTF booktube ?!  (enfin sur la quatrième de couverture, US Weekly compare le livre à Game of Thrones donc de booktube et US Weekly, on sait qui a gagné le concours de beuverie o.o). Enfin, non, non, il faut de tout pour satisfaire tout le monde, mais moi, pour le coup, je ne suis vraiment pas satisfaite.

 

Soyons quand même juste, au début, j’ai vraiment enchainé les chapitres, parce que le livre se lisait bien, et que j’avais envie de savoir ce qui allait arriver aux personnages. Pour être honnête, même si elles me font parfois grimacer parce qu’elles impliquent souvent qu’un personnage (ou les deux) se comporte vraiment mal avec l’autre, j’ai un faible pour les relations qui vont de l’animosité à l’amour, j’aime voir progresser les sentiments petit à petit, et j’aime regarder les gens enterrer la hache de guerre. A vrai dire, j’aime même ça dans des contextes non-romantiques, mais oui, j’ai un faible pour ces histoires-là. Donc je partais plutôt d’humeur favorable, et j’avais envie de voir ce qui allait se passer entre Shazi et Khalid, d’autant que le livre, dans son introduction, sous-entendait quand même pas mal que (heureusement) Khalid ne tuait pas toutes ses épouses pour le fun, mais qu’il y avait une sorte de malédiction pesant sur son pays l’obligeant à tuer une  « minorité » pour protéger le reste. Pas que ça rende la chose fort cool, mais bref, j’étais curieuse, et puis (et ça, cela a été vrai le long du livre) j’aimais bien certains dialogues, la plupart des personnages ayant un bon sens de la repartie, ce qui donne lieu à des dialogues amusants. Et ces dialogues sont à peu près tout ce que j’ai continué d’apprécier dans le livre, jusqu’à la fin. Sinon… je n’ai pas apprécié grand-chose, en fait.

 

Et avant qu’on en vienne au gros du souci, qui est au centre du roman, malheureusement, je n’ai pas non plus aimé ce qu’il y avait autour. Par exemple : je n’en avais vraiment rien à carrer de ce que foutait Tariq, le type dont Shazi était amoureuse avant d’entrer au palais (et qui le lui rend). J’avais le sentiment que le livre me préparait un triangle amoureux (sans doute pour le tome 2) et les triangles amoureux c’est toujours risqué car ça devient rapidement agaçant selon comment c’est fait, mais là on n'y était même pas encore, donc c'est surtout que le personnage ne m’a simplement pas intéressée. Son histoire m'a paru très « annexe » pendant une grosse partie du bouquin, donc chaque fois qu'on me parlait de lui, j'avais un sentiment de "et pendant ce temps à St Perpète les Oies". Par ailleurs, en plus, son existence « blessait » le personnage principal, Shazi (mais on y reviendra), la faisant sembler encore plus « faible » qu’elle l’était déjà. Cela dit, Tariq et Shazi n’ont pas à se sentir tristes ou jaloux, c’est pas comme si j’avais aimé Khalid, notre « héros », non plus. OK, j’admets, à des moments, j’ai failli. Enfin, c’était pas que j’appréciais le personnage, mais j’appréciais ses descriptions, principalement quand il ne parlait pas, ou peu. Quand on commence à vraiment passer de son point de vue et entendre plus ce qu’il pense, c’est foutu.

 

Et encore une fois, c’est même pas que j’aimais le personnage en soi, c’est juste que j’aimais la façon dont l’autrice le décrivait. Le personnage, en fait, c’est surtout qu'entre les moments où il ne m'inspirait rien, je ne l’ai absolument pas capté. Bon, déjà, l’explication à ses activités de serial-wives-killer, je la trouve plutôt faible pour ma part, elle ne m’a pas satisfaite, mais ça c'est à la fin, donc, surtout, ce sont ses sentiments et actions vis-à-vis de Shazi que je n’ai pas captés. Apparemment, dès qu’il voit la jeune femme, il en tombe amoureux, dans un grand moment d’insta-love, et j’ai déjà trouvé cela très facile de la part de l'autrice, mais surtout, je n’ai pas bien saisi la façon de Khalid de gérer ça. Parce qu’après l’avoir épousée, le soir, il va la rejoindre dans ses quartiers, et couche avec. Or, on apprend un peu plus tard, que c’est un truc qu’il ne fait généralement jamais avec ses femmes, il a plutôt tendance à broyer du noir devant leur chambre, Shazi est une exception. Et je capte pas. Clairement, Khalid se sent coupable de ce qu’il fait à ses femmes, parce que le livre nous le dit/montre, et je suppose que s’il ne les rejoignait pas dans leurs quartiers, c’était parce qu’il avait peur de leur faire face, mais aussi ne voulait pas leur infliger plus qu’elles ne devaient déjà endurer ? Qu’il veuille voir et parler à Shazi parce qu’il l’insta-kiffe, je comprends, mais en l’occurrence il lui impose une relation sexuelle dont il sait qu’elle ne veut pas (il le sait parce qu’apparemment ce qu’il kiffe chez elle c’est son regard honnête, si bien qu’il a senti direct qu’elle le haïssait), avec la promesse de la tuer le lendemain ? C’est… une drôle de façon de montrer qu’on aime quelqu’un… D’autant que la scène elle-même, qui est décrite vraiment rapidement comme pour noyer le poisson, fait apparaitre le sexe lui-même comme très mécanique de sa part, comme si Khalid avait le sentiment de remplir un devoir ? Il est même pas emporté par la passion. Ce qui resterait "questionnable" (pour faire un euphémisme), certes, mais au moins je capterais l'enchainement des actions, alors que là... quel devoir ? JE NE CAPTE PAS CE PERSONNAGE. Alors que pourtant c’était supra simple : il lui rendait juste visite, ils causaient, tout allait bien. On évitait de commencer la romance par un viol (même si ça laissait quand même la question de toutes les femmes tuées à résoudre, certes), et le personnage semblait plus « sensé ». Enfin bref. C’est même pas le plus gros souci que j’ai eu avec ce livre…

 

Non, mon plus gros souci (d'un point de vue "expérience littéraire" j'entends), finalement, ça a été le personnage féminin principal, Shazi, simplement parce que le décalage entre la façon dont le livre veut nous la faire voir, et ce qu’elle est vraiment m’agaçait, et parce qu’on passait 90% du bouquin dans sa tête, si bien qu’il n’y avait juste pas moyen de lui échapper. Elle était pas révoltante, mais elle était agaçante, et de façon omniprésente. Parce que le livre veut nous la faire voir comme cette jeune femme intelligente, concentrée sur son objectif, prête à tout pour sa vengeance, et pleine de haine. Mais, bon, déjà, heureusement que Khalid est tombé en insta-love, parce que sinon, tout tombait à l’eau pour elle : elle avait zéro véritable plan en entrant dans le palais. Son plan c’était d’espérer pouvoir survivre assez longtemps pour former un plan, en gros. Or c’est bien cool, mais elle savait même pas que Khalid ne voyait jamais ses femmes après le mariage, donc en clair sans l’intervention insta-love, elle était foutue, elle aurait jamais eu l’occasion de lui raconter, elle aurait pas survécu, et tout son non-plan serait tombé à l’eau. Mais bon, admettons : après tout, ce qui se passe dans le palais est quand même super confidentiel, elle a du mal à obtenir des réponses même une fois dedans, donc même si son plan était un peu bancal, elle n’avait sans doute pas moyen d’obtenir des infos lui permettant de faire mieux (ce qui n’enlève pas que c’est super con, par exemple, d’aller exposer tes aptitudes en tir à l’arc devant tout le palais quand tu veux rester discrète sur ta capacité à tuer ton mari).

 

Non, ce qui est rageant en fait, c’est que finalement, elle n’essaie même jamais de le tuer. Une fois elle est à deux doigts de peut-être commencer à faire une tentative de loin maybe, mais bon, il l’embrasse alors elle abandonne l’idée, succombant à son charme à la place. Elle est dans le palais moins d’une semaine, qu’elle est déjà amoureuse de lui, et moi je vous avoue que ça a eu tendance à me faire me demander à quel point sa haine était sérieuse, si elle pouvait changer d’avis aussi vite. Et c’est pour ça qu’à mes yeux le personnage de Tariq fragilise encore plus Shazi : elle était censée être amoureuse de Tariq, et pouf, à peine dans le palais, voilà qu’elle tombe amoureuse du type qui a fait assassiner sa meilleure amie (et des centaines de jeunes femmes avant elle). Tomber amoureux de quelqu’un d’autre, ça arrive, et ça peut arriver vite, donc c’est pas que je la juge là-dessus, c’est plus qu’on nous dit qu’elle a tous ces sentiments profonds (à l’égard de Tariq, mais aussi de Khalid qu’elle déteste) et après avoir échangé quelques mots avec Khalid, pouf, tout est déjà ébranlé, ce qui ne peut que me faire douter de ses sentiments et sa résolution à la base, d’à quel point elle était motivée, finalement. Et le style n’aidait vraiment pas, parce qu’on vit l’histoire, majoritairement, du point de vue de Shazi, et en plus de ça on a parfois des phrases en italiques nous retranscrivant ses pensées de manière directe, or ces pensées n’apportaient rien et ont même fni par m’agacer parce qu’en fait elles ne font qu’expliciter encore plus l’évidence même. « Oh je commence à flancher, mais je suis censée le détester »… oui, merci Shazi, j’ai suivi l’histoire moi aussi.

 

Le livre fait tout un flan de la « force » de Shazi, et de son intelligence, mais on ne faisait que me dire toutes ces choses, et ça ne se vérifiait pas dans le texte. Si le livre avait cessé d’insister, ça serait mieux passé. Si Shazi n’avait pas été volontaire pour ce mariage, et n’était pas partie avec l’idée de tuer Khalid, si elle ne nous faisait pas de grands discours sur sa résolution de ouf (qui s’effrite si rapidement), si elle avait juste été une jeune femme sélectionnée qui refuse de se laisser tuer, ça serait passé milles fois mieux, j’aurais pu voir quelqu’un dans une mauvaise position essayant de s’en sortir de façon admirable, mais là avec le décalage "ce que l'auteur veut me faire croire" vs "ce qu'elle écrit vraiment", j’avais juste le sentiment de voir quelqu’un qui aboie beaucoup et n’en fout pas une.

 

Bref.

 

J’ai pas aimé ce livre. J’ai pas aimé l’héroïne, j’ai pas aimé le héros, j’ai pas aimé la romance accélérée, j’ai pas aimé les personnages secondaires fades (ok, j'ai bien aimé le garde du corps qui prononce pas un mot et la servante de Shazi), j’ai même fini par ne pas aimer le style (les italiques surtout, sinon c'est bien écrit). J'aime bien le titre français par contre, parce que la "wrath/colère" de Shazi, elle est drôlement en carton, alors que "Captive", je trouve que ça résume assez bien mes sentiments à moi lors de la lecture de ce livre: je me sentais prisonnière. Et donc je vous le conseille pas, et moi il n’est pas question que je dépense mon argent pour acheter et lire la suite (et même si c’était gratuit, d’ailleurs…)

(apparemment l'autrice s'est inspirée de la culture perse de son mari, donc j'ai choisi un monsieur spécialisé dans la musique traditionnelle perse)

Tag(s) : #Littérature, #Roman, #USA, #The Wrath and the Dawn, #Renée Ahdieh, #Romance, #Drame, #Fantastique, #From hate-annoyance to love

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