[Meilleurs voeux, signés] The Shop Around the Corner

Publié le 25 Décembre 2017

Sorti en 1940

Réalisé par Ernst Lubitsch

Ecrit par Samson Raphaelson & Ben Hecht

D’après la pièce Parfumerie de Miklós László

Dure 1h39

 

Avec :

James Stewart >>> Alfred Kralik

Margaret Sullavan >>> Klara Novak

Frank Morgan >>> Hugo Matuschek

Felix Bressart >>> Pirovitch

William Tracy >>> Pepi Katona

Joseph Schildkraut >>> Vadas

Etc

 

 

Dontesque ?

Alfred Kralik est le meilleur vendeur d’une petite boutique de maroquinerie, située à Budapest, et appartenant à Hugo Matuscheck. Récemment, il a entrepris de correspondre avec une jeune femme inconnue, dont il tombe complètement sous le charme… ce qu’il ne sait pas c’est que la jeune femme n’est autre que Klara Novak, une nouvelle employée de la boutique avec laquelle il ne s’entend pas du tout.

 

.oOo.

Pour Noël, je voulais vous parler d’un film qui se déroule pendant la période de Noël si possible, mais surtout qui me mette dans son ambiance (par exemple, les Disney ne mettent toujours dans l’ambiance Noël même quand ils n’ont rien à voir avec la fête elle-même), et the Shop Around the Corner paraissait particulièrement approprié. C’est un film que j’avais déjà vu, il y a bien longtemps, que j’ai redécouvert il y a peu de temps, et qui ‘est transformé en gros, gros coup de cœur. Pour le réalisateur, Ernst Lubitsh c’était apparemment son meilleur film (du moins à sa sortie) et je ne peux pas lui donner tort. Ou raison. En fait. J’ai pas vu suffisamment de ses films pour en juger. A vrai dire, je crois bien n’avoir vu que deux films de lui : the Shop Around the Corner et Bluebeard’s Eightgh Wife… Mais eh, je préfère LARGEMENT The Shop Around the Corner, donc… Bref. Je vais vous recommander ce film, à toutes les périodes de l’année, et plus particulièrement maintenant.

 

Déjà, il se déroule effectivement pendant les fêtes, se terminant à Noël, donc on est raccord niveau période. Ensuite, vous y trouverez la neige que l’univers ne vous a peut-être pas accordée chez vous, parce que l’univers est du genre pingre parfois. Et puis, du coup, il y a une véritable impression de chaleur qui se dégage de ce film. Tout le monde est en manteau à l’extérieur, et pas de petits manteaux, donc on sent bien qu’il fait froid, mais on passe la majeure partie du film dans différents intérieurs (la boutique surtout, mais pas que) et il y a donc une sensation de « refuge », on fuit le froid, on est dans un cocon de chaleur. Bien entendu, cette histoire de « cocon », ça ne fonctionne que si on se sent bien dedans, et si on est en compagnie de personnages qu’on a envie de suivre. Et justement, pour moi, c’est là que the Shop Around the Corner réussit vraiment : il est plein de personnages attachants, et il a cet esprit de communauté qui se marie si bien à la période de Noël. Les personnages se serrent les coudes, et se rapprochent les uns des autres : on découvre que l’autre qu’on n’aimait pas cachait des trésors, on questionne un patron auquel on n’a jamais osé rien dire pour aider un ami, l’homme en haut de l’échelle sociale invite celui en bas de l’échelle sociale à passer les fêtes avec lui… The Shop Around the Corner parle du besoin très humain d’être entouré, le fait très joliment, et réchauffe le cœur au passage, bien qu’il soit également capable de le malmener.

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Mais c’est une bonne chose. A mon avis, ça participe grandement à rendre le film non seulement mémorable mais également plus efficace, parce que les coups durs font sembler les personnages plus humains, et on s’identifie peut-être plus à eux, on ressent plus de choses à leur égard, on prend plus à cœur ce qui leur arrive, le bon et le mauvais.

 

Il y a des scènes vraiment drôles dans the Shop Around the Corner. Une petite scène qui m’a fait beaucoup sourire, par exemple, c’est celle-ci :

Ca va vite, mais je trouve ça amusant, et il y a plein de ces bons moments de dialogues entre personnages principaux, ou bien avec des personnages de passage, des clientes potentielles généralement. Le film a également ses blagues récurrentes, comme le fait que Pirovitch s’enfuie chaque fois qu’il entend le patron dire à ses employés qu’il veut juste « leur honnête opinion », ou bien la réinsertion dans l’histoire d’une boite à cigares qui joue de la musique quand on l’ouvre et qui « accompagne » nos personnages le long de plusieurs moments clés de l’histoire, auxquels elle donne une note amusante.

Le film a ses moments drôles, donc, mais également d’autres qui le sont bien moins, et notamment, le patron de la boutique, M. Matuscheck, traverse une mauvaise passe. Le long du film, on voit bien qu’il semble de plus en plus absent et fatigué. C’est évident lors de certains moments, il y en a d’autres qu’on pourrait *presque* rater la première fois, et Frank Morgan étant excellent dans ce rôle, il m’a fait beaucoup de mal. C’est d’autant plus difficile à regarder que cette mauvaise passe vient également troubler sa relation avec Kralik, notre héros, qu’il considère comme un fils, dans une boutique qui est devenue sa maison. Lors d’une altercation en particulier [spoiler] (quand il décide de renvoyer Kralik) [/spoiler], on voit bien qu’ils ont le cœur un peu brisé tous les deux, et lorsque Kralik sort du bureau de M. Matuscheck, il a l’air tellement éteint, tellement sonné, que c’en était difficile à regarder pour mon petit cœur tout mou. J’ai déjà dit que j’aimais beaucoup Frank Morgan dans ce film, mais je trouve également James Stewart excellent, ça m’a donné envie de le voir dans plein d’autres films. Il a du charme, il est drôle, mais je trouve aussi qu’il donne au personnage une vulnérabilité très agréable, car on le sent très atteint par les moments difficiles du film, et du coup, ça m’atteignait aussi. Il y a des films où j’apprécie les moments tristes pour la « beauté » de la tragédie, pour ce qu’ils apportent à un personnage niveau étoffe, ou une histoire niveau enjeux, mais où ces moments ne me font pas vraiment de coup au cœur, pas personnellement du moins. Ici, j’ai tout pris très à cœur, pour le coup, et ça m’a rendue d’autant plus heureuse quand les choses se passaient bien, quand les personnages se serraient les coudes.

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Au passage, parlons un seconde de la traduction française du titre, que je n’aime pas du tout. Enfin « pas du tout »… je la déteste pas non plus, hein, je serre pas le poing en grinçant des dents chaque fois que je la lis, mais je ne l’aime pas trop. En français, le film s'appelle Rendez-vous, et je trouve que ça met l’accent sur l’axe romantique du film, et se concentre sur deux personnages là où le titre original, « la boutique au coin de la rue », englobe toute la petite famille d’employés (et patron) de la boutique, c’est-à-dire tous les personnages qui font le cœur et le succès du film. Par ailleurs, j’aime particulièrement le titre original aussi parce que ni la boutique ni la rue ne sont nommées, si bien qu’on pourrait parler de n’importe quelle boutique au coin de n’importe quelle rue.

 

Un des grands charmes de the Shop Around the Corner, c’est sa simplicité, et son caractère intemporel et universel. C’est aussi ce qui fait que le film a aussi bien vieilli d’ailleurs. Je ne dis pas qu’il n’est pas daté : bien entendu, il est évident à le regarder qu’il n’a pas été tourné dans les années 2010 ou même 2000. C’est en noir et blanc (et certes, certains films continuent de sortir en noir et blanc, mais ça reste un indice), le style de jeu des acteurs est celui d’un ancien Hollywood, et je pense aussi que certains sujets n’auraient pas été traités exactement de la même façon de nos jours [spoiler] (je pense surtout à la tentative de suicide de M. Matuscheck) [/spoiler]. Donc le film est daté, oui, mais il est loin d’avoir mal vieilli. La réalisation fait peu d’extravagances, si bien qu’elle ne détourne pas l’attention de l’essentiel, à savoir les personnages, les dialogues, l’histoire, qui eux sont toujours d’actualité et pourraient être aisément déplacés dans le temps et l’espace. Dit comme ça on dirait que je parle d’un épisode de Doctor Who, mais franchement, je pourrais carrément imaginer ce genre d’histoire sur une planète extra-terrestre, ou bien dans le futur lointain, ou l’antiquité romaine, pourquoi pas. Qu’on s’entende bien : aucune histoire n’est VRAIMENT universelle, donc comprenez bien que je vais faire des généralités, mais le film pourrait se dérouler quasiment n’importe où et n’importe quand.

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Le film se déroule à Budapest, et la première fois que je l’ai regardé, je me suis retrouvée la tête pleine de « mais pourquoi ? ». Les acteurs sont des acteurs hollywoodiens, qui parlent anglais, et ils jouent des personnages qui s’appellent « Matuscheck », « Kralik », « Novak », « Pirovitch »… C’est pas vraiment un problème, on a l’habitude des acteurs jouant des gens de nationalités différentes, mais ici je n’avais qu’une question en tête « mais pourquoi avoir laissé l’action à Budapest ? ». Ca aurait été si facilement transposable à New York (entre autres), parce que rien dans l’histoire ne nécessite qu’elle se déroule à Budapest, et ça aurait évité le décalage…. Mais en vérité, le décalage est une bonne chose. Parce qu’en effet, rien ne nécessite que l’intrigue se déroule à Budapest, et le décalage ne fait que le souligner : on pourrait être n’importe où (même si y a des endroits où y aurait pas de neige et du coup ce serait peut-être moins magique à la limite, mais la neige n’est pas essentielle au scénario non plus). Et pour ce qui est du « quand », on est clairement dans une époque compliquée, niveau économie (les persos parlent des difficultés à trouver un travail, Pirovitch a un air rêveur quand il parle de la prime qu’il a reçue une fois, etc) et les personnages sont de classe moyenne, mais ils galèrent et ne galèrent pas trop à la fois, on n’a pas l’air d’être à un grand tournant historique a priori… bref, ça pourrait e passer n’importe quand.

 

D’ailleurs, je ne sais pas si vous avez vu The Shop Around the Corner, mais vous avez peut-être déjà vu You’ve Got Mail, avec Tom Hanks et Meg Ryan ? Si vous n’aimez pas ce film, et que ça vous a freiné dans votre découverte de son « original » (entre guillemets, car on pourrait aussi dire que You’ve got mail est une réadaptation de la pièce de base)… laissez sa chance à The Shop Around the Corner ? Personnellement j’aime quand même bien You’ve got mail, mais en complexifiant son intrigue, il l’affaiblit, rend ses personnages principaux moins attachants, créé des rapports de force trop présents, date son histoire, etc. Je vais pas me lancer dans une comparaison, simplement, j’ai entendu des gens s’arrêter à You’ve got mail, et ce serait dommage, je trouve. Sa plus grande perte, à mon avis, étant qu’il laisse trop l’impression de communauté à la porte.

Dans the Shop Around the Corner, tous les personnages sont importants. Je vous dis pas qu’on a la biographie de tout le monde, mais tout le monde apporte une pierre à l’édifice, apporte à l’atmosphère générale, et est bien défini. Enfin. Côté personnages masculins en tout cas. C’est un peu mon regret dans ce film : je trouve que les personnages féminins sont un peu laissés pour compte. Les personnages masculins sont tous très « distinctifs ». Pepi, le livreur, a une personnalité marquée et plusieurs scènes drôles, Pirovitch est un confident et ami loyal pour note héros et on apprend de choses sur sa vie, sa famille, son appartement. Vadas, le lèche-cul de la boutique est sans doute le seul personnage antipathique du film, mais j’ai trouvé plusieurs de ses scènes franchement drôles, et M. Matuscheck est clairement un pilier du film, et un des personnages à m’avoir le plus touché.

Alors que côté féminin, les deux vendeuses (Flora et Ilona d’après wikipedia) ben, j’ai pas retenu leurs noms, elles n’ont pas de rôle marqué, ou décisif, rien qui fasse vraiment avancer l’histoire. Je suis tristoune. Côté féminin, en fait, on a surtout la femme de M. Matuscheck qu’on ne voit pas de tout le film, et bien entendu, Klara Novak. C’est un film qui a, en grande partie, appartenu à ses personnages masculins pour moi, jusque dans le couple principal, ce qui m’a pas mal surprise.

 

Je pense que c’est parce que les mentalités ont changé, et que les héros de comédies romantiques classiques ont souvent des comportements que je trouve « limite » : je fantasme rarement sur les personnages. Cela ne veut pas dire que ça me gâchera le film (genre, j’aime beaucoup Pillow Talk malgré tout, pour prendre un truc que j’ai vu récemment) mais j’ai plus tendance à succomber aux charmes des personnages et interprètes féminins, et à celui des interprètes masculins. Ici, néanmoins ça s’est passé un peu plus dans l’autre sens. Je l’ai déjà dit, j’aime beaucoup James Stewart dans ce film. Je lui trouve beaucoup de charme et une vulnérabilité qui me parlait. On l’entend se dévaloriser plusieurs fois, dire « si elle est trop jolie, je n’aurai aucune chance becoz un type comme moi, tu comprends » ou s’inquiéter qu’elle puisse être déçue en le rencontrant, et j’avais envie de répondre « lol dude, tu es James Stewart, c’est cool, je pense que ça va aller ». Mais en vérité non, Kralik est Kralik, pas James Stewart, et j’ai cru à ses doutes, ça me l’a rendu touchant. En enlevant Stewart de l’équation, cela dit, Kralik est toujours un type charmant, joli à regarder, aux jambes non-arquées (dans le film, ça a l’air important), pas hypocrite, capable de tourner une lettre, bon à son travail, et c’est quelqu’un de gentil et serviable, même s’il est abrupt quand il exprime son opinion.

 

Le film est basé en grande partie sur l’idée de Kralik et Klara aiment leurs correspondants mais ne s’aiment pas… mais l’animosité ne nait pas à leur première rencontre : lorsqu’ils se rencontrent, ils ont plutôt l’air de s’apprécier. Pas en mode « coup de foudre » ou « best friends forever », mais de la façon dont on apprécie un inconnu qui est poli avec nous (et se trouve en plus être très joli à regarder). L’animosité vient après, donc, et la première fois que j’ai vu le film, je n’ai pas pu m’empêcher de me poser des questions.

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J’aime bien Klara Novak. Elle est bonne à son boulot, elle est motivée, elle a de la répartie, et j’adore qu’elle obtienne son pote en y allant à la tchatche, l’impro, et le culot. Mais comme le dit Kralik, elle fait un très bon mix de poésie, d’éloquence, et de méchanceté. Y a plusieurs moments dans le film où je la trouve méchante, de façon excessive, et la première fois, je comprenais pas pourquoi. A la fin, j’ai compris, mais pendant le film, je me demandais s’il manquait une scène, un passage où Kralik se serait montré odieux avec elle, parce qu’il se montrait sec avec elle, certes, mais généralement toujours en réponse à son attitude à elle. Je me suis dit un moment que c’était peut-être à cause de l’expérience professionnelle précédente de Klara : elle fait comprendre à Kralik qu’elle a été victime de harcèlement sexuel dans son ancien boulot, et de façon fort compréhensible, ça aurait pu la rendre mal à l’aise avec ses collègues masculins, et la mettre sur la défensive. Sauf que Kralik (qu’elle remercie d’être un gentleman et de ne jamais la harceler sexuellement, du reste, et je trouve ça super triste de remercier quelqu’un pour ça) est le seul avec lequel elle se comporte de la sorte. A la fin on a droit à une explication, et en vérité elle admet elle-même avoir été bête, mais du coup pendant le film on peut se retrouver à se demander « mais wtf, qu’est-ce qu’il t’a fait ? ». En vérité, il me semble que le plus gros défaut de Klara est son arrogance, et que le film, dans une tradition de fictions de Noël où les gens apprennent une leçon et deviennent meilleurs, entreprend de casser cette arrogance (et on parle bien d'arrogance, pas de fierté ou confiance en soi, qu'elle a également et qui sont de bonnes choses). Elle n’en est pas moins un personnage que j’apprécie, en grande partie grâce au charme de Margaret Sullavan.

 

Et le film, en général, est un film que j’aime beaucoup. Je le trouve drôle, et touchant, et triste, et réconfortant, et charmant, et je vous le conseille fortement. Ce que je ne suis certainement pas la première personne à faire, ce n’est pas exactement un film inconnu ou impopulaire, mais ajoutez mon nom à la liste des gens qui vous poussent à le regarder. Et Joyeux Noël

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