[Samuel vs Le Mal Suprême] John Connolly - Les Portes

Publié le 23 Janvier 2018

Samuel a 11 ans et c'est un petit génie. Quelques jours avant Halloween, il se déguise en fantôme et va frapper aux portes des maisons de son quartier. S'il passe le premier, il va rafler tous les bonbons ! Malin, non ?

Mais ses nouveaux voisins, les affreux Abernathy du 666 Crowley Avenue, l'envoient méchamment bouler. Dépité, Samuel s'assied sur le muret de leur jardin. Et c'est alors qu'une lueur bleue s'échappe d'un soupirail de leur cave...

Samuel n'en croit pas ses yeux. Les Abernathy se livrent à une expérience satanique. Le 666, au fait, ne serait-ce pas le chiffre du diable ? Et ne viennent-ils pas de réussir à ouvrir les portes de l'Enfer ?

Bien entendu, personne ne veut croire Samuel quand il parle de crânes volants ou d'un monstre avaleur de chaussettes. Heureusement, pour contrer le Mal Suprême, il va pouvoir compter sur son chien Boswell et sur Nouillh, un démon un peu trouillard mais franchement rigolo.

Quatrième de couverture, éditions l'Archipel

Après avoir lu et adoré Le Livre des Choses Perdues, j’étais carrément enthousiaste à l’idée de lire plus de John Connolly, surtout ses livres (en partie) adressés à la jeunesse (parce qu’en vrai le Livre des Choses Perdues s’adresse aussi carrément aux adultes), et donc, je me suis retrouvée à emprunter les Portes, en espérant pouvoir retrouver la magie de mon coup de coeur précédent… spoiler : ça n’a pas marché. J’ai été un peu déçue, pour tout vous dire, même si je pense que l’erreur venait aussi (mais pas entièrement) de moi : je n’aurais pas dû me lancer dans ce livre si peu de temps après mon gros coup de cœur, parce que je n’ai pas pu m’empêcher de comparer un peu les deux, et que malheureusement, cette comparaison injuste ne se faisait pas en faveur des Portes, qui s’adresse à un public bien plus jeune, je pense, et est bien plus axé comédie. Mais voilà, je l’ai lu trop tôt, et il y a tout de même des points communs qui font que je n’ai pas pu me retenir. L’humour mêlé aux choses qui font peur en est un (mais le dosage est très différent), mais surtout, John Connolly dit lui-même qu’il est fasciné par le thème de l’enfance, sa fragilité et sa force, et dans les deux livres, on trouve des petits garçons qui font face à l’absence subite d’un parent, et qui, via des aventures fantastiques dans lesquelles des mondes se rencontrent, apprennent à accepter cette absence.

 

Dans Le Livre des Choses Perdues, notre héros a vu mourir sa mère et se retrouve propulsé dans un monde de contes de fées (un peu revisités, les contes), tandis que dans les Portes, Samuel fait face au départ de son père, qui a quitté sa mère pour une autre femme, et n’a laissé derrière lui qu’une voiture qu’il compte bien récupérer lorsque le divorce sera officialisé. Et dans ce roman-là, ce n’est pas Samuel qui passe dans un autre monde, mais l’autre monde qui vient à lui, celui des Enfers, et on pourrait tout à fait avancer que la Porte des Enfers avait été ouverte bien avant que des citadins qui s’ennuient décident de faire n’importe quoi : pour Samuel, l’enfer a commencé quand son père est parti, et en refermant une porte plus littérale, il doit faire face à beaucoup de dangers, et réaliser qu’il est capable de se débrouiller sans son père, que lui et sa mère s’en sortiront et peuvent renouer un dialogue qui n’était pas évident ces derniers temps.

Et nous, on le regarde faire en le soutenant, parce que si Samuel n’est pas un personnage particulièrement marquant, il est suffisamment agréable (et il a un chien un peu peureux qui ne manque pas de voler à son secours quand même dans les moments de danger, adorable qu'il est) pour que j’aie voulu le voir réussir, et ne pas vouloir le regarder mourir. Il est très intelligent et un peu décalé, mais pas au point de le rendre agaçant, et donc dans l’ensemble, il est raisonnablement attachant. Mais pas de façon ouffissime non plus.

 

Un des gros soucis de ce livre, à mes yeux, est qu’il manque énormément de place. Connolly introduit beaucoup de personnages au fil du roman. Des prêtres, des démons, des flics, des amis de Samuel qu’on ne lui connaissait pas au début, etc. Et la plupart tendent également vers le sympathique : en particulier j’ai bien aimé Nouilh, pauvre petit démon un peu nul, exilé dans une contrée désertique et surtout très vide, et qui (après une rencontre terrible avec un aspirateur) se lie rapidement d’une amitié avec Samuel que j’ai trouvé mignonne. Le souci c’est que cette amitié est résumée à quelques scènes, parce que tout est résumé à quelques scènes, parce que quand il y a autant de personnages, il n’y a juste pas la place de leur laisser à tous la place de respirer, la place d’exister. Et il n’y a pas que ça, qui prend trop de place ! Pour moi, il y a aussi eu le souci de l’humour, qui encombrait énormément le roman.

 

Alors, qu’on s’entende bien, je ne dis pas que le livre n’est pas drôle du tout. Bon, je n’ai pas souri à tout, mais certaines choses étaient amusantes, comme le fait qu’il y ait des démons pour tout et n’importe quoi (les chaussures pas confortables ou les erreurs de ponctuation, par exemple). Et j’ai aussi adoré le passage où Samuel converse avec la pauvre Chose sous le lit, qui n’arrive pas à lui faire peur du tout et est bien maladroite. La conversation était amusante, certainement d’autant plus pour moi qui reconnaissais bien la situation (pas que j’aie souvent discuté avec la Chose sous mon lit, mais je m’en suis souvent inventé une, et le livre dédramatisait joliment une scène familière, donc). Mais le livre partait dans des tangentes tout le temps1, et force m’était de constater que pendant ce temps, ben, l’histoire n’avançait pas des masses. A force de faire des pauses pour glisser des blagues, le roman semblait manquer de place pour le reste, et dans un livre qui avait déjà un souci de surpopulation, c’était pas exactement une bonne chose. Quand on enlevait tout ça, il restait vraiment un rythme lent et des personnages vraiment pas développés, du moins à mes yeux. Mais bien entendu, on n’était pas censés enlever tout ça, parce que le « tout ça », l’humour, la comédie, c’était le but du roman.

Et là intervient donc un souci très personnel : j’ai souri à quelques traits d’humour, oui, mais dans l’ensemble (peut-être parce que c’était constant et prenait autant de place, aussi), j’ai fini par trouver le tout relou. (Quelque part, je me demande aussi s’il n’y a pas un peu une question de support. Cela demanderait que je me penche plus sur la question, en commençant par lire plus de romans axés sur la comédie, mais j’ai l’impression que le type d’humour absurde dont use Connolly me parle bien plus à l’écran que sur papier. Je ne sais pas exactement à quoi cela tient, c’est peut-être une question de rythme, ou peut-être que je réponds plus au visuel : par exemple, des personnages pas trop développés prennent quand même une dimension de plus en leur ajoutant un visuel ? Je ne sais pas, ce sont des suppositions, et ma théorie ne tient peut-être pas debout, mais quand j’essaie d’imaginer ce livre en film, ou les films absurdes que j’aime en romans, j’ai l’impression qu’il y a quand même quelque chose à creuser de ce côté-là.)

 

Bon, et comme je vous le disais, c’était une erreur de lire ce livre si peu de temps après Le Livre des Choses Perdues, parce que je n’ai pas pu m’empêcher de comparer les deux, et en particulier, j’ai eu un gros regret sur le manque de noirceur des Portes. C’est-à-dire qu’on est en pleine Apocalypse quand même, avec des Démons dans les rues, et au-delà d’UNE scène où l’Obscurité essaie de tuer Samuel, à aucun moment je n’ai ressenti le moindre frisson, la moindre tension, le moindre danger. Ben, oui, forcément, tout était tourné à la blague, alors ! On a des démons qui ne sont pas capables de tuer une vieille dame, et qui perdent leur temps à découvrir l’amour en buvant dans les bars, c’est assez naze comme Apocalypse. Ce n’est pas un manque du livre2, cela dit : c’est pas comme s’il avait essayé de faire quelque chose et s’était planté, il atteint précisément son but qui est de faire passer les démons pour des tanches afin de faire rire, mais pour moi, ça a rendu la lecture monotone, car tout était raconté essentiellement sur le même ton, justement.

 

Le gros souci, néanmoins, reste avant tout que je n’étais pas embarquée par la blague générale. Un peu au début, et de moins en moins vers la fin. Si elle vous embarque, vous passerez un bon moment de lecture, mais pour ma part, elle m’a perdue, et comme elle prenait toute la place, forcément, au bout d’un moment, ne m’est resté qu'une idée que j'aimais mais ne trouvais pas assez bien développée, et des personnages sympathiques mais un peu fades, dans une histoire qui n’avançait pas beaucoup et dans laquelle je ne pouvais pas m’investir émotionnellement à cause d’une longue blague étirée qui ne me faisait plus rire. Je n’ai pas détesté le livre, je l’ai lu rapidement et facilement en souriant ici et là, mais au bout du compte, je crois juste qu’il n’était pas fait pour moi.

 

1 Notez, je n’ai rien contre les tangentes en soi, au contraire, vous savez que c’est ma grande spécialité, et que j’adore ça, mais y a un moment donné, trop, c’est trop, et pour moi, il y avait plusieurs soucis à ces tangentes dans ce roman. Le premier, c’était, comme je l’ai dit, qu’elles prenaient beaucoup de place et du coup étouffaient le reste. Et le second c’était qu’à chaque fois que John Connolly partait dans l’une d’elle, ça me sortait de l’histoire. Cela me sortait d’autant plus, à vrai dire, que plusieurs de ces tangentes n’était pas dans le texte directement, mais mises en bas de page, dans de petites notes comme celle-ci. Enfin « petites ». Sur certaines pages il y avait plus de notes que d’histoire ! Du coup, à chaque fois, je sortais du rêcit, forcément, et ça m’empêchait de prendre quoi que ce soit au sérieux. Ce qui était certainement le but, mais j’adhérais pas à l’idée, et ça m’a dérangée.

 

2 Contrairement au manque criant de:

 

 

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :