Pierre Bottero - La Quête d'Ewilan, T3: L'ïle du Destin

Publié le 16 Janvier 2018

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Suite aux évènements du troisième tome, Ewilan, accompagnée de ses fidèles compagnons, se met en quête de ses parents, ainsi que de la responsable de leur disparition.

 

 

.oOo.

 

… bon, j’ai pris mon temps, quoi ><

 

C’est vrai, c’est vrai, j’ai laissé passer un long, long moment, entre le tome 2 et le tome 3. Mais il avait fallu que je rende le livre à la bibliothèque, il était tout le temps emprunté, j’ai fini par un peu oublier de le lire… mais en écrivant mon bilan de l’année, je me suis rappelé qu’il fallait que je finisse ce cycle, et me suis dit « Mila, tu VAS retourner à la bibliothèque, chercher ce livre, et te rouler par terre en hurlant s’il n’y est pas ». Heureusement, il y était. Aussitôt emprunté, aussitôt lu (bon, en trois jours, okay), et dans l’ensemble, la lecture fut plaisante, en grande partie car, à présent, il y a plusieurs personnages qui me sont réellement sympathiques dans cette affaire, donc c’était agréable de les retrouver. Malheureusement, je l’ai aimé plus que le premier tome, mais moins que le second, car j’ai retrouvé dedans plusieurs soucis que j’avais dans le tome 1 (donc vous êtes prévenus, l’article ne risque pas d’être dithyrambique, il tend même sur une expression de déception générale). Et on va en discuter tout de suite, mais pour conclure un peu sur la trilogie avant d’aller dans les détails sur le tome 3 : j’ai l’intention de lire le cycle suivant, car dans La Quête d’Ewilan, j’ai aimé le style d’écriture, le monde, et plusieurs personnages. Dans l’ensemble, néanmoins, je dois bien admettre avoir été déçue par ces livres dont autant de gens me chantaient les louanges. Je m’attendais sans doute à trop. Mais je lirai la suite, mon espoir étant que les livres aient « grandi » avec leur lectorat, un peu comme les Harry Potter, qui se sont faits de plus en plus complexes avec le temps.

 

Sur ce, discutons du tome 3, en commençant par les bonnes choses. Et je pense finalement que ma pause involontaire était une très bonne idée (que je n’ai pas eue, vu que j’ai pas fait exprès, mais tant pis). Car si vous vous souvenez de mes articles précédents, alors vous savez que j’avais eu du mal, dans les premiers livres, avec le personnage central, à savoir Ewilan/Camille. Ce qui est quand même fort con. C’était moins vrai dans le 2, mais toujours un peu vrai quand même. La pause m’a donc fait du bien, car j’ai pu commencer le tome 3 sans agacement résiduel, et du coup, j’ai mieux

aimé Camille dans ce tome. Elle n’est toujours pas mon personnage favori, il y a toujours des moments où j’ai vaguement tiqué, mais très peu. J’ai aimé qu’elle ne soit pas toujours la solution à tout, j’ai aimé qu’elle se plante parfois (cf. le passage où elle manque de noyer ses compagnons pour éteindre un feu), j’ai aimé aussi qu’il y ait des endroits du monde (les Hiatu) où ses pouvoirs ne fonctionnent pas si bien qu’il faille se reposer sur autre chose. Tout ça, c’était super, parce que ça créé un peu de difficultés pour nos personnages. J’aime aussi toujours autant voir qu’elle forme des liens forts, basés sur le respect et le soutien, avec des personnages féminins puissants, de différentes façons, et jamais en compétition. Par contre, il y a un drôle de moment « girl power » que j’ai trouvé assez mal amené (à savoir celui sur le bateau où elle frappe Salim, pour ceux qui ont lu le livre). C’était un drôle de passage qui m’a semblé forcé. Pas tellement à cause de la réaction de Camille, mais plus à cause de l’emplacement de la scène dans l’histoire, pas bien subtil (on nous fait la leçon « une fille doit s’imposer » en noir sur blanc, et paf on passe à la pratique, c’était… je sais pas, « mécanique » est le mot qui me vient) et du manque de naturel de l’attitude de Salim. A mes yeux, ça tranchait pas mal avec la façon dont le personnage a été décrit jusque là, et du coup, c’était un moment chelou, qui m’a donné l’impression d’avoir été forcé dans l’histoire.

 

Cela dit: Salim for the win. J’adore ce personnage, il s’est vraiment imposé comme étant mon favori, et j’ai été intriguée de voir les changements qui s’opéraient chez lui dans ce volume (de façon fort littérale, parfois… mais no spoil). Et j’aime aussi beaucoup sa relation avec Camille. Elle le taquine souvent, le rabroue de façon excessive parfois aussi, mais elle ne perd jamais autant son calme que quand on en vient à lui, et il faut voir sa réaction quand, à cause de circonstances particulières, quelqu’un propose « d’abandonner » Salim. Voir leur relation aimante, et loyale, et adorable, ça me réchauffait le cœur, et j’étais à fond derrière eux. Par contre, j’ai regretté la façon dont Bottero écrivait des histoires d’amour à tous ses personnages féminins, ça m’a semblé artificiel et pas toujours très intéressant. Bon, dans le cas de l’une d’elle (Siam), c’est plus un personnage masculin qui a un béguin sur elle, mais il y a un axe romantique pour Ellana auquel je n’ai pas spécialement accroché, car je l’ai trouvé très attendu, et qu’honnêtement, je n’y ai pas beaucoup cru non plus. Et puis, quelque part, je crois que je regrettais aussi de voir tous les personnages féminins forcément affublés d’un add-on « romance », même s’il n’est parfois pas développé à fond. En y réfléchissant autant il y a des tas de personnages masculins qui n’en ont pas, autant le seul personnage féminin de front, dans cette situation, auquel je puisse penser est l’antagoniste… Après, j’en ai peut-être oubliés, car oui, j’ai fait une grosse pause quand même. Et ça, c’est une réflexion que je me suis faite après la lecture, en planifiant cet article. Sinon, pendant la lecture, c’est surtout l’histoire d’Ellana (que j’adore toujours, elle, de même que son partenaire, d’ailleurs, et c’est vraiment l’association qui…) qui m’a laissée dubitative. Enfin, pour revenir à Camille et Salim, eux, j’ai fondu méchamment, et je pense que beaucoup de mes passages favoris les concernent, tous les deux, ou juste Salim à la limite.

- [...] Toutefois, s'il y en a que ça gêne, nos chemins peuvent se séparer là. Que chacun suive sa route, moi je ne quitterai pas Salim. Jamais !
Elle s'était exprimée calmement, mais avait mis toute sa force dans ses mots.

;A;

 

Dans ce que j’ai apprécié aussi, l’excursion dans notre monde, même si elle a été courte, était amusante, et je suis contente qu’on ait eu droit à une explication pour les « circonstances » de Camille dans ce monde-là. Cela ne me fait pas changer de ressenti sur le tome 1, mais ça aide quand même. Et toujours dans ce que j’aime : découvrir l’univers du roman a continué d’être agréable, et j’aime le style de Bottero. Mais je suis obligée d’admettre que j’ai été malgré tout déçue par ce livre, et ce dès le début, parce que (et on en revient à mes soucis avec le tome 1) je trouve que l’auteur rend les choses beaucoup trop faciles pour ses personnages, et ses lecteurs d’ailleurs, et moi, ça m’a empêchée de ressentir le roman.

 

Et cela commence dès le début. Dans le tome 2, deux personnages devaient quitter le groupe principal, et c’était un crève-cœur, une séparation difficile à la fois pour les personnages et pour les lecteurs. Ca pouvait aussi se révéler être une bonne chose, mais c’était un « au revoir » triste et quasiment la première chose que fait ce tome 3, c’est revenir complètement dessus. « Oui, non, finalement, on était tristes de vous quitter, alors on s’est dit qu’on n’allait pas le faire ». Alors, c’est vrai, j’aime la bande de personnages, et j’étais contente de les voir tous ensemble à nouveau, mais honnêtement, j’ai trouvé ça dommage, en mode « mais naaaan t’inquiète pas, je vais quand même pas rendre mes lecteurs TRISTES ! ». D’autant que ça balayait quand même bien rapidement un

élément important du tome 2. Je sais pas moi, imaginez qu’au début des Deux Tours, finalement, Frodon décide « ouais nan, en fait, oubliez tout, on reforme la communauté, c’est parti ! ». Ou que dans Return of the Jedi, après le « Je suis ton père » de Empire Strikes Back, Darth Vader sorte un « lol, en fait non, t’inquiète. » Je ne dis pas que les situations sont les mêmes, mais j’ai eu l’impression que le tome 3 revenait sur le tome 2, comme n’assumant plus les choix qui y avaient été faits, et cela m’a laissé un goût un peu amer dans la bouche. Et après ça il y a trop de résolutions magiques à mon sens. Un peu comme dans le 1 quoi.

 

Un personnage qui se refusait à l’aventure a juste changé d’avis entre deux tomes, si bien que Camille n’a plus besoin d’essayer de le convaincre, un antagoniste disparait évitant à un protagoniste de se salir les mains (désolée j’essaie de rester vague pour ne pas spoiler), un personnage au bord de la mort va être magiquement soigné finalement, Salim et Camille tombent pile sur la personne dont ils avaient besoin,  et bien sûr, quand les personnages sont dans une situation impossible, on a droit à un gros deus ex machina (et même pas un nouveau, en plus) pour les sortir de là. Une seule fois, c’est pas grave, et certaines choses ont été plus ou moins préparées, mais quand il y a accumulation, au bout d’un moment, ça commence à faire du tort au livre pour moi, parce que comment voulez-vous que je ressente la moindre tension, le moindre enjeu, quand je sais que de toute façon, toute situation compliquée sera résolue en quelques lignes, de façon extérieure. Dans le tome 2, quand certains personnages se sont retrouvés en position dangereuse, sans espoir de s’en sortir, j’avais un minimum peur pour eux, je me sentais un peu triste, et aussi j’étais fière d’eux de faire face. Dans ce tome-là, techniquement, ils sont toujours héroïques parce qu’ils font toujours face, mais la différence c’est que je m’attendais tellement à ce qu’une licorne (pas une licorne en vrai, mais c’est pour la phrase) tombe du ciel et les sauve dans un pouf magique, que je n’avais aucune raison de m’en faire. Livre après livre, cette trilogie s’est peu à peu assurée que rien ne me semble avoir de réel poids, à tel point que lorsqu’un personnage se retrouve au bord d’une mort « certaine », alors même que c’était un personnage que j’aimais beaucoup, je n’en ai eu strictement rien à faire, parce que j’étais assurée que dans quelques lignes, ce serait « pouf ! licorne ! » à nouveau. C’est dommage, quand même.

 

Et ce manque de poids, ça a vraiment été mon souci majeur avec ces livres. Le personnage principal qui m’agaçait, ça, ça a eu tendance à s’estomper (de même que l’info-dumping), et je pouvais faire avec, et encore une fois, j’aimais beaucoup le cadre de l’histoire, et je trouve aussi que Bottero a su créer des personnages attachants, en plus de concepts intrigants. C’est la façon dont les évènements s’enchainent qui, véritablement, m’a fait me détacher émotionnellement de plus en plus de tout ce qui se passait. Je me demande si ça m’aurait plus plu quand j’étais enfant, et je me dis que oui, certainement, mais là, ça a manqué de quelque chose pour moi. Mais je lirai quand même la suite, parce que je suis curieuse de voir comment vont grandir certains personnages.  Je suis déçue, mais pas résignée, donc.

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