[A small world after all] Bishonen 美少年之恋

Publié le 10 Mars 2018

 

Sorti en 1998

Ecrit et réalisé par Yonfan

Dure 1h41

 

Avec :

Daniel Wu : Sam Fai

Stephen Fung : Jet

Terence Yin : K.S.

Jason Tsang : Ah Chan

Shu Qi : Kana

etc

 

Dontesque ?

Jet, gigolo populaire, n’est pas du genre à tomber amoureux, jusqu’au jour où il rencontre Sam, un policier pour lequel il a le coup de foudre direct. Malheureusement, les choses ne sont pas toujours simples.

 

Fiche Ecrans d'Asie: ici

 

 

.oOo.

Bien entendu, puisque Shu Qi est dans ce film, il fallait que je le voie… encore que. Bon, déjà, je vous le dis direct : ça va pas causer beaucoup de Shu Qi dans cet article, parce qu’elle a trois scènes dans le film, que ces scènes sont courtes et anecdotiques, et que son personnage aurait tout aussi bien pu ne pas exister. Bref : pourquoi ce film ? En préparation de mon article, je n’ai pas regardé tous les films de Shu Qi. Parce qu’elle a joué dans beaucoup, et même si j’aurais adoré pouvoir tout regarder, avec le temps que j’avais, c’était juste pas réaliste. Donc j’ai fait une sélection, et oui il fallait que je regarde ce film, mais parce qu’à la base je l’avais mis sur ma liste… parce que… il s’appelle « Bishonen » les gens. Sincèrement, comment voulez-vous que je ne regarde pas un film qui s’appelle « Bishonen » (c’est-à-dire « joli jeune homme ») quand les bishos sont en gros la base sur laquelle j’ai construit mon blog, en bon Guru superficiel que je suis ? Ce film semblait fait pour moi, et disons le tout de suite, questions bishos, c’est clair que je n’ai pas été déçue : il y en a plein, et en plus, ils sont souvent peu habillés, et s’adonnent à des activités fort agréables, que ce soit au lit ou dans la douche. Donc vouip, niveau bishos, y a zéro souci. Maintenant, niveau film : un peu plus de souci. J’ai pas super accroché à Bishonen, malheureusement.

 

Bon, il a des choses que j’ai aimées dans le film tout de même. Et pour commencer, j’ai apprécié les personnages ! Du moins, deux d’entre eux. K.S., le chanteur à succès, manque un peu de profondeur et (me) pose souci d’une façon dont je reparlerai plus tard, et Sam, le monsieur dont s’éprend Jet, notre personnage le plus principal, m’était sympathique au début, mais j’ai fini par avoir des sentiments mitigés à son sujet, d’autant que c’est vrai que je n’ai pas trouvé l’acteur excellent. Mais en revanche, j’ai beaucoup aimé Jet, et son ami/ colocatiare/collègue gigolo Ah Qing. Et d’ailleurs, j’ai aussi apprécié Sindy, leur autre ami et collègue. Parce que j’aimais bien l’amitié qui se faisait sentir entre ces personnages. Ils ont la même profession, partagent beaucoup de choses, et semblent très à l’aise les uns avec les autres, si bien qu’on a droit à quelques scènes d’intimité et de partage qui m’ont plu, parce que ces scènes avaient quelque chose de confortable et chaleureux à mes yeux, qui faisait plaisir. Et par ailleurs, je n’ai pas été émue par les romances jusqu’au bout, pour une raison en particulier que je développerai plus tard, mais j’en ai aimé les débuts, et c’est sans doute aussi pour ça qu’Ah Qing et Jet me plaisaient autant : pour des raisons différentes, ils avaient une façon un peu maladroite, innocente et hésitante de tomber amoureux, et c’était assez adorable. En fait. Je suis faible face à ce genre de choses, il faut dire aussi. Mais pour faire court : les personnages principaux, à la base, me plaisaient, et niveau romance, je trouvais le béguin de Jet sur Sam adorable, et donc ça, ça partait bien.

 

Un autre truc que je trouvais réussi dans le film : la façon dont il arrivait à faire la séparation entre les différentes utilisations que les personnages faisaient de leur corps. Vous vous en doutez, il y a beaucoup de corps dévêtus dans Bishonen, rapport notamment à la profession de plusieurs des personnages, mais également au simple fait que dans leurs relations amoureuses, ils veulent coucher avec l’autre. Et comme on est invités à voir la beauté de ces corps, qu’il y a quand même une dose de « fanservice », le risque c’était de former un gros goubli-goubla, et de brouiller les lignes. Mais Bishonen fait cela très bien, il pose parfaitement la limite, et on prend plaisir à voir les corps des personnages lorsqu’ils partagent un moment d’intimité ou de passion avec les personnes qu’ils ont choisies, tout en étant mal à l’aise lorsque ces mêmes corps sont convoités et touchés par des gens par lesquels les personnages n’ont clairement aucune envie d’être touchés. Et parfois, on a un client que les personnages rechignent moins à satisfaire, et ça aussi, ça passe. On ressent en fait toujours très bien, grâce aux acteurs aussi, ce que ressentent les personnages, et donc on partage avec eux le plaisir ou le dégoût qu’ils ont à exhiber leur corps, selon qui est en face. Ca aussi, j’ai trouvé que le film le réussissait bien.

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Après, je n’ai pas su que penser de l’approche de la prostitution du film. C’est-à-dire qu’elle n’est pas rendue glamour, le film nous montrant que les personnages sont parfois drôlement mal à l’aise, voire violentés (et heureusement le film reste très sobre dans la présentation de cette violence), mais à la fois, on nous montre des jeunes hommes soudés, qui ne semblent ni être des innocents victimisés ni des « démons pervertis », et sont menés par un employeur qui n’a pas l’air de réellement les exploiter, mais leur sert plus de manager. Le film n’a pas l’air de vraiment prendre position sur la question de la prostitution, et ça, ça ne me dérange pas, mais… okay, en fait, mon souci est le suivant : je suis tout à fait pour un regard nuancé, qui ne hurle pas « REGARDE COMME C’EST MAL » ou son contraire, j’apprécie énormément que les personnages ne soient pas que des caricatures, et parce que le film fait ces choix, on dirait qu’il veut se rapprocher de la réalité, sauf que l’histoire étant grossière, « trouée », et agencée de façon qui, elle, n’a pas trop l’air de vouloir coller à un semblant de réalité, ça me fait tout remettre en question, et je me demande comment cette affaire de prostitution, elle, a été déformée. Je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’on me propose, sur un ton qui se veut proche de la réalité, une fausse image, vu que le reste du film est « faussé ». Et comme je ne connais rien au sujet, forcément, ben, je ne sais pas comment l’image a été faussée, et du coup c’est pour ça que je n’ai aucune idée de quoi penser de l’approche du sujet, et que ça m’a pas mal travaillée le long du film. Mais, oui, c’est clair que j’apprécie en tout cas les personnages nuancés.

 

Bon… on a passé en revue le positif et le pas clair, donc maintenant, causons du négatif.

 

Alors, je vous disais que le reste du film était « faussé », « troué », et c’est qu’en fait, bien que j’aie apprécié les débuts de romance, j’ai eu du mal avec ce qui vient plus tard dans le film. Tout est construit un peu à la façon d’un mystère qui se dévoile petit à petit, à grand renfort de flash-backs, sauf que chaque révélation rendait le tout trop… gros. C’est-à-dire, pour ne pas vous spoiler, qu’il y avait quand même pas mal de grosses coïncidences et de moments « ah, comme le monde est petit » qui faisaient sembler le tout forcé. Et comme si ça ne suffisait pas, on nous ramène en plus une star de la chanson dans l’équation, ce qui achève de rendre le tout difficile à avaler. Peut-être que ce serait mieux passé si la narration avait été moins artificielle, avec ces retours en arrière, mais en l’occurrence, ça passe pas. Quant aux « trous »… c’est qu’il manquait, déjà, des infos sur les personnages (notamment Jet, qui est charismatique et que j’ai apprécié, mais dont au final je ne sais quasiment rien) mais surtout sur leur contexte, et notamment sur ce que ça signifie d’être homosexuel dans ce pays, à cette époque.

 

Pas parce que j’estime que toute histoire parlant de personnages gays (voire bisexuels pour Jet ?) doive aborder ces sujets, mais parce que le film, en l’occurrence, parle des conséquences, sans vraiment parler des causes. Plus précisément, il finit par nous dire qu’être homosexuel c’est dur, mais il ne nous donne aucune raison pour ça, parce que même si nous on sait que le monde est rempli d’homophobes, dans le cadre du film, quasiment tous les personnages présentés soit sont gays, soit n’ont aucun problème avec l’homosexualité. Du coup, quand à la fin on nous sort qu’être gay c’est dur, on se demande pourquoi : s’il n’y a pas de causes externes, alors ce serait dur juste parce qu’être gay, c’est dur en soi, indépendamment de tout contexte d’homophobie ? Si le problème c'est pas la société autour, alors c'est juste l'homosexualité, en fait ? Sans dire que c'est la position du scénariste/réalisateur (honnêtement, pour le peu que j'ai pu lire sur lui, j'en doute), le film est suffisamment maladroit pour m'avoir laissé cette impression.

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A la fin, une tragédie frappe. [spoiler] En effet, Sam se suicide. Et j’aurais pu comprendre, à la limite qu’il se suicide parce qu’il se sentait coupable de ce qu’il a fait à Ah Qing, qu’il a en gros poussé, sans le vouloir, à la prostitution, mais en l’occurrence, il est rendu clair (parce que le film nous le dit directement) qu’il se suicide parce que son père a découvert son homosexualité, et en a été déçu. Or il se trouve que Sam est quelqu’un qui a peur de décevoir ses parents, en particulier son père, et a bossé toute sa vie pour être un fils parfait. Néanmoins, de là à ce que sa première réaction soit le suicide ? Alors que son père ne lui a rien dit en plus : il a versé une larme. Et donc à la première larme, sans même essayer de discuter, Sam va sauter du haut d’un toit ? Parce qu’apparemment, il n’y a pas à discuter, Sam sait que son homosexualité est juste inacceptable. Le film nous dit littéralement que Sam a sauté parce que « Pourquoi laisserai-t-il son amour (pour un autre homme) blesser la personne qu’il aime le plus au monde (son père) ? ». Donc apparemment Sam estime que son homosexualité blessera plus son père que son suicide. Donc un fils mort vaut mieux qu’un fils homosexuel ? Mais encore une fois, à aucun moment on n’a réellement fait l’expérience des difficultés à être gay dans ce monde-là, de pourquoi Sam pense que son père ne pourra jamais accepter la chose et le préfèrerait même mort,[/spoiler] et vu qu’on ne nous a pas suffisamment parlé des causes, ben il reste la désagréable impression que le film nous dit juste que la tragédie va de pair avec l’homosexualité, parce que c’est comme ça, l’homosexualité est une tragédie en soi.

 

Mais c’est même pas ce qui m’a le plus empêchée d’apprécier le film. Parce qu’en fait, ça, on le sent vraiment juste dans les dernières minutes, donc ça m’a laissé un goût amer dans la bouche, mais jusque là, j’avais déjà du mal avec le film, et je mets ça sur le compte d’un truc en particulier : CETTE PUTAIN DE NARRATION BORDAYL.

 

Une narration, moi, je veux bien, si ça apporte quelque chose. Genre, dans Les Orphelins Baudelaires, le narrateur a une identité propre et devient un personnage. Il ne nous raconte pas ce qui se passe à l’écran, il ajoute quelque chose, de l’humour et une ambiance. Dans Bokura ga ita, même si j’ai un petit souci avec la narration, elle sert quand même à quelque chose : elle installe le point de vue, le ton, et elle n’est pas non plus constante, elle s’efface vite, pour laisser s’exprimer les images et les acteurs. Dans Bishonen, la narration, c’est TOUT LE TEMPS. Elle fait les transitions, elle nous raconte ce qui se passe dans la tête des personnages, nous explique ce qu’ils ressentent, pourquoi ils font ce qu’ils font… « Là Jet est triste parce que blablabla » « Là, il se demande si bidule » … DUDE (enfin « madame » en fait, mais j’aime le mot « dude ») ! C’est à ça que sont censés servir les images ! Si le réalisateur voulait écrire un livre, fallait écrire un livre, mais là, la narratrice nous raconte tout, et bordayl c’est lourd (voire carrément nocif parfois, parce que je suis à peu près certaine que la fin aurait eu un chouïa de chance de mieux passer sans cette foutue narration… parce qu’il y aurait eu un semblant d’ambiguïté au moins), et ça sort du film, parce que comment voulez-vous que je me laisse prendre à l’ambiance, quand une voix me tire sans arrêt de l’histoire pour bien me rappeler que je regarde juste un film. Sérieusement, ça m’a agacée, et c’est ce qui a tué toute chance d’émotion pour moi, c’est véritablement ce qui m’a le plus empêchée d’apprécier Bishonen. Et parce que je ne pouvais pas rentrer dans le film, j’ai été aussi agacée par la façon dont il était tourné. Les ralentis chelous, par exemple, ou bien l’emprunt du point de vue de personnages de temps en temps. Peut-être que si je m’étais laissée happer par le film, je n’aurais pas eu de souci, et que ça m’aurait même plu, qui sait, mais en l’occurrence j’étais tellement pas dans le truc et tellement agacée par CETTE FOUTUE NARRATRICE que…voilà.

 

Pour résumer, il y a des choses que j’ai aimées dans ce film, mais l’ensemble n’a jamais pris. Déjà parce que je ne trouve pas l’histoire particulièrement bien écrite, et ensuite parce que la narration m’a sorti du film sans arrêt, m’empêchant de vraiment ressentir les choses, jusqu’à une fin que j’ai trouvée maladroite. J’aurais du mal à vraiment conseiller le film donc.

 

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Et pour les suggestions de fin, je voulais mettre des liens vers des oeuvres avec des romances LGBT+, mais je constate un peu honteusement que j'en ai peu vues/lues. En tous cas pas si je les veux réussies, explicites (en comparaison à "vaguement sous-entendues"), au premier plan, et si possible heureuses. Les romances que j'ai en réserve ne tombent pas dans tous ces critères, et je note aussi qu'elles ne sont pas tant "LGBT+" que toutes "entre deux hommes". Donc à la place:

Et pour des oeuvres, quand même, avec des personnages LGBT sur ce blog:

 

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