[La déchéance d'un homme] Ningen Shikkaku 人間失格

Publié le 8 Mai 2018

 

Sorti en 2010

Réalisé par Arato Genjiro

Ecrit par Arato Genjiro & Urasawa Yoshio

D’après le roman de Dazai Osamu

Dure 2h14

 

Avec :

Ikuta Toma : Oba Yozo

Iseya Yusuke : Horiki

Ishihara Satomi : Yoshiko

Koike Eiko : Shizuko

Sakai Maki : Reiko

Terajima Shinobu : Hisako

Muroi Shigeru : Kotobuki

Ishibashi Renji : Nakahara Chuya

Ookusu Michiyo : Ritsuko

Mita Yoshiko : Tetsu

 

 

Dontesque ?

Tout jeune déjà, Yozo se sent loin des autres. Il a du mal à créer des liens avec les gens, et évoluer en société, devant porter un masque en permanence. Petit à petit, cette incapacité à s’intégrer dans la société, et la façon dont la société ne le prend pas au sérieux, commence à le ronger, et il se détruit lentement.

 

.oOo.

Ningen Shikkaku est l’adaptation d’un classique de la littérature japonaise… que je n’ai pas lu, mais dont j’ai entendu parler via l’anime Aoi Bungaku (dont tout le principe était d’adapter des classiques, ayant pour thème la jeunesse, histoire d’intéresser les jeunes, justement). Et j’adorerais vous dire que mon intérêt pour ce film découlait de mon amour de la littérature classique, mais en vérité mes motivations étaient double, et toutes autres : 1/ Semaine Anniversaire + Ikuta Toma = must watch Ningen Shikkaku 2/ le film porte le même titre qu’un drama avec les KinKi Kids que j’avais aimé (et avec lequel il n’a finalement rien à voir). Après avoir vu le film néanmoins, j’ai acheté le livre, parce que son adaptation m’a rendue curieuse (mais je l’ai toujours pas lu, car je suis curieuse mais lente). En effet, le roman, quasi-autobiographique, est écrit à la première personne du singulier, et ça m’intéresse parce qu’après avoir vu le film, j’aimerais vraiment bien avoir le point de vue du personnage principal sur l’enchaînement de l’histoire, le déroulement de sa vie.

 

Certes, Ningen Shikkaku (le film) est très concentré sur son personnage principal, Yozo, et nous fait même parfois entrer dans sa tête, voir par ses yeux, comme lors de cette scène où il se met à halluciner dans un tunnel et où nous partageons ses hallucinations avec lui. Mais, malgré tout, le personnage semble toujours… « étranger ». Etranger au spectateur, étranger à la société, et étranger à sa propre histoire. La plupart du temps, il ne semble pas acteur de sa destinée : il ne fait pas se passer les choses, les choses lui arrivent. Et lui, il essaie de leur échapper, de trouver une porte de sortie, mais il n’y arrive pas, alors il continue de subir. Par ailleurs, au début du film, via un dessin, il partage sa vision de lui-même et c’est une vision très déformée, quasi monstrueuse. Son camarade de classe lui fait également remarquer qu’il semble porter un masque en permanence, et je me suis beaucoup demandé ce qu’il y avait exactement sous la surface. Il est affecté par ce qui lui arrive, mais il semble parfois très impassible, et il est resté une énigme pour moi. Je me demandais comment il vivait vraiment les choses. Et c’est pour ça que le livre, dont Yozo est le narrateur, m’intéresse : je veux voir sous cette fameuse surface, je veux savoir ce que Yozo pense réellement de tout ce qui lui arrive, et de qui il est.

 

Notez : bien que j’aie trouvé le personnage étranger à son histoire, et au spectateur (moi, en tous cas), cela ne signifie pas pour autant que je n’ai rien ressenti à son égard. Parfois, quand un personnage ne semble pas impliqué dans ce qui lui arrive, on a du mal à nous impliquer nous-mêmes, mais ici, j’ai ressenti énormément de pitié à son égard. Même si j’admets, certes, que c’est en partie dû à mon affection pour Ikuta Toma (dont c’est le premier rôle au cinéma), c’est vrai. Mais il colle au rôle, je trouve. Il a une aura innocente qui fonctionne bien dans ce film, et son visage angélique fait qu’on a envie de l’aimer. Partout où il va, les femmes qu’il rencontre semblent vouloir le protéger instinctivement, et j’ai compris leurs pulsions. Encore plus au début où il est tout adorable et est, par exemple, le seul à penser à sourire et remercier la dame qui leur a servi du thé. La grande qualité d’Ikuta Toma a toujours été sa capacité à se rendre attachant et sympathique, et ça lui est particulièrement utile ici. Je l’ai trouvé, en revanche, moins convaincant lorsqu’il s’agit de faire ressortir le côté plus sombre de son personnage. Par exemple, Yozo, à un moment donné, essaie de faire pression sur une femme pour obtenir une drogue, et lors de cette scène, Ikuta Toma n’assure pas vraiment, on ne croit pas trop à ses menaces. Heureusement, ces scènes-là restent rares, donc ça n’a pas été un problème pour moi. La majeure partie du temps, le personnage oscille entre vulnérabilité et pathétisme, et je me suis sentie bien triste pour ce jeune homme qui semblait gentil (en apparence seulement ?), et sans doute trop naïf, cette naïveté attirant à lui le personnage d’Iseya Yusuke, que j’ai adoré dans ce rôle méprisable. C’est lui qui, intéressé par l’argent de la famille de Yozo, introduit le jeune homme à l’alcool, et le fait rechuter chaque fois que Yozo semble avoir trouvé un certain équilibre (enfin, Yozo n’a pas toujours besoin de lui, hein).

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Yozo est vraiment un personnage tragique. Déjà jeune, on a le sentiment qu’il a été abandonné par sa famille, avant même qu’il soit officiellement abandonné. Enfant, il s’excuse d’être né. Adolescent il se représente comme monstrueux. Il est élevé non pas par ses parents (largement absents du film, de même que son frère dont on entend parler en lettre, et puis c’est tout), apparemment, mais par les domestiques, et en particulier un domestique, qui s’occupe de lui, mais ne le prend pas bien au sérieux. Et encore, si le père et le frère sont mentionnés le long du film, il n’en va pas de même pour la mère, qui est encore plus absente ! Ce qui est l’explication du film au fait que le jeune homme a clairement des soucis avec les femmes.

 

Lorsqu’il nous expose ses dessins, on ne voit pas que son auto-portrait, mais également un dessin de femme nue qui, apparemment, est en fait censé représenter un cavalier de l’apocalypse (ou un cheval de l’enfer, c’est pas clair, mais en tous les cas, ça craint). Lors d’une scène que j’aime bien, alors qu’il prend un repas avec la première femme qu’il ait activement courtisé, la première femme avec laquelle il décide de s’engager (bien qu’avant ça, d’autres femmes lui aient fait les yeux doux, ou aient fait partie de sa vie), on voit un train dans l’arrière-plan, qui avance vers l’écran, comme s’il fonçait sur les personnages. Le bruit se fait de plus en plus fort, la lumière de plus en plus proche, et ça annonce le désastre à venir. Le long du film, Yozo va de femme en femme, et à chaque fois, ils sont dans une relation où c’est la femme qui s’occupe de lui, qui l’entretient, parce qu'il est si clairement à la recherche d’une mère (et la fin du film rend ça très explicite).

 

Yozo est incapable de fonctionner en tant qu’adulte. Et ce n’est pas vraiment qu’il n’essaie pas, ou qu’il n’aimerait pas y arriver, mais simplement il n’arrête pas de se planter, pour différentes raisons. Il n’arrive pas à vivre, et il n'arrive même pas à mourir, et pourtant, il essaie. Alors il s’auto-détruit à petit feu, via l’alcool. Une des femmes de sa vie se fait notamment la réflexion très juste qu’au bout d’un moment ce n’est plus lui qui boit le sake, mais le sake qui le boit, tandis qu’il se perd dedans. Parce qu’il n’a ni futur, ni travail, ni argent, et n’était ni équipé pour le véritable monde (ayant vécu dans une famille aisée où on ne lui faisait rien faire, jusqu’à ce qu’il se retrouve propulsé dans une réalité différente du jour au lendemain), ni pour les interactions avec les gens.  Alors il continue d’exister, il se détruit petit à petit, et il regarde son humanité s’effriter de plus en plus… comme je vous le disais, c’est un personnage sacrément tragique, et je dois que j’ai été assez fascinée de le voir lentement sombrer.

 

Maintenant, histoire de vous donner l’illusion que vous pouvez me faire confiance, je vais être honnête : il y a des moments où j’ai trouvé que le film traînait un petit peu en longueur. Mais ça n’a jamais vraiment tué Ningen Shikkaku à mes yeux pour autant, parce qu’à vrai dire, j’ai trouvé les images si jolies, que j’étais toute hypnotisée, et vraiment dans l’ambianc. Néanmoins, au bout du compte, j’ai un peu eu le sentiment que le film n’avait pas eu l’impact qu’il aurait pu avoir. Il aurait pu avoir un effet plus coup de poing, je pense. J’ai aimé, j’ai eu pitié du personnage principal, mais je n’ai pas non plus de sentiments forts à son égard, je n’ai pas littéralement pleuré sur son sort ou sur le sort de qui que ce soit, je ne me suis pas énervée, ou profondément offusquée. C’est un peu triste, je ne sais pas exactement ce qui m’a manqué, et je trouve ça encore plus frustrant de ne pas savoir, mais quelque chose m’a manqué.

 

Mais, quand même, il m’a plu ce film ! C’est vrai, j’aurais aimé le vivre de façon émotionnellement plus intense, mais il a parlé à ma tête, et j’ai été intéressée par la chute du personnage, et par la façon dont le film nous en parlait. Et donc maintenant, j’ai envie de voir comment le livre (et l’anime) nous en parle (même si c’est ce sera pas tout de suite, me connaissant). Et j’ai envie de voir les KinKi Kids, aussi, mais ça a moins de rapport.

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Et sur ce, plus de déchéances (parce que yay) :

 

 

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