[Life in plastic, it's fantastic !] L’Indien du Placard

Publié le 24 Mai 2018

 

Sorti en 1995

Réalisé par Frank Oz

Ecrit par Melissa Mathison

D’après le roman de Lynne Reid Blanks

Dure 1h36

 

Avec :

Hal Scardino : Omri

Litefoot : Little Bear

David Keith : Boone

Rishi Bhat : Patrick

Etc

 

Dontesque ?

Pour son anniversaire, Omri reçoit un petit placard qui semble tout à fait normal. Mais lorsque il y met une figurine en plastique et ferme le placard à clé, la figurine prend vie.

 

.oOo.

Il y a quelques temps, au dîner, nous parlions des films nous ayant fait peur dans notre jeunesse. Parmi d’autres, j’ai donc bien entendu cité Willow, l’Histoire sans Fin, E.T. et… l’Indien du Placard. Plus précisément, la scène de l’Indien du Placard où Little Bear se retrouve aux prises avec un rat sous le parquet de la chambre d’Omri, parce que cette scène m’avait foutu sérieusement les boules. Je n’avais vu le film qu’une fois, et il y a longtemps, mais cette scène je m’en souvenais, parce qu’elle était vraiment, vraiment tendue. Le reste, je l’avais plus ou moins oublié, et c’est pourquoi j’ai décidé de revoir le film, m’attendant à moitié à rire de moi-même d’avoir un jour eu peur devant. Encore qu’honnêtement, je ne sais pas pourquoi je m’attendais à me moquer de moi-même, parce que que ce soient les trolls de Willow, la tortue de l’Histoire sans Fin, les Skeksies de Dark Crystal, le hibou et le combat final du Secret de Nimh ou même E.T. (bien que je ne l’admette pas toujours), tout ça me donne encore un peu des frissons, et je comprends que j’ai eu les boules devant. Qu’en est-il de l’Indien du Placard ? Eh bien, là encore, je me comprends.

 

Ce film est drôlement sombre. Bien plus que dans mon souvenir. A vrai dire, j’ai même été surprise. La plupart des films sur ma liste des traumatismes d’enfance sont quand même des aventures, ont quelque chose d’exaltant, mais l’Indien du Placard, pas vraiment. Ce n’est pas qu’il n’y ait rien de fun dedans, parce que le concept même d’un placard magique et de pouvoir donner vie à ses jouets a de quoi faire rêver un enfant, mais Omri et l’Iroquois, Little Bear, ne partent pas en quête de quoi que ce soit, ne vivent pas de grande épopée, et toute l'idée du film est que la magie du placard est dangereuse et plus sombre qu’il y parait. Ce n’est pas une grande aventure, et au lieu de vivre quelque chose d'excitant et amusant, Omri apprend surtout des leçons difficiles. Oh, et des fois que vous vous posiez la question, oui, j’ai bien aimé le film.

 

Certes, il n’est pas parfait. Mon principal souci, à vrai dire, est Hal Scardino, l’acteur principal, qui joue Omri, le petit garçon. Autant j’ai beaucoup aimé Litefoot dans le rôle de Little Bear (qui m’a rappelé que dans mon enfance j’avais un crush sur un type pas plus grand que ma main… et j’ai toujours un crush dessus), autant Hal Scardino est vraiment plus que médiocre. Omri est un personnage attachant. C’est un petit garçon généralement gentil, quand il ne manque pas de tuer le rat de son frère dans une scène étonnamment cruelle et gratuite, et surtout c’est un petit garçon que j’ai trouvé crédible. Il n’est pas parfait. Il est immature, comme on peut s’y attendre de la part d’un garçon de son âge (certes, certains enfants sont forcés à grandir trop vite mais ce n’est pas le cas d’Omri), et il a des réflexes d’enfant (genre mettre un T-Rex et Darth Vader dans son placard magique, ce qui aurait aussi été mon premier réflexe à cet âge-là… enfin j’aurais mis Han Solo et un raptor, mais c’est équivalent). C’est un gosse que j’ai trouvé crédible, et agréable, mais oui, l’acteur n’est vraiment pas très bon. Au début, ça passe, mais plus le film avance, plus il lui demande d’exprimer des émotions complexes, et plus la faiblesse d’Hal Scardino se voit, et le film s’achève sur un gros plan sur son visage particulièrement gênant. Heureusement, ça n’impacte pas la sympathie que j’ai ressentie pour Omri, si bien que j’avais quand même envie de suivre son histoire. Et c’est vraiment le seul gros souci que j’ai eu avec ce film, bien que j’aie aussi été un peu gênée par mes sentiments à l’égard de Patrick, le copain d’Omri. C’est un gosse, lui aussi, et si on se place de son point de vue, c’est un gosse normal encore qu’un peu agaçant, mais argh, dans la seconde moitié du film, je ressentais une telle aversion à son égard, qu’une partie de moi se sentait limite coupable, parce que… c’est juste un gamin, quoi.

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Néanmoins, ceci mis de côté, j’ai bien aimé le film, alors que pour être honnête, il me faisait un peu peur, surtout avec un titre tel que celui-là. Comment dire… c’était une autre époque. Et vu que même aujourd’hui on ne s’en sort pas toujours très bien, j’avais peur de ce que le film allait faire de « l’indien » du placard. Mais j’ai été agréablement surprise. Bien entendu, n’étant pas autochtone d'Amérique, mon opinion vaut ce qu’elle vaut, mais, déjà, Little Bear est joué par un natif américain (Litefoot est Cherokee). Ensuite, il ne parle pas un anglais « cassé », et il n’est pas juste un « indien » : c’est un Iroquois, qui vient d’une tribu en particulier, avec un nom (parce que « Iroquois » c’est large), il ne dort pas dans un tipi comme Omri semble le croire (becoz stéréotypes) mais dans une maison longue, et il ne monte pas à cheval non plus. Pour ce que j’ai pu vérifier, les informations semblent justes, et le film fait l’effort d'exposer les idées préconçues d’Omri, et de les corriger. Par ailleurs, la question du traitement des autochtones est également abordée, ce qui constitue un des thèmes plutôt sombres de l’Indien du Placard. Il y a de petites choses : la réduction à un stéréotype global, la scène où, dans la rue, Omri s’adresse à un gamin en lui disant qu’il ne « mérite pas sa coupe de cheveux » (une crête iroquoise, une coupe qui avait un sens qui a été détourné, principalement par le mouvement punk)… et puis il y a des scènes plus violentes. A la télé, Omri et Patrick regardent un film avec « des cowboys et des indiens », par exemple, et ils regardent des autochtones se faire massacrer sans broncher, sans penser une seconde que Little Bear, lui, voit des gens de son peuple être tués à l’écran. Un génocide transformé en divertissement. Et puis bien sûr, il y a ce grand moment chargé où Little Bear demande à Omri « Mon peuple sera-t-il toujours un grand peuple ? », et où Omri doit répondre « Oui. Vous serez toujours un grand peuple. Mais la vie ne sera pas toujours très bonne », Little Bear : « Les choses vont changer pour mon peuple ? », Omri « Oui, elles vont changer. » Les deux comprennent de quoi ils parlent (ou "sentent", en tout cas), et c’est une scène pleine de gravité, qui m’était peut-être passée par-dessus la tête quand j’étais enfant, mais dont je comprends la signification à présent, et ça fait un petit coup au ventre, quand même, ça rajoute une couche émotionnelle à l'histoire.

 

Il y a quelque chose de triste, donc, « sous la surface » de l'Indien du Placard, mais il y en a aussi en surface. Il y a des scènes difficiles : celle de la télé est tournée de façon flippante et débouche sur quelque chose de grave, le combat contre le rat est toujours stressant, surtout parce qu’on ne voit rien, et puis il y a la mort du vieil homme natif américain. Dans l’introduction, j’écrivais que le concept du placard avait quelque chose de magique et exaltant pour un enfant, mais le film s’applique à casser la magie, en introduisant ses conséquences. « N’utilise pas de magie que tu ne comprends pas », crie Little Bear à Omri. Omri se retrouve subitement avec un grand pouvoir entre les mains : celui de la création (enfin, c’est un peu plus compliqué que ça… il « met en mouvement » plutôt, car tous les jouets auxquels il donne la vie avaient déjà une existence quelque part). Or, comme dit la formule « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités », et en particulier, lors d’une scène, Omri anime un vieil homme pour lui prendre son arc, sauf que le vieil homme, subitement propulsé dans une situation qui le dépasse, prend peur, a une crise cardiaque, et meurt. Omri, subitement, se retrouve confronté à la mort. Pire, une mort dont il est responsable. Je trouve ça assez incroyable qu’enfant je n’aie retenu que « ce serait cool d’avoir un placard magique » et « les rats sont des créatures flippantes », parce qu’à présent, l’idée d’avoir un placard magique me semble tout sauf cool. C'est une pression énorme, oui. Ce qui, pour moi, a éliminé un peu la gêne que je ressentais. Plus le film avance, plus Little Bear et Omri deviennent amis, et plus, surtout, la situation apparait comme ce qu’elle est : impossible. Parce que Little Bear n’est pas un jouet.

 

Le truc, c’est que comme je l’ai dit plusieurs fois, il y a des tas de choses dans ce film qui, quand j’étais jeune, m’étaient passées par-dessus la tête. J’avais retenu « rat : pas bon ; placard magique : bon ; avoir un monsieur de poche : cool », ce qui n’est pas la leçon du film du tout, mais c’est néanmoins ce que j’avais retenu, et personne ne m’avait dit le contraire (d’où l’intérêt de discuter avec les gosses de ce qu’ils regardent ><). J’ai donc été surprise, et heureusement (surtout sur le troisième truc o.o).

 

C’est un film que j’ai trouvé intéressant, et dans lequel je me suis pas mal impliquée émotionellement, parce que Little Bear et Omri sont deux personnages auxquels je me suis attachée, si bien que j’ai pris à cœur ce qui leur arrivait. J’ai rigolé lors de certains passages, j’ai été contente de les voir évoluer et apprendre à se comprendre (pas juste eux, mais aussi Boone, un personnage qui arrive plus tard), et puis surtout j’ai senti mon cœur se serrer plusieurs fois, j’ai eu peur, et j’ai fait un petit bond d’un mètre sur mon siège lors d’un passage en particulier. Le film était aussi largement moins gênant que je m’y attendais (encore une fois : mon opinion vaut ce qu’elle vaut). Ce n’est pas devenu mon film favori (il y a des passages plus longs que d'autres), mais je suis contente de l’avoir revisité. Et maintenant je suis aussi un peu curieuse de savoir quels films vous ont foutu les pétoches à vous, quand vous étiez jeunes… Partageons nos traumatismes, les gens !

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