[L'amour en 72h] Aquamarine

Publié le 14 Septembre 2018

Sorti en 2006

Réalisé par Elizabeth Allen Ronsenbaum

Ecrit par Jessica Bendinger & John Quaintance

D’après le roman dAlice Hoffman

Dure 1h44

 

Avec :

Sara Paxton : Aquamarine

Emma Roberts : Claire Brown

JoJo : Hailey Rogers

Arielle Kebbel: Cecilia Banks

Jake McDorman : Raymond

Bruce Spence: Leonard

etc

 

Dontesque ?

Deux meilleures amies, Claire et Hailey, découvre une sirène, Aquamarine, dans une piscine. Aquamarine a fui le royaume marin, et doit prouver à son père que l’amour existe, ou bien elle sera mariée contre son gré. Claire et Hailey décident de l’aider, ce qui devrait leur donner droit à un vœu, et leur permettre de ne pas être séparées par le déménagement de Claire et sa mère.

 

 

.oOo.

 

Yep. On va parler d’Aquamarine. HA ! Vous vous y attendiez pas à celle-là, hein !

 

Bon… en vérité, ça ne semble pas être quoi que ce soit d’exceptionnel, mais si vous suivez ce blog depuis un moment et que vous avez une mémoire d’éléphant (ou de baleine, pour rester dans le thème marin) vous vous souvenez peut-être que j’avais déjà écrit sur Aquamarine, et que j’avais descendu le film (avec beaucoup de méchanceté). Mais en juin-juillet, j’étais d’humeur à regarder des romcoms, des teen movies, et des « chick-flicks », certains pour la première fois, d’autres pour la seconde (et d’autres pour la centième), et j’ai réalisé que décidément ma perspective avait bien, bien changé. Il y a plusieurs années, j’avais un certain mépris pour tous ces films, surtout ceux visiblement très adressés au public féminin. Alors, une explication c'est que le public féminin étant souvent sous-estimé, certains chick-flicks ne se foulent pas, mais l'autre explicaton, c'est que j'avais gaiment assimilé le "très féminin" à quelque chose de négatif. Bien sûr, je généralise et en vrai c'était plus complexe que ça, mais j'étais pas comme les autres filles moi: j'aimais les films d’action, les films d’horreur, et n’allais certainement pas porter de rose (alors que c’est la meilleure couleur au monde) ou regarder sérieusement un film comme Aquamarine, parce que « PFFF, so girly ». Bref, j’ai décidé de laisser sa chance à Aquamarine, pour de vrai cette fois. Ce que je suis contente d’avoir fait, ne serait-ce que pour avoir repéré, cette fois, la référence à Jaws (il y en a aussi une à I know what you did last summer, mais celle-là est vraiment plus explicite, donc j’avais déjà dû la capter). Mais aussi parce que ce film était meilleur que dans mon souvenir. Bon, je n’irais pas jusqu’à dire que c’était excellent et que vous devriez vous jeter dessus, mais j’ai été agréablement surprise.

 

Alors, oui, clairement, c’est un film très « girly » (mot anglais désignant tout ce qui est généralement associé aux petites filles). De base le concept de sirènes, tourné comme ça, ça tombe en plein dedans, mais on a aussi des dauphins qui font des cœurs en bondissant, un montage shopping, beaucoup de gloussements (ça, pour le coup, c’était toujours super agaçant, et souvent pas naturel du tout), et beaucoup de blablas sur les garçons. Un garçon surtout : Raymond.

 

Les deux héroïnes ont toutes les deux le béguin dessus, et passent beaucoup de temps à en parler, à l’observer, et même à se quizzer sur ce qu’elles savent de lui. La première fois que j’ai vu le film, j’avais trouvé Raymond ennuyeux, bête, plat, et ridicule. Pourquoi ? Eh bien parce que je ne supportais pas les héroïnes (ma fameuse phobie du girly… girlyphobie ?) et que mon mépris s’étendait apparemment à tout ce qui leur tenait à cœur (oui cet article est en grande partie une mise au point sur moi-même… sorry), mais aussi parce que Raymond est un type normal (même si particulièrement agréable à regarder) et gentil, sans grand secret sombre ou défaut énorme, ce qui devait me donner cette impression de platitude. Alors que cette fois-ci, il m’a bien plu Raymond. C’est vrai qu’il n’est pas ultra-développé, mais c’est parce que le film n’est pas son histoire à lui (même la véritable histoire d’amour ne l’inclut pas, car cette romcom est avant tout une friendcom)(j’invente des mots aujourd’hui, c’est le thème). Par ailleurs, il n’est pas dépourvu d’objectifs ou d’opinions, et il est gentil, il est patient, s’oppose à la méchanceté de ses amis quand ils vont trop loin, et j’ai un gros faible pour son « C’est-à-dire qu’on est juste sorti ensemble une fois… » lorsque Aquamarine lui demande s’il est amoureux d’elle. En somme, c’est un type charmant, mais pas un prince charmant, et c’est pas le personnage le plus complexe ou le plus passionant au monde, mais il remplit tès bien son rôle, et encore une fois : c’est pas vraiment lui le sujet, de toute façon.

[L'amour en 72h] Aquamarine[L'amour en 72h] Aquamarine
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Le véritable objectif de nos deux héroïnes c’est avant tout d’éviter d’être séparées. Et quand même, prenez bien conscience de ma mauvaise foi passée : j’étais tellement à fond dans ma girlyphobie que j’en arrivais à me moquer des deux jeunes filles de vouloir rester ensemble, d’être amies, et simplement de s’aimer. Oui, c’est triste. Maintenant, j’ai au contraire de l’appréciation pour ce que le film tâche de faire. C’est un film centré autour de personnages féminins qui s’apprécient, et essaient de s’entraider. Les deux héroïnes veulent aider Aquamarine, et les trois jeunes filles se donnent du courage, dépassent certaines peurs et j’aime bien la conclusion : [spoiler] Claire réalise que bloquer la carrière de sa mère ne serait pas juste, et les deux amies sont bien séparées, mais ça ne signifie pas qu’elles s’en aimeront moins… c’est un peu doux-amer, mais optimiste, d’autant qu’Aquamarine les laisse avec des cadeaux faits pour booster leur self-estime. Et j’apprécie que le travail de la mère de Claire, déjà complimenté par Aquamarine dans le film, ne soit pas sacrifié comme si sa carrière ne valait rien [/spoiler]. Le film a été réalisé, produit, et partiellement écrit par des femmes, d’après un livre écrit par une femme (Alice Hoffman, qui a également écrit le livre Practical Magic, à l’origine du film du même titre) et je ne peux m’empêcher de penser que ça a dû jouer, même si Aquamarine a des éléments discutables (notamment dans la conclusion, où un personnage féminin très secondaire est, en gros, brainwashé pour le happy-end d’un personnage secondaire masculin sans que le film s’attarde particulièrement sur la question… sans oublier Cécilia, dont je reparlerai). Malgré tout, j’ai apprécié que l’amitié et l’entraide féminines soient placées au cœur de l’histoire, d’autant que (parce que, bien entendu, les intentions ne font pas un film) les trois personnages principaux me plaisaient plutôt.

 

Je ne suis pas tombée amoureuse d’elles, mais elles sont sympathiques. Elles font des petites filles crédibles, sont loyales, et ont généralement bon cœur. J’ai eu envie qu’elles ne soient pas séparées, que Claire arrive à dépasser ses peurs, et qu’elles aident Aquamarine. Aquamarine, elle, fait preuve d’une curiosité et d’un enthousiasme qui m’ont plu. J’avoue, à la fin, lorsqu’elles se font leur déclaration d’amitié, j’ai été un peu émue. Maintenant, c’est vrai que je ne suis pas exactement le public visé par le film, niveau âge, et qu’à mon avis le film n’a pas de quoi déchainer les passions passé cet âge-là. J’ai de l’appréciation pour les personnages, mais ils ne m’ont pas passionnée non plus. Et il y a des choses dans le film qui ne m’ont pas beaucoup convaincue.

 

Bon, déjà, il y a quelques passages d’humour un peu vaseux. Par exemple, Aquamarine peut parler à son père via des coquillages (shell) comme si elle se servait d’un téléphone (phone), et le jeu de mot « shellphone » (cellphone = téléphone portable) m’a fait légèrement grimacer de gêne devant mon écran. Après, je vous avoueque certaines lignes de ce niveau m’ont quand même fait sourire, principalement quand elles sortaient de la bouche de Cecilia (l’antagoniste du film), avec une tendresse particulière pour son « there’s something fishy about this girl » (fish = poisson, fishy = louche/bizarre, et la ligne se traduit par « Cette fille a quelque chose de louche/bizarre »), mais peut-être encore plus son « but she’s a FISH » outré à la fin (il n’y a pas de jeu de mot pour le coup, j’adore juste la façon dont elle le dit). Dans l’ensemble, néanmoins, il y a des tas de tentatives d’humour qui tombent à plat. Elles feront peut-être rire le public plus jeune (je sais pas, vu que je suis vieille et aigrie), mais pour ma part, je n’y ai pas été très sensible. Par ailleurs, le film va trop vite sur plusieurs aspects. Il évite le coup de trouver le grand amour de toute une vie en l’espace de trois jours, mais il fait exactement la même chose niveau amitié, sans compter qu’il « guérit » un traumatisme très rapidement également. C’est vrai qu’Aquamarine tient quelque chose du conte, et Aquamarine a plus d’interactions avec les deux héroïnes qu’avec Raymond, mais le film m’a semblé aller très vite quand même, et il ne peut pas à la fois se moquer de la rapidité de certaines histoires et faire exactement la même chose !

 

Enfin, mon dernier regret se situe du côté de Cécilia, la fille populaire et méchante de service, la « mean girl » (presque) classique. Je regrette d’autant plus la façon dont le film la traite qu’il aurait très facilement pu faire autrement. Cécilia a six ans de plus que les héroïnes, et Raymond cinq de plus, à un âge ou cinq ans fait une sacré différence. Du coup, le béguin des deux personnages principaux n’est pas pris très au sérieux par Raymond, de façon compréhensible. Et Cécilia semble surtout agacée par les deux gamines, au début. Par ailleurs, il semble qu’elle ait véritablement des sentiments pour Raymond. Elle ne fait pas juste un « caprice de mean girl » qui veut le type populaire du coin : quand elle le voit danser avec Aquamarine, on sent bien qu’elle est véritablement touchée, et pas (juste) dans son orgueil. Elle a aussi un père assez minable, ce qui semble avoir créé un besoin d’être au centre des attentions. Avec tout ça, je pense vraiment que le film aurait pu faire d’elle un personnage tombant dans le « il ne faut pas se fier aux apparences » que nous dicte la fin [spoiler] (avec le personnage de Leonard qui n’est pas un méchant de slasher finalement) [/spoiler], plutôt que d’utiliser les codes visuels et autres de la mean girl habituelle (elle a une clique, un appêtit sexuel, elle plait aux garçons, elle est habillée légèrement, de façon « provocante », donc forcément, c’est une méchante, hein ? en plus elle est blonde, et c’est un facteur aggravant dans ce genre de cas, j’ai l’impression) et confirmer à la fin que nos préjugés, basés uniquement sur ces codes (parce qu’il faut attendre un peu pour que Cécilia fasse quoi que ce soit de blessant), étaient fondés. Le personnage est parfois amusant (elle a certaines de mes scènes favorites), je trouve simplement dommage que le film n’applique pas tous ses principes à tous ses personnages, mettons.

 

Dans l’ensemble, j’ai été surprise de constater que j’ai passé un bon moment devant Aquamarine (non parce que, okay, je voulais lui laisser sa chance, mais j’en avais un souvenir particulièrement mauvais quand même). Le film ne m’est plus réellement destiné, ne vole pas très haut, et n’est pas dépourvu de défauts, mais j’y ai aussi trouvé des personnages plaisants, et des thèmes positifs, sans compter des moments attendrissants, et d’autres drôles, même si pas toujours volontairement. Oh et le film m’a rappelé qu’à une époque de ma vie, j’ai beaucoup écouté Island in the sun sans jamais en connaître le titre, donc maintenant, non seulement je réécoute la chanson, mais en plus je connais le titre ! Woohoo ! Learning stuff ! Pour être honnête, ce n’est pas un film que je vous recommande car je pense que la plupart d’entre vous sont, comme moi, plus âgés que le public visé, et que vous n’en tireriez pas suffisamment de choses pour ne pas avoir mieux à regarder (bien sûr, parfois les films transcendent largement le public visé, je ne pense juste pas que ce soit le cas ici). Cet article, je l’ai vraiment écrit pour moi. L’ancien était très représentatif de qui j’étais, et celui-là est comme un constat du chemin parcouru :) Qui sait, dans dix ans, je reverrai peut-être Aquamarine et aurai peut-être une vision tout à fait différente ! Nous verrons bien~

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Et sur ce, d'autres histoires de créatures/personnes fantastiques undercover:

 

Un ajout: quand j'ai publié l'article, et l'ai partagé sur twitter, j'ai été prise d'un pincement d'angoisse, c'est fou. En mode "et si les gens me trouvaient stupide d'avoir apprécié ou regardé ce film ?" Certains restes ont la vie dure. Parce que, par exemple, je n'ai pas du tout ce sentiment quand je partage un avis ou exprime mon amour de certains films d'horreur (pour parler d'un genre que je consomme beaucoup, que j'adore, et pour lequel j'avais malgré tout internalisé un mépris ambiant) qui ne volent pas haut non plus, et pour lesquels je me suis effectivement pris des réflexions. Ce qui m'agace énormément, ne vous méprenez pas... mais si ça m'agace, ça ne me fout plus la honte, et je me dis simplement que la personne en face me saoule. Ca fait un moment que je ne considère plus l'horreur comme un sous-genre, ni consciemment ni plus profondément. Visiblement, au niveau des chick flicks, si consciemment ça va mieux, à un niveau plus enfoui y a encore du travail à faire.

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