[La "conscience" au bout du fil] Phone Booth

Publié le 19 Septembre 2018

 

Sorti en 2003

Réalisé par Joel Schumacher

Ecrit par Larry Cohen

Dure 1h21

 

Avec :

Colin Farrell : Stuart « Stu » Shepard

Kiefer Sutherland : le sniper

Forest Whitaker : Capitaine Ed Ramey

Radha Mitchell: Kelly Shepard

Katie Holmes: Pamela McFadden

etc

 

Dontesque ?

Lorsqu’un téléphone public se met à sonner, le publiciste sans scrupules qui se trouvait dans la cabine décroche. A l’autre bout du fil, un homme lui dit avoir une arme braquée sur lui, et être prêt à tirer si Stuart ne reconnait pas ses fautes.

 

 

.oOo.

J’ai un petit crush sur Colin Farrell.

 

Et cela ne date pas d’hier ! Ca a commencé en 2002, avec Minority Report. Je suis retombée sur mes agendas/journaux intimes de l’époque, et c’était assez embarassant :

 

 

Il avait même eu l’honneur d’être choisi pour décorer la page de mon anniversaire ! (et c'était la liste des gens que je comptais inviter, donc apparemment j'étais optimiste :p)

 

Après avoir vu Minority Report, je m’étais promis de voir Tigerland mais apparemment j’étais trop jeune. Lorsque Phone Booth (également réalisé par Joel Schumacher) est sorti, j’ai voulu le voir, mais j’étais encore trop jeune. Je me suis donc promis de voir ces deux films un jour. Le temps a passé, et puis j’ai un peu oublié, j’ai regardé d’autres choses, etc, mais par contre, j’aime toujours énormément Colin Farrell et donc ça m’a pris 15 ans, mais bordayl, j’ai enfin tenu la promesse que je m’étais faite ! (enfin à moitié, vu qu’il faut toujours que je voie Tigerland) Je tenais à ce qu’on célèbre la chose ! Et aussi le fait que j’ai beaucoup apprécié le film. Non parce que y avait un build-up de quinze ans quand même, donc la déception aurait pu être cruelle. Mais c’était un film intéressant, et un thriller très efficace, donc plein de youpi dans ma tête.

 

Je dois admettre n'être pas entrée dans le jeu tout de suite, mais dès que le film bloque effectivement le protagoniste dans la cabine téléphonique (et ça arrive rapidement, quand même), il m’a accrochée, et à partir de là, je n’ai fait que rentrer de plus en plus dans le film, tandis que la tension monte graduellement. Déjà parce que le type est bloqué dans une cabine et pris pour cible par un sniper, ce qui n’est clairement pas une position confortable, de base, mais aussi parce que le film en rajoute, et fait monter la pression en dehors: une prostituée mécontente de voir Stu monopiliser la cabine se met à lui crier dessus, et une prostituée laisse bientôt place à deux, puis trois, etc. Les choses dérapent de plus en plus, Stu n’a pas le temps de penser correctement, et le réalisateur fait tout pour nous faire ressentir à quel point le personnage perd pied, et est désorienté (accélérations, caméra qui tourne, etc.. au début j’ai même trouvé ça un peu lourd, mais ce n'était pas gratuit, et je m’y suis faite). J’ai un faible pour ce genre de film, où un personnage (ou des personnages) est bloqué dans un endroit et doit se creuser la tête pour s’en sortir, à grand renfort de tentatives ratées et nouveaux essais. J’aime les voir galérer et tout essayer, parce que ça me fait me creuser la tête moi aussi, et je finis par vraiment m’impliquer dans leur survie (cf. des films comme Burning Bright, the Shallows, ou encore Splinter). Ici, Stu, le personnage de Colin Farrell, n’est pas le type le plus attachant du monde, mais à force, on finit quand même par vraiment se ranger de son côté. A le voir se débattre autant pour survivre, c’est difficile de ne pas le prendre en compassion, surtout qu’il ne mérite clairement pas de se faire tirer dans la tête.

 

Stu semble même être une cible étonnante pour le sniper, au début. Les deux victimes précédentes du criminel étaient un pédophile et un type ayant mis sur la paille des tas de gens. On n’a pas toute l’histoire et le sniper n’est pas exactement une source fiable, mais en tous cas, Stu, en comparaison, semble détonner. Cela dit, dans un sens, ça créé une certaine tension, parce que j’ai passé une bonne partie du film à attendre qu’on sorte des squelettes du placard et qu’on me révèle qu’en fait Stu était un meurtrier ou quelque chose du genre. Mais au premier abord en tous cas, il semble vraiment ne pas être au même niveau que les deux victimes précédentes.

 

Stu gagne sa vie en mentant, et manipulant les gens pour obtenir ce qu’il veut, c’est-à-dire de la publicité pour ses clients (des célébrités, ou célébrités en devenir), et donc de l’argent pour lui. Le film nous en donne rapidement un exemple au début, lorsqu’il assure une couverture à un client en faisant croire à deux journaux que l’autre lui a déjà fait une offre. Il y a une certaine ironie à le voir piégé dans la cabine téléphonique par la suite, car il est puni là où il a pêché : on le voit manipuler au téléphone, utiliser cette cabine pour appeler une jeune actrice avec laquelle il aimerait tromper sa femme, et c’est là qu’il se retrouve bloqué. Manipulé via combiné lui aussi, il est incapable de s’en sortir, sa verve, pas si convaincante fnalement, ne lui servant plus à rien.

[La "conscience" au bout du fil] Phone Booth[La "conscience" au bout du fil] Phone Booth
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Notez bien : il a essayé de tromper sa femme. Ca n’a pas marché. Car Stu n’est pas "l’as" qu’il aime se penser. Stu est un amas de faux-semblants et de mensonges proférés à la fois à autrui et lui-même, parce qu’il s’est planté sur toutes les choses à chérir, s'est pris au jeu des apparences, et s'est perdu de vue. En ça, je trouve qu’il y a quelque chose chez Stu auquel on peut s’identifier. Nous ne sommes pas tous des Stu (heureusement), mais il y a un peu de Stu dans beaucoup d’entre nous, quand nous essayons d’avoir l’air plus importants, plus cools, plus accomplis que nous le sommes. Et le film, justement, pointe un peu tout le monde du doigt.

 

Le sniper, pour commencer, n’est pas glorifié. Le film aurait pu prendre son parti, en faire une sorte de justicier des temps modernes, mais il n’en est rien. Il menace des gens innocents, est à deux doigts de tirer (ou tire) sur certains, et il apparait clairement que c’est une personne dangereuse avec un égo surdimensionné. Il est donc pointé du doigt. Lui et ses méthodes.

 

Stu, évidemment, l’est aussi, et j’aime beaucoup la façon dont le film se sert du son pour ça.

 

Lorsque Stu parle à quelqu’un au téléphone, la personne est montrée dans un cadre à l’écran. Le sniper, en revanche, n’est jamais montré. Ca a quelque chose de logique si on se place du point de vue de Stu : il connait les gens à qui il parle au téléphone, et pas le sniper, donc on pourrait se dire qu’il « visualise » les gens qu’il connait. Mais on aurait pu nous montrer la bouche du sniper, ou sa main sur le téléphone, par exemple. D'autant qu'on est pas vraiment du point de vue de Stu. Mais non, on ne voit pas le sniper, il est juste une voix désincarnée. Par ailleurs, la source du son est importante. J’espère que ce ne sont pas juste mes écouteurs qui déconnent (haha, ce serait dommage), mais il m’a semblé que quand Stu parlait à quelqu’un au téléphone, la voix de l’interlocuteur venait du côté de l’écran où il se trouvait, donnant l’illusion de l’entendre au conbiné, d’une oreille (celle pressée contre le téléphone). En revanche, la voix du sniper vient de partout, et elle n’est pas étouffée du tout, elle est plus forte que tous les autres bruits. Elle ne semble pas venir d’un combiné, mais presque d’en dehors de l’écran. Ca a des tas d’effets. Déjà, ça traduit la désorientation de Stu: la voix semble surgir de nulle part (dans sa vie, et géographiquement), ou en tous cas d’un endroit qui échappe à sa compréhension. Ensuite, côté sniper, ça joue dans l’égo surdimensionné, car il s’imagine sans doute comme une figure au dessus de Stu, extérieure, le jugeant pour ses péchés. Et enfin, comme la voix semble presque venir d’en dehors de l’écran, ça place le sniper à côté de nous, qui regardons le film, et je trouve que ça nous place dans sa position de juge. Nous jugeons Stu. Mais tout comme le film démontre l’hypocrisie du sniper, qui est un criminel et n’hésite pas à mentir non plus, Phone Booth nous remet en question.

 

Pour moi, il y a surtout deux choses qui crééent cet effet. Pour commencer, le film s’ouvre sur une narration. Au début, je pensais que c’était le sniper qui parlait (je ne savais pas qu’il était joué par Sutherland, sinon j’aurais réalisé que ce n’était pas sa voix), mais rapidement il s’est avéré que non. Non, c’est un narrateur complètement extérieur à l’histoire, qui ne revient jamais, et nous explique directement à nous, spectateur, ce que nous allons voir. Pour moi, ça a un effet important : le film reconnait l’existence du spectateur, s’adresse à lui, et exprime clairement que l’histoire nous est directement adressée. Par ailleurs, derrière la cabine où Stu se retrouve bloqué, deux panneaux posent la question : « Who do you think you are ? ».

 

 

Stu n’y fait jamais attention (sauf erreur), mais ça souligne le thème du film, et surtout, je pense que, puisque le film s’adresse directement à ses spectateurs, la question nous est adressée. Et on peut la prendre sur deux tons:  « Who do you think you are ? » peut signifier « Tu te prends pour qui ? » avec pour sous-entendu « Tu juges le personnage, mais pour qui te prends-tu ? Es-tu meilleur ? ». Ou bien « Who do you think you are ? », sans accusation, mais un simple « Qui penses-tu être ? », c’est-à-dire une invitation à nous examiner, et réévaluer qui nous sommes, soit suivre la même trajectoire que Stu, sans fusil braqué sur nous (a priori)(loin de moi l’idée de vous inquiéter).

 

Sans parler de tout ça, néanmoins, purement en tant que thriller, le film est prenant, efficace, et même drôle par moments ! Il n’y a sans doute pas de quoi se rouler par terre, mais j’ai souri plusieurs fois, car quand on considère la situation du point de vue des personnages qui ne savent pas ce qui se passe, le tout devient franchement absurde. Le type se fait attaquer, braquer par la police, et il refuse de raccrocher le téléphone, demandant à la police de « revenir plus tard ». Le personnage de Forest Whitaker se pose pas mal de questions, et c’est difficile de retenir un sourire, tant les interlocuteurs de Stu semblent perplexes (de façon compréhensible). Et je ne l’ai pas encore dit mais, sans surprise, Colin Farrell est impeccable. Du moins j’ai trouvé.

 

Ce film n’a jamais relâché mon attention. Il m’a amusée, divertie, et gardée en haleine tout en ne sonnant pas creux, et en me mettant Colin Farrell sous les yeux. Cela m’a pris 15 ans pour le voir, et je ne suis pas mécontente du résultat ! En 2023, je vous parle de Tigerland~

[La "conscience" au bout du fil] Phone Booth
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