[Dans les profondeurs] The Descent

Publié le 26 Septembre 2018

 

Sorti en 2005

Réalisé et écrit par Neil Marshall

Dure 1h40

 

Avec :

Shauna MacDonald : Sarah Carter

Natalie Mendoza : Juno Kaplan

Alex Reid : Elizabeth O’Brien

MyAnna Buring : Samantha Vernet

Saskia Mulder: Rebecca Vernet

Nora-Jane Noone: Holly

etc

 

 

Dontesque ?

Dans un accident de voiture, une jeune femme, Sarah, perd son mari et sa petite fille. Un an plus tard, elle et des amies décident de passer du temps ensemble, en partie pour lui changer les idées. L’idée est d’aller explorer une grotte toutes ensembles, et l’escapade est organisée par Juno, une amie anciennement proche de Sarah qui s’est éloignée suite à l’accident. Une fois dans la grotte, les choses ne tardent pas à tourner au cauchemar.

 

.oOo.

 

Pour commencer : si vous n’avez jamais entendu parler de ce film, ou si vous n’avez aucune idée de quoi il cause, je vous conseillerais de ne pas trop aller vous renseigner sur le sujet. Je pense que beaucoup de sources (dont mon ancien article, du reste) en disent plus que nécessaire :)

 

Sur ce, causons.

 

Il y a deux mois, j’étais seule à la maison pour la soirée, et me suis donc dit que c’était une excellente popportunité de me faire flipper, et de m’épargner quelques heures de sommeil. J’avais déjà vu le film deux fois : la première, j’avais troupé ça pas mal, et ça m’avait fait méchamment flipper (mais j’ai aussi des souvenirs drôles et même adorables liés à cette première fois) ; et la seconde, j’avais trouvé ça vraiment bien, et ça me faisait toujours flipper. Le film et moi avions un bon rapport donc, et cette troisième fois, je constate que ce film me plait de plus en plus, et me fait toujours peur. Moins que la première fois (qui pourrait difficilement être égalée), mais j’ai été bien tendue tout le film, et force m’est de constater que certains passages m’ayant foutu les boules en 2006 fonctionnent toujours sur moi, 13 ans, deux visionnages, et une multitude de films d’horreur plus tard. Ce qui est déjà pas mal, mais mon appréciation pour le film n’a fait qu’augmenter, et je suis également très impressionnée par ce que le réalisateur (Neil Marshall) et toute son équipe ont réussi à faire sur ce film, malgré le manque de ressources (note : je n’ai vu qu’un seul autre film de Neil Marshall, Dog Soldiers, j’avais beaucoup aimé, et c’est un autre exemple de film qui fait beaucoup avec pas grand-chose).

 

Je ne l’ai appris qu’à ce visionnage-là, mais le tournage ne s’est pas du tout fait dans des caves, mais en studio, avec quelques décors réutilisés plusieurs fois, en changeant parfois l’angle pour leur donner un nouvel aspect. Je m’étais complètement faite avoir les deux premières fois, et on a vraiment l’illusion de se trouver sous terre, à évoluer dans des galeries serrées, et, surtout obscures. Car si l’illusion prend, c’est en grande partie grâce à l’éclairage, ou plutôt au manque d’éclairage. Mais pas de façon agaçante, hein ! Le film ne fait pas l’équivalent éclairage de la tremblote du caméraman qui doit masquer les problèmes en rendant l’image illisible. Non, les personnages sont dans un endroit où il y a peu de lumière, donc très logiquement, il y a… peu de lumière (#révolutiondansvotretête). Les seules sources de lumière à l’écran sont celles qu’ont effectivement les personnages dans le film, et on ne voit que ce qu’ils peuvent voir. Donc pas grand-chose. Et vous vous doutez bien que ça peut devenir drôlement anxiogène. C’est aussi un bon moyen pour le film de nous faire sursauter quelques fois… mais pas de façon bidon, et à l’exception d’un seul jumpscare qui m’a vraiment fait lever les yeux au ciel, non seulement tous les autres m’ont semblé à leur place, mais en plus la plupart ont fonctionné (pour la troisième fois…). Mais surtout l’absence de lumière renforce l’ambiance claustrophobique car nos personnages sont dans des espaces restreints, dans le noir, à écouter chaque bruit avec appréhension, et s’imaginer des choses. Sacrée tension, donc, et j’ai souvent retenu mon souffle.

 

Par ailleurs, au-delà de l’ambiance générale, qui ne se fait (évidemment) que plus pesante lorsque les héroïnes réalisent qu’elles sont potentiellement piégées sous terre, il y a aussi des scènes plus contenues qui donnent un petit coup d’adrénaline, comme ce moment dangereux où les personnages doivent traverser un précipice, et pourraient tomber (et mourir violemment) à tout moment. [spoiler] Le film est angoissant et effrayant bien avant que les « monstres » n’entrent en jeu, à tel point qu’on pourrait avancer que le film n’a pas besoin d’eux. A vrai dire, je l’avais moi-même avancé la première fois. Mais je ne suis plus d’accord avec moi-même. Oui, en termes d’effroi, le film n’a pas besoin d’eux, mais, en revanche, ils s’inscrivent dans/servent le film parce qu’ils représentent une régression humaine avancée vers laquelle commencent à se diriger les deux personnages principaux du film, Sarah et Juno. Le tout culminant dans une scène de combat où, la rage prenant le dessus, elles tuent non plus avec des outils, mais avec leurs mains et leurs dents. [/spoiler]

[Dans les profondeurs] The Descent
[Dans les profondeurs] The Descent

Dans sa majeure partie, le film prend pas mal son temps, bien qu’il finisse sur une accélération, et commence par une introduction rapide, et brutale, qui établit rapidement qui est Sarah, ce qu’elle a perdu (sa fille et son mari) et quel sera le sujet du film. Après cela, le film ralenti, et prend le temps d’installer un peu les personnages, à la fois ceux qu’on a vus au début, et les nouveaux. The Descent ne nous donne pas une biographie de chaque personnage, mais une idée de comment ces femmes interagissent, et je trouve qu’il fait du bon boulot. On n’a pas beson de savoir grand-chose des personnages, l’important c’est leur dynamique, et les actrices la font paraître naturelle. A l’exception des personnages principaux, que le film va développer en tant qu’individus, l’important c’est de créer un groupe d’êtres humains crédibles, pour mieux éliminer le groupe plus tard. Je ne parle pas de créer de la « chair à abattre » comme peuvent le faire certains films, mais d’avoir une structure tangible à détruire (et en tuer les membres n’est qu’une façon parmi d’autres de la détruire), pour insister sur la solitude grandissante des protagonistes, mais aussi la disparition progressives des règles qui régissent la société. A chaque nouvelle séparation, les personnages, de plus en plus isolés, perdent un « degré de cilivité », jusqu’à ce qu’une part primale prenne le dessus. Par ailleurs, l’isolation progressive est une façon de recréer le parcours de Sarah.

 

Je m’explique.

 

Après l’accident de voiture ayant tué son mari et sa fille au début du film, Sarah se réveille dans un hôpital. Elle est absolument seule, l’hôpital a une ambiance cauchemardesque, et lorsqu’elle arrive dans un couloir, les lumières se mettent à s’éteindre derrière elle. Elle essaie de s’enfuir, mais l’obscurité la course, comme si la perte de sa famille essayait de la rattraper alors qu’elle essaie d’échapper à sa réalité. Au final, c’était évidemment une illusion : les lumières, les gens reviennent, et elle s’effondre dans les bras d’une amie, la réalité lui tombant dessus. Lorsqu’on la retrouve, elle a encore beaucoup de mal à fonctionner. Ses amies n’ont pas pu toutes être à ses côtés, elle a du mal à dormir, elle a des hallucinations auditives parfois, elle a refoulé certaines choses ([spoiler] l’infidélité de son mari, en fait… car vu les échanges de regards dans l’introduction, à mon avis, elle l’avait au moins sentie [/spoiler]), et elle est loin d’avoir réussi à faire son deuil (en admettant que ce soit possible). A mon sens, la scène de l’obscurité qui course Sarah dans le couloir de l’hôpital, et celle où un couloir de la grotte s’effondre, détruisant sa sortie connue (et lançant pleinement la partie « horreur » du film) pourraient être mises bout à bout. Pas narrativement bien sûr, mais Sarah s’enfuit dans l’hôpital pour fuir la mort de sa famille. Forcément ça finit par la rattraper, et on peut se dire alors que le noir l’engloutit, que le second couloir est la continuation du premier. Sarah se trouve piégée (avant la grotte : par l’incapacité à nier la réalité, dans la grotte : par l’éboulis) dans un cauchemard (avant la grotte : sa famille morte, dans la grotte : le fait d’être piégée dans la grotte justement). Alors, petit à petit, elle se retrouve de plus en plus isolée (avant la grotte : les amies pas forcément disponibles, elle-même qui a sans doute eu du mal à communiquer, et dans la grotte : les personnages qui sont petit à petit séparés), elle perd de plus en plus ses repères (avant la grotte : sa difficulté à dormir, ses hallucinations auditive, dans la grotte : la désorientation parce qu’il n’y a pas de carte, les bruits qui ressemblent à d’autres, etc), jusqu’à qu’il ne reste plus qu’elle, face au plus brut et au plus enfoui (dont beaucoup de colère).

Le titre « The Descent » peut signifier des tas de choses : les personnages descendent littéralement dans une grotte, mais pour Sarah, il y a aussi la descente aux Enfers qu’est la perte des gens qu’elle aime, et la descente en elle-même, quand  les apparences et le contrôle qu’elle maintenait volent en éclats. Sacrée descente donc, et la question devient : la pente sera-t-elle remontée ? Ca, ce sera à vous de voir bien entendu. [spoiler] Il y a deux versions de la fin : la vraie, et la tronquée pour les USA. Les deux contiennent un jumpscare que je n’aime pas, mais elles véhiculent deux messages différents : la fin originale, et très sombre, nous laisse sur l’image marquante de Sarah, piégée dans la grotte, hallucinant sa petite fille et soufflant avec elle ses bougies d’anniversaire ; la fin tronquée nous laisse sur le jumpscare à la con, avec Sarah, sortie de la grotte, dans sa voiture. La première fin est dénuée d’espoir, laissant Sarah au fond du cauchemar, tandis que la seconde est moins désespérée. Je sais que beaucoup de gens sont remontés contre la fin tronquée, et je comprends : elle finit sur un jumpscare agaçant, et elle contredit complètement la vision du réalisateur. Personnellement, je pense que les deux conclusions auraient pu marcher si la fin tronquée avait été tronqué encore plus tôt : lorsque la main de Sarah sort de terre. Le visuel aurait été plus marquant, signifiant la rennaissance (après le très joli plan de la remontée vers la lumière), tout en gardant une certaine ambiguité parce que Sarah n’a encore sortie que sa main de terre, signifiant qu’il y a un espoir, mais que les monstres/le deuil pourraient tout aussi bien la tirer en arrière à tout moment : on ne sait pas. On aurait eu une fin triste où on ne se remet jamais de la perte d’un enfant, et une fin plus optimiste où on peut faire son deuil, mais où il n’y pas de garantie non plus. Et aucune ne se serait terminée sur un jumpscare comme un film d’horreur super cheap. En l’état, la fin originale est clairement la meilleure. Et puis c’est aussi celle qui n’aurait pas donné lieu à une suite terriblement inférieure au premier film, donc bon… [/spoiler]

 

En tous cas (en partie parce que moi aussi je me sentais à l’étroit, c’est vrai), j’avais envie de les voir toutes sortir, moi. Certains personnages sont moins agréables que d’autres, mais j’apprécie que the Descent ne trace pas une ligne claire entre noir blanc, entre « gentils » et « méchants », parce que souvent, les choses sont plus complexes que ça. [spoiler] Juno en est le parfait exemple : on serait tentés de la détester, et d’ailleurs il est possible que vous la détestiez et on ne pourrait pas vous en donner tort, mais si elle a mis ses amies dans cette situation, et avait une relation adultère avec le mari de Sarah, elle a aussi refusé de quitter la grotte sans Sarah. Dans la pire des situations, elle n’a pas saisi sa meilleure chance de survie, et ce n’est certainement pas une réaction qu’aurait n’importe qui (d’ailleurs, ce n’est pas la réaction de Rebecca, un personnage présenté de façon bien plus positive). D’ailleurs, même les « monstres » qui tuent nos héroïnes une par une (que j’appelle comme ça par facilité et parce que c’est ce qu’ils sont pour elles) ne sont pas vraiment des monstres. Ce sont des animaux qui mangent et défendent leur territoire, pas des Freddy Krueger tous nus. [/spoiler]

 

En conclusion, j’aime beaucoup the Descent. Le film arrive à créer l’illusion d’être bloqué dans une grotte avec ses héroïnes, j’aime qu’il nous tire plus que de la frayeur question sentiments, et qu’il nous propose des personnages nuancés. J’ai vu le film trois fois à présent, et je l’apprécie un peu plus à chaque visionnage, donc bien entendu, je ne peux que vous le conseiller (par contre, si vous avez du mal avec l’hémoglobine, soyez tout de même prévenus que le film n’en est… pas dépourvu, mettons).

[Dans les profondeurs] The Descent
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