[Briser les chaines] Laëtitia Danae - Rozenn

Publié le 20 Octobre 2018

Rozenn Kaplang est une djinn.

Durant de longues années, son peuple a souffert de la domination des dagnirs, mais si l'esclavage est officiellement aboli, la liberté, elle, garde un goût amer.

Et si une union entre princes et princesses de ces différentes tribus permettait de tirer un trait sur un douloureux passé ?

Quatrième de couverture

Il y a quelques mois, j’étais assez stressée. Du coup j’ai déconné, et me suis retrouvée à commander plusieurs box littéraires dont la Mille et Un Livres qui m’a envoyé ce roman-là. Je vais être honnête, en lisant la quatrième de couverture, j’ai vraiment cru que ça ne me plairait pas. J’avais tort (ça arrive) (souvent) ! Au contraire, j’ai bien aimé lire ce livre. Je voulais vous en faire une vidéo, mais finalement… eh bien, finalement, ça va se faire par écrit. Causons ! (silencieusement)

 

Pour commencer, j’ai apprécié le monde fantastique créé par l’autrice. Certains concepts sont familiers, d’autres non, et j’ai aimé découvrir l’univers du roman qui, à mon grand plaisir, ne fait pas d’exposition forcée. On ne nous balance pas subitement des tas d’informations que les personnages devraient connaître. Des informations sont données quand les personnages posent une question, ou découvrent quelque chose (ce qui n’est pas rare: nos héroïnes découvrent le monde en dehors de chez elles, après tout), et le livre nous montre petit à petit comment fonctionnent les choses, sans toujours les expliquer de façon directe. Parfois, aussi, il va introduire un concept, et ne pas forcément en reparler beaucoup, mais ce n’est pas du temps perdu. Déjà, il y a une suite, donc ça pourrait jouer dedans, et ensuite les détails donnent de l’épaisseur à l’univers du roman. Par ailleurs, on grapille aussi des informations dans les petites citations placées au début des chapitres. Ce qui fonctionne… plus ou moins bien.

 

Ca fonctionne dans le sens où, en effet, on récupère des informations de cette façon, sans qu’elles nous soient forcées dans la gorge. Des informations pratiques, parfois, et souvent, des informations sur les relations entre races, leurs histoires, la façon dont l’une voit l’autre, etc. Là où cela coince, pour moi, c’est que ces citations, je trouve, ne s’accordent avec la forme du roman.

 

Le livre commence in media res, et il est rédigé à la première personne du singulier, au présent, de sorte à nous garder toujours dans l’action. Epouser complètement le point de vue d’un personnage, dans une histoire pleine de secrets, et de gens aux intentions cachées, c’est une bonne façon

de nous mettre dans la même situation de méfiance et d’incertitudes que la narratrice. On découvre les choses vraiment à son rythme. Parfois, il y a de rares flash-backs en italiques quand Rozenn repense à quelque chose qu’elle a vécu, mais essentiellement nous regardons les choses se passer en live, à travers ses yeux. Cette narration fonctionne bien pour le roman, mais du coup, je trouve que les petits extraits en début de chapitres cassent l’immersion. Que le narrateur soit extérieur au roman, à l’histoire qu’il raconte, ou qu’il soit dedans, c’est un procédé qui fonctionne mieux quand une histoire est racontée après les faits, et qu’on peut admettre que le narrateur a eu la possibilité et le temps de réunir les citations utilisées. Mais Rozenn veut me donner l’illusion d’être dans la tête de son héroïne, en direct, et je trouve donc l’inclusion des extraits bizarre. Personne ne s’interrompt subitement dans ce qu’il fait pour se remémorer une citation ou un extrait de roman, avec les références à la clé ! Et bien entendu, ce n’est pas ce que le roman sous-entend. La plupart des extraits proviennent d’ouvrages que Rozenn n’a certainement jamais lus, de toute façon. Il y a même un extrait de journal intime d’une de ses concurrentes, à un moment donné. La narration fait en sorte que nous ne puissions pas voir plus loin que l’héroïne, ce qui joue en faveur du roman, mais les épigraphes vont complètement à contre courant. C’est un détail, ça ne dérangera certainement pas beaucoup de gens, mais ça m’a fait un peu tiquer à chaque fois. Pareil, chaque fois que Rozenn se référait à ses sœurs en pensant « mon ainée » ou « ma cadette », je ne pouvais m’empêcher de me dire « mais qui pense comme ça ? ». Il est évident que Laetitia Danae doit rendre les choses plus littéraires, et plus digestes, parce que donner un compte rendu fidèle des pensées d’une personne serait probablement bordélque au possible, mais il y a quelques petits moments qui ne sonnaient juste pas très bien à mes oreilles.

 

Néanmoins, ça venait peut-être bien de moi, et ça n’arrivait pas assez souvent pour être vraiment gênant. En général, j’ai trouvé le livre agréable à lire. Il y a un bon équilibre entre les dialogues, les actions, et les descriptions, et le langage est joli et imagé sans jamais être lourd. J’ai lu le livre facilement, et avec plaisir.

 

Par ailleurs, j’ai apprécié le personnage principal.

 

Au premier abord, Rozenn est un personnage qui semble familier. C’est une princesse qui ne veut pas qu’on la marie, n’a pas grand-chose à faire des conventions, et ne se sent pas au dessus des autres à cause de son rang. Elle a un sacré caractère et une tendance à s’emporter vite. Elle a un contexte qui lui est propre, mais on retrouve des grandes lignes connues. Mais que les grandes lignes semblent familières n’exclue pas l’originalité dans les détails, et la familiarité, ce n’est pas forcément mauvais, de même que quelque chose d’original n’est pas forcément bon. Et puis il y a plusieurs de ces grands traits qui tombent sous le sens : évidemment que Rozenn ne veut pas se marier avec un des oppresseurs de son peuple, et bien sûr qu’elle doit avoir un caractère rebel : c’est une histoire de rébellion, donc ce serait chaud de faire l’un sans l’autre. En plus, Rozenn est une adolescente, et même si tous les ados ne grandissent évidemment pas de la même façon, la rébellion fait souvent partie de l’équation. On notera d’ailleurs que le caractère des trois sœurs semble se faire en fonction de l’âge : la plus jeune est la plus emportée, la plus âgée est la plus mesurée, et Rozenn est entre les deux.

 

Néanmoins, je dois admettre que mon appréciation du personnage est venue petit à petit, et qu’il m’est arrivé plusieurs fois de rouler des yeux: quand le personnage insiste sur à quel point elle n’a pas demandé à être princesse, sur le fait qu’elle n’entre pas dans les cases, qu’elle est différente, quand elle sort que les femmes qui se font aider pour monter à cheval sont des mijaurées, et à chaque fois qu’on veut lui apprendre l’étiquette et les règles du pays dans lequel elle se rend et qu’elle s’ennuie, trouve ça nul, et est à deux doigts de péter un plomb. Le livre n’est pas toujours très fin, et si la familiarité n’est pas un mal, je vous avoue être parfois lasse de voir la notion de « fort caractère » être souvent traduite de la même manière, sur papier ou à l’écran. Mais juste quand je commençais à vraiment m’agacer, Rozenn prend un certain tournant. Elle se dit que peut-être, si elle veut servir les intérêts de son peuple, il va lui falloir réfléchir avant de foncer, et faire les choses plus finement, parce qu’elle est dans une position de faiblesse, en territoire ennemi, et inférieure en nombre. Elle commence donc à concentrer son énergie, et penser stratégie, ce qui rend le roman plus intéressant. On n’est pas dans des machinations de folie encore, parce qu’elle n’a juste pas les ressources, mais c’est un début, et j’ai bien envie de voir ça prendre forme.

 

 

Je trouve aussi que le livre atteint un bon équilibre entre la ou les romances naissantes, et les enjeux plus importants de l’histoire.

 

Rozenn n’est pas un livre que j’aurais choisi pour moi-même (et, bien sûr, c’est l’intérêt même d’une box littéraire). Je suis rentrée dans le livre avec des appréhensions. Même si je sais que c’est nul les préjugés, mes dernières expériences de livres pour jeunes adultes alliant romance et gros enjeux se sont avérés frustrantes, parce que la romance prenait le pas sur le reste, sans être intéressante pour autant. Les héroïnes en devenaient même agaçantes parce qu’ells étaient censés sauver un pays, ou un membre de leur famille, et elles se laissaient distraire par le premier type venu, alors même qu’on nous louait parfois leur volonté de fer. Rozenn ne m’a pas semblé tomber là-dedans. Rozenn est à la fois une prncesse qui veut libérer son peuple et une adolescente qui sort de sa bulle pour la première fois (littéralement… son peuple vit dans une bulle). Elle découvre le bon, ce qu’il a de beau et de terrible, et elle se découvre elle-même. Elle a le cœur qui palpite, mais garde l’œil sur ses objectifs, et j’ai apprécié la façon dont elle était écrite.

 

J’aime aussi que le livre ait réussi à me faire ressentir les choses à sa façon. J’ai aimé Odeleen, la grande sœur calme et réfléchie. La petite sœur m’a agacée comme c’est pas permis. J’ai détesté la sultane méprisante, et me suis sentie intriguée par le sultan, ses cadeaux empoisonnés et ses manières hypocrites et doucereuses. J’ai ressenti les choses comme l’héroïne, j’étais frustrée par les mêmes choses, révoltée par les mêmes choses, intriguée par les mêmes choses, et j’avais donc envie de la suivre dans les pistes qu’elle explorait, vu que j'étais interpelée par ces mêmes pistes. Il n’y a véritablement que deux choses à propos desquelles nos ressentis sont différents.

 

La première c’est que, moi, les intrigues du palais m’amusaient. Rozenn, elle, était pas ravie de ne pouvoir faire confiance à personne, elle était pas fan du climat d’incertitude et de danger ambiant, alors que moi ça me plaisait bien. Faut dire que ma vie n’était pas en jeu, ni celle des personnes que j’aime, et on va pas se leurrer, ça fait une différence.

 

La seconde chose, et là c’est un souci par contre, c’est que l’héroïne ressent clairement quelque chose pour chacun des princes, que ce soit de l’attirance, de la méfiance, de l’agacement ou tout ça à la fois, alors que moi je ne ressentais rien du tout, et certainement pas de l’intérêt. Je nageais dans l’indifférence la plus totale. Callum, le « bad boy » de service est censé avoir un charme qui m’a échappé, et sa relation houleuse avec l’héroïne ne m’a rien fait. Cayden est à peine dans le livre, et Cameron est poli mais plutôt fade car lâchement retiré des affaires de son pays. Et c’est bien là mon souci. Je trouvais les princes peu passionants niveau personnalités, et ils ne jouaient pas du tout dans les affaires qui m’intéressaient non plus. Leurs positions, leurs rangs, étaient importants, et l’héroïne doit les prendre en compte dans ses plans, mais en tant que personnes, ils n’avaient pas l’air de spécialement comploter ou s’en faire pour l’état du pays. Je me moquais bien de savoir duquel l’héroïne allait peut-être tomber amoureuse parce qu’aucun ne me semblait particulièrement engageant, et à côté de ça, je n’avais aucune indication qu’il y ait quelque chose sous la surface digne de mon intérêt. Néanmoins, il semble que ça soit parti pour changer dans le tome 2, donc j’attends de voir ça.

 

Car j’ai l’intention de lire la suite. Si j’arrive à me souvenir de le faire, en tous cas. J’ai une mémoire pourrie, vous comprenez. Je suis curieuse, c’était plaisant à lire, et j’en lirais volontiers plus, mais je ne suis pas accrochée à mon siège non plus, le tome 1 vient de sortir, et je ne sais pas du tout quand sortira le second. Mais je vais tâcher de m’en souvenir quand même, pour savoir ce qui adviendra de Rozenn. Si ce n’est pas du tout le genre de lecture que vous recherchez, je n’essaierai pas de vous vendre ce livre à tout prix. En revanche, si l’idée vous parle, alors jetez-y un œil, parce que ça pourrait vous plaire. Pour ma part, j’ai bien apprécié ma lecture, et suis donc contente d’avoir reçu ce livre (en général, d’ailleurs, j’ai bien aimé la box Mille et un livre. En plus de Rozenn, j’ai eu droit à un joli sac, une boule pour bain que j’ai donnée à quelqu’un qui s’en servira, un puzzle, un marque page, et un miroir de poche. Bref, dans l’ensemble, je suis contente quoi)

(J'ai eu du mal à choisir une musique, j'avais peur de choisir quelque chose de pas du tout approprié... n'hésitez pas à me faire une remarque en cas de bêtise de ma part)

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