[Gare aux échardes !] Splinter

Publié le 10 Octobre 2018

 

Sorti en 2008

Réalisé par Toby Wiklins

Ecrit par Ian Shoor & Kai Barry

Dure 1h22

 

Avec:

Paulo Costanzo : Seth Belzer

Jill Wagner: Polly Watt

Shea Whigham: Dennis Farell

Rachel Kerbs: Lacey Belisle

 

 

Dontesque ?

Seth et Polly avaient prévu une sortie camping, mais leurs plans tombent à l’eau, et ils sont subitement enlevés par deux criminels en fuite, qui ont besoin d’ôtages et d’un véhicule. Mais bientôt, cette situation devient le moindre de leurs problèmes quand ces quatre gens arrivent à une station de service déserte, dont le staff a été sauvagement tué par une créature non-identifiée, rôdant encore dans les parages.

 

 

.oOo.

J’étais d’humeur à la fois nostalgique et à regarder des films d’horreur. C’est ainsi que je me suis retrouvée à revoir le remake de la Colline a des yeux (2006, Alexandre Aja)... et à être drôlement déçue, parce que je n’ai pas du tout apprécié mon revisionnage (nous en reparlerons un autre jour, quelque part dans le futur). Frustrée, j’ai donc décidé de revisiter Splinter, c’est-à-dire un autre film explorant l’inhérente malévolence de cette salle engeance que sont les stations services. Ouvrez les yeux, les gens ! Même dans Romeo + Juliet et Zoolander, ces endroits terribles n’apportent que violence et tragédie. Ne vous laissez pas avoir. En revanche, n’hésitez pas à regarder Splinter, parce que pour le coup, la réexpérience a été très positive. Comme vous le savez (je pense), j’ai un faible pour les films qui font beaucoup avec pas grand-chose, et enferment leurs personnages, pour mieux nous laisser les regarder se démener pour se libérer. Et celui-ci, en plus, balance une créature agressive et non-identifiée dans le mix, mettant une jolie cerise sur ce délicieux gâteau. Dans mon souvenir, Splinter était un bon film à petit budget, avec des effets spéciaux particulièrement réussis, et ce coup-ci, j’avais bon: yay.

 

Splinter était tout aussi divertissant que je m’y attendais. Tendu et divertissant, ce film a un rythme rapide, et aucun moment creux. Du moins pas pour moi. Bien entendu, si vous ne rentrez pas dedans à la base, ce sera sans dout différent (c’est comme pour tout, quoi), mais pour ma part, je trouve que ce film ne se relâche jamais. Après avoir introduit sa créature, le film s’en éloigne un moment, et nous présente deux de ses personnages principaux, qui sont rapidement pris en ôtages par les deux autres personnages principaux. Avant même d’entrer dans le vif du sujet (et je vous rassure, rien de cela ne spoile grand-chose, car on est vraiment toujours dans l’introduction), il y a donc une certaine tension, puisque deux de nos protagonistes sont menacés par les deux autres, dont l’un semble agité, et l’autre bien mal en point. Néanmoins, bien sûr, c’est une fois à la station service et la confrontation avec la créature entamée que les choses décollent vraiment… et j’aime décidément beaucoup cette créature. Comme je m’en souvenais, les effets sont très bons, et la créature est effrayante et dangereuse (parce que, bordayl, elle est rapide). Le seul point noir au tableau c’est que, pendant les scènes d’action, le film part dans la shaky cam/caméra-tremblote, si bien que les choses se font confuses. Je suppose que c’était pour masquer des manques dûs au petit budget, mais ça devient parfois agaçant, et frustrant : par exemple on ne profite pas à fond du dernier affrontement. Malgré tout, ça ne gâche pas le film, parce que plus que les quelques scènes d’action, les moments qui font la réussite de Splinter à mes yeux sont ceux entre l’action, où l’anxiété monte, et où les personnages réfléchissent à leur situation.

 

Bien sûr, les choses sont un peu… compliquées… entre les personnages. Bah ouais, c’est pas plaisant d’être pris en otages, hein. En conséquence, on s’attendrait à ce qu’il y ait beaucoup de cris, voire d’explosions de violence entre eux, d’autant que les huis clos de ce genre ont tendance à saisir l’opportunité d’explorer la fragilité de notre décence, de notre civilité, et de ce que nous appelons notre « humanité ». Ici, la situation est différente d’un the Thing (où les personnages se connaissaient et étaient « enfermés » ensemble depuis un moment déjà) ou the Mist (où c’est une foule qui est enfermée au même endroit, or les foules, dans ce genre de situation, c’est pas bon), et l’enfermement des personnages mène donc à un résultat différent : des étrangers qui ne devraient pas s’entendre, et ne s’entendaient effectivement pas, mettent de côté leurs différences et s’entraident, formant une solidarité qui pourrait se transformer petit à petit en sincère camaraderie. Et personnellement, j’ai cru au développement de leur relation. Splinter n’est pas la plus grande étude de personnages au monde, mais je l’ai trouvé suffisamment bien foutu pour qu’à la fin je m’en fasse pour le destin de personnages qui ne m’avait pas été présentés sous un jour positif au début. Et par ailleurs, ce n’est pas comme s’il était vide de commentaire sur ses personnages.

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Splinter a plus en commun avec Hills Have Eyes que juste une Station Service des Enfers: les deux films ont un personnage masculin principal avec quelque chose à prouver. Et par « quelque chose » j’entends « leur masculinité », car ces deux personnages n’arrivent pas à remplir les critères de masculinité traditionnelle. Dans Hills have eyes, le personnage central est incapable de tenir tête à sa femme, n’est pas foutu de réparer quoi que ce soit, n’a aucun penchant pour la violence, et n’a jamais tenu de pistolet de sa vie. Dans Splinter, Seth est un geek dans son domaine, sait tous des arbres, est passioné de biologie, mais la nature est trop rude pour lui, il ne sait pas monter une tente, et il ne sait pas conduire en changeant manuellement les vitesses, ni changer une roue : tout ça, c’est sa copine qui doit s’en charger (un fait dont se moque allègrement leur kidnappeur, qui lui, au contraire, est un parfait exemple de virilité traditionnelle). Elle veut dormir à même le sol quand lui rêve d’un bon lit, et elle est, en général, plus orientée action tandis que lui est plus dans la réflexion. Sa maxime est qu’il faut se montrer plus intelligent que ce qu’on affronte, pas tabasser l’obstacle jusqu’à ce que ça passe, si bien que lorsque ses « co-détenus » veulent foncer tête baissés en espérant que ça marche, il a plutôt tendance à vouloir ralentir, et réfléchir au problème. Un processus qu’on lui reproche, mais que, même dans cette situation, il a l’air d’apprécier. Lorsqu’il observe la créature, tâchant de déterminer sa nature, il y a une note d’enthousiasme dans sa voix. Il est fasciné par la chose, galvanisé par la découverte, ce que j’ai apprécié, au passage, parce que moi aussi, j’étais enthousiaste !

 

J’aime les huis clos, et j’aime qu’on y balance des créatures inquiétantes et non-identifiées, mais ce n’est pas juste par amour du flip et de l’angoisse : c’est aussi parce que si j’ai un faible pour regarder des personnages essayer de trouver une sortie, à force d’essais et d’échecs, j’aime aussi beaucoup les voir étudier la menace inconnue, et tâcher d’identifier sa nature ou, à défaut, ses forces et, surtout, ses faiblesses. Il y a de cela dans the Thing, ou dans Alien par exemple, mais mon exemple favori (pas en termes de « meilleur film en général », mais par rapport à cet aspect-là) reste probablement Tremors parce que tout le film est basé sur une course à apprendre comment fonctionne l’autre : les humains étudient les créatures, les créatures étudient les humains, et ça alimente la « chasse ». Il y a un peu de cela dans the Ruins également. Et bref, dans Splinter, j’ai aimé voir les personnages assembler, petit à petit, un bout du puzzle. Pas tout le puzzle, mais avec un peu de chance, suffisamment du puzzle pour s’en sortir vivants.

 

Pour revenir à mes histoires de masculinité, néanmoins, Seth n’entre pas dans les critères, et c’est source de moqueries et râleries pour les autres personnages, qui lui demandent, en gros, « d’avoir des couilles », un peu, ho ! et de devenir un homme. Dans Hills have Eyes, le personnage principal s’accomplit via la violence et le patriotisme (c’est un chouïa plus complexe que ça, mais chaque chose en son temps), tandis que dans Splinter (et c’est quelque chose que j’apprécie), à la place, Seth a déjà tout ce qu’il faut, et c’est les autres personnages qui sont en tort. Seth prouve, certes, qu’il a l’estomac accroché (ce qui donne lieu à une de mes deux répliques favorites du film : [spoiler] « Tu sais pas changer un pneu, mais t’es doué à couper des bras » [/spoiler], l’autre étant [spoiler] « Tout va bien, tout va bien, on te coupe le bras, t'en fais pas », et yep c’est dans la même scène du coup.. forcément, les deux répliques sont meilleures dans leur contexte ^-^ [/spoiler]), mais aussi qu’il a un courage qui ne consiste pas à taper très fort, et que son intellect et son enthousiasme pour la biologie sont ses atouts principaux. Et c’est comme ça qu’il gagne le respect des autres personnages, notre modèle de masculinité inclus. Après, quant à savoir s’ils s’en sortent, c’est une autre question, et vous verrez bien, mais qu’ils survivent ou qu’ils meurent, ça se fera dans le RESPAY OKAY ! Et ça, c’est cool.

 

Bon, le respect de ce personnage-là en tous cas, et de M. Masculinité aussi, qui se fait attachant au fil du film, et a droit à un axe de rédemption que j’aime bien… Les personnages féminins sont malheureusement moins bien traités par le film, surtout parce qu’ils sont moins traités : le film n’en fait pas grand-chose. Ca ne veut pas dire qu’elles ne sont pas attachantes, mais je suis un peu déçue que le film leur fasse tirer la courte paille.

 

Néanmoins, dans l’ensemble, Splinter est un film que j’apprécie beaucoup. C’est un petit film, avec ses défauts (la caméra-tremblotte en étant le principal), mais il reste bien foutu. Les acteurs font du boulot solide, les personnages sont engageants, les effets sont réussis, la créature est inquiétante, le rythme est bien géré, et c’est un film que je trouve personnellement très divertissant, et que je m’amuse toujours à regarder. Si, vous aussi, vous avez un faible pour le combo « huis clos + créature », alors vous prendrez peut-être plaisir à voir ce film :D !

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