[Parasite démoniaque] Incarnate

Publié le 16 Novembre 2018

 

Sorti en 2016

Réalisé par Brad Peyton

Ecrit par Ronnie Christensen

Dure 1h31

 

Avec :

Aaron Eckhart : Dr. Seth Ember

Carice Van Houten : Lindsay Sparrow

David Mazouz: Cameron Sparrow

Catalina Sandino Moreno: Camilla Marquez

Keir O’Donnell: Oliver

Emily Jackson: Rikey

Matthew Nable: Dan Sparrow

etc

 

 

Dontesque ?

Le Dr. Seth Ember est un spécialiste des exorcismes. Il utilise la technologie et ses capacités spéciales pour entrer dans la tête des gens possédés et évacuer l’ennemi. Lorsqu’il est appelé par le Vatican pour s’occuper du cas particulièrement difficile d’un petit garçon, il y voit l’occasion de venger sa famille, assassinée par le même démon occupant le corps de l’enfant.

 

 

.oOo.

Vous me connaissez : c’est un film d’horreur, et c’était là, sur Netflix, donc… bah… je l’ai regardé. Blumhouse (la maison de production, spécialisée dans les films d’horreur à petit budget) est capable du meilleur (Get Out, Split, Hush, etc) comme du pire (The Darkness, The Gallows, Ouija, etc). Le poster et le synopsis me faisaient pressentir quelque chose d’assez générique, et de Brad Feyton (le réalisateur) je n’avais vu que des films d’action/aventure un peu bourrins mais rendus plus (Rampage) ou moins (Journey 2 the Jungle) divertissants par un certain second degré, et le charme de Dwayne Johnson, mais… c’est un film d’horreur, donc j’avais envie de tenter quand même, d’autant que j’avais repéré le nom d’Aaron Eckhart au casting. Je ne suis pas très familière de cet acteur, mais je me souvenais de lui dans la trilogie Batman de Christopher Nolan, et il me semblait avoir entendu de bonnes choses à son sujet. C’est un acteur connu, qui a été acclamé par le passé, et dans ma tête c’était de bon présage. Malheureusement, j’avais tort. Voici la liste des choses que j’ai positivement retenues de ce film :

 

. ce plan d’une main sortant d’un sac poubelle :

 

 

. ce panneau également :

 

 

parce que dès que la caméra s’est arrêtée dessus, j’ai compris que mère et fils s’appelaient « Sparrow » (et j’avais raison), et que ça m’a intéressée un moment de déterminer pourquoi ça m’avait paru aussi évident (ma supposition : parce que c’est le seul mot qui a du sens pour moi, et on est probablement plus susceptibles de retenir un mot qu’on comprend).

 

. la police d’écriture des titres… ouaip…

 

 

Quant à Aaron Eckhart, ce qui m’a le plus interpelée dans sa performance n’avait rien à voir avec sa performance : j’ai trouvé bien plus intéressant de déterminer s’il ressemblait plus à Aragorn ou Boromir (j’ai demandé aux gens sur twitter*, et Boromir l’emporte… je suis d'accord avec Twitter, sur ce coup-là). C’est vous dire s’il était passionant !

 

Causons.

 

Et je veux quand même préciser que, non, je ne pense pas que ce film soit un désastre cinématographique de la pire espèce. Son pire crime est d’être ennuyeux, oubliable, plus que d’être exécrable. Il y a certains plans esthétiquement plaisants, la plupart des acteurs ne sont pas atroces, j’aime bien la musique… Ce film n’est pas un gros caca en feu (image plaisante dans votre tête, bonjour), c’est juste qu’il tombe à plat. Et j’ai été très déçue de la performance d’Aaron Eckhart également. Je m’attendais à ce que lui, au moins, m’offre quelque chose d’intéressant à regarder, mais il est très souvent caricatural, et force une voix rauque (pour faire plus torturé, vous comprenez) franchement ridicule. Son jeu n’est pas bien engageant, devient rapidement difficile à prendre au sérieux, et malheureusement, ça fait que j’ai eu beaucoup de mal à m’intéresser au personnage, dont l’arc narratif n’a pas l’avantage de l’originalité. En soi, le manque d’originalité n’est pas un souci, mais quand on a besoin de branches auxquelles se raccrocher…

 

Notre lead, Seth Ember, est affublé d’une backstory classique : sa famille (son fils, et sa femme ayant trouvé sa « place dans le frigo ») est morte, dans un accident traumatisant, et il est en quête de vengeance. Il est à la recherche du démon ayant (délibérément) causé l’accident, et sur le chemin des représailles, il trouve une chance de rédemption car le petit garçon qu’il doit sauver (et, en quelque sorte, sa mère, par procuration) ressemble à son fils décédé. Par ailleurs, la mère de l’enfant a quitté le père, qui a usé de violence contre son fils. Le père a trahi sa famille, a failli à ses devoirs, et il est même suggéré que cette trahison pourrait avoir facilité la possession du fils. Forcément, ça compte dans l’arc de rédemption de Seth Ember, parce que, certes, l’accident de sa famille a été causé par un démon (pour une raison que je trouve obscure, mais bon, admettons), mais il était au volant, et l’attentat était dirigé contre lui, donc il se sent responsable, il a l’impression d’avoir failli. Bien qu’il ne s’en rende pas compte au début, le film, pour lui, est l’occasion de se rattraper, d’être le père et mari qu’il aurait voulu être, et de protéger une femme et un fils contre le même démon ayant emporté les siens. Cet arc narratif aurait fait l’affaire si seulement j’avais pu empathir avec Seth, mais j’ai vraiment bloqué sur la prestation d’Aaron Eckhart, sans compter que l’écriture n’aide pas. Le personnage n’a rien de sympathique (encore une fois : c’est pas nécessaire d’avoir de la sympathie pour un personnage, mais c’est une branche à laquelle j’aurais pu me raccrocher), et ses relations avec les personnages secondaires sont survolées, si bien qu’il est difficile d’y trouver suffisament d’humanité ou de matière à laquelle, vous l’avez deviné (car vous êtes trop fort), se… rac... ttraper :D On n’a jamais aucun aperçu de comment il était avec sa famille, ses scènes avec l’enfant possédé et sa mère sont généralement écourtées et superficielles, de même que celles avec l’envoyée du vatican… la seule relation qui m’a vaguement inspirée quelque chose, c’est celle avec son assistant, Oliver (qui a une collègue féminine, aussi), mais rien de violent car Oliver est aussi un peu anecdotique (et qu’ils gardent l’un ou l’autre, un assistant aurait largement suffit, y avait pas besoin de dédoubler le rôle), et je pense que j’avais surtout une sympathie instinctive vis-à-vis de l’acteur. 

 

En général, les personnages ne valent pas grand-chose. La plupart sont des outils dans l’histoire d’Ember. L’enfant possédé et sa mère ont un peu plus d’existence que les autres, mais le film a beau les introduire en premier, comme pour nous faire croire que, oui, ça va être leur histoire, ils restent avant tout des instruments dans la rédemption d’Ember : la grande résolution à leur conflit ne se fait pas entre eux, ils interagissent à peine post-possession à vrai dire, et tout passe par Ember, parce qu’il faut que ça passe par Ember, parce que c’est son histoire.

[Parasite démoniaque] Incarnate[Parasite démoniaque] Incarnate
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Le film est dénué de personnages véritablement intéressants et/ou attachants, et c’est une des raisons pour lesquelles ce film d’horreur ne fait pas peur du tout : on n’a aucune raison de s’en faire pour le bien-être de tous ces gens. Certes, par principe, on n’a pas envie qu’il arrive du mal au gosse, mais c’est tout, et ça ne suffit pas. Il n’y a pas de tension, leur sécurité ne tient pas à cœur. Bref, on n’a pas peur pour eux… Mais peut-on avoir peur pour nous ? Bien sûr, pas dans le sens où « omg, et si le démon sortait de l’écran et nous tuait tous ? » mais plus : « le film créé-t-il une imagerie et des situations angoissantes que notre cerveau peut s’approprier pour nous foutre les jetons plus tard ? ». Et… non. Pas vraiment. Il y a quelques jumpscares ici et là qui font sursauter, mais ce n’est que de la surprise. J’ai compté deux images potentiellement perturbantes (l’une d’un démon enfermé, l’autre d’un cadavre contortionné) mais rien de durable, sur le long terme… ou sur les quelques minutes suivant les images en question (du moins pas pour moi). Quant aux démons, leur design n’est ni intimidant ni bien inspiré, combinant simplement des voix un peu déformées, des dents un peu pointues, et des yeux noirs. Si vous avez survécu à Supernatural, vous survivrez haut la main à Incarnate (ce qui, cela dit, me plait : j’aime bien quand vous survivez ) Rien d’effrayant au film, donc, mais je ne sais même pas si je peux classer cela dans les échecs, parce que je ne suis pas certaine que le film cherche réellement à nous faire peur ? Son sujet, la présence de codes habituels du film d’horreur, la com autour du film (ses posters et sa bande-annonce) et son début semblent indiquer que oui, mais, je vous jure, la suite est tellement molle, le film n’arrive tellement à rien, que j’ai fini par me demander s’il essayait ou si tout ceci n’était qu’un gigantesque malentendu. C’est difficile à savoir au milieu de tout ce que le film n’accomplit pas avec ce qu’il a, vous comprenez.

 

Il y avait pourtant des choses à exploiter !

 

Pour commencer, l’évidence : Seth Ember peut entrer dans la tête des gens, explorer les rêves que les démons ont créés pour eux. C’est un concept attirant, et une bonne opportunité de faire des tas de choses. D’ailleurs, lors de la première scène dans la tête d’un personnage secondaire, je me suis sentie enthousiasmée. Et puis on est dans un film d’horreur ! Quelle excellente occasion de mettre en scène les pires peurs enfouies des gens ! Bien sûr, lorsqu’Ember entre dans la tête des gens, ils sont sous l’emprise de démons qui font tout pour les persuader qu’ils sont éveillés, et dans une réalité idéale, donc on ne peut pas sombrer directement dans l’incohérent ou le cauchemardesque, mais lorsqu’Ember a fait son travail, et convaincu les possédés qu’ils ne sont pas vraiment éveillés, alors les choses partent en vrille, et LA c’est le moment de laisser libre court à sa créativité. Mais apparemment l’étendue de la créativité d’Incarnate consiste à faire apparaître des portes colorées de nulle part. Rentrer dans la tête d’un personnage, assister à leurs fantaisies, c’est aussi un bon moyen d’apprendre à les connaître intimement. Mais, comme précédemment établi, les personnages ne sont que des outils, et non, Incarnate ne prend certainement pas le temps de réellement les développer. Le film ne se sert jamais de son concept jusqu’au bout, et laisse un amer goût d’inachevé dans la bouche.

 

La façon dont le gamin possédé (qui s’appelle Cameron, au fait) est traité par le film est également frustrante. Son père s’est montré violent envers lui, et il est donc gardé à l’écart par la mère (Lindsay), mais il manque néanmoins à Cameron, qui ne veut pas faire de peine à sa mère, mais a quand même envie de le voir, et n’arrive pas à complètement enregistrer le mal qui lui a été fait. Et je n’aime pas du tout la façon dont toute cette affaire est gérée, parce que le film, une fois de plus, ne va pas au fond des choses, n’explore pas entièrement ses sentiments à lui, pas de façon satisfaisante en tous cas. On a droit à une résolution que j’ai trouvée expédiée, et pas de réel dialogue entre lui et sa mère. A la place, c’est Ember qui rassure la mère, exprimant un avis sur une situation dont il a à peine connaissance. Il interagit un peu avec le gosse, balance une platitude à la mère, et voilà, c’est tout ce à quoi on aura droit comme exploration de la relation mère-fils, qui sont séparés pendant la majeure partie du film.

 

Enfin, il y a la grande question de la « démonologie scientifique ».

 

Depuis le début de l’article, je parle de « démons » parce que c’est plus simple, et parce que les créatures proposées correspondent aux codes habituels, mais le Dr. Seth Ember ne les envisage pas comme cela, lui. Il n’adhère à aucune religion, n’aime particulièrement pas le Vatican (qui l’a roulé dans la farine par le passé), et ne parle pas de son occupation comme « exorciser des démons », mais « évacuer des parasites ». Il les voit comme une maladie, quasiment. Ces entités, néanmoins, ont clairement des noms, des identités, un langage, une conscience des autres de leur espèce, et même une hiérarchie. Clairement, il y a une sorte de société derrière, donc, mais bien entendu ce n’est jamais exploré. Ce n’est pas un souci néanmoins, car honnêtement, tout le film m’a semblé indiquer qu’Ember avait bien affaire à des démons, mais refusait simplement de l’admettre… (et si ce n’était pas le cas, ça y ressemblait, et c’était facile d’extrapoler à partir de là, parce que j’ai vu Supernatural, VOILA). Toujours est-il que démon ou pas démon, il a réussi à mettre en place une technologie lui permettant d’entrer dans la tête des gens et en extraire ces entités. Et il n’est visiblement pas le seul à avoir choisi la route scientifique, car le film, qui aime bien introduire des personnages pour s’en débarasser (d’une façon ou d’une autre) aussi rapidement que possible, nous présente son ami Felix. Felix est prêtre, mais étudie les démons de façon scientifique, et a réussi à créer une sorte d’antidote temporaire à la possession. Le film a des idées. Je ne dis pas qu’elles fontionneraient toutes si elles étaient développées, mais il a choisi un angle d’attaque qui pourrait donner quelque chose (et j’insiste bien sur le pourrait, parce qu’on nous fait rien miroiter de ouffisime non plus). Sauf que non, bien entendu.

 

Ecoutez (ou pas, hein, vous faites ce que vous voulez), je ne dis pas qu’un film ne peut pas avoir des personnages mineurs servant juste à étendre son univers, MAIS quand un film est peuplé uniquement de personnages-outils, et qu’on nous introduit un grand ami du personnage principal pour ne rien en faire, dans un film qui manque cruellement de relations engageantes : y a un souci. Je n’avance pas non plus qu’un film nous doit toutes les réponses, et qu’il faut absolument éclairer toutes les zones d’ombre et explorer toutes les pistes (surtout en horreur, en plus, où l’incertitude et l’ambiguïté sont les meilleures armes d’un film), mais quand un film ne va au bout d’aucune, et propose une trame et des personnages si plats que s’y intéresser est moins attractif que se poser des questions sur un monde vaguement suggéré, et potentiellement, possiblement, intéressant peut-être : y a un souci.

 

Donc non, ce film n’est pas une bouse infâme qui agresse les sens, et je l’ai regardé sans douleur, mais sans jamais me sentir concernée, sans jamais trembler, sans jamais m’émouvoir, sans jamais avoir le sentiment qu’on me proposait quelque chose d’abouti, sans ressentir de satisfaction, et en sachant que dans un mois ou deux, j’aurais oublié jusqu’à l’existence de ce film. Tant pis.

[Parasite démoniaque] Incarnate
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* je vous montrerais bien le sondage, mais il y a peu de temps j’ai eu la bonne idée de supprimer tous mes tweets pré-octobre 2018, et dans mon archive (téléchargée au préalable) les résultats n’apparaissent pas,  juste la question … :’( La majorité avait répondu « Boromir », avec quelques « Aragorn », et même des gens citant Jaime Lannister~ 

 

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