[Off] 10-11 aout 2020: Bulbbul

Publié le 10 Août 2020

Lundi 10  - Mardi 11

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/!\ TW : violence conjugale, viol, et pédophilie

 

Bulbbul est un film indien sorti en 2020 sur Netflix. C’est le premier film en tant que réalisatrice d’Anvita Dutt, qui a beaucoup d’expérience dans l’écriture de scripts et paroles de chansons, et a écrit Bulbbul elle-même également. Le film se déroule au Bengal, et raconte l’histoire de Bulbbul, une petite fille de cinq ans mariée par sa famille à un aristocrate d’âge mûr. Elle grandit dans sa maison immense (qui fait plus palais, sincèrement), loin de sa famille, ses jours illuminés seulement par la présence de Satya, le petit-frère de son mari, plus proche de son âge et qui devient rapidement son compagnon de jeu, et son confident. Le film fait un gros saut dans le temps pour retrouver les personnages adultes : Satya revient à la maison familiale après cinq ans d’absence passés à étudier le droit à l’étranger, et trouve une Bulbbul bien changée, ainsi qu’une région en proie à des meurtres sanglants mis sur le compte d’une femme démon, le film s’inspirant des légendes de « churel ».

 

Je vous propose ce film parce que

 

1. Il est super joli. Bon, j’admets, il abuse un peu de la couleur rouge, c’est vrai (en même temps, l’affiche nous prévient, hein !), mais n’empêche que c’est un film magnifique, et j’aime beaucoup l’ambiance qu’il instaure, aussi. La grande maison dans laquelle vit Bulbbul est particulièrement menaçante, on a presque l’impression que la demeure elle-même veut du mal à notre héroïne qui y est prisonnière.

 

2. L’actrice principale, Tripti Dimri, est impressionnante. A vrai dire, tous les acteurs sont très bons, et je ne peux pas, notamment, ne pas citer Paoli Dam dans le rôle de la femme, jalouse de la jeune Bulbbul, qui convoite l’affection du maitre du domaine... mas Tripti Dimri m’a particulièrement tapé dans l’œil, et elle rend à merveille toutes les nuances de son personnage au fur et à mesure de son évolution. Elle a un charisme fou et j’ai adoré que, dès qu’on la retrouve adulte, on puisse voir immédiatement que quelque chose a changé chez elle. On ne l’avait encore jamais vue adulte pourtant (le film raconte beaucoup en flash-backs), mais immédiatement on peut sentir que quelque chose cloche, et après cela, via les retours dans le passé, on assiste à toute la progression de Bulbbul et Tripti Dimri est impeccable à chaque étape, qu’il s’agisse de rendre l’innocence, l’inquiétude, la douleur, la rage ou l’amertume, la vulnérabilité et la terreur de son personnage, selon les scènes et les époques.

 

3. Le film est un drame très réussi. [spoiler, un peu… je ne dévoile rien sur l’intrigue réellement, mais au cas où ] Honnêtement, il ne réserve pas beaucoup de surprises, et on voit venir la fin à des kilomètres, mais personnellement, ça ne m’a pas posé souci, parce que je n’ai pas pris le film comme un véritable mystère (le personnage de Satya, lui, essaie d’en élucider un, oui, et nous aussi on nous « révèle » les choses au compte-goutte, mais il s’agit plus de confirmations que de découvertes), mais plus comme un drame, si bien que l’aspect inéluctable ajoute à l’expérience, et rend le drame d’autant plus efficace. [/spoiler]. Et pour être efficace, il l’est, et le film peut être difficile à regarder.

 

4. Bulbull tient du conte sombre, avec des éléments d’horreur (comme il y en a dans beaucoup de contes) mais ce qui fait peur, ce n’est pas sa femme démon, ce sont les êtres humains et, plus particulièrement, les hommes (on nous montre aussi un personnage féminin ambigu, mais c’est un article rapide, alors…). Le film a été écrit et réalisé par une femme pour parler des femmes, et le moins qu’on puisse dire est que la réalité dépeinte par Bulbbul est absolument terrible. Le film, de toute façon, nous met dans l’ambiance très vite : de base, on marie une gosse de cinq ans, à laquelle on passe une bague à un doigt de pied. Lorsque Bulbbul demande pourquoi elle doit mettre ce bijou, sa mère lui répond que c’est parce qu’il y a un nerf sur lequel il faut appuyer pour qu’une femme ne puisse pas s’enfuir. Le long de l’histoire, Bulbbul fait plusieurs gros plans sur les pieds de son héroïne, c’est même la première chose qu’il nous montre d’elle, ses pieds représentant la liberté que son mariage lui ôte. Lorsque Satya parle de la « femme démon » à Bulbbul, un détail important est qu’elle est censée avoir les pieds à l’envers, et à partir de là, parce qu’on a déjà assisté à la conversation sur l’anneau au doigt de pied, on comprend rapidement que la femme démon ne sera pas/pas juste un monstre mais qu’à travers elle, le film entend discuter de l’oppression et/ou la libération des femmes. Ce qu’il fait, et de façon très ouverte et directe même, rendant certaines scènes difficiles à regarder, bien que le film s'attache à cadrer ces scènes pour tout montrer tout en en montrant le moins possible. Je pense que même les personnes n’ayant pas de penchant pour l’horreur pourront regarder le film, mais ça ne signifie pas que le film n’est pas parfois très dur à voir.

 

Mais dans l’ensemble, je pense qu’il vaut le coup.

 

La seule chose qui me chagrine un peu est le traitement du beau-frère, une personne ayant un handicap intellectuel : [spoiler] j’ai trouvé que la façon dont il était dépeint dérangeante. Dans toutes ses apparitions, il y a une menace, et pour finir, c’est lui qui viole l’héroïne alors qu’elle est alitée et incapable de se défendre. Les personnes ayant un handicap intellectuel sont bien plus à risque d’être sexuellement agressées que d’agresser sexuellement autrui, et utiliser son handicap pour le rentre menaçant, j’ai trouvé cela dommage. Ce n’était pas nécessaire du tout, en plus. [/spoiler]

 

Malgré cela, j’ai aimé le film, et il m’a donné envie de m’intéresser aux prochains films d’Anvita Dutt et Tripti Dimri :) (même si je sais que j’ai des milliards de choses à voir, donc c’est pas dit que je suive religieusement… mais néanmoins !)

 

 

Cet article bref a été écrit dans le cadre de mon mois off d'aout 2020

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Rédigé par Milady

Publié dans #Off weeks, #Cinéma, #Cinéma Asiatique, #Film, #Inde, #Bulbbul

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