[Orientation post-apocalyptique] Dragon Head ドラゴンヘッド

Publié le 29 Juillet 2020

Ayant apprécié le manga et aimant le casting, j’espérais de bonnes choses de Dragon Head, et il en contient, mais tombe aussi largement à plat.

 

 

 

Sorti en 2003

Réalisé par George Iida

Ecrit par Saito Hiroshi et George Iida

D’après le manga de Mochizuki Minetarou

Dure 2h02

 

Avec :

Tsumabuki Satoshi : Aoki Teru

Kanda Sayaka : Seto Ako

Yamada Takayuki : Takahashi Nobuo

etc

 

 

Dontesque ?

 

Teru, un lycéen qui était parti en voyage scolaire avec sa classe, ouvre les yeux dans un train déraillé pour découvrir que lui et deux autres survivants sont coincés dans un tunnel effondré. La tension grimpe, sortir du tunnel devient urgent, mais le monde qui les attend à l’extérieur n’est pas meilleur.

 

Fiche Ecrans d’Asie : ici

 

 

oOo

Plus de Buki ! (si je fais bien les choses, vous risquez d’en voir pas mal à partir de maintenant, vu qu’il faut que j’aie vu toute sa filmographie pour Juillet 2021 au lieu de Juillet 2022) En plus, c’était un film que j’avais très envie de voir, 1/ parce que même s’il n’est pas très bien noté partout, j’en avais entendu de bonnes choses, 2/ parce qu’il réunit deux acteurs que j’aime beaucoup (Buki et Yamada Takayuki) et puis, surtout, 3/ parce qu’il est adapté d’un manga dont j’avais beaucoup apprécié les deux premiers tomes1 (pas encore lu la suite, et l’adaptation va au-delà du second volume). Donc, yep, j’étais enthousiaste… mais j’ai rapidement déchanté, et, pour tout vous dire, j’ai même trouvé le film difficile à regarder au début parce qu’en plus d’un souci de rythme (à mes yeux), le mauvais jeu des acteurs me dérangeait. Et oui, ça comprend Buki. Peut-être que j’ai aussi regardé ce film au mauvais moment mais s’il a fini par y avoir un déclic, vers la toute fin (sérieusement : les vingt dernières minutes du film), qui m’a fait enfin accrocher à Dragon Head, je me suis ennuyée la majeure partie du film, et je l’ai trouvé plus intéressant a posteriori, en y réfléchissant, que véritablement en le regardant.

 

Je ne vais pas revenir trop revenir sur le manga2 de Mochizuki Minetarou, mais pour en dire quelques mots, quand même, c’est vrai que la comparaison ne se fait pas en faveur du film, principalement dans sa première partie où les personnages sont dans le tunnel effondré autour d’eux et réalisent petit à petit qu’ils sont coincés et qu’il y a très peu de survivants. Je trouve que le manga rend son personnage féminin (Ako, interprétée par Kanda Sayaka) moins agaçant (car un peu plus actif, alors que dans le film elle passe surtout son temps à geindre dans la première partie), et il donne un chouïa (mais pas énormément) plus de contexte au personnage masculin principal (Teru, interprété par Buki), appuyant ainsi sur le thème de ce qui était pris pour acquis et a été perdu. Mais surtout, le manga gère mieux le personnage de Nobuo (interprété par Yamada Takayuki, et je reviens sur son personnage bientôt), et il réussit bien plus son ambiance claustrophobe, usant de véritables noirs pour rendre l’obscurité du tunnel, là où le film se décide plutôt pour simplement un filtre verdâtre pas aussi angoissant. J’admets qu’en plus ça n’a pas aidé que, peu de temps avant Dragon Head, j’aie regardé pour la première fois le film sud-coréen Tunnel qui gère particulièrement bien l’utilisation du noir pour rendre très claustrophobe la situation terrible de son personnage principal bloqué dans un tunnel effondré, lui aussi. Et puis, bien sûr, il y avait le souci des acteurs.

 

Au début de Dragon Head, je me suis heurtée à trois problèmes principaux, donc :

 

1. Le jeu des acteurs. Une fois les personnages sortis du tunnel ça va un peu mieux (pas parce que les acteurs deviennent franchement meilleurs mais parce qu’il y a plus de spectacle autour), mais au début, on a un casting très limité en nombre sur lequel tout repose, et entre Yamada Takayuki qui surjoue et Buki qui ne semble pas savoir où se mettre ou quand parler, c’est pas la joie.

 

2. Je n’étais pas fana de l’esthétique du film. Il passait d’un filtre jaune à un filtre rouge puis un filtre sépia, et personnellement je trouvais que ça rendait les choses très fades, alors même que le film avait de bonnes images à proposer. Notamment, j’étais très fan de ses mises en scènes macabres. Au risque de passer pour une je-ne-sais-quoi, ses amoncellements de cadavres étaient purement cauchemardesques et, associées aux voix que les personnages hallucinaient encore, ça donnait une ambiance terriblement glauque. Entendons-nous bien, ce n’est pas que je me délecte de regarder des cadavres, mais le film a juste un vrai sens du lugubre et ça créé un décor et une atmosphère très efficaces qui aident à comprendre le désespoir, la détresse, la panique des personnages, et pourquoi ils craquent. Par ailleurs, j’ai fini par accrocher à l’esthétique du film. Certains fonds font assez faux, mais la majeure partie des décors ont visiblement été réellement créés et le monde de Dragon Head fait sale et poussiéreux, terne et désespéré, ce qui est parfait pour une errance post-apocalyptique. Ca permet aussi de faire ressortir certains moments, le principal étant celui où les personnages découvrent une salle remplie de ballons colorées qui parait presque surréaliste vu tout ce qu’on a vu dehors, et semble détachée du reste du monde, ce qui est parfait, vu ce que les personnages y trouvent : [spoiler] deux enfants qui ont été opérés par leurs parents pour être littéralement détachés de tout [/spoiler].

[Orientation post-apocalyptique] Dragon Head  ドラゴンヘッド
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[Orientation post-apocalyptique] Dragon Head  ドラゴンヘッド[Orientation post-apocalyptique] Dragon Head  ドラゴンヘッド

3. Nobuo. Que ce soit dans le manga ou le film, dès qu’on rencontre Nobuo, un camarade des deux personnages principaux, on sent immédiatement que quelque chose chez ce type ne va pas, et qu’il est à deux doigts de virer dangereux, mais la progression dans le film m’a semblé plus précipitée. Ce qui, je suppose, est compréhensible, vu que le film a simplement moins de temps pour la développer, mais ça a été un problème pour moi. Pas par rapport au manga, mais juste : en soi, ça a été un problème pour moi que sa descente dans la folie soit si rapide, parce que c’est un élément tellement essentiel que ça aurait mérité que le film s’attarde plus dessus. Nobuo, après tout, est notre premier véritable aperçu de ce qui sera le thème principal de Dragon Head.

 

Au début du film, on nous montre plusieurs images de Tokyo, le narrateur (Teru) repensant à ce qu’il pensait éternel mais qui a été perdu, et c’est bien un monde sens dessus dessous dans lequel se sont soudain plongés les personnages de Dragon Head. Même avant de sortir du tunnel, même avant qu’on nous parle de l’apocalypse, le monde est déjà renversé, et pour Nobuo le grand changement est que tous ses persécuteurs (il était violemment harcelé par ses camarades, ses souffrances ignorées par les professeurs) sont soudain en position de faiblesse et lui en position de force. Loin de moi l’idée de vous dire que des gens « forts » persécutant des gens « faibles » est un bon système qui doit être préservé, mais c’est un système, et quand un système, même mauvais et injuste, s’effondre et est renversé d’un seul coup, une dose de chaos est inévitable. Nobuo a accumulé beaucoup de colère et de haine (ce qu’on comprend), le voilà avec du pouvoir entre les mains, et dans une situation hyper stressante dont il semble qu’ils ne sortiront pas vivants (donc pas de conséquences aux actions)… je vous laisse imaginer ce que ça peut donner.

 

Nobuo est le premier personnage à se « rendre » à l’apocalypse.

[Orientation post-apocalyptique] Dragon Head  ドラゴンヘッド[Orientation post-apocalyptique] Dragon Head  ドラゴンヘッド
[Orientation post-apocalyptique] Dragon Head  ドラゴンヘッド

Une apocalypse qui, du reste, n’est jamais réellement expliquée. [spoiler] Tout ce qu’on sait c’est qu’elle vient du ciel, sous forme d’une pluie de météorites qui ne font pas que tuer tout le monde mais changent le terrain lui-même. Avec ses cendres partout, la menace constante de voir quelque chose tomber du ciel et dévaster des villes entières, et en prenant en compte l’histoire du Japon, on pourrait voir dans cette apocalypse une référence aux bombes atomiques, mais à mes yeux cette apocalypse a quelque chose de très « jugement dernier », une possibilité que les personnages évoquent parmi d’autres, jamais confirmées ou niées. [/spoiler] Le fait est que ce qui se cache derrière l’apocalypse n’a pas tellement d’importance : tout ce qui importe est qu’elle est là, et qu’elle n’est pas solvable, ni réversible. Le film ne s’intéresse pas tant à ce qui tombe sur les gens mais sur la façon dont les gens réagissent à ce qui leur tombe sur la face. Le poster américain (que je trouve très laid, au passage) a la bonne tagline :

 

 

« A la fin du monde, que ferez-vous ? » est en effet le thème principal du film, qui s’attache à proposer plusieurs options à nos personnages principaux.

 

Nobuo, je l’ai dit il y a quelques paragraphes de cela, est le premier personnage à se « rendre » à l’apocalypse et, après ça, Teru et Ako errent dans un monde ravagé et rencontrent d’autres personnages qui se sont rendus à leur façon aussi. Pour certains, baisser les bras c’est se laisser mourir, pour d’autres c’est prendre les devants, et il y a ceux qui embrassent la folie, la violence, le chaos de ce nouveau monde, et participent à le rendre d’autant plus dangereux. Croiser tous ces gens force Teru et Ako non seulement à se demander ce qu’ils sont prêts à sacrifier ou pas, à choisir comment ils vont survivre, mais aussi à s’interroger sur s’ils veulent survivre, et pourquoi. Notamment, on voit plusieurs personnages qui, pour survivre, se sont détachés émotionnellement de tout, au point de n’en être plus que des coquilles vides, ne pleurant pour aucun mort, ne craignant aucune violence, ne ressentant ni peine, mais aussi ni joie ni attachement. « Survivre comme ça, est-ce réellement survivre ? » est la question que se posent Ako et Teru à plusieurs reprises.

 

Vous vous en doutez, ce n’est pas un film très gai. Le monde est sale et triste, autant visuellement que dans ce qui s’y passe, et si au début je rigolais intérieurement de voir tout ce à quoi survit notre personnage principal (Teru)(sérieusement, il survit à des trucs franchement improbables, le type est intuable o.o), au bout d’un moment, on en vient à se demander si le type est un miraculé ou s’il est, au contraire, maudit, parce qu’au fond, est-ce que ça ne vaudrait pas mieux pour lui qu’il soit mort dans ce tunnel au début… ? Une pensée bien déprimante… Et Nobuo, dans tout ça, est un interlocuteur récurrent du personnage, représentant la tentation de juste lâcher prise et abandonner, d’une façon ou d’une autre. C’est pour ça que j’aurais aimé que le film en fasse un peu plus (et mieux, surtout) sur le personnage et sa relation avec Teru, parce qu’elle est tellement cruciale pour la suite.

 

Malgré toute cette déprime, je ne dirais pas que le film est entièrement dénué d’espoir. L’espoir est très, très mince, et pas évident, mais je pense qu’il est là. Déjà, c’est réconfortant de savoir que même pendant/après l’apocalypse, on pourra toujours compter sur le visage de Fujiki Naohito pour être aussi joli que jamais, mais aussi : [spoiler] le film se termine sur Teru disant qu’Ako et lui vont continuer à survivre, et qu’à la fin du chemin se trouvera l’espoir ou la tragédie, mais que seul l’avenir leur dira, et moi je pense que le film tend vers l’espoir. Ako aurait pu manger la nourriture qui prive les gens de leurs émotions, mais elle ne l’a pas fait, donc les deux personnages s’ont encore l’un l’autre, et sont heureux de se retrouver, donc ça fait un moment de joie au milieu de toute cette merde, mais surtout, pendant le générique de fin, les crédits défilent sur une image du ciel d’abord nuageux et jaunâtre, avec un soleil qui peine à percer, mais qui, finalement, apparait, et chasse les nuages, nous laissant sur un ciel bleu, clair et paisible. Etant donné que l’apocalypse vient du ciel, cette fin, pour moi, indique que tout ça aussi passera, que de meilleurs jours reviendront, et que si Teru, Ako et/ou ce qui reste de l’humanité tient le coup suffisamment longtemps, ils ont encore une chance de voir ces jours meilleurs. [/spoiler]

 

Donc, voilà, le film reste quand même très peu fun, et largement déprimant, mais il n’est pas complètement pessimiste, je trouve.

 

Malheureusement, je ne le trouve pas complètement (ou majoritairement) bon non plus…

 

Il y a des décors, mises en scène, et séquences que j’aime beaucoup [spoiler] (par exemple : à la fin, quand l’abris sous-terrain s’effondre sur les gens ayant renoncé à leurs émotions et qu’ils se laissent écraser par les débris sans réagir le moins du monde… C’est une séquence particulièrement sombre, mais très réussie et percutante, je trouve) [/spoiler], mais je trouve que le film pêche côté développement des personnages, jeu des acteurs, et gère mal son rythme. Paradoxalement, il essaie d’aller si vite qu’il ne m’a pas laissé le temps d’accrocher à ce qui se passait, et j’en ai fini par trouver le temps long. Idéalement, je pense que c’est une histoire qui aurait mérité deux films, et à être plus fouillée. Mais bien entendu, on ne saura jamais ce que ça aurait donné : tout ce qu’on a est ce qui a été fait, et à mon avis, ça aurait pu être mieux fait.

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1Notez que j’ai l’édition double de chez Pika, en cinq gros volumes. Donc mes tomes 1 et 2 correspondent, a priori, à quatre volumes des éditions « simple ». => reprendre la lecture

 

2En plus, j’ai relu les tomes que j’ai (1 et 2 donc) après avoir vu le film, et je les ai bien moins appréciés que la première fois, bizarrement. La tristesse :( => reprendre la lecture

 

 

Sur ce, plus d’histoires apocalyptiques et/ou post-apocalyptiques :

 

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