[Une nouvelle interprétation] Tomie : Rebirth 富江 re-birth

Publié le 17 Juillet 2020

J'attendais de bonnes choses de Tomie: Re-birth, mais dans l'ensemble, j'ai trouvé le temps long, même si je reste intéressée par les différences entre toutes les interprétations du personnage central de Tomie.

 

 

 

Sorti en 2001

Dure 1h40

Réalisé par Shimizu Takashi

Ecrit par Fujioka Yoshinobu

D’après l’œuvre d’Ito Junji

 

Avec :

Sakai Miki : Tomie

Tsumabuki Satoshi : Takumi

Endo Kumiko : Hitomi

Kikawada Masaya : Shunichi

Nakajima Yutaka : La mère de Shunichi

Oshinari Shugo : Hideo

Etc

 

 

Dontesque ?

Lorsqu’un jeune homme assassine la jeune femme dont il peignait le portrait, ses deux amis l’aident à enterrer le corps… mais la morte ne veut pas rester dans sa tombe, et la vie des trois jeunes hommes et leur entourage tourne au cauchemar.

 

Fiche Ecrans d'Asie: ICI

 

 

La  franchise Tomie :

Tomie
Tomie: Another Face
Tomie: Replay
 
Tomie: Rebirth
 

 

 

oOo

Continuons notre exploration de la filmographie de Buki, avec, cette fois-ci, Tomie: Rebirth, quatrième film à mettre en scène le personnage d'Ito Junji après Tomie, Tomie:Another Face et Tomie: Replay. Je m'étais promis, en vous parlant du précédent, de mettre moins d'un an à regarder Tomie: Rebirth, mais... j'ai échoué, haha. Apparemment, le rythme officiel est d'un par an, voilà. Encore que je ne suis pas certaine de vous parler du suivant en 2021, parce que je ne suis pas certaine de le regarder ? J'ai bien aimé certains des films de la franchise, mais je ne peux pas dire qu'ils m'aient non plus passionnée, et Rebirth m'a déçue. Après Replay qui était (et, à mes yeux, est toujours) le meilleur film Tomie jusque-là, j'espérais que Rebirth serait une nouvelle amélioration, et j'étais d'autant plus enthousiaste qu'aux commandes se trouvait Shimizu Takashi, créateur de la série des Ju-On et réalisateur de plusieurs des films de cette franchise. Je n'ai pas vu tout ce qu'il a fait, mais tout de même, j'ai vu plusieurs Ju On, ainsi que la version américaine (réalisée par lui) avec Sarah Michelle Gellar, Rinne, Marebito, Dark Tales of Japan, Flight 7500 et j'avais un minimum d'attentes (j'ai aussi vu Rabbit Horror 3D, mais je ne peux pas dire que ce film-là créait beaucoup d'attentes). Mais j'ai été déçue.

 

Finalement, ce que je trouve le plus intéressant dans cette franchise Tomie est la façon dont elle évolue de façon très différente de la plupart des franchises d'horreur que je connais. On retrouve Tomie d’un film à l’autre, bien sûr, mais l'actrice change sans arrêt, donc il n'y a pas vraiment d'actrice phare, iconique. Il n'y a pas non plus de continuité entre les films, qui ne construisent pas de backstory particulière pour le personnage de Tomie, pas de contexte. Bien sûr, Tomie a quand même un physique établi (jeune femme jolie, cheveux longs et noirs, grain de beauté sous l’œil gauche), et c’est toujours le même personnage, avec les mêmes règles, et même des images qui reviennent, comme celle de l’œil de Tomie :

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Qui, dans ce film, malheureusement, est dans un flash-back où l’image est (intentionnellement) de mauvaise qualité :

 

 

Du coup je n’ai pas pu m’en servir pour illustrer l’article. Mais néanmoins, il est là. Et on a aussi ce plan-là :

 

 

Et oui, il arrive qu’on retrouve un acteur ou un personnage dans une suite donc ce n’est pas comme si les films n’avaient rien à voir les uns avec les autres, mais globalement, tout comme les histoires d’Ito Junji, la franchise est anthologique et pas continue : les films n’ont pas (jusque-là) de liens scénaristiques importants, ils sont réalisés par des gens différents, avec des acteurs (majoritairement) différents, et ils ne se construisent pas les uns sur les autres, si bien qu’ils maintiennent une certaine simplicité, et le concept reste toujours le même (dans les films que j’ai vus, bien sûr… je ne peux pas -encore ?- parler des suite). Je trouve que ça démarque Tomie de la plupart des grosses franchises horrifiques dont j’ai connaissance, et si je décide de regarder les films suivants, ce sera sans doute plus par intérêt pour l’évolution de la franchise que pour chaque film individuel.

 

J’en reviens donc à ce que je disais : ce film ne m’a pas inspiré grand-chose.

 

D’un point de vue « horreur », d’un côté, on retrouve certaines idées classiques (un visage qui se reflète dans le miroir alors qu’il n’y a rien dans la pièce, des cheveux qui poussent de façon étrange, etc) qui ne m’ont pas fait forte impression, mais de l’autre, c’est vrai, il y a aussi des moments plus sympas. En particulier, on a droit à un moment de body-horror un peu absurde qui m’a plu ( [spoiler] la tête coupée de Tomie se trainant derrière ses meurtriers, à l’aide de mini-bras ayant repoussé sous son cou tranché [/spoiler] ), s’inscrivant dans un moment délicieusement étrange où une mère et un fils se rabibochent en évoquant des souvenirs tout en découpant et se débarrassant d’un cadavre. Je ne dirais pas que c’était effrayant, mais le passage entier a quelque chose de surréaliste dans la façon complètement banale dont les personnages traitent la bizarrerie et l’horreur ambiante, et c'est ce surréalisme qui m’a plu. Malheureusement, entre les scènes qui fonctionnent bien, il y a beaucoup de moments plus plats qui rendaient le temps long. Certes, les films Tomie n’ont jamais été du genre très énervés, préférant prendre leur temps et rester souvent dans la retenue et la suggestion (encore que ce film soit plus sanglant et ait plus d’images macabres que les précédents, il me semble… mais on n’est pas dans la débauche de gore, clairement), mais c’était la première fois que je m’ennuyais réellement, mon désintérêt total pour les personnages étant certainement un facteur important.

 

Ma plus grosse déception niveau horreur, cela dit, a été la bande-son. Les précédents films Tomie arrivaient toujours à (me) provoquer quelques frissons grâce à leur son, qu’il s’agisse de trafiquer un peu la voix de Tomie, d’introduire le film avec des gémissements étranges, ou d’utiliser une chanson creepy à souhait grâce à la voix inhumaine qui l’accompagne. Dans Rebirth, au début, le film essaie bien de créer un décalage entre sa jolie musique et la laideur des évènements mais je n’ai pas trouvé ça particulièrement efficace, et, oui, le long du film, certaines scènes sont ponctuées d’une bande-son très pesante qui veut accentuer l’impression de cauchemar, mais (question d’appréciation personnelle, bien sûr), malgré tout, je suis restée très indifférente au son du film, je n’ai rien trouvé de hantant ou déstabilisant comme dans les précédents.  Le seul son qui m’a marquée, finalement, est celui du rire de Tomie, mais pas parce qu’il est inquiétant : parce qu’il est super agaçant. En général, de toute façon, je n’ai jamais trouvé cette Tomie très angoissante, et ce qu’il y avait de plus effrayant à son sujet était l’idée qu’une fois qu’elle t’a dans le viseur, elle va te suivre jusqu’à ce que tu crèves, ce qui signifie que tu te retrouves à devoir la supporter jusqu’à la fin de tes jours (qui, heureusement, arrive généralement plutôt vite quand elle rejoint ton carnet d’adresses).

 

Urgh.  

Je sais que l’idée est de créer un décalage inconfortable (comme la musique au début) entre le joli visage de Tomie, son petit rire mignon, et le fait qu’on sait que c’est un monstre et qu’elle sort des choses affreuses, mais moi, ça m’énervait juste, et je ne voyais vraiment pas ce qu’il y avait de flippant là-dedans. C’est une question d’appréciation personnelle, évidemment, mais j’avais juste envie de lui dire de se taire, en fait.

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Par ailleurs, avec ce film, on retrouve une Tomie monstrueuse et moins humaine que celle proposée par Replay. Certes, la violence sur Tomie est disproportionnée et souvent injustifiée, mais le personnage semble moins en souffrir, souriant même tout le long d’une de ses mises à mort et s’amusant de l’impuissance de ses victimes à réellement l’arrêter. Il y a bien une fois où elle supplie pour sa vie, mais la scène est tournée de telle façon que ça ne semble pas sincère, et il s’agit visiblement juste d’une nouvelle façon pour elle de torturer les gens. En soi, cela dit, le fait qu’elle soit plus monstrueuse et moins humaine n’est pas un souci : le film essaie simplement de faire autre chose du personnage, comme c’est parfaitement son droit. Plusieurs fois, on demande à Tomie ce qu’elle est exactement et, répondant aux questions par d’autres questions, elle demande aux autres personnages qui ils sont eux, et pourquoi ils existent. Elle sous-entend également qu’elle fait partie d’eux, qu’elle faisait partie d’eux avant même leur naissance, se posant ainsi en tant que symbole d’une part laide de l’humanité. Et pas juste des hommes, puisque dans ce film elle « infecte » également plusieurs personnages féminins. Je pense que, en général, elle devient simplement la Femme (avec un grand F, oui) que craignent tous les personnages : celle qui contrôle, celle qui rejette, pour les hommes, et la tentatrice qui « vole » un fils, un petit-ami, qui fait se sentir vieille ou moins désirable, pour les femmes. Une version monstrueuse de la féminité qu’on ne peut pas juste tuer et enterrer, parce qu’au fond, elle n’est pas extérieure mais intérieure aux personnages qu’elle obsède. Bien sûr, dans l’univers du film, elle est aussi un monstre bien réel, qui se régénère sans arrêt, mais de façon plus métaphorique, je pense qu’on peut la voir comme une manifestation de la misogynie plus ou moins violente des différents personnages, et qui est présente « même avant leur naissance » parce que c’est une misogynie héritée d’un contexte qui existait avant eux (et continuera d’exister après eux, jusqu’à ce que les efforts de ceux qui essaient de le changer en aient raison).

 

Du moins, c’est comme ça que je l’ai interprété, mais on peut certainement voir les choses autrement, et honnêtement, si ça rend le film un peu plus intéressant parce que ça donne une épaisseur de plus à Tomie, ça ne rend pas vraiment le personnage plus efficace pendant le film. En clair : c’était intéressant d’y réfléchir après coup, oui, mais l’expérience de regarder le film n’en a pas été plus divertissante. En tous cas, je n’ai pas trouvé.

 

En revanche, ça rend le reste des personnages assez antipathiques. Même celui de Buki ! Et certes, ce n’est pas le seul rôle antipathique qu’il ait au compteur, mais moi c’était la première fois que je regardais Buki exister à l’écran et méprisais son rôle. C’était tout drôle parce que mon instinct me soufflait que j’aimais ce visage que j’avais toujours vu dans des rôles respirant la bonté et la gentillesse, mais lorsque le personnage découvre qu’un de ses amis a tué une femme, il n’hésite pas à l’aider à l’enterrer, et, aussi, il est sous-entendu par le film qu’il a trompé sa petite-amie, à laquelle il fout une baffe à un moment donné. La petite-amie, du reste, est le seul personnage pour lequel j’ai réellement ressenti de la sympathie, parce qu’elle méritait mieux que la relation dans laquelle elle se trouvait, mais sinon, la plupart des personnages ne sont pas attachants du tout. Là où, dans Replay, j’avais envie de voir les personnages s’en sortir, ici, leur sort ne me faisait ni chaud ni froid. Vous vous doutez que ce n’est pas une bonne chose, et petit à petit, je me suis détachée du film, finissant même par fermement m’ennuyer.

 

Bref, je n’ai pas été embarquée par ce film. Il est ponctué de quelques bonnes scènes, j’aime beaucoup Buki, et, oui, je suis intéressée par les différents visages de Tomie, ce qu’elle peut représenter, et la façon dont la franchise se continue, mais le film en lui-même n’a pas réussi à pleinement me convaincre, et j’ai trouvé le temps drôlement long dans sa seconde moitié. Pas une grande réussite, donc.

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