[Remontée à la surface] Josee, the Tiger and the Fish ジョゼと虎と魚たち

Publié le 29 Septembre 2020

Doux-amer et joli, Josee est un film que j’ai aimé revisiter, en particulier pour son héroïne au caractère bien trempé. Et aussi pour Buki dans sa grosse doudoune, okay.

 

 

 

Sorti en 2003

Dure 1h56

Réalisé par Inudou Isshin

Ecrit par Watanabe Aya

D’après ue nouvelle de Tanabe Seiko

 

Avec :

Ikewaki Chizuru : Josée

Tsumabuki Satoshi : Tsuneo

Ueno Juri : Kanae

Arai Hirofumi : Koji

Shinya Eiko : la grand-mère de Josée

Etc

 

 

Dontesque ?

 

Depuis des années, la nuit, une vieille femme promène une poussette à travers la ville quand il n'y a personne dans les rues. Personne n'a jamais vu ce qu'il y avait dans la poussette mais un jour, par hasard, Tsuneo en a l'occasion et découvre que la vieille femme, depuis tout ce temps, promène une jeune femme aux jambes paralysées : Josée.

 

 

Fiche Ecrans d’Asie : ici

 

 

TW : validisme

 

 

oOo

 

Sur la route de Buki, la suite, avec Josee, the Tiger and the Fish, un film que j’avais déjà vu il y a longtemps (en 2009, il y a 11 ans, pour être exacte) et que je me souvenais avoir aimé, même si c’était bien la seule chose dont je me souvenais. Mais ça me suffisait à être enthousiaste ! En plus, ce film indé a eu son petit succès auprès du public, et, peut-être partiellement pour cela, le roman dont il est adapté va être réadapté : un film d’animation japonais devrait sortir en fin d’année, et apparemment il devrait également y avoir une adaptation cinématographique sud-coréenne avec Han Ji Min et Nam Joo Hyuk dans les rôles principaux. Parce que je suis toujours curieuse des remakes et réadaptations, j’étais donc d’autant plus enthousiaste à revoir le premier film, et bonne nouvelle : j’ai aimé à nouveau.

 

Dès son introduction, le film pose une ambiance de regard en arrière. Le film s’ouvre sur une narration de Tsuneo (le personnage de Buki) qui se remémore une journée avec Josée, se demandant depuis combien de temps il ne l’a pas vue, tandis qu’il « nous » montre des photos de cette journée, plein de clichés de choses pas extraordinaires mais qui sont devenues de bons souvenirs. C’est une introduction tendre, parce que le narrateur nous parle de bons moments, et ne semble plus souffrir de l’absence de Josée (après tout, comme c’est écrit dans le roman favori de Josée, quand un amour finit, la vie continue, et un autre amour viendra) mais on appuie bien sur le fait que ces moments sont passés, donc on mélange cette tendresse à de la mélancolie, nous laissant nous demander pourquoi les personnages se sont perdus de vue, voire même si Josée n’est pas morte. N’allez cependant pas croire que le film est déprimant : il est doux-amer, mais il y a plein de petites scènes amusantes, et si Josée n’est certainement pas un film fantastique, il est emprunt d’un peu de magie quand même. Par exemple, pour rester dans le thème du regard en arrière, l’introduction narrée par Tsuneo est suivie d’un opening illustré de dessins représentant une jeune fille et son lapin en peluche voyageant à Paris, les dessins ramenant à l’enfance mais avec une touche de fantaisie lumineuse. Il y a aussi, vers la fin, une scène dans un love hotel où un poisson se met à voler dans la pièce et si, bien sûr, la scène n’est pas à prendre littéralement, l’image de ce long poisson flottant dans la chambre arrangée comme un fond marin, est un petit moment de magie. Le film baigne dans un décalage très doux qui lui confère de la poésie sans jamais le rendre excessivement étrange.

 

Par ailleurs, Josee a la gentillesse d’éviter les violons, ce que j’ai apprécié. Littéralement, il y a peu de musique dans le film, et quand il y en a elle est discrète, pour rester dans l’ambiance intimiste générale, mais je voulais surtout dire que le film n’en fait pas des tonnes sur le mélo. Ni même des kilogrammes. Il reste très pudique sur les émotions de ses personnages, ne multipliant pas les effusions. Même lorsqu’on atteint la séparation des personnages (je ne vous spoile pas comment elle arrive ni si elle est définitive, mais le film s’ouvre sur le fait que les personnages ne se sont pas vus depuis une éternité, donc vous dire qu’ils se séparent ne m’apparait pas comme un spoiler), le film ne nous montre que ce qu’on a besoin de savoir. On avait vu venir le moment, et le film ne se sent pas obligé de tout montrer. De façon notable également, les quelques scènes où les personnages pleurent (et il y en a peu) sont filmées soit de façon à ce qu’on ne voie pas le visage du personnage qui pleure, soit depuis l’autre côté d’une rue, à travers les voitures qui passent, par exemple. Lorsque les personnages craquent, le film n’est pas friand de gros plans, comme s’il cherchait à leur préserver un peu d’intimité, et, ce faisant, à nous donner paradoxalement plus l’impression de la violer.

 

La mélancolie, la tranquillité, la touche de fantaisie, et la simplicité de Josee font partie de ses grands atouts, et parmi ceux-là, j’ajouterais également le personnage de Josée lui-même, qui est, évidemment, au cœur du film, et que j’ai énormément apprécié. J’aime beaucoup le regard que porte le film sur elle.

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Disclaimer : je ne suis pas en situation de handicap moi-même, donc j’ai un point de vue de valide sur le personnage et le film. Si je dis des bêtises, je m’en excuse à l’avance, et n’hésitez pas à les pointer du doigt.

 

 

D’un côté, Josee nous montre les difficultés rencontrées par son héroïne dans la vie de tous les jours, généralement du fait de son entourage, et ça peut être assez terrible à regarder. C’est-à-dire que, oui, il y a des difficultés physiques, parce que son environnement n’est pas adapté à quelqu’un avec son handicap et qu’elle n’a pas les moyens pratiques de fonctionner seule (pas de fauteuil roulant, surtout, ce qui l’empêche de se déplacer facilement sans aide en dehors de chez elle), mais le film insiste quand même surtout sur le regard des gens sur Josée, qui ont tendance à voir son handicap avant de voir la personne. Certains voient ce handicap comme une curiosité, d’autres comme un défaut, et certains carrément comme une honte, comme sa grand-mère qui fait tout ce qu’elle peut pour la garder cachée (elle ne la sort que la nuit, et emmitouflée au fond d’un landau) et la décrit à deux reprises comme « défectueuse ». Et encore, ce ne sont même pas les mots que j’ai trouvés les plus violents (mais ils font particulièrement du mal à Josée parce qu’ils viennent de sa seule famille et qu’elle a grandi avec ces mots quasiment toute sa vie). Même Tsuneo, qui fait partie des meilleures personnes que Josée a dans son entourage, a souvent du mal à envisager les choses de son point de vue. Par exemple, lorsque Josée a une mauvaise expérience à l’extérieur, il lui dit qu’elle devrait arrêter de sortir, puis se moque un peu d’elle lorsqu’elle lui décrit les choses qu’elle a envie de voir. Il ne comprend pas que, pour elle qui vit enfermée tout le temps, ses quelques sorties sont une nécessité, et que les choses simples qu’il voit tous les jours ne sont pas aussi banales pour Josée. Des gens qu’elle croise dans la rue à ceux qu’elle côtoie tous les jours, des gens malveillants à ceux qui se veulent bienveillants, les autres sont un gros poids pour Josée.

 

Le film, en revanche, ne limite absolument pas Josée à son handicap. Du moins, je n’ai pas trouvé. Il nous fait ressentir de la compassion pour elle parce qu’elle se heurte aux autres, et la façon dont elle se heurte aux autres est le sujet du film, mais elle a une personnalité et des tas d’intérêts définis, et à aucun moment je n’ai senti que j’étais censée avoir pitié d’elle, ou me sentir inspirée par elle. Le monde enthousiasme Josée parce qu’elle n’en a pas fait beaucoup l’expérience mais le film ne se sert pas d’elle pour nous dire que « ah là là, les choses simples sont magiques et merveilleuses ». Je sais que ça peut paraître con tout ce que je dis, mais j’ai vu beaucoup d’ « inspiration porn » dans ma vie, et j’avais peur que Josée tombe dedans donc j’ai été très agréablement surprise que, à mes yeux du moins, pas du tout.

 

Josée est un personnage « complet ».

 

Comme le film est en grande partie une romance, instinctivement, on a envie de penser (du moins, je crois) que le titre se réfère aux deux personnages principaux, et que l’un des deux est le tigre, et l’autre le poisson. En vérité, pas du tout : tous les mots du titre se réfèrent à Josée. Josée est le nom qu’elle s’est choisi elle-même (celui du personnage central de son roman favori de Françoise Sagan), et le tigre et le poisson sont également des parts d’elle-même : [spoiler] le poisson, c’est l’animal dont elle se sent proche, parce qu’elle a le sentiment d’avoir vécu dans les abysses, et le tigre représente tout ce qu’elle redoute le plus et qu’elle décide d’affronter [/spoiler].

 

Si Tsuneo est le personnage dont on emprunte généralement le point de vue (pas toujours, mais la plupart du temps, et quand il y a de la narration, c’est toujours la sienne), Josée est clairement le personnage avec le plus d’identité, alors que lui est défini par son absence de définition. Josée est curieuse, sarcastique, passionnée, intelligente, un peu bourrue mais taquine, sûre d’elle, pas toujours franche, parfois trop têtue, une lectrice avide, une excellente cuisinière, elle aime les bijoux, est douée avec un couteau, et rêve d’aller à Paris. Elle s’intéresse à plein de choses, alors que Tsuneo est rendu intentionnellement creux. On ne sait pas vraiment ce qu’il aime, il n’a que des relations superficielles et, plusieurs fois, on le voit ne pas réagir à des choses qui devraient pourtant provoquer quelque chose chez lui. Par exemple, perso, si je voyais quelqu’un frapper (et potentiellement tuer ?) quelqu’un d’autre, je ne me verrais pas prendre un verre tranquillement après comme s’il ne s’était rien passé. Ou bien, si on insultait quelqu’un que j’aime, ça me ferait réagir. Mais Tsuneo reste très calme et m’a frappée comme étant quelqu’un de très vide, sans beaucoup d’intérêt pour sa propre vie, et attiré par Josée parce qu’elle pique sa curiosité, elle change, et, oui, aussi parce qu’elle présente un challenge, étant du genre farouche : ça prend du temps pour qu’elle accepte qu’il s’approche d’elle, lui qui a l’habitude de séduire facilement.  

 

[spoiler] Cette vacuité de Tsuneo est également, à mes yeux, la raison pour laquelle, lorsque sa relation avec Josée se termine, il est celui qui prend la rupture plus douloureusement, alors même qu’il l’a certainement initiée, s’étant révélé bien plus comme la grand-mère de Josée qu’il aimerait. En partie, je pense qu’il vit mal la rupture parce qu’il ressent pas mal de honte, mais aussi, il retourne à son ancienne existence vide, alors que Josée, elle, n’a physiquement plus besoin de lui, et] a toujours eu une vie intérieure plus remplie. Il revient en arrière, se remettant en couple avec une ex qui ne l’a jamais beaucoup intéressé, simplement parce que c’est le choix le plus « confortable » pour lui, alors que Josée, elle, a fait face au monde et à ses peurs, et va donc de l’avant. Lorsqu’on voit, dans les dernières images du film, la maison rangée et désencombrée de Josée, personnellement je n’y ai pas vu un espace trop vide mais une maison propre, prête pour un nouveau départ, et débarrassée de tout ce qui la rendait étroite. Elle ne m’a pas donné un sentiment de solitude mais de sérénité et liberté. [/spoiler]

 

Bref, le titre est centré sur l’identité de Josée parce qu’on la regarde effectivement, tout le film, se construire de plus en plus et prendre son indépendance, sur des bases qu’elle avait déjà.

 

J’ai, à nouveau, vraiment bien aimé ce film. J’aime beaucoup son ambiance douce et simple, son casting est bon, et surtout, je trouve son héroïne très engageante. J’aime la façon dont le film souligne les regards que Josée doit subir, même chez les gens qui pensent faire mieux que les autres, et j’aime que, même en ayant ces regards comme sujet principal, il évite le piège de la regarder de la même façon. Tout le monde ne partagera peut-être pas mon point de vue (et encore une fois, si des gens plus concernés veulent me corriger, n’hésitez pas !), mais je trouve le film très réussi et je suis contente de l’avoir revu~

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