[Dites le avec un bon repas] What did you eat yesterday きのう何食べた?

Publié le 6 Novembre 2020

Chaleureux et plein d'amour, What did you eat yesterday est un drama qui fait du bien au coeur (et donne la dalle), tout en explorant les difficultés d'un couple de deux hommes qui se heurtent à la fois à leurs différences personnelles et aux discriminations. 

 

 

Diffusé en 2019

Sur TV Tokyo

12 épisodes de 30 minutes environ

Réalisé par Katagiri Kenji

Ecrit par Adachi Naoko

 

Avec:

Nishijima Hidetoshi: Kaki Shiro

Uchino Seiyou: Yabuki Kenji

Kaji Meiko: Kakei Hisae

Shiga Kotaro: Kakei Goro

Tanaka Misako: Tominaga Kayoko

Yamamoto Koji: Kohinata Daisaku

Isomaru Hayato: Inoue Wataru

Etc

 

Dontesque ?

Shiro et Kenji sont en couple depuis un moment, et vivent une vie heureuse et tranquille, mais pas sans tracas pour autant, entre soucis de communication et une société qui n’a pas encore assez progressé. Avec un focus particulier sur les repas délicieux que prépare généralement Shiro, le drama s’attache à décrire le quotidien des deux hommes.

 

 

Fiche Ecrans d’Asie : ici

mdramagirl

 

 

oOo

Ce drama faisait partie des nombreux coups de cœur de mdramagirl, qui avait un chouïa triché (et elle a bien raison !), et s’il ne faisait techniquement pas partie de ma liste de choses à voir obligatoirement (parce que j’avais déjà vu plusieurs des autres coups de cœur de mdramagirl, et je m’étais juste promis d’en voir/avoir vu un par personne), j’ai décidé de le regarder quand même, parce que franchement, il était court, et en plus je voulais le voir à la base de toute façon. Ça semblait être un de ces dramas « tranche de vie » chaleureux et apaisants que le Japon fait si bien, et ça faisait longtemps que je n’avais pas laissé un de ces dramas me faire du bien au cœur. Autant vous dire que What did you eat yesterday, jusque dans son adorable opening, a parfaitement rempli la mission que je lui avais confiée sans lui demander son avis. Au début, j’ai regardé les épisodes 1 et 2 et les ai appréciés sans sentir que le drama me touchait outre-mesure, mais le jour d’après, j’étais très fatiguée, et j’ai réalisé que j’avais très envie de lancer un épisode de cette série, parce que c’était exactement ce dont j’avais besoin. A partir de là, le drama est devenu addictif, même si j’ai essayé de ne pas le finir trop vite. En conséquence, je suis ravie qu’il me reste un SP à voir, et qu’il y ait un film en préparation, parce que même si j’ai trouvé la fin du drama très bien, très douce, avec des petits détails qui font du bien au cœur (par exemple, un personnage qui avait semblé indifférent tout le long du drama a un sourire à l’intention des personnages principaux, et c’est le genre de petite chose qui me fait devenir guimauve), je suis simplement enthousiaste à l’idée de pouvoir passer un peu plus de temps avec ces personnages. A les regarder vivre, manger, et m’expliquer comment manger comme eux, même si regarder les recettes à l’écran était parfois hyper frustrant parce que je suis végétarienne et eux clairement pas.

 

Mais bref : beaucoup d’affection pour ces deux personnages.

 

Des deux, Kenji est le plus ouvert. Il y a des choses qu’il garde pour lui, parce qu’elles sont douloureuses, mais il est très émotionnel, et transparent sur ses sentiments. Notamment, il pleure facilement, et à chaque fois j’avais terriblement envie de le prendre dans mes bras pour le consoler. Il est aussi profondément gentil, et très patient (encore que jaloux, et pas aidé par son manque de confiance en soi) avec Shiro, son petit-ami, qui lui est bien plus réservé, voire carrément fermé. J’avoue, j’ai un peu eu le béguin pour Shiro. De base, même si je l’ai finalement peu vu jouer, j’ai un faible pour Nishijima Hidetoshi, et puis je crois aussi que les personnages un peu guindés me parlent (mon amour de Nam Goong Min a commencé comme ça, haha).  Pour revenir au sujet, néanmoins, Shiro et Kenji sont très différents, car Kenji est à fleur de peau et à l’aise avec son orientation sexuelle, autant dans la sphère privée que publique, là où Shiro a bien plus de mal. Être perçu comme homosexuel en public lui fait peur au point que, par exemple, dans l’épisode 2, il est angoissé à l’idée de manger une pastèque, parce qu’il craint de la manger d’une « façon pas assez virile » qui pourrait trahir son homosexualité. Lorsqu’il est mis dans une situation où son orientation sexuelle peut être perçue par le public, il angoisse et se met en colère. Et s’il a fait son coming-out à ses parents, il ne leur parle jamais de Kenji. D’ailleurs, il ne parle jamais à qui ce que soit de Kenji. Du moins, il n’en parlait jamais avant les évènements du drama.

 

Ce n’est pas la seule différence entre les personnages : Kenji est aussi clairement plus détendu que Shiro qui a bien du mal à lâcher prise (quand Kenji a l’occasion de faire les choses à sa façon, c’est la fête !), et Shiro aime avoir le contrôle, il n’aime pas devoir compter sur les autres (donc quand il est malade et que Kenji peut s’occuper de lui, là aussi, c’est la fête !). Shiro a également plus de mal à exprimer ses sentiments, à parler des sujets qui le préoccupent, au grand damn de son partenaire. Bref, oui, ils sont très différents, et c’est une situation qui les fait parfois souffrir.

 

Vous méprenez pas: ils sont heureux, et ils s’aiment, et ils sont mignons à souhait, mais malgré tout, comme en gros tous les couples, il faut qu’ils travaillent à entretenir leur relation, et ils ont des problèmes qu’il va leur falloir régler le long du drama. Encore que c’est quand même surtout Shiro qui a du chemin à parcourir, parce qu’il faut qu’il s’ouvre et s’accepte, pas juste pour Kenji, mais également pour lui-même.

 

Donc, oui, chaque petite avancée est une grande victoire, dont je me suis réjouie avec Kenji, parce que je prenais à cœur le bien-être de ces personnages. Je voulais les voir ensemble, épanouis, et heureux.

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Ca faisait aussi du bien de voir un « autre type » de couple homosexuel dans un drama, je vous avoue. Il n’y a pas que dans les « Boys’ Love » qu’on trouve des couples gays, bien entendu (et j’insiste sur le « couple », je ne parle pas de personnages célibataires), mais il me semble quand même que c’est là qu’est le gros de la représentation (mais corrigez moi si je me trompe bien sûr !), ce qui veut dire que la majorité des personnages sont jeunes, et dans des relations naissantes plutôt que des relations établies. Et oui, je sais que « jeune et dans une relation naissante plutôt que déjà établie » ça représente aussi une grosse partie des personnages principaux dramatesques hétéros, mais quand même, on trouve aussi des histoires de couples mariés depuis des années (ça veut pas dire que leur relation se passe bien, mais c’est une autre question o.o néanmoins, oui, ça signifie que dans le contexte de dramaland en général aussi, c’était agréable de voir un couple installé et heureux). Donc, bref, dans ce drama (que personnellement je ne classe pas en BL justement à cause de l'âge de ses protagonistes),  c’était agréable de voir un couple d’hommes d’âge mur (les personnages ont la quarantaine, et les acteurs tournent autour de la cinquantaine), un couple établi, et, bonus, un couple heureux, dans leur petite routine.

 

BON j’admets, quand on nous montre les débuts de leur relation, en quelques flash-backs, il y a une partie de moi qui aurait voulu avoir un drama entier sur la question, parce que le peu qu’on voit est adorable au possible, et que j’y peux rien, les romances adorables sont mon point faible (entre autres points faibles… je suis faible dans la vie). Mais néanmoins, je suis contente de ce qu’on avait, c’était juste agréable, cette impression de foyer et domesticité. C’était confortable.

 

Et pour continuer sur le « ça change un peu », j’ai aussi aimé la façon dont le drama aborde les difficultés rencontrées par les personnages homosexuels de la série (pas juste les deux personnages principaux, donc). Non parce que Shiro a du mal à faire un « coming-out » complet, mais en même temps, c’est pas comme si sa peur était injustifiée ! Le tout premier truc qu’on entend à son bureau est une collègue se foutre de la gueule d’un autre collègue qu’elle juge trop gros, urgh, et après ça, ils n’arrêtent pas de se juger entre eux, donc tu m’étonnes que Shiro n’a pas envie de leur livrer une information qui le rendrait aussi vulnérable. Car au-delà de l’ambiance au bureau,  j’ai aimé la façon du drama d’aborder des tas de problèmes rencontrés par les personnes homosexuelles dans la société japonaise (et pas que japonaise, en vérité, mais je reste sur le sujet du drama), et la façon dont ils les affectent. Par exemple, la loi est différente pour les couples homosexuels, et ça va pousser un couple à devoir trouver une parade pour que si un des deux meurt, l’autre puisse hériter de ce qui lui reviendrait s’ils avaient le droit de se marier. Les choix de carrière de certains personnages, aussi, ont été faits en grande partie en fonction de leur orientation sexuelle, pour éviter les situations de discrimination, par exemple. Et aucun de ces personnages n’est présenté comme malheureux à son travail, ils semblent avoir réussi même, mais le drama illustre simplement que les personnes marginalisées doivent faire des choix en prenant en compte des choses, des peurs, que personne ne devrait avoir à prendre en compte, et que beaucoup de gens n’ont effectivement pas à prendre en compte.

 

Cela dit, ce que j’ai préféré dans l’illustration des difficultés rencontrées est que le drama se penche beaucoup sur les petites agressions qui ne viennent pas de clichés homophobes ambulants mais d’un entourage parfois bien intentionné mais plein de préjugés. Un exemple très simple et très tôt dans le dama (épisode 3) est le moment où la mère de Shiro (interprétée par Kaji Meiko !!!!) lui dit qu’elle l’aimera quoi qu’il advienne, « qu’il soit un criminel ou homosexuel »… la gêne… Elle essaie de lui dire qu’elle accepte tout de lui, okay, mais elle fait le parallèle entre quelqu’un qui commettrait des actes violents et l’homosexualité de son fils, un parallèle que Shiro lui-même ne manque pas de relever. Un autre exemple : un personnage va en présenter deux autres juste parce qu’ils sont gays tous les deux donc ils vont forcément s’entendre, pas vrai ? Ou bien : un personnage avec lequel Shiro est à l’aise lui dit que, bon, si c’était sa fille qui lui annonçait qu’elle était homosexuelle, elle ne le vivrait sans doute pas aussi bien. A chaque fois, les personnages qui disent ou font ces choses-là sont présentés comme des présences appréciées dans la vie des protagonistes, donc pas le type qui balance des insultes homophobes dans la rue ou tabasse des gens : des gens qui se pensent « alliés » mais qui n’ont pas tant « accepté » qu’ils « tolèrent », et chaque petite remarque est un rappel aux protagonistes qu’ils ne font pas tout à fait partie des « gens normaux », qu’ils sont « autres » même parmi ceux qui proclament les avoir acceptés.

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Je trouve que c’est un bon sujet de discussion, ne serait-ce que parce qu’une œuvre s’adresse à un public, et que je vais supposer que le public de ce drama-là ne s’estime pas homophobe. Le drama s’adresse à tout le monde, bien sûr, et beaucoup des situations rencontrées par les personnages principaux sont des problèmes rencontrés par des tas de couples (les soucis de communication, ce fléau :’D), quelle que soit l’orientation sexuelle, mais simplement je n’imagine pas quelqu’un de profondément révolté contre l’idée de « deux hommes ensemble omg ! » se poser devant cette série, si bien que c’est une bonne façon pour le public, a priori positionné non-homophobe, de se remettre en question, et de se demander quel impact peuvent avoir nos actes et nos paroles, même ceux que nous voulons bienveillants, et ce qui peut se cacher derrière. Et puis, aussi, c’est un portrait nuancé et qui semble réaliste (je dis « semble » parce qu’en tant que personne hétéro qui ne vit pas au Japon, je vais avoir du mal à trancher sur l’authenticité de la représentation d’une expérience qui n’est pas la mienne, forcément) de ce que peuvent vivre les personnes LGBT au Japon, même celles qui semblent plus chanceuses que d’autres (parce que toit sur la tête, parce que stabilité financière, parce que parents qui ne les ont pas foutus à la porte, etc).

 

Et puis au-delà de toute la réflexion sur la situation des personnes LGBT au Japon, et de la discrimination qu’elles subissent à grandes et petites échelles, de sources malveillantes ou se présentant bienveillantes, c’est simplement un drama chaleureux aux personnages attachants qui creuse l’estomac mais remplit le cœur de douceur et d’amour. C’est-à-dire un deal qui me convient ! Et vous, vous avez mangé quoi hier ? :)

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