[Le ballon éclate] Welcome to the quiet room クワイエットルームによう

Publié le 30 Décembre 2020

Peut-être pas bouleversant, Welcome to the quiet room m'a quand même touchée avec son portrait d'une jeune femme en crise qu'on découvre petit à petit, en remontant dans ses souvenirs.

 

/!\ Trigger warnings pour le film /!\  Il y est question de suicide, anorexie, et boulimie, et le mot « suicide » va également pas mal revenir dans l’article

 

 

 

Sorti en 2007

Ecrit et réalisé par Matsuo Suzuki

Dure 1h52

 

Avec :

Uchida Yuki : Sakura Asuka

Aoi Yu : Miki

Kudo Kankuro : Yakihata Tetsuo

Ryo : Eguchi

Hiraiwa Kami : Yamagishi

Otake Shinobu : Nishino

Tsumabuki Satoshi : Komono

Etc

 

Dontesque ?

Après une overdose qu’elle affirme accidentelle, une jeune femme se réveille dans une pièce complètement blanche et apprend qu’elle a été internée dans un hôpital psychiatrique suite à ce qui a été interprété comme une tentative de suicide.

 

Fiche écran d'Asie: ici

 

 

oOo

Waouh, il ne s’est passé que deux mois depuis que je vous ai parlé d’un autre film avec Tsumabuki Satoshi ! Si je continue à ce rythme, en 2050 j’aurai peut-être bouclé mon projet Buki, wouhou ! … *pleure à l’intérieur d’elle-même et implore Buki de lui pardonner* Enfin, au moins, maintenant j’ai vu Welcome to the quiet room, et en plus celui-là était sur mon radar depuis bien avant que je sache que Buki y a un (petit) rôle (ne regardez pas le film pour satisfaire vos envies de Buki, vous risquez de finir frustrés), parce que j’y étais attirée par le nom de Kudo Kankuro qui, comme ça lui arrive parfois, n’est pas au scénario mais listé dans le casting principal. Pour autant, je n’avais aucune idée d’à quoi m’attendre, car tout ce dont je me souvenais du résumé, que j’avais lu il y a très longtemps, était qu’une jeune femme se réveillait dans une pièce blanche en n’ayant aucune idée de comment elle a atterri là. Je vais pas vous mentir, je m’attendais à voir un film dans la veine de Cube ou Gantz. En fait : trop pas. A la place j’ai eu droit à une dramédie sur une jeune femme en crise, dans laquelle j’ai plus ressenti le drame que la comédie.

 

Mais hé, ça m’est allé aussi ! C’était pas exactement ce pourquoi j’avais signé (en ne lisant aucune des conditions donc je pouvais difficilement me plaindre) mais j’étais partante, et le film m’a plu. Par ailleurs, c’est vrai que j’ai senti le drame plus que la comédie, mais ça ne veut pas dire que la comédie n’est pas là, ni même qu’elle échoue.

 

Causons !

 

Bien sûr, certaines blagues n’ont pas fait mouche, mais il y en a aussi plusieurs qui fonctionnent (celle où l’héroïne accidentellement met K.O. son médecin au début, par exemple, m’a fait sourire) et plus que des gags individuels, je dirais que la série baigne dans une ambiance un peu absurde et que c’est de là dont vient l’humour. Il y a un décalage, en particulier à l’ambiance dans laquelle vivait l’héroïne avant de se trouver dans l’hôpital psychiatrique après sa « tentative de suicide ». Les personnages à l’extérieur de l’hôpital sont présentés de façon tout aussi excentrique que ceux dans l’hôpital (ce qui sert les propos du film, puisque qu’une des idées du film est à la fois qu’on ne sait jamais exactement comment se porte une personne en la regardant de l’extérieur, mais aussi que les gens à l’intérieur de l’hôpital ne sont pas que des patients mais simplement, des gens), et le film baigne dans un décalage qui ne prendra sans doute pas trop de court les amateurs de cinéma japonais. Pour autant, je n’ai jamais trouvé que Welcome to the quiet room sombrait complètement dans la bizarrerie parce que ses scènes les plus barrées sont généralement bien délimitées et séparées de la réalité : ce sont des rêves de l’héroïne ou des hallucinations à cause de médicaments.

 

Par ailleurs, il y a de la douceur au film, même dans certaines de ses scènes excentriques, et je trouve que ça se sent particulièrement dans la relation de l’héroïne, Asuka (interprétée par Uchida Yuki) et son petit-ami Tetsu (Kudo Kankuro), un comique dont la principale source d’humour est qu’il montre son postérieur à la télé. Lorsqu’il peut enfin rendre visite à Asuka, il y a cette drôle de scène où elle lui demande de baisser son pantalon pour qu’elle puisse toucher ses fesses, parce que ça la détresse. Ca donne une image assez cheloue, mais à la fois étonnamment touchante, parce qu’au fond ça reste une personne qui cherche un contact physique avec son partenaire pour survivre à l’angoisse d’une situation où elle se sent complètement perdue. Et j’en profite, au passage, pour dire que j’ai beaucoup aimé l’interprétation de Kudo Kakuro qui fait un Tetsu dont, derrière l’étrangeté, on décèle aisément la nervosité et la détresse.

 

Le film s’autorise des moments de fantaisie (notamment une scène de danse et chant) mais garde une échelle simple malgré tout, et un rythme que j’ai trouvé tranquille.

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J’en reviens néanmoins à ce que je disais sur : j’ai ressenti le drame plus que la comédie. Même si, en vrai, je devrais sans doute plutôt écrire : j’ai plus ressenti le drama à cause de la comédie. Parce qu’il y a clairement une histoire triste au cœur de ce film, et vous savez… c’est comme quand quelqu’un vous raconte une histoire affreuse qui leur est arrivé tout en se forçant à rire à travers les larmes. Je trouve que ça rend tout tellement plus triste. Du coup il est amusant, et à la fois, il y a ce sentiment que la raison pour laquelle le film s’efforce de nous faire rire est que s’il racontait l’histoire avec un ton moins comique, il deviendrait terriblement sombre.

 

Par ailleurs, on est un peu constamment sous tension, parce qu’on n’attend qu’une chose : que le ballon éclate.

 

Le film s’ouvre sur une interview : l’héroïne et ses collègues interviewent un comique excentrique qui leur explique que le travail d’un artiste est de gonfler un ballon et le faire éclater au bon moment et avec la bonne « force ». Et Welcome in the quiet room consiste en grande partie à regarder un ballon gonfler, gonfler, jusqu’à ce qu’il éclate. Enfin, techniquement, il a déjà éclaté, c’est ce qui fait qu’Asuka est à présent dans l’hôpital psychiatrique, attachée à un lit, avec du vomi dans les cheveux… mais on n’a pas assisté au moment précis en question, et le film suit le séjour d’Asuka dans l’établissement mais revient aussi progressivement en arrière sur tout ce qui s’est passé avant, sur la vie d’Asuka, dévoilant petit à petit pourquoi elle est là où elle est. Donc en clair : on sait que le ballon a craqué, on sait ce qui se passe après, et on regarde le film revenir en arrière pour nous montrer ce qui a fait gonfler le ballon, tout en attendant de voir avec quelle force et à quel moment il va éclater.

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Tout le long du film, cela dit, on n’est pas trop certains : Asuka a-t-elle réellement essayé de mettre fin à ses jours, ou bien était-ce un accident ? Après tout, c’est ce qu’elle répète et visiblement elle en est elle-même persuadée, donc pourquoi douterait-on de sa parole ? Et elle avait l’air d’avoir une vie professionnelle réussie, et semblait si « équilbirée » lors de l’introduction ! Mais plus le film nous montre sa vie, plus on sent qu’il y a un décalage entre l’image qu’elle projette à son travail et qui elle est dans son intimité. Et puis elle a visiblement perdu une grosse partie de ses souvenirs de la soirée où elle a fait son overdose, si bien que des détails de ce qu’elle raconte ne coïncident pas avec ce que raconte son petit-ami (qui l’a trouvée et a appelé les secours). Donc est-ce qu’elle refoule quelque chose ? Ou est-ce que c’était vraiment un accident ? Serait-ce même possible que son petit-ami mente et qu’elle ait été manipulée ? Vous verrez bien.

 

Le fait est néanmoins qu’aucune de ces possibilités n’est heureuse. Qu’elle refoule une tentative de suicide n’ayant pas abouti, qu’elle soit victime de manipulation, il n’y a rien de réjouissant là-dedans, et si effectivement son overdose était un accident, tout le monde est visiblement très prêt à croire qu’elle a essayé de mettre fin à ses jours… C’est pas que ça n’ait pas été un choc, mais la personne la plus proche d’elle n’a visiblement pas de mal à croire qu’elle ait pu vouloir en finir, donc ce serait bien une indication que sa vie n’était pas au beau fixe.

 

Bref, le ballon était bien gonflé, et le film s’attache donc à nous montrer de quoi est fait l’air à l’intérieur (bien sûr, moi, je ne vous en dévoile pas le contenu), ce qui constitue le mal-être d’Asuka et pourquoi elle est si perdue, une image utilisée étant notamment celle du Magicien d’Oz : Asuka a des chaussures rouges comme celles de Dorothy et aimerait pouvoir claquer des talons trois fois pour rentrer chez elle, mais le problème est de savoir si elle a un « chez elle » où rentrer, et si oui, où ?

 

En attendant, en tous cas, elle se trouve dans cet hôpital psychiatrique, et j’ai trouvé que le film traitait ça avec une nuance appréciable (du point de vue de quelqu’un qui n’y a jamais fait de séjour et n’a aucune expérience en matière de troubles psychologiques, donc prenez tout avec un grain de sel).

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C’est-à-dire que d’un côté, on nous montre que l’établissement est un endroit effrayant, où on peut se sentir très seuls et déshumanisés par les règles strictes que le personnel ne prend pas toujours le temps d’expliquer aux patients. Lorsque le film nous dit « ça fait 14 jours que l’héroïne est dans cet hôpital », j’ai sérieusement eu un moment de « si peu ?! ». J’avais l’impression que ça faisait au moins un mois, et j’en déduis que le film réussit bien à montrer comme le temps semble long à Asuka, qui est en plus en manque de repères vu qu’une fois dans l’hôpital elle voit à peine l’extérieur. [spoiler] Une image que j’ai beaucoup aimée, à la fin du film, lorsqu’elle sort de l’hôpital : il y a ce petit moment où elle dans l’ombre de l’hôpital, son ombre se mêlant à celle du bâtiment comme si elle et l’hôpital n’étaient plus qu’un, soulignant ce que cet établissement a d’énorme et « d’absorbant » jusqu’à ce qu’elle s’en détache, s’avançant dans le soleil [/spoiler]

 

Mais les infirmières veulent sincèrement le bien de leurs patients, et dans l’hôpital on trouve aussi de la musique, de la solidarité, de petites victoires, de l’amitié, de la gentillesse, et du soutien, le genre qui permet de peut-être enfin venir à bout d’escaliers sans fin qui ont l’air de ne mener nulle part. Tous les patients ne sont pas bien intentionnés, mais beaucoup le sont et s’entraident, et j’ai eu le sentiment que le film ne les prenait pas de haut, et trouvait un bon équilibre, nous montrant qu’ils souffrent de troubles psychologiques mais sans les rendre « extra-terrestres ». Comme je disais au début de l’article, les gens à l’extérieur de l’hôpital sont également présentés comme des originaux de toute façon, donc finalement les patients de l’hôpital ne détonnent pas.  Bref, ce sont des gens. Un accent est particulièrement mis sur Miki, une jeune femme qui n’arrive plus à manger et devient rapidement une des meilleures amies d’Asuka dans l’établissement. Le rôle est tenu par une jeune Aoi Yu et c’est toujours très agréable de la retrouver, d’autant qu’elle a du charisme dans ce rôle, et que je l’ai trouvé très attachante. J’ai aimé suivre le développement de sa relation avec l’héroïne.

 

Enfin, sans vous révéler de quoi est faite la conclusion, j’ai trouvé qu’on y retrouvait l’équilibre général du film, et elle fait un mix de noirceur ([spoiler] la patiente qui était là pour une « overdose accidentelle » est ramenée à l’hôpital après un nouvel « accident » et on comprend que ce n’était pas du tout un accident… cette patiente était la plus proche de la situation d’Asuka et ce développement à la fin du film sert de prédiction possible et très sombre de l’avenir d’Asuka [/spoiler]), d’espoir ([spoiler] l’image d’Asuka sortant du tunnel [/spoiler]) et d’humour. C’est une conclusion qui m’a semblée très appropriée pour le film.

 

En conclusion, j’ai aimé ce film. Je ne dirais pas que ça a été un coup de cœur, mais il a néanmoins touché ce cœur, et j’ai aimé les personnages, je m’y suis intéressée, et je me suis émue de leurs sorts. J’ai trouvé que le casting faisait du bon travail et que le film gérait son ton très correctement. Ce n’était pas du tout Gantz, mais j’ai apprécié quand même~

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