[Portez votre masque, bordayl !] Pandemic 感染列島

Publié le 6 Janvier 2021

Pas subtil et trop encombré, Pandemic a du mal à gérer tout ce qu'il veut faire et en devient long, si bien que l'émotion a fini par ne pas prendre avec moi.

 

/!\ CW: morts par maladie, épidémie /!\

 

 

 

Sorti en 2009

Dure 2h18

Ecrit et réalisé par Zeze Takahisa

 

Avec :

Tsumabuki Satoshi : Matsuoka Tsuyoshi

Dan Rei : Kobayashi Eiko

Kuninaka Ryoko : Mita Takako

Ikewaki Chizuru : Manage Mami

Fuji Tatsuya : Nishi Minoru

Natsuo : Kamikura Akane

Kyusaku Shimada : Tachibana Shuji

Etc

 

 

Dontesque ?

Le Japon est frappé par une épidémie hautement mortelle causée par un virus inconnu, et la situation se fait de plus en plus dramatique et tendue, tandis que le personnel médical lutte jour et nuit pour sauver autant de vies que possible.

 

 

oOo

Inutile de vous préciser (mais je le fais quand même, car l’inutile est ma passion) que c’est la présence de Tsumabuki Satoshi au casting qui m’a fait regarder ce film, dans le cadre de mon projet Buki qui n’avance pas vite mais qui avance et j’ai honte mais promis je le continue. Hum. Bref : Buki au casting = Mila regarde. Mais ça ne signifie pas que j’ai toujours le même degré d’enthousiasme, et pour ce film j’étais semi-inquiète semi-enthousiaste. C’est-à-dire que vu qu’on est encore en pleine merde coronavirus en ce moment (le moment où j'écris, et celui où j'ai vu le film), le sujet me tentait bien, parce que j’espérais que l’expérience serait un peu cathartique, mais d’un autre côté, le sujet combinée à la longueur du film, me faisait craindre des lourdeurs. Et j’avais pas tort d’avoir peur. Au début, je me suis sentie engagée par le film mais il m’a progressivement perdue, et on ne peut pas dire qu’il avait la main légère, donc dans son dernier tiers j’ai commencé à m’impatienter. Il y avait de bonnes choses dedans (comprendre : le visage de Buki) mais dans l’ensemble l’expérience n’a pas été concluante, donc parlons-en ensemble !

 

Et on va commencer par les choses que j’ai appréciées, parce que j’ai menti : ce n’était pas juste le visage de Buki (et heureusement, du reste, parce qu’il est souvent planqué derrière un masque)(cela dit, j’étais content qu’il l’enlève pour le voir, mais il l’enlève un peu trop facilement à mon goût, ça me paraissait pas prudent).

 

A vrai dire, le film commençait très bien, parce que j’en ai beaucoup aimé l’ouverture. On découvre un paysage de montagne qui, à première vue semble calme. Mais plus on se rapproche, avec une musique inquiétante qui se met à jouer, plus on voit des gens s’affairer au sol, et on commence à entendre les cris, les pleurs, la panique. C’est une excellente entrée en matière et ça reflète finalement assez bien la façon dont l’épidémie s’est propagée : au début, le premier malade n’avait l’air de rien, mais la situation s’est faite de plus en plus grave, jusqu’à ce que ce soit le chaos total.

 

De façon générale, le film ne m’a pas exactement marquée par sa réalisation ingénieuse ou super originale, mais il y a quelques plans et séquences dedans qui font vraiment leur effet. L’ouverture en est une, mais on notera aussi les images d’une Tokyo dépeuplée devant lesquelles on ne peut que ressentir un léger frisson. Tokyo vide de gens, ce n’est juste pas naturel, et si vous ajoutez à cela les détritus et le silence dans lequel seuls retentissent les croassements des corbeaux, on a une belle ambiance postapocalyptique qui fait froid dans le dos. Malheureusement, ces moments ne sont justement que cela : des moments qui se démarquent mais ne durent pas, et ce n’est pas suffisant pour tirer tout le film vers le haut. Néanmoins, ils sont bien là.

[Portez votre masque, bordayl !] Pandemic 感染列島[Portez votre masque, bordayl !] Pandemic 感染列島

Par ailleurs, le film a un joli casting, même si personne ne fait d’étincelles. Ca fait surtout plaisir de retrouver des visages connus, Buki en tête. Ce n’est pas la performance de sa vie mais le personnage est sympathique et Buki est naturellement attachant, du coup quand le film me disait « soit triste pour lui » (et autant vous dire que le film n’était pas subtil quand il me demandait de ressentir quelque chose donc le message était clair), j’étais en mode « okay, pourquoi pas ». J’étais pas super investie, mais bon c’était Buki alors j’étais triste pour lui.  Après, on va pas se mentir, la plupart des acteurs faisaient leur taf sans faire de zèle à mes yeux, et certains faisaient moins que cela. Et par « certains », j’avoue, je veux surtout dire Natsuo, qui est particulièrement peu naturelle dans un rôle avec lequel le film essaie très fort de créer de l’émotion, sauf que, malgré la situation affreuse du personnage, elle était dure à ressentir, vu que l’actrice avait beaucoup de mal à l’exprimer de façon convaincante.

 

Bon, et puisque on en est à parler de jeu, je ne peux que souligner l’anglais dommageable de la plupart du casting (et ha, y a aussi un présentateur télé français à un moment donné qui, visiblement, n’est pas francophone du tout, mais ça m’a fait sourire, c’est un détail sans importance). Peu importe la qualité de leur anglais ou de leur accent, ce n’est pas la question, mais parce que le film prend un caractère international, il y a plusieurs dialogues en anglais et ça crève les yeux (les oreilles, surtout) que les acteurs ne sont pas à l’aise avec cette langue, et sont tellement concentrés sur essayer de sortir la phrase dans un anglais qui se tienne qu’ils ont du mal à jouer correctement en même temps. J’adore Buki, mais même lui, dans les passages en anglais, il galère et je grimaçais légèrement devant l’écran. (Après, d’un autre côté, je me souviens avoir essayé d’exprimer ma colère en anglais une fois, et c’était hyper compliqué, j’en perdais toute crédibilité… donc finalement, peut-être que les acteurs sont plus crédibles qu’on ne penserait. Mais pour le film, ça fonctionne pas des masses.)

 

A côté de cela, le film arrive, du moins pendant un temps, à procurer le sentiment de catharsis que j’espérais. Plus que cela, il arrive à donner un sentiment d’espoir qui, en ce moment, fait du bien. Et il y arrive en, d’abord, rendant l’épidémie aussi dévastatrice que possible.

 

La maladie est brutale. Les morts sont nombreuses, et elles ne sont pas jolies à regarder, entre le sang qui sort des yeux, de la bouche, et les convulsions. C’est pas glamour comme mort. Bon, sauf quand c’est un personnage important (pas forcément principal, mais important) qui y passe, et là on peut avoir une mort plus calme avec juste une larme unique de sang qui lui coule sur la joue, mais sinon ce sont des morts violentes, a priori douloureuses, et il y en a plein. Le film, par ailleurs, illustre bien la vitesse et l’aisance avec laquelle le virus se propage, et la difficulté de l’hôpital (enfin des hôpitaux mais on reste concentré sur celui où travaillent les personnages principaux) à gérer entre manque de place, manque d’équipement et personnel qui, comme on pouvait s’y attendre, commence à craquer sous la pression. Il n’y a plus assez d’appareils respiratoires, des choix doivent être faits, et les tensions grimpe, se traduisant en effondrements et conflits. En clair : c’est la merde à tous les étages. Mais c’est parce que c’est la merde à tous les étages comme ça que voir les personnages nager dans cette merde (j’aime vous planter des images délicates dans la tête, oui) et se rapprocher de la terre ferme, fait du bien. On sent une fin au cauchemar dans ce film, et c’est peut-être con, mais on peut se dire, en le regardant, que si l’humanité arrive à s’en sortir dans ce film, peut-être qu’on a une chance, nous aussi.

 

En tous cas, c’est ce que j’ai ressenti pendant un temps, avant que le film me perde, que je me détache de tout, et commence à m’ennuyer sérieusement. Après ça, j’ai retrouvé ce sentiment de temps en temps, mais essentiellement je ressentais surtout une puissante envie de bailler.

 

Je l’ai déjà évoqué : le film n’est pas exactement subtil. Quand il veut émouvoir, il rend ses intentions très claires. Par exemple, c’est fou ce que la pluie se met automatiquement à tomber dans les scènes dramatiques en extérieur… Et la fin est une accumulation de choses qui se déroulent en même temps, mon « retournement » favori étant la panne d’essence qui force notre héros à courir dramatiquement vers là où il va, comme si la situation n’était pas déjà assez désespérée. Je ne veux pas spoiler, mais à la fin il y a vraiment une accumulation de choses et quand la voiture tombe en rade, je suis sortie de ma torpeur pour rigoler doucement. Un film est forcément manipulateur, et la plupart cherchent à tirer une émotion à leur spectateur, même si on n’est pas toujours certains de savoir laquelle, mais là, les ficelles sont grosses, elles se voient, et même s’il y a des films où ça fonctionnerait quand même, ici, je dois admettre que ça n’a plus pris du tout au bout d’un moment. Et tandis que je me faisais indifférente, j’avais l’esprit très libre pour me poser des questions sur la bêtise de certaines choses. Du genre « ce médecin aguerri et qui se sait infecté par le virus ne devrait-il pas éviter de tousser dans sa main puis de foutre sa main n’importe où ? ». Mais le plus grand moment wtf est celui où, alors que l’hôpital est en quarantaine et en manque de médecins, notre héros décide de faire un petit voyage à l’étranger. Il part, il revient, tranquille. Certes, l’idée était de trouver l’origine du virus, mais ce petit voyage fait complètement disruption dans le film, et je n’en ai même pas vu la profonde utilité, pour être honnête.

[Portez votre masque, bordayl !] Pandemic 感染列島[Portez votre masque, bordayl !] Pandemic 感染列島
[Portez votre masque, bordayl !] Pandemic 感染列島[Portez votre masque, bordayl !] Pandemic 感染列島

J’en viens alors à mon souci numéro 2 : le film est un peu bordélique.

 

C’est comme s’il essayait de faire trop de choses mais n’arrivait pas à les agencer correctement et on se retrouve avec un film qui semble plus désorganisé qu’il ne devrait et plus chargé qu’il ne l’est réellement. Il y a plusieurs éléments ou retournements inutiles qui viennent l’alourdir pour rien.

 

Comme c’est souvent le cas avec ce genre de film catastrophe, il y a un nombre important de personnages de premier plan. L’idée étant d’envisager la catastrophe de plusieurs points de vue différents, mais aussi, soyons honnête, d’avoir des personnages à potentiellement sacrifier le long du film. Ce n’est même pas important qu’ils meurent ou pas, l’important est que la possibilité soit là, et mettons le comme ça : quand il y a dix personnages centraux et pas juste un ou deux, on envisage bien plus que le film puisse en sacrifier avant la fin. Par ailleurs, quand l’idée est « l’humanité vs la catastrophe en cours », c’est bien d’avoir plusieurs représentants de cette humanité, et ces films insistent généralement sur les relations et la solidarité humaine, qui sont des choses qui se pratiquent à plusieurs. Bref, rien d’étonnant à ce qu’il y ait plusieurs personnages, et le film donne à chacun son « quelque chose » : l’infirmière a sa relation à sa famille, la lycéenne a son petit-ami et son père accusé d’avoir lancé l’épidémie, Eiko (Dan Rei) et Matsuoka (Buki) ont été en couple mais ont rompu, Eiko doit apprendre à faire plus confiance à son staff et Matsuoka a apparemment trop d’empathie pour ses patients et ça l’empêche de faire complètement son travail, l’épidémie le forçant à faire des choix durs qui, parfois, ne sont même pas récompensés. L’idée est de créer une situation à chaque personnage afin de les rendre plus humains, et okay, ça se tient, mais certains personnages paraissent superflus : avait-on réellement besoin du virologue qui veut bosser sur le virus en clandestin ? avait-on réellement besoin qu’Eiko ait un gosse quelque part (à la fin du film quand il apparait, j’ai dû faire un effort pour capter qui c’était, tellement j’avais oublié son existence) ? Et c’est sans compter le timing auquel les personnages disparaissent et reviennent.

 

Il n’y a pas tant de personnages que cela, du moins pas pour un film de ce genre et de cette longueur, et malgré tout, j’ai eu cette impression qu’il y en avait trop, et ça ne vient pas de l’idée de départ (du moins je ne pense pas) mais bien de l’exécution.

 

Pareil pour les thèmes du film.

 

Je crois que je comprends ce que le film essayait de peindre : le portrait d’un monde surpeuplé, frappé par la colère divine parce qu’il a tourné le dos à ses meilleures valeurs.

 

Il y a plusieurs références au christinanisme le long du film. Lors du passage à l’étranger de notre héros, il se retrouve dans un hôpital où il y a plusieurs croix sur lesquelles s’attarde la caméra. On a aussi ce plan :

 

 

Ce n’est pas une statue d’ange, mais elle en donne malgré tout le feeling, je trouve, et à son pied, il y a au moins une image de la Vierge Marie. Par ailleurs, la façon dont meurent les gens infectés n’est pas sans rappeler des scènes d’exorcisme, ce qui, dans le film, est certainement ce qui vaut au virus d’être surnommé d’abord « le virus satanique » avant qu’il devienne le virus « blame » (« blame » comme dans « faute »), l’idée de punition divine étant directement évoquée dans le film, les médias se demandant ce qu’a fait le Japon pour s’attirer cette colère. Une question à laquelle le film répond : la faute des êtres humains est leur manque de soin.

 

De soin, d’une part, pour la planète et ses habitants non-humains. Ainsi on a des images de poulets élevés en batterie et tués en masse, de façon violente, à cause d’une contamination qui s’est forcément très vite propagée vu la façon dont ils sont confinés (et je vais pas vous mentir mais la scène où les poulets sont gazés est la seule que j’ai eu du mal à regarder), et un commentaire sur la façon dont les hommes ont empoisonné le sol pour élever des crevettes, par exemple. L’humanité est directement comparée à un virus qui détruit petit à petit son hôte (la planète) sans réaliser que si l’hôte meurt, le virus mourra avec. Et quand on découvre d’où vient le virus : [spoiler] il vient du fin fond d’une forêt, et est parti de chauve-souris, la nature que nous détruisons devenant l’origine de notre perte. [/spoiler]

 

Le manque de soin des êtres humains, par ailleurs, est également à l’égard de leurs semblables, et on a donc plusieurs exemples d’êtres humains abandonnés ou floués pas par des individus (les individus, dans ce film, sont présentés comme meilleurs que les groupes et systèmes auxquels ils appartiennent) mais par des masses d’individus ou des compagnies : des gens sont abandonnés à mourir par des entreprises qui tiennent à étouffer les affaires qui pourraient leur nuire, ou une jeune femme est martyrisée par ses camarades de classe pour une faute que son père a possiblement commise, mais ce n’est pas encore prouvé.  Le film (qui dans sa version originale s’intitule « île infectée », ce qui est plus représentatif vu que l’épidémie ne devient jamais réellement mondiale) met également l’accent sur la façon dont le Japon est isolé et ne peut compter que sur lui-même, ne pouvant s’attendre à beaucoup d’aide internationale.

 

Tout ça, sur le papier, ça fonctionne, mais dans le film c’est mal agencé, et on en revient encore une fois à ce petit voyage que fait le héros au milieu du film : c’est lors de ce voyage que le film rend ses thèmes clairs, mais ce voyage semble tellement déconnecté du reste que le gros du développement de ses thèmes finit par en sembler détaché aussi, comme une arrière-pensée et pas quelque chose d’inscrit dans le matériau même du film.  C’est con parce qu’en vérité ces thèmes-là sont aussi dans le reste du film, de façon un chouïa plus subtile (mais pas complètement subtile, on est dans Pandemic, quand même), mais à cause de cette sorte de parenthèse au milieu du film on a cette fausse impression de cheveu dans la soupe. Et aussi, dans mon cas, la désagréable impression d’être prise pour une conne à qui on doit écrire les choses noir sur blanc, en gras, et les souligner, pour qu’elle capte. Je dis pas que je ne suis pas bête, mais je n’aime pas quand un film le souligne okay ;;

 

 

… en conclusion

 

Ce film n’était pas horrible, j’y ai trouvé quelques trucs à apprécier, mais dans l’ensemble je l’ai trouvé surchargé et mal organisé, si bien qu’il en devient relou. Il essaie très fort de tirer de l’émotion de son spectateur mais ses ficelles sont si grosses qu’elles m’ont laissée indifférente, souvent, ou m’ont fait rire, parfois. J’ai une sympathie pour le casting et je ne suis pas (complètement) un monstre donc, okay, j’ai ressenti de la compassion pour les personnages, et certaines images font froid dans le dos, mais dans l’ensemble le film m’a paru long, et ce n’est certainement pas un film que je reverrai un jour, à moins d’en oublier jusqu’à l’existence, ce qui, soyons honnête, n’est pas exclu (c'était pas marquant, quoi).

[Portez votre masque, bordayl !] Pandemic 感染列島[Portez votre masque, bordayl !] Pandemic 感染列島
[Portez votre masque, bordayl !] Pandemic 感染列島[Portez votre masque, bordayl !] Pandemic 感染列島[Portez votre masque, bordayl !] Pandemic 感染列島
[Portez votre masque, bordayl !] Pandemic 感染列島[Portez votre masque, bordayl !] Pandemic 感染列島

Sur ce, d'autres histoires de docteurs:

 

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :