[Dernier voyage ?] Thirty lies or so 約三十の嘘

Publié le 13 Janvier 2021

Sympathique, Thirty lies or so est un petit film qui a du charme mais qui n'excelle pas, si bien qu'il se regarde facilement mais s'oublie sans doute tout aussi facilement. J'ai quand même passé un bon moment, cela dit :)

 

 

 

Sorti en 2004

Dure 1h40

Réalisé par Ohtani Kentaro

Ecrit par Ohtani Kentaro, Watanabe Aya

D’après une pièce de Tsuchida Hideo

 

Avec :

Tsumabuki Satoshi : Sasaki

Nakatani Miki: Takarada

Shiina Kippei : Shikata

Tanabe Seiichi: Kutsunai

Yashima Norio: Yokoyama

Ban Anri: Imai

 

 

Dontesque ?

Une bande d’escrocs se réunissent pour la première fois depuis trois ans pour faire un boulot ensemble. Leur dernière affaire s’était mal terminée, et chacun se méfie de l’autre, sans compter que des gens extérieurs au groupe ont été recrutés. Arriveront-ils à travailler ensemble comme avant ? C’est la question qui va se poser lors du long voyage en train dans lequel ils sont embarqués.

 

 

oOo

Le projet Buki continue avec un film qui m’enthousiasmait pas mal à la base. Faut dire qu’en plus de Buki, on a droit à un casting sympathique, entre Tanabe Seiichi, Nakatani Miki et Shiina Kippei, mais surtout, j’avais fait ce que je fais souvent : je m’étais renseignée… mais pas trop. En l’occurrence, j’étais allée sur mydramalist et j’avais partiellement lu le résumé. J’étais allée jusqu’à « escrocs, train, costume de panda » et ça m’avait suffi, j’étais convaincue, j’avais envie de voir le film. Sauf que, du coup, je n’avais pas lu le « on ne sort quasi jamais du train » donc je crois que je m’attendais à un film plus mouvementé où l’arnaque elle-même serait centrale, alors que pas du tout (il va peut-être falloir que je réévalue la façon dont je me prépare aux choses que je regarde). Les détails de l'arnaque qu’opèrent nos copains hors-la-loi n’ont que très peu d’importance, finalement, et le film n’était pas ce à quoi je m’attendais. Cela dit, j’ai bien aimé. Je ne parlerais pas de coup de cœur ou de grand film, mais j’ai passé un moment agréable devant Thirty lies or so, et à la fin il avait réussi à me toucher, donc je ne regrette pas mon expérience. Parlons-en !

 

Si l’arnaque que nos compères se réunissent pour mener n’est pas le sujet du film, vous vous demandez peut-être : « mais du coup, c’est quoi le sujet du film ? » (en vrai vous avez sans doute lu le résumé, et sans doute même en entier vu que vous n’êtes pas moi, mais pour le besoin de la transition, chut, faisons comme si) Eh bien, le sujet, ce sont les arnaqueurs et les relations entre eux. La grande arnaque (qui est, en fait, répétée à 17 endroits différents), leur coup monté, on ne le voit même pas. Il se déroule en dehors du train et en dehors de l’écran, dans une ellipse temporelle. On n’a même pas trop de détails sur quel était le plan exact, on n’en choppe juste des bribes pendant leur phase de planning et dans leurs disputes sur qui a géré et qui s’est planté après coup. Le film consiste majoritairement à regarder des gens parler dans un train et régler leurs problèmes personnels et relationnels.

 

Rapidement, on nous fait comprendre que leur dernier boulot ensemble ne s’est pas bien passé, et visiblement ça leur a laissé des séquelles, et travailler seul ne leur a pas réussi. Leur chef, en particulier, n’est plus que l’ombre de lui-même, et ce qui s’est passé il y a trois ans a suffisamment choqué le personnage de Buki pour qu’il décide d’arrêter complètement l’alcool (en soi, c’est quelque chose de positif, mais on ne peut qu’imaginer que c’est venu après avoir touché le fond). Confiances brisées, triangle amoureux, bref, c’est la galère et tensions, regrets, reproches et amertume sont au rendez-vous, mais ce que le film nous montre c’est que si le boulot de nos personnages ne se fait pas sans coût personnel, ils ne peuvent rien faire d’autre, et ils regrettent tous l’époque où ils le faisaient ensemble. Le souci c’est que le voyage comprend aussi une part de mensonges et d’entourloupes, parce que presque tout le monde se verrait bien repartir avec plus de thunes que les copains (voire toute la thune), donc la question est de savoir ce qui l’emportera : leur avidité ou leur envie de retrouver leur petite famille. En tous cas, le coeur du film est là : il y avait une relation entre (la plupart de) ces gens, et ce long voyage en train est leur dernier effort et leur dernière chance de réparer cette relation.

 

En conséquence, j’ai trouvé un peu dommage qu’on ne sente pas le compte à rebours.

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Le film use de plans du train qui avance sur les rails ou passe dans des tunnels pour nous signifier quand un long moment s’est écoulé (le voyage dure plusieurs jours) donc on voit bien le temps passer, et on voit également les personnages dormir, se réveiller, changer d’habits, etc. Donc on sent la longueur du voyage, mais ce que je trouve dommage c’est qu’on ne sent pas autant l’arrivée qui se rapproche, si bien qu’on ne sent pas se réduire le temps qu’il reste aux personnages pour régler leurs problèmes. Ce n’est pas que l’arrivée n’est jamais évoquée, mais j’ai trouvé qu’on ne ressentait pas assez le côté pressant de l’affaire qui aurait rajouté du poids à l’ensemble à mes yeux et aurait aidé à ce que je prenne à cœur toute l’histoire, je pense. Parce que justement, j’ai parfois eu du mal à tout prendre à cœur.

 

Pas que l’équipe n’était pas sympathique : j’aimais bien la plupart des personnages.

 

Certains plus que d’autres, forcément. Notamment, j’ai eu une compassion particulière pour Takarada qui est de loin la membre de l’équipe la plus sensée et qui voit sans cesse la discussion revenir sur sa poitrine. Même lorsqu’elle émet des doutes tout à fait raisonnables, elle se voit dire « ha, c’est parce que tu es jalouse parce que cet autre personnage a une plus grosse poitrine », et urgh. J’ai ressenti sa frustration, à sa place je sais pas si je me serais démenée pour retrouver l’esprit d’équipe avec ces gens :’D

 

Mais c’est vrai que j’ai un faible pour ce genre de groupes. Pas les groupes qui font des commentaires sexistes, mais les groupes de gens qui sont en décalage avec le reste du monde et trouvent un refuge dans leur relation. Plusieurs fois dans le film il est fait référence à un « vide » que les personnages ont au fond d’eux. Il leur manquerait quelque chose, qui les empêche de bien fonctionner en société ou de créer des liens avec leur entourage. Les personnages de Tanabe Seiichi et Nakatani Miki sont ceux qui en parlent de front, et le personnage de Tanabe Seiichi décrit l’équipe comme une bande de décalés qui ne se sentent bien que dans le faux monde qu’ils créent ensemble. Pour eux, leur équipe d’arnaqueurs n’est pas juste une bande de collègues avec lesquels ils gagnent leur vie, mais, oui, un refuge. En théorie, ça tape complètement dans mes faiblesses, et j’aurais dû succomber à fond.

 

En pratique, j’ai trouvé ça touchant et j’étais un peu impliquée, oui, mais je n’ai pas « succombé à fond », parce qu’il manquait… quelque chose… au film. En particulier, il y a deux choses qui m’ont laissée sur ma faim.

 

La première c’est que je n’ai pas trouvé les dialogues particulièrement remarquables. C’est pas que je les ai trouvés mauvais, donc je ne peux pas vous pointer du doigt quelque chose qu’ils feraient de mal. Ils font le taf, c’est plus qu’il y a une absence d’excellence à mes yeux, et qu’on est dans un film qui se base quasi entièrement sur ses dialogues, donc si les dialogues ne sont pas excellents, forcément, le film non plus. Du reste, j’ai eu un peu la même sensation visuellement, à savoir que je n’avais rien à reprocher au film visuellement mais que rien n’a spécialement retenu mon regard non plus (à part, peut-être, le générique d’ouverture). Cela dit, pour revenir aux dialogues, mon sentiment est à prendre avec un gros grain de sel pour une raison évidente : je ne parle pas japonais. C’est impossible pour moi, donc, de réellement juger de la qualité des dialogues, vu que je me repose sur des sous-titres qui, pour ce que j’en sais, ne leur rendent peut-être pas justice.

 

Mon autre souci est ce qu’on ne voit pas des personnages.

 

On saisit rapidement qui ils sont. Le film nous donne un bon aperçu de leurs personnalités, de leurs aspirations, et ils ont des identités distinctes les unes des autres. L’un, par exemple, est trop naïf pour le métier et rêve de le laisser derrière lui pour aller ouvrir une ferme. L’autre est ambitieux et hypocrite mais, au fond, veut être inclus et voir ses capacités être reconnues. On n’apprend pas tout de leur vie, mais chaque personnage, à mes yeux, a suffisamment de personnalité et d’individualité pour apporter quelque chose au film. Ce qui est plutôt cool !

 

Mon problème c’est que l’enjeu du film est leur relation qu’ils cherchent à réparer, ils cherchent à réparer cette relation parce qu’ils n’arrivent pas à en créer avec le reste du monde, et c’est cette partie-là qu’on ne voit pas, vu qu’on passe tout le film avec uniquement ces personnages. On ne voit jamais les difficultés qu’ils ont à vivre « normalement » avec la « société normale ». On nous parle d’un vide au fond d’eux, mais dans la plupart des personnages, je trouve qu’il ne se ressent pas. Le film manque d’émotion, en fait. Ca fait qu’on sait qu’il y a des enjeux, parce qu’on nous a dit qu’il y en avait, mais on ne les ressent pas. Ca rentre un peu dans la même catégorie que mon « on ne ressent pas le compte à rebours » : le film manque tout simplement de poids émotionnel.

 

La seule exception, c’est le personnage de Buki.

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Alors, certes, c’est vrai, j’ai un biais pro-Buki et en plus il est tout joli dans son manteau bleu, donc vous vous dites peut-être que c’est pas hypra étonnant que je me sois prise d’une affection particulière pour lui, mais, déjà, comment osez-vous remettre (à raison) en question mon impartialité ? et ensuite c’est quand même justifié par ce qu’il y a à l’écran. Je ne sais pas si Buki a dans son contrat quelque part qu’il faut qu’il pleure au moins une fois dans chaque projet, mais c’est le personnage dont on voit le plus la vulnérabilité, et un personnage qui a au moins deux scènes de craquage le long du film. Des scènes où on sent, du coup, que ce qui est en train de se passer lui tient à cœur. Le film se concentre beaucoup sur ses sentiments pour Takarada et son ancien mentor, et si j’ai prêté une attention particulière au personnage ce n’est pas juste parce que j’aime Buki, c’est aussi parce que le film y pousse clairement : Thirty lies or so s’ouvre sur un rapide travelling latéral vers un gros plan du visage de Buki, et se termine presque sur une image de lui. C’est-à-dire qu’après on a le générique de fin, avec des images de la ville dans laquelle arrivent nos personnages (mais les personnages ne sont pas à l’écran, eux, on voit juste la ville) mais, si on met ce générique de côté, les dernières images sont un autre gros plan du visage de Buki puis un plan sur ses mains dans lesquelles il tient les clés symbolisant tout le groupe. Bref, le film s’ouvre et se ferme sur Buki.

 

On pourra noter, aussi, l’évolution dans sa « présentation ». Au début du film il a un bonnet, des lunettes de soleil et même un pansement sur le nez, si bien que son visage est camouflé, alors qu’à la fin il est complètement dégagé, parce qu’on pourrait dire que, pendant le film, on l’a vu se dévoiler. Et c’est vrai de tous les personnages, mais particulièrement du sien, et c’est grâce à lui, donc, qu’à la fin je me suis sentie un peu touchée par ce film auquel, du reste, j’ai trouvé du charme à défaut de le trouver extraordinaire.

 

Je ne veux pas que vous pensiez que j’ai passé un mauvais moment devant Thirty lies or so. Je ne me suis pas ennuyée, j’étais curieuse de voir quelles surprises le film allait me réserver, j’ai apprécié les acteurs, et j’avais envie de voir les personnages reformer leur petite famille. Simplement je n’ai pas été passionnée, je n’ai pas été retournée, je n’ai pas été morte de rire. C’était un petit film plaisant. Rien de plus. Mais rien de moins non plus :)

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