[Love is a battlefield] Ai to Makoto 愛と誠

Publié le 22 Janvier 2021

 

/!\ Trigger warnings /!\ 

Violence,  maltraitance parentale, abus sexuels

 

 

 

Sorti en 2012

Dure 2h14

Réalisé par Takashi Miike

Ecrit par Takuma Takayuki

D’après le manga de Kajiwara Ikki

 

Avec :

Tsumabuki Satoshi : Taiga Makoto

Takei Emi : Saotome Ai

Saito Takumi: Iwashimizu

Ando Sakura: Gumko

Ihara Tsuyoshi: Zao Gonta

Ohno Ito: Takahara Yuki

Yo Kimiko: Taiga Toyo

Hitoto Yo : Saotome Miyako

Ichimura Masachika : Saotome Shogo

 

 

Dontesque ?

Lorsqu’elle était enfant, Ai a été sauvée d’un accident de ski par Makoto, un petit garçon à la vie bien moins aisée que la sienne. Elle en est restée amoureuse toute sa vie, et lorsqu’elle recroise sa route une fois au lycée, elle fait vœu de le changer, de lui faire abandonner son goût pour la baston, et de rester à ses côtés pour toujours.

 

 

Inutile de vous préciser que j’ai regardé ce film parce qu’il y a Buki dedans (vous parler de films avec Buki, c’est en gros tout ce que j’ai fait ce mois-ci de toute façon, donc vous commencez à avoir l’habitude, en plus), mais le film est également réalisé par Takashi Miike et je l’ai déjà dit mais le répète : ce réalisateur a fait des films que j’ai aimés, des que j’ai détestés, des que j’ai adorés, mais jamais un film qui m’ait ennuyée, donc quoi qu’il fasse j’ai toujours un minimum d’intérêt, et Buki + Takashi Miike = yep, voyons ça. Je vous le dis tout de suite : j’ai beaucoup aimé ce film. Je l’ai beaucoup aimé sur le moment, et plus le temps passe et plus il me plait. Je revois des scènes, réécoute la musique, et je l’aime de plus en plus. Mais je vous avoue que j’ai pas mal hésité à écrire cet article. Ce n’est pas quelque chose qui m’arrive souvent, malgré toutes les bêtises que je raconte probablement sur ce blog, mais écrire et, surtout, publier cet article me faisait peur, parce que je craignais (et crains toujours) qu’on se moque de moi. Je vous expliquerai pourquoi plus tard, mais oui, c’est un article qui m’angoisse étonnamment pas mal. Mais je le tape quand même.

 

Le film s’est déroulé en deux parties pour moi, avec un basculement très net.

 

La première est celle où j’ai beaucoup ri. Après tout, ce film est en large partie une comédie, du genre parodique.

 

Un disclaimer néanmoins : le film est une adaptation (libre, a priori) d’un manga dont ont déjà été tirés plusieurs films. Je n’ai ni lu le manga ni vu ces films (il ne me semble pas que le manga ait été traduit de toute façon ?), donc il va sans dire que j’ai dû louper des références. Néanmoins, je ne pense pas que ça rende le film moins divertissant, parce que certes, il se pose en parodie de l’histoire qu’il adapte mais, déjà, il y a des choses qui sont juste amusantes en soi, même sans références : par exemple, le fait que chaque fois que les danseurs font un mouvement un peu raide, le film inclue un bruit d’os qui craquent (c’est pourri à écrire mais ça m’a fait sourire). Pendant une chanson, on suit les pieds des personnages qui tournent autour de toilettes turques, en essayant de ne pas marcher dedans. Et puis une chanson d’un personnage est littéralement une reprise d’un générique de vieil anime, et ça s’entend bien, ce qui ne peut que prêter à sourire.

 

Ah oui, au fait : le film est une comédie musicale. On va en reparler.

 

A côté de ces éléments amusants, il y a aussi des tas de choses parodiées qu’on n’a pas de mal à identifier parce que même sans avoir lu le manga Ai to Makoto ce sont des clichés qui dépassent ce manga. Par exemple, on a l’héroïne naïve et idéaliste qui essaie de faire changer le héros par amour, et ce même héros qui semble indifférent a une grosse cicatrice sur le front, volontairement exagérée, pour la rendre ridicule. Oh, aussi, il y a un lycéen atteint d’une maladie qui le fait paraitre plus vieux que son âge, une blague visant clairement tous les films où des lycéens sont joués par des types ayant la trentaine (et, ha, Takashi Miike a lui-même donné là-dedans avec les Crows Zero, et, du reste, il retrouve le même genre de décor dans ce film-là). Mais surtout les personnages sont des archétypes connus, et on n’a pas de mal à identifier les moments où le film se moque d’eux, en particulier dans la relation entre l’héroïne (Ai -qui signifie « amour »-) et le héros (Makoto -qui signifie « sincérité »-). Ai est l’héroïne typique qui n’abandonne jamais, s’accrochant littéralement à la jambe du héros pour le supplier d’abandonner son monde de violence et bagarre, ce qui, au lieu de le toucher, l’agace profondément.

 

On le comprend du reste. Ai est une jeune femme idéaliste et naïve venue d’une famille très riche qui veut transformer la vie de Makoto, qui lui n’apprécie pas qu’on joue à la poupée avec lui. Et oui, elle fait des sacrifices pour lui, mais au final, elle a toujours une porte de sortie alors que lui, non, et on comprend sans mal que l’insistance de la jeune femme, complètement déconnectée de sa réalité à lui, le gonfle. Du coup, ça donne lieu à des tas de passages qui m’ont fait sourire, parce qu’elle, elle est persuadée d’être dans un grand manga d’amour où son affection irréductible produira des miracles, et lui la pousse et la gerte sans ménagement, comme il ferait avec n’importe qui d’autre ne voulant pas lui foutre la paix. Il y a un beau moment de dialogue de sourds, aussi, dans le dernier tiers du film où elle vit son grand moment d’héroïne romantique et où il n’arrête pas d’essayer de lui dire qu’il n’en a rien à péter d’elle, et ça m’a beaucoup fait sourire. 

[Love is a battlefield] Ai to Makoto  愛と誠
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Le film est très clair sur le fait que ces personnages et cette histoire relèvent de la fantaisie, de la fiction. Tout le film baigne dans un sentiment de fausseté.

 

Les couleurs super vives, par exemple, n’ont strictement rien de naturel. Il y a un gros travail sur l’éclairage, clairement, et le film est à la fois magnifique et complètement artificiel. Par ailleurs, il varie aussi les supports, commençant par une séquence d’animation mignonne pour nous présenter la backstory de ses personnages (et faire un clin d'oeil, sans doute, au fait qu'à la base l'histoire sort d'un manga), et incluant également un passage très sombre où un personnage nous raconte son histoire, le tout étant mis en scène avec un format « théâtre de papier » où seul le personnage qui raconte est de chair et de sang. Bref, le film ne donne pas du tout un sentiment de réalité. En partie, sans doute, parce que s’il était réaliste dans sa présentation, il aurait du mal à faire rire, vu toute la violence qu’il contient, donc il a besoin qu’on sente qu’il n’est qu’une fiction, mais, aussi, parce que l’idée du film est qu’Ai, en particulier, vit dans un monde complètement irréaliste et que les clichés parodiés n’appartiennent pas à la réalité.

 

D’où, aussi, la comédie musicale. Car y a-t-il un genre plus artificiel que la comédie musicale ? (okay, sans doute que oui) Rien ne crie plus « ce n’est pas la vraie vie » que de voir, dans le tout début du film, les personnages se mettre subitement à danser et chanter au milieu d’une scène de baston. En plus, le film ne fait (volontairement) jamais l’effort de prétendre que les personnages chantent « en direct ». Dès qu’une chanson commence, c’est évident qu’on écoute quelque chose de pré-enregistré et retravaillé, à tel point que des fois les personnages arrêtent de chanter et la chanson continue.

 

Parlons donc des chansons !

Je ne savais pas que le film était une comédie musicale quand je l’ai lancé (ma tendance à ne pas me renseigner a encore frappé :’D*), donc je vous dis pas le choc quand Buki s’est mis à chanter. L’effet de surprise m’a fait éclater de rire. Puis, j’ai re-éclaté de rire à la seconde chanson, qui est celle interprétée par Saito Takumi et probablement la plus à mourir de rire de tout le film, à la seule exception de celle d’Ihara Tsuyoshi (qui reprend le générique d’anime) dont je ne sais même pas comment les acteurs ont pu venir à bout sans éclater de rire à chaque prise. Les transitions du parler aux chansons sont radicales, on n’est clairement pas dans un niveau élevé de chorégraphie, et les mises en scènes sont volontairement étranges (dans une on va avoir les figurants qui sont figés dans le fond comme des statues pour créer un effet étonnamment creepy lors d’une chanson sur un amour innocent, ou bien on a cette scène où un personnage féminin chante son blues tout en se hissant au-dessus d’un mur de cabinet par la force de ses bras). C’est étrange, et ça fait rire, parce que c’est une comédie donc c’est l’idée.

 

Pour autant, ça ne veut pas dire que faire rire parce qu’elles sont étranges sont tout ce qu’accomplissent ces scènes musicales. Il y a des tas de choses que j’ai appréciées à leur sujet. Par exemple, la passion que les acteurs y mettent (Saito Takumi est particulièrement déchainé lors de la sienne, l’intensité du personnage qui fait flipper Ai étant, après tout, le cœur de la scène), mais aussi tout ce qui est esthétique, le film ne perdant pas, après tout, ses qualités visuelles pendant ces moments musicaux, et on se retrouve donc face à ce genre d’images :

[Love is a battlefield] Ai to Makoto  愛と誠
[Love is a battlefield] Ai to Makoto  愛と誠
[Love is a battlefield] Ai to Makoto  愛と誠

Vous n’allez quand même pas me dire qu’il n’y a pas de pur plaisir visuel à tout ça ?! (enfin vous pouvez, les goûts les couleurs, tout ça, mais moi, mes yeux apprécient). Et puis, en fait, je les aime bien, moi, les chorégraphies du film. C’est pas toujours complexe mais elles servent les objectifs du film. Elles font sourire, ce qui dans une comédie est bienvenu, et à la fois elles disent quelque chose sur les personnages : la chorégraphie de Gumko est une explosion de liberté pour un personnage qui retrouve la sienne, celle d’Ai montre son innocence si naïve qu’elle en est quasi-enfantine, celle d’Iwashimizu est pleine de grands gestes emportés qui menacent de crever un œil à quelqu’un parce que c’est un exalté total, etc. Ces scènes sont peut-être (volontairement) étranges, mais elles ne sont pas n’importe quoi. Les choix ont un sens : lorsqu’Ai chante, tout le monde s’immobilise et la regarde parce que dans son monde elle est le personnage central. Lorsqu’Iwashimizu chante, le public disparait (avant de réapparaitre à la fin) parce qu’il ne voit qu’Ai, et zappe tout le reste. Le film fait des choix réfléchis et sensés qui ont une signification.

 

Bien sûr, il ne faut pas oublier la musique.

 

Les chansons utilisées par le film n’ont pas été écrites pour le film, et Ai to Makoto est ce qu’on appelle une « jukebox musical », c’est-à-dire une comédie musicale qui reprend des morceaux déjà connus. C’est un autre aspect du film où, en tant que public non-japonais, on perd probablement un peu quelque chose, car les morceaux utilisés font partie d’une culture que je suppose populaire au Japon, et ils viennent donc avec des références que je n’ai pas. Même en cherchant d’où viennent les morceaux, je n’aurai jamais la même réaction face à leur utilisation qu’un public ayant grandi avec. Cela dit, j’ai adoré toutes les chansons du film. On trouve de la pop bonbon, du générique d’anime mis à la sauce rock, de l’enka, et Il n’y a sincèrement pas une seule chanson que je ne réécoute pas avec plaisir.

 

Le fait que les chansons n’aient pas été écrites pour le film signifie que les paroles également ne sont pas écrites pour le film, si bien qu’elles ne sont pas toujours spécifiquement ancrées dans l’histoire, mais ça n’a que peu d’importance, j’ai trouvé. L’important, c’est l’émotion, le sentiment général, et chaque chanson, associée à tous les choix visuels, raconte quelque chose sur le personnage qui la chante au moment où il la chante. Voire, parfois, nous donne un aperçu de son avenir. Bref, chaque passage musical sert à définir un personnage, et elles réussissent toutes à en donner une image vive et nette. On sait exactement qui sont ces personnages après cela, et j’ai beaucoup aimé les personnages de ce film.

 

Ma favorite était Gumko, la lycéenne bad-ass qui n’a pas cessé de mâcher du chewing-gum depuis des années, en continu (d’où le surnom « Gum-ko »), et Ando Sakura est extra dans ce rôle, mais j’ai aussi eu un gros faible pour Ishawamizu (le personnage de Saito Takumi, donc), véritable souffre-douleur du film, dont l'obsession inquiète au début mais qui s’avère être finalement un type drôlement décent. Mais j’ai bien aimé tout le monde, même les personnages qui ne me plaisaient pas en tant qu’êtres humains. Ils apportaient tous quelque chose au film à mes yeux. Mon seul regret est que chaque personnage n’a droit qu’à une seule chanson, donc quand le film arrête d’introduire de nouveaux personnages, les chansons se font également moins présentes, et ça me manquait. Néanmoins, je n’ai jamais cessé d’être impliquée dans le film.

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Et là on en vient au tournant du film, et au passage où vous vous moquez de moi.

 

Je n’ai pas lu trop d’avis sur ce film, parce que je voulais écrire cet article d’abord (souvent je fais ça, parce que je n’aime pas me laisser trop influencer) mais le film étant assez particulier, j’ai quand même été lire un peu, ne serait-ce que les commentaires sur mydramalist, ou nautiljon, ou juste les titres des reviews sur imdb, qui contiennent souvent le mot « hilarious / hilarant ». Tout le monde semble beaucoup s’être amusé, et c’est super, et clairement voulu par le film, mais moi, ce film, je l’ai terminé en larmes. Et pas des petites larmes, des vraies. Et après cela, en réécoutant la musique (ce que j’ai pas mal fait), j’ai eu à nouveau les larmes aux yeux. J’ai le sentiment, en fait, d’être passée à côté du film, mais pas dans le sens « je ne suis pas rentrée dedans » : j’ai le sentiment d'être trop rentrée dedans, de l’avoir pris bien plus au sérieux que j’étais censée, d’avoir été émue complètement au premier degré par quelque chose que je n’étais pas censée regarder au premier degré.

 

Alors est-ce que ça vient de moi ? Suis-je ridiculement trop émotive ? Probablement, mais laissez moi vous expliquer quand même.

 

Il y a un tournant très net dans Ai to Makoto à mes yeux.

 

Il se situe à 1h20 sur 2h13 de film, et sans vous dire qui, le film y introduit un nouveau personnage (pour ceux qui ont vu le film, je parle de [spoiler] la mère de Makoto [/spoiler]), et ce nouveau personnage nous chante le morceau qui lui a été attribué. C’est la première chanson véritablement triste du film. On avait bien eu celle de Yuki avant cela qui, c’est vrai, est drôlement mélancolique, mais à cause de la mise en scène particulièrement étrange, elle garde un élément de comédie. Alors que lors de la chanson à 1h20, il n’y a rien d’étrange. A la limite certaines personnes pourront dire que le film n’est pas subtil (c’est vrai de tout le film), mais pour moi la séquence musicale entière est sans comédie pour la première fois. On a juste ce personnage, épuisé et désespéré, qui chante sa fatigue et ses larmes avec une voix cassée par la tristesse. Cette chanson, c’est un cri de douleur sourde, d’un personnage qui, littéralement, a envie de mourir. Même si le film garde son artificialité (donc on sent la chanson pré enregistrée) et un côté caricatural, le personnage est tellement pathétique et triste que la scène m’a brisé le cœur, moi.

 

Et après cela, on entre dans la dernière phase du film, où tout va culminer, et où toute la noirceur du film, je trouve, apparait vraiment.

 

Ca ne veut pas dire que le film perd tout son fun. Il y a des tas de choses qui m’ont fait sourire, notamment l’illusion totale dans laquelle baignent tous les personnages et qu’ils essaient d’appliquer à un Makoto qui en a plus que ras-le-bol. Mais, malgré tout, après la rencontre avec ce personnage à 1h20 du film, les tensions arrivent à leur comble, on apprend aussi le passé d’un personnage particulièrement tragique, et je trouve qu’on sent vraiment que le film adapte et parodie une histoire dramatique. Et si Ai to Makoto s’amuse des clichés, et des personnages stéréotypés, je n’ai pas eu le sentiment, en revanche, qu’il se moquait des tragédies de ses personnages, ni qu’il manquait d’affection à leur égard.

 

J’ai dit tout à l’heure que la comédie musicale est un genre artificiel, mais y a-t-il, aussi, un genre plus sincère que la comédie musicale ? (okay, encore une fois, sans doute, et ça dépend des comédies musicales mais lâchez-moi les baskets un peu ><) Oui, dans la vraie vie, les gens ne se mettent pas à chanter et danser pour exprimer leurs sentiments profonds, donc quand ça arrive dans les comédies musicales, c’est grillé qu’on n’est pas dans la réalité, mais notez ce « pour exprimer leurs sentiments profonds ». Comme dit la formule, dans une comédie musicale, on chante ce qui est trop intense pour être exprimé en parlant. Les chansons sont un regard sur l’âme des personnages. Toutes ces scènes musicales, elles sont amusantes, elles sont étranges, elles sont parodiques, mais elles sont aussi l’expression très sincère de qui sont profondément les personnages. Ils vivent peut-être dans une fantaisie, et ils sont peut-être des clichés dont le film rit doucement, mais au sein de leur fantaisie, leurs sentiments sont vrais et viennent du cœur, et je trouve qu’il y a de la beauté à cela. Et personnellement, je pense que le film est de mon avis.

 

[spoiler] Ai a beau agacer Makoto, et sa naïveté a beau être moquée, à la fin, c’est quand même elle qui gagne : elle finit par atteindre le cœur cynique de Makoto. Il lui vient en aide, il va sauver sa mère. Oui, pendant tout le film il l’a regardée avec dédain et moquerie, mais elle est si sincère dans ses efforts qu’elle finit par le toucher. Ca c’est passé comme cela pour moi avec le film. [/spoiler]  Oui, les personnages prêtent à rire, mais ils sont tellement francs dans l’expression de qui ils sont qu’ils ont fini par me toucher sincèrement. Et le film a beau être parodique, les choses tristes que traversent les personnages restent des choses qui les font souffrir, qu’on parle de pauvreté, d’addiction ou d’abandon. Ce sont des choses qui les marquent profondément, et on le ressent, notamment, à la façon dont ils envisagent l’amour. Les personnages qui ont grandi dans de bonnes conditions, tels qu’Ai ou Iwashimizu sont prompts à faire de grandes déclarations romantiques. Ils aiment différemment (Ai, elle, veut changer Makoto parce qu’elle pense qu’il en sera plus heureux, tandis que la façon d’aimer d’Iwashimizu est d’apprécier Ai exactement comme elle est) mais tous deux sans restriction. Alors que quelqu’un comme Makoto, qui a grandi mal-aimé par sa famille et par la société en général, est bien moins prompt à offrir son cœur, devenu méfiant et fermé, parce qu’il est en mode survie, et parce qu’il a autre chose à penser. On le voit aussi lorsqu’il demande de l’argent à Ai si elle veut vraiment qu’il s’éduque, parce que ce n’est pas le tout de le mettre dans une bonne école : il n’a simplement pas le temps et la liberté d’esprit que créent la sécurité financière pour pouvoir se consacrer à des études. Ca, pour moi, ça n’a rien de fantaisiste. De même que l’abus dont ont été victimes certains personnages n’est pas fantaisiste.  Sous l’esthétique artificielle, sous les rires, il reste des échos de réalités difficiles, et quand la musique s’arrête, quand le silence se fait, cette réalité porte un coup injuste et cruel.

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Je sens, encore une fois, que je prends sans doute ce film beaucoup trop au sérieux, mais je n’y peux rien : les personnages ont beau être volontairement des clichés, et ont beau être souvent volontairement ridiculisés, le film utilise un langage (la musique) qui me parle pour nous montrer ce qu’ils ont au fond d’eux, et leurs émotions sont réelles pour eux, donc elles le deviennent pour moi. Et j’ai fini en larmes.

 

Le seul truc qui m’a dérangée dans ce film, et j’ai mis un peu de temps à comprendre pourquoi, c’est la façon dont il traite ses personnages féminins. Au début, je n’ai pas compris ce qui me dérangeait. Parce que non seulement mon personnage favori du film est un personnage féminin (Gumko) mais le personnage à avoir chamboulé le film pour moi est également un personnage féminin. J’ai aimé les personnages masculins et féminins de façon égale dans ce film, donc c’était quoi mon problème, au juste ? (une question que je me pose beaucoup, de façon générale :’D) Et j’ai réalisé que ce souci s’articulait autour d’une scène en particulier qui m’était restée bloquée dans la tête : lorsque Gumko (perçue comme une bad-ass de l’école) essaie d’intimider Makoto, il lui fout la pâté direct et la suspend par une fenêtre, tête en bas, si bien que tout le monde voit la culotte de la jeune fille, pendant que Makoto se marre. La violence, pas de souci : Makoto distribue des coups à tout le monde, et à vrai dire j’étais plutôt contente de voir qu’il tapait dans le tas quel que soit le genre de l’adversaire. Non, c’est l’humiliation qui a bloqué cette scène dans ma tête, et je crois qu’il est là mon souci : la façon dont les principaux personnages féminins jeunes (ça ne concerne que les jeunes femmes) sont tous au moins une fois humiliés, avec toujours une connotation sexuelle quelque part, ce qui n’arrive pas aux personnages masculins (le seul personnage masculin central à être régulièrement humilié est Iwashimizu, mais ça n’a jamais rien de sexuel, du moins pas que j’aie perçu). [spoiler] Pour Ai, c’est lorsqu’elle doit travailler dans un établissement plus que douteux, pour Gumko c’est lorsque Makoto expose sa culotte à toute l’école, pour Yuki c’est lorsqu’elle demande à Makoto de coucher avec elle et qu’il refuse en lui disant qu’elle est pathétique. Je note aussi qu’il y a deux personnages dont on a des flash-backs d’un passé difficile, l’un masculin l’un féminin et que les deux ont souffert aux mains d’une « mère indigne » (celle de Makoto l’a abandonné, celle de Yuki était peu présente et la battait), mais que pour le personnage féminin (Yuki, donc) le film rajoute aussi une histoire d’abus sexuel. [/spoiler] La question de si les personnages féminins sont désirables pour Makoto (de façon physique ou pas) fait également partie de l’histoire de chacune, mais c’est surtout cette façon qu’a le film d’attaquer ses personnages féminins sous un angle sexuel, je crois, qui reste dans un coin de ma tête, comme une irritation qui gratte mais que je n’arrive pas parfaitement à situer.

 

Malgré ça, j’ai beaucoup aimé ce film.

 

Je dis pas qu’il est parfait, ni sur le fond ni sur la forme (il aurait sans doute gagné à être un peu plus court, c'est vrai), je ne dis même pas que je l’ai perçu comme j’étais censée le percevoir, et il n’embarquera clairement pas tout le monde, mais je me suis beaucoup amusée dans sa première partie, et beaucoup émue dans sa seconde partie, et au final, d’un côté du spectre comme de l’autre, émotionnellement, j’étais à fond dedans. Aussi Ando Sakura vole la vedette à tout le monde.

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* Je sais que, particulièrement en ce moment, je donne vraiment l’impression de ne me renseigner sur rien avant de me lancer, mais, quand même, des fois, je le fais ! C’est juste que quand je sais que je vais regarder quelque chose de toute façon, j’aime bien ne pas en savoir grand-chose. Donc pour tous les films de Buki, vu qu’ils font partie du projet Buki, ce qui rend leur visionnage « obligatoire », je me lance sans trop fouiller, et ça explique toutes les surprises que j’ai. Et j’aime bien avoir des surprises. => reprendre la lecture

 

Sur ce plus de comédies musicales que j'aime :

 

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