[Elle est retrouvée. Quoi ? – L’Eternité] 69 sixty nine

Publié le 12 Mars 2021

Je n'ai pas vu le temps passer devant 69. L'enthousiasme des personnages est contagieux, et le regard nostalgique en arrière, touchant.

 

 

Sorti en 2004

Dure 1h54

Réalisé par Lee Sang Il

Ecrit par Kudo Kankuro

D’après le roman de Murakami Ryu

 

Avec :

Tsumabuki Satoshi : Yazaki Kenichi

Ando Masanobu : Yamada « Adama » Tadachi

Kanai Yuta: Iwase Manabu

Ohta Rina: Matsui “Lady Jane” Kazuko

Mizukawa Asami: Nagayama Mie

Kunimura Jun: Sasaki

Shidama Kyusaku: Pr. Aohara

Kishibe Ittoku: Pr. Matsunaga

Kase Ryo: Otaki Ryo

Kiritani Kenta: Shirogushi Yuji

Kohinata Fumiyo; Yoshioka Sensei

Arai Hirofumi /!\ : Bancho

Etc

 

 

Dontesque ?

Dans la ville de Sasebo, des lycéens fatigués du contrôle exercé par leur école décident d’organiser un festival de rock, qu’ils voient comme un symbole de liberté.

 

 

oOo

J’étais contente de « devoir » revoir ce film. Il adapte un roman de Murakami Ryu que j’avais beaucoup aimé, même si, à présent, je m’en souviens à peine: il est simplement resté dans ma mémoire comme le seul livre non-déprimant de Murakami Ryu sur les dix que j’ai lus. J’avais hésité, d’ailleurs, à relire le roman avant de revoir le film, mais j’avais trop peur que ça repousse mon visionnage à 2040, vu ce que je lis. Au final, j’ai bien fait, je suis contente d’avoir revu le film sans avoir le livre en tête. En effet, j’ai relu ce que j’avais écrit à l’époque sur le film, et j’écrivais que l’adaptation était trop courte et embrouillée pour quelqu’un n’ayant pas lu le roman, mais je pense que j’étais simplement aveuglée par ma lecture récente, parce que le film est parfaitement compréhensible, pas embrouillé du tout, et pas trop court, même si son rythme est généralement soutenu. 

 

A l’écriture du film, adaptant l’histoire de Murakami Ryu, on trouve Kudo Kankuro, et le choix de scénariste était idéal, parce que les histoires de groupes d’amis qui font des conneries ensemble, c’est quelque chose que Kudo Kankuro sait très bien écrire, et il fait du très bon boulot avec 69. J’ai trouvé le film super divertissant et efficace, grâce au travail de Kudo Kankuro, du casting, et bien sûr du réalisateur, Lee Sang Il, qu’on retrouvera d’ailleurs au cours de ce projet Buki puisqu’il a également réalisé Rage et Villain, avec Buki.

 

Et pour vous parler de ce film aujourd’hui, j’aimerais articuler mon article autour de la première scène du film, ainsi que sa continuation. Parce que, comme je disais, c’est un film que je trouve très efficace, et il ne gâche pas son temps, si bien que la première scène (et sa continuation directe) vous dit rapidement tout ce que vous avez besoin de savoir.

 

 

Introduction

 

Jeunesse prisonnière

Du sexe !

Personnages

Echecs et rires

Jeunesse, soleil couchant et éternité

 

Conclusion

 


 

Let’s go !

 

 

…jeunesse prisonnière

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On commence par un bruit d’hélicoptère, puis, tandis que le film nous indique le lieu et la date (Sasebo, 1969), on voit l’ombre d’un grillage au sol. A en juger par la couleur de la lumière et la longueur des ombres, il est tard dans l’après-midi ou tôt le matin. Dans le coin, en bas à droite, une main tient le grillage. Puis la caméra révèle les ombres entières et enfin nos personnages, cinq lycéens (à en juger par leur uniforme et leur âge apparent) qui, de derrière la grille, regardent à l’intérieur d’une base militaire américaine (d’où l’hélicoptère).

 

Bien sûr, les personnages ne sont pas en prison, mais avec le grillage, le film nous introduit déjà quelque chose d’important, à savoir que les jeunes du film se sentent piégés, privés de leur liberté. Leur situation est mise en parallèle à celle du Japon aux mains des américains post-Second Guerre Mondiale, mais le film s’intéresse surtout aux adolescents, pour qui l’ennemi principal est l’éducation qu’on entend leur donner, l’école qui voudrait les faire entrer dans le moule qu’on a préparé pour eux. Ainsi, Adama (Ando Masanobu, yay ) se plaindra, par exemple, des exercices qu’on fait faire aux élèves avec pour principal objectif une synchronisation aliénante.

 

Comme précisé plus haut, je n’ai pas relu le roman avant de revoir le film, mais j’ai relu mon article sur la question, et dedans j’y faisais référence à cette citation du livre : « Être lycéen était la première étape de la domestication de l’homme ». Le narrateur y disait également que les lycéens sont traités comme du bétail, et on retrouve aisément ce sentiment dans le film. L’Ecole est perçue comme un ennemi par nos personnages principaux, qui veut leur saper leur individualité et les limiter. Par ailleurs, la violence n’est pas que mentale, elle est aussi physique et le film met en scène, en particulier, un prof de sport très porté sur les punitions physiques, qui semble en plus avoir une dent contre notre personnage principal, Ken (Buki). Plusieurs fois on le voit frapper Ken, le laissant la figure défoncée, et si c’est d’abord traité à la blague, façon cartoon, sur le ton comique général du film, à la fin, le film reprend son sérieux, et la violence du prof ne prête plus à rire, le film nous rappelant que, okay, on rigole, mais le problème est réel, et oui, il y a bien un problème dans le système scolaire. Du reste, en 1969, le pays était également en plein dans les émeutes étudiantes, avec de grands soulèvements dont nos personnages principaux s'inspireront clairement lors de leur grand acte de rébelioon contre l'Ecole.

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Cette rébellion des personnages principaux n’est (du moins au début) pas principalement motivée par de grands idéaux, comme on le verra après, mais elle est malgré tout une réponse émotionnelle à quelque chose. Ils veulent avant tout s’amuser et s’exprimer mais c’est parce qu’ils ont été privés de tout cela. Ils cherchent à rejeter la pression. Aussi immatures soient leurs motivations et actions, tout part d’une soif de liberté. Ils sont des underdogs vs une mauvaise institution, et pour nous, spectateurs, ça créé une bonne raison de nous attacher à eux et les soutenir.

 

 

…du sexe !

 

Après cela vient un dialogue où on comprend que le plan est le suivant : Ken va essayer de passer par-dessus la grille, avec une fenêtre de 40 secondes s’il ne veut pas se faire choper. Il a même pris des pétards qu’il confie à un de ses amis (Iwase), pour servir de défense ou distraction (ce n’est pas hyper clair), et il s’avance vers la grille, mais Iwase le retient, et Kai qui n’attendait que cela saisit l’occasion pour se dégonfler. Mais ses amis commencent à lui proposer des récompenses s’il relève le challenge. Ken semble particulièrement enthousiasmé par la promesse d’obtenir un magazine contenant des posters de pin-ups.

 

Ce qui nous introduit à la principale motivation de notre personnage principal le long du film : les filles, ses hormones, le sexe.

 

Ah, il se donne de grands airs, Ken. Il parle de révolution, il parle d’art, de Dylan, de Godard, de Rimbaud, et de la liberté, mais lorsqu’on lui parle de poésie, il est occupé à mater les filles et lorsqu’il explique son projet de festival à Adama en disant vouloir ressentir la même liberté qu’aux festivals américains (le plus connu étant certainement celui de Woodstock, aout 1969) la caméra revient constamment sur les images de femmes aux seins nus à ces festivals, et elle trahit ce qui attire réellement Ken. Nul doute que la liberté attire notre personnage central, mais il a aussi très envie de voir la poitrine des filles, et l’acte de rébellion ultime commis par le personnage le long du film est également une tentative claire d’impressionner la jeune fille pour laquelle il a le béguin : il essaie de reproduire le comportement qu’elle dit admirer.

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Les personnages principaux ont les hormones en folie, en clair, et ils ne sont pas aussi expérimentés qu’ils aimeraient bien le faire croire. Bref, oui, ça parle beaucoup de sexe dans ce film, ils ont quasi toujours le sujet en tête, comme tous les clichés d’adolescents. Et comme certains ados, je suppose. Je n’ai jamais été un garçon adolescent, mais a priori Murakami Ryu, Kudo Kankuro, Lee Sang Il et le cast oui, donc ils ont plus d’expérience que moi en la matière. En tous cas, la conséquence de tout cela est que les personnages font beaucoup de conneries, certaines inoffensives, et puis certaines plus malaisantes (sniffer des sous-vêtements), voire illégales (?) (espionner les ébats des gens). La constante, cela dit, est qu’ils sont toujours le dindon de la farce ou finissent toujours, en tous cas, par sembler un peu pathétiques. Par exemple, les personnages sont distraits et s’introduisent dans les vestiaires des filles en plein dans leur grand acte révolutionnaire, avec Adama qui roule des yeux derrière, parce que « ah, elle est sérieuse la rébellion », en gros. Il y a un sentiment de « boys will be boys » dans le film qui fait qu’on a envie de leur mettre un peu de plomb dans la cervelle (pas littéralement), et que, comme Adama, on lève les yeux au ciel de temps en temps, mais comme Adama, c’est dur de ne pas être amusé et se laisser embarquer par leur enthousiasme et le charme du casting malgré tout.

 

 

…personnages

 

L’ouverture de ce film nous définit également rapidement nos trois personnages principaux et leur dynamique. Alors, certes, il y a plus de trois personnages dans ce film, mais malgré tout, trois d’entre eux se détachent particulièrement du reste, ce qui est souligné par la fin du film : ce sont les trois seuls personnages dont le film estime nécessaire de nous dire ce qu’ils sont devenus plus tard dans la vie.

 

Les trois personnages en question, tous lycéens, sont : Ken, Iwase et Adama.

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Ken est le leader. C’est lui qui a eu l’idée de passer par-dessus la grille, et même s’il se dégonfle l’espace d’une seconde, une fois remotivé (et on a déjà décrit par quoi), il y va avec le sourire. Ken est enthousiaste, énergique, et c’est lui qui fait les plans.

 

Iwase est celui qui essaie de le retenir de grimper au grillage. Puis, lorsque Ken décide malgré tout d’y aller, il prend le cartable d’Iwase et le lance par-dessus la grille, certainement pour créer un prétexte, une raison de passer de l’autre côté. Lorsque les personnages s’enfuient dans la continuation de la scène, Ken prend soin de hurler le nom d’Iwase pour que ce soit lui qui soit puni si jamais quelqu’un doit être puni. C’est un plan complètement con, parce que si la police n’attrape personne, ils sauront quand même qui interroger (Ken crie non seulement son nom mais également son école et sa classe) et Iwase n’aurait plus qu’à les dénoncer, mais en même temps Ken n’est pas du genre cérébral et ça pose qui est Iwase : le plus hésitant des trois, éternel "dernier", qui court moins vite que les autres, est moins charismatique que les autres, etc.

 

Enfin, on a Adama qui regarde Ken parler de grimper au grillage et soupire que si c’est pour assister à des conneries pareilles, il préfère encore rentrer chez lui. Mais au final, lorsque Ken lui demande de lui souhaiter bonne chance, Adama reste, et il se fait donc courser par la police comme les autres, et il a même le sourire pendant qu’il court. Adama est le type cool de la bande. Il cite moins d’artistes, mais c’est l’intellectuel, celui qui n’a pas besoin de faire d’efforts pour attirer les filles, le type plus mature que les autres qui roule des yeux quand ses amis se comportent comme des gamins, mais qui ne peut pas s’empêcher d’être embarqué par l’enthousiasme de Ken, et se retrouve malgré tout dans toutes ses aventures. Ken, visiblement, essaie aussi de lui prouver quelque chose dans cette scène : le dédain d’Adama est la dernière goutte d’eau qui le pousse à essayer de passer le grillage, parce que Ken a un certain complexe d’infériorité vis-à-vis d’Adama.

 

 

 

…échecs et rires

 

Ken commence à escalader le grillage mais il n’a même pas le temps d’atteindre le sommet que des policiers de passage (même pas des militaires de la base !) les repèrent, et on comprend que c’est foutu, Ken ne passera jamais de l’autre côté de la grille.

 

Ce qui nous prépare à quelque chose de récurrent le long du film : les personnages ne sont jamais tout à fait à la hauteur de leurs ambitions. Même quand ils arrivent à faire ce qu’ils voulaient faire, l’échec n’est jamais loin, ou bien le résultat n’est juste pas aussi glorieux qu’ils aimeraient. Un exemple de cela est le cheval blanc qu’ils voulaient avoir dans leur film mais qu’ils doivent finalement remplacer par une chèvre, faute d’avoir un cheval à disposition.

 

Cela dit, la continuation de la scène ajoute quelque chose d’essentiel.

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Lorsque les policiers sifflent dans leur sifflet, l’image se fige sur Ken, repéré et encore accroché au grillage, puis on a le générique de début, après lequel le film revient en arrière, pour nous expliquer pourquoi les personnages se trouvaient là, pourquoi Ken a voulu escalader le grillage, le film déroulant les évènements jusqu’à ce qu’on revienne à la scène d’introduction (montée un peu différemment) dont on a alors la suite : les personnages s’enfuient, et courent, coursés par la police. Ken (comme je le disais précédemment) rejoint par Adama (qui suit toujours Ken) hurle le nom d’Iwase qui se retrouve bientôt distancé par ses deux amis qui sprintent, un grand sourire au visage.

 

C’est ce grand sourire sur lequel je voulais attirer votre attention : les personnages échouent mais ils s’éclatent quand même. Et vous avez là le résumé du film : on sait qui sont les personnages, on sait quelle est leur dynamique, on sait ce qui les motive, on sait que leurs plans ont tendance à capoter et on sait que ça ne les empêche pas de vivre leurs meilleurs moments de jeunesse et rébellion. Et à ce stade, j’en étais déjà à m’amuser avec eux, moi aussi.

 

Cette scène de course, par ailleurs, sonnera sans doute familier à des tas de gens. Du moins, je pense. « Une bande d’amis fuit un danger quelconque avec de grands sourires au visage », c’est un classique de toutes les œuvres qui portent un regard un peu nostalgique sur la jeunesse de leurs protagonistes. Il y a, bien sûr, des tas de variantes. Par exemple, dans Friend 2, il n’y a pas de menace qui course nos héros. En revanche, on y retrouve des arrêts sur image (c’est-à-dire des moments où l’image s’immobilise brièvement avant que le mouvement reprenne) qu’il y a aussi dans 69, et qu’on retrouve souvent dans ce type de scènes. Il n’y en a pas dans la série Marianne, mais en revanche il y a bien la menace (le chien du curé local) et nos protagonistes qui courent à toutes jambes avant de plonger gaiment dans la mer pour échapper à l’animal. On pourra également citer la scène de générique de début du film Go (également écrit par Kudo Kankuro) qui a des éléments en commun (la course, le cri de victoire, les amis, les arrêts sur image, la police qui poursuit) même s’ils sont agencés dans un ordre différent. Je dois vous admettre que j’ai un faible énorme pour ce genre de scènes…

 

C’est pour cela que la screencap que j’ai choisie pour illustrer le film dans mon article « screencaps de 2021 » est tirée de ce passage. Du reste, il y a aussi au moins une affiche de ce film qui a jugé bon d’utiliser une image tirée de cette scène, et ça ne me surprend pas : 69 est un film sur la jeunesse, et cette scène de course est l’expression même du sentiment que le film (comme des tas d’autres œuvres utilisant cette scène et ses variantes) veut donner vis-à-vis de cette jeunesse.

 

 

 

…jeunesse, soleil couchant et éternité

 

Je sais qu’un jour, toutes ces choses ne seront plus que des histoires. […] Mais pour le moment, ces instants ne sont pas des histoires. Ils sont notre présent. […] Tu es vivant, tu te lèves et tu vois les lumières des bâtiments, et toutes ces choses qui te font t’émerveiller. Et tu entends cette chanson, et tu roules dans cette voiture avec les gens que tu aimes le plus au monde. Et en cet instant, je le jure, nous sommes infinis.

Le monde de Charlie, Steven Chbosky

 

Regarder Ken et Adama courir comme ça, en riant, donne l’image d’une jeunesse exaltée, une jeunesse enthousiaste, qui vit vite, portée par son adrénaline. Le fait que les personnages soient coursés par la police mais s’amusent malgré tout donne également un sentiment d’invincibilité, d’insouciance, d’une jeunesse qui court assez vite pour échapper aux conséquences quand elle se plante, si bien que c’est le moment de leur vie où ils peuvent encore tout se permettre. Aussi, d’un pur point de vue physique, c’est le souvenir d’une époque où on pouvait courir comme ça, avant que le corps se dégrade, avant qu’il vieillisse.

 

Bien sûr, même jeunes, certaines personnes n’ont jamais pu courir comme cela. Et certaines personnes n’ont jamais eu le loisir d’une jeunesse insouciante. La version de la jeunesse que propose 69 est une version idéalisée et passée à travers un bon filtre de nostalgie, et le film, je pense, ne s’en cache pas.

 

Juste après l’opening, on embraye sur Ken qui raconte son voyage à ses amis. Son histoire est tellement énorme qu’il est évident qu’il ment, quelque chose qu’il admet facilement lorsqu’Adama fait remarquer que son récit ressemble fortement à un scénario de film. [spoiler] On revient d’ailleurs à cette scène à la toute fin du film ! La dernière scène de 69 est Kenta qui rit en disant que, oui, « c’était un mensonge » et, cela pourrait ne se référer qu’au petit épilogue de fin où il raconte ce que chaque personnage est devenu, mais on peut tout aussi bien penser que le commentaire concerne tout le film [/spoiler] Bref, on établit dès le départ que Ken n’est pas un narrateur fiable, et si, généralement, il ne se pose pas en tant que narrateur explicite, le film nous est montré de son point de vue. Dans le roman, c’était plus clair car tout était écrit à la première personne et par ce personnage qui, de son propre aveu, a une tendance à l’exagération. Dans le film, il n’y a qu’une fois, il me semble, où on l’entend en voix-off nous raconter l’histoire, mais c’est lui qu’on suit, on sait ce qu’il sait, et il n’y a que ses fantasmes à lui que le film exprime visuellement. Or c’est un personnage dont on sait qu’il aime se glorifier, exagérer ses exploits et tordre la réalité. 69 est un regard en arrière, vu à travers les yeux de ce personnage pas fiable, et ses lunettes roses de nostalgie. Une vision idéalisée, donc.

 

Les arrêts sur image tout le long de la scène renforcent également cette ambiance nostalgique. Elles donnent une impression de prise de photo. Chaque fois que l’image s’immobilise une fraction de seconde c’est comme si quelqu’un venait de prendre un cliché de la scène, plaçant le tout dans le domaine des souvenirs. Ces pauses, même rapides, créent également un contraste avec l’énergie de la scène : l’immobile contre la course. Le cliché photo qui va durer contre les personnages qui bougent à toute vitesse et ne se posent pas à un seul endroit. On retrouve ce genre de contraste dans un des grands thèmes du film : l’éternité des moments éphémères et l’éphémère de ce qui semble éternel.

 

Deux fois, au cours du film, Adama nous lit un poème de Rimbaud (L’Eternité). Ou, plutôt, le début d’un poème de Rimbaud. Les vers qu’il nous lit sont les suivants (même si lui les lit en japonais) :

 

Elle est retrouvée

Quoi ? – L’Eternité

C’est la mer allée

Avec le soleil

 

Cette image de l’Eternité trouvée dans le soleil se couchant sur la mer est d’ailleurs reproduite dans le drama : après avoir échappé à la police, Adama lit justement le poème face à l’océan, profitant du soleil couchant avec Ken.

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Dans ces vers, je vois l’idée de trouver l’Eternité dans un cycle qui ne s’arrête jamais : le soleil se lève et se couche encore et encore, comme il le faisait avant même l’existence de l’humanité, et le fera bien après que nous ayons disparu de cette planète. On retrouve cela un peu dans la structure du film : [spoiler] la dernière scène revient presque au début du film, comme si Ken avait inventé tout ce qu’on venait de nous raconter, et qui sait peut-être qu’après cela il recommencera son histoire, la finira, la commencera à nouveau, encore et encore, ressassant ses souvenirs [/spoiler].

 

Je vois aussi, dans ce début de poème, l’idée de trouver l’Eternité dans le sentiment d’infini. Le soleil et la mer sont tellement grands qu’ils nous font nous sentir tous petits, et les font sembler infinis. Le contraste de tailles ressenti ici peut alors s’étendre à un sentiment d’infini général : le moment où nous regardons le soleil se coucher n’est qu’un moment dans le temps infini, l’Eternité (j’explique comme un pied, pardon). Ce contraste de tailles peut également se trouver dans le film : les personnages rêvent d’un monde large depuis un endroit que le film fait sembler petit (Sasebo n’est pas si petite que cela) et font de grands plans qu’ils exécutent généralement de façon bien plus petite que cela.

 

Mais pour parler de la place du poème dans le film à présent.

 

On l’entend pour la première fois lorsque Adama le lit sur le toit de l’école, tandis que Ken regarde les filles qui font du sport dans la cour. Adama se demande ce que ces vers signifient et Ken lui répond qu’il ne faut pas réfléchir au sens mais ressentir le poème. Puis, grand sourire aux lèvres, il rajoute qu’il l’a trouvé, l’Eternité, lui, et c’est « Lady Jane », la lycéenne pour laquelle il a le béguin.

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On l’entend une seconde fois lors de la scène que je décrivais tout à l’heure : après avoir échappé à la police, Adama et Ken regardent se coucher le soleil sur la mer, et Adama lit le poème à nouveau avant d’accepter d’aider Ken à organiser son festival, parce qu’il veut ressentir le poème, le comprendre lui aussi. En plaçant ça là, après la course qui représentait le sentiment de jeunesse, le film, je pense, créé un lien direct entre le sentiment de jeunesse et celui d’Eternité.

 

Les personnages se sentent jeunes, invincibles, éternels. « Infinis », comme dirait Charlie.

 

Vers la fin du film, cela dit, Lady Jane parle du soleil couchant à Ken. Elle lui exprime à quel point elle aime ce moment de la journée, qu’elle trouve si beau, mais également un peu triste car il ne dure jamais. Et elle se demande si ce qu’elle ressent disparaitra aussi rapidement. Le soleil couchant ayant été associé à la notion d’Eternité elle-même liée à la jeunesse, le film semble ainsi nous dire que la jeunesse se termine vite, elle aussi.

 

La jeunesse semble éternelle quand on est dedans, et elle est belle, mais elle est aussi éphémère, vouée à finir. Mais comme des photos, ces fameux arrêts sur image, les souvenirs durent, et on les ressasse, on y revient, on les raconte, on en fait des livres ou des films peut-être, et en ça la jeunesse survit après être passée. L’Eternité perdue est retrouvée.

 

 

… conclusion

 

Pardon, j’ai viré un peu émotionnelle sur la fin… mais bon, vous avez l’habitude sur ce blog : j’ai un cœur supra mou. Et ce cœur supra mou aime beaucoup ce film. Le casting est hyper attachant, le film est dynamique sans sembler précipité et il est super divertissant mais il a aussi du cœur, et il m’a fait sourire mais m’a aussi touchée. Bref, une très bonne expérience :)

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