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Publié le 21 Mai 2021

 

 

Sorti en 2011

Dure 2h21

Réalisé par Yamashita Nobuhiro

Ecrit par Mukai Kosuke

D’après le livre de Kawamoto Saburo

 

Avec :

Tsumabuki Satoshi : Sawada Masami

Matsuyama Kenichi : Umeyama

Nagatsuka Keishi : Yoshiro Karatani

Kutsuna Shiori : Kurata Manako

Etc

 

 

Dontesque ?

Un jeune journaliste naïf et à la recherche d’un scoop sérieux pour enfin lancer sa carrière croise le chemin d’un activiste extrémiste qui parle de révolution violente. Mais l'activiste est-il bien ce qu’il prétend être ?

 

 

oOo

 

Note: pour une version courte de l'article, vous pouvez lire les passages en gras, bleus et écrits plus gros. Ils devraient vous donner un bon aperçu rapide.

 

Ca faisait une éternité que je n’avais pas vu jouer Matsuyama Kenichi, donc j’étais toute contente de le voir sur l’affiche du film à côté de Buki. Ca m’avait rendue aussitôt enthousiaste. Et c’était tout ce que je savais du film avant de le lancer… Avec le recul, j’aurais aimé en savoir un peu plus. Pas tellement à propos du film en vérité, mais à propos du contexte dans lequel se déroule son histoire (et je suppose que si je m’étais plus renseignée sur le film, j’aurais pu également me renseigner sur cette question-là en amont). My back page se repose sur le livre auto-biographique de Kawamoto Saburo, et l’histoire commence en 1969, dans un contexte de manifestations d'étudiants se soulevant contre les systèmes des universités. Je savais que cette époque avait été mouvementée (c’est le même contexte national que pour le film 69, dont les personnages sont inspirés par les mouvements étudiants) mais honnêtement, je suis une bille en histoire et culture générale donc j’étais un peu paumée dans les noms de factions, je ne savais pas trop ce que revendiquaient les manifestants… Bref, c’était le flou. Mais ça ne m’a pas empêchée d’apprécier raisonnablement le film.

 

Le film s’étend sur une décennie. Il commence en 1969 et se termine en 1979, encore que la partie en 1979 soit plus un épilogue: le gros du film se déroule de 1969 à 1972. Pour vous la faire courte et survolée (parce qu’honnêtement je suis toujours pas la personne la plus connaisseuse du sujet), à l’époque il y avait de grosses manifestations dans le milieu universitaire. Ce n’étaient pas juste les étudiants qui grondaient mais aussi les professeurs, certains menant même la charge (comme on le voit dans le film), et à la base les combats étaient apparemment précis : il s’agissait d’exposer et demander la correction de corruptions, par exemple. Ou bien de protester contre des frais d’inscriptions trop élevés. Les clashs avec la police (qui essayait de mâter les révoltes) étaient violents, et bientôt les mouvements sont devenus plus « anti-système universitaire » en général mais aussi « anti-gouvernement ». Et la violence ne s’arrangeait pas. Du moins, c’est ce que j’ai compris.

 

En tous cas le film en profite pour aborder des sujets intéressants. En tant que journaliste, par exemple, Sawada (Buki) se demande quel est son rôle exactement. Il se posait déjà la question avant lorsqu’il était undercover pour écrire des articles sur la vie des gens, mais elle ne fait que prendre plus de place : sa place est-elle en dehors de l’action, dans la zone sûre, ou est-elle plus proche de l’action ? Et s’il se rapproche de l’action est-ce que c’est pour mieux informer le public, ou n’est-ce qu’une question d’égo, parce qu’il veut choper un bon scoop ? Le personnage est par ailleurs assez jeune, et sorti il n’y a pas si longtemps que ça d’une université (celle de Tokyo) qui est elle est aussi en plein bouleversements donc il ressent une forme de culpabilité d’observer ce qui se passe depuis les bancs des spectateurs… En tant que manifestant et révolutionnaire, Umeyama (MatsuKen), lui, aimerait que des méthodes plus extrêmes soient utilisées et s’interroge sur la notion de violence : le public a l’air horrifié des violences manifestantes mais, note Umeyama, ne semble pas avoir de souci avec les forces de l’état et leur violence à elles. Le film ne disserte pas sur la question, mais l’idée est plantée et elle est certainement d’actualité (même si ça ne date pas d’aujourd’hui : elle est d’actualité depuis longtemps).

 

Ce sont des questions intéressantes dans un contexte lui-même intéressant. Et trouble aussi, car comme on le voit dans le film, il y avait des tas de petits groupes au sein du même mouvement et ils avaient tous leurs positions, leurs demandes et leurs méthodes donc ça avait l’air d’être un peu le bordel… Cela se reflète dans le film : j’ai trouvé l’esthétique presque vaseuse. Pas de façon négative, mais à mes yeux elle avait souvent comme un filtre verdâtre qui faisait penser à… ben… de la vase. A une eau opaque dans laquelle on a du mal à voir clair pour une époque où les personnages ont également du mal à voir clair.

 

Un éclairage rouge vient également introduire un élément de danger dans certaines scènes, et j’ai aussi noté que les personnages nous étaient souvent montrés pleins de sueur, la chemise trempée. Entre ça et des décors généralement peu spacieux, voire carrément étroits, le film offre une ambiance étouffante où les personnages n’ont quasiment jamais l’air à l’aise.

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Par ailleurs, My back page n’est clairement pas un film énervé. L’histoire, si elle s’accélère un peu sur la fin, prend sinon son temps et, surtout, il y a beaucoup de moments de silence, de moments d’immobilité, des plans que la caméra tient longtemps sur des personnages afin qu’on ait bien le temps d’observer leurs réactions ou leur posture. Le plus long est probablement le tout dernier plan qui s’attarde presque trois minutes entières sur le visage de Buki. Trois minutes, c’est pas grand-chose dans une vie, mais ça fait un long plan. Et c’est ma scène favorite du film, du reste.

 

Cela dit, je dois admettre avoir parfois trouvé le temps un peu long. Le film dure 2h20 et mettons que s’il n’en avait duré que 2, je n’aurais pas protesté. Peut-être que je manquais de patience ce jour-là, parce qu’il y a des jours comme ça, mais arrivée à la moitié du film, j’ai regardé le temps de film qu’il restait, et j’aurais aimé qu’il en reste moins, ce qui n’est jamais bon signe. J’étais peut-être d’humeur à regarder quelque chose de plus énervé ? Parce que le rythme lent de My back page a du sens à mes yeux.

 

D’une part, tout simplement, le film s’attarde sur les personnages pour nous laisser mieux les observer et sentir ce qui se passe dans leur tête mais, aussi, My back page créé un sentiment d’attente pour des personnages qui, eux aussi, attendent quelque chose. Un déclic. Umeyama, lui, attend le bon moment de bouger, le moment stratégique pour mener sa révolution (encore qu’en vérité, Umeyama étant un imposteur et un lâche, c’est surtout qu’il n’ose pas franchir le cap et stagne en promettant d’agir) et Sawada attend son grand moment, le scoop qui va lancer sa carrière. Car si My back page fait le portrait d’une époque, il le fait à travers ces deux personnages et est en particulier centré sur l’évolution de Sawada qui passe réellement à l’âge adulte dans cette décennie sur laquelle s’étend le film. Il ne me semble pas qu’on nous dise quel âge il a au début du film mais l’auteur du livre autobiographique sur lequel est basé My back page avait 25 ans en 1969. Donc en admettant que Sawada ait le même âge, on commencerait le film à ses 25 ans et le terminerait à ses 35 ans, ce qui semble plutôt bien coller. On regarde donc un jeune homme dans sa vingtaine devenir un adulte dans sa trentaine. Et ça ne se fait pas sans difficulté.

 

My back page est l’histoire d’un homme qui attendait son train avec une telle impatience qu’il a sauté dans le premier venu sans prendre le temps de vérifier que c’était le bon.

 

Sawada est bloqué dans sa vie. Il est allé dans une bonne université, mais on a un peu l’impression que la seule chose que ça lui ait réellement apporté est un surnom un peu moqueur au boulot. Pendant que les hommes vont sur la Lune (la mission Apollo 13), lui ne va nulle part et les regarde à la télé en s’endormant à moitié sur le sofa. Plusieurs fois on le voit ainsi à s’ennuyer au travail. C’est une vie fade, pas celle qu’il voulait, et franchement il avait l’air plus vivant quand il était undercover à vivre une autre vie que la sienne.

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Sawada est tel une princesse Disney : il rêve de plus.

 

Une « back page » dans un journal, c’est l’opposé de la « front page » (la une) : c’est la dernière page, celle de derrière, celle où on case les histoires pas importantes. C’est pour cette page-là que travaille Sawada, et sa vie fait partie des histoires pas importantes. Par ailleurs, la « back page » signe aussi la fin d’un journal, et on pourrait se dire aussi que le film, ainsi, se réfère au fait que Sawada termine une partie de sa vie, tournant la dernière page dessus. Enfin, le titre fait également référence à la chanson My back pages de Bob Dylan (sortie en 1964) dont on entend une reprise dans le générique de fin du film. Le réalisateur du film dit avoir choisi cette chanson parce qu’il en aimait les paroles « Ah, but I was so much older then. I’m younger than that now » qu’on pourrait traduire (si on ne fait pas d'efforts pour faire de jolies paroles de chanson) par « Ah, mais j’étais tellement plus vieux à cette époque. A présent je suis plus jeune qu’alors ». Le choix est parfait pour le film. Dans ce morceau, Dylan regrette l’arrogance de sa jeunesse, son manque de remise en question, les erreurs qu’il a faites, et c’est un très bon morceau pour accompagner l’état d’esprit final de Sawada.

 

J’aime beaucoup, beaucoup la fin de ce film. Ca me tue qu’apparemment la dernière scène n’était pas censée se trouver à la fin du film, parce que je n’aurais pas pu imaginer meilleure conclusion que ce dernier moment. [spoiler]  Le film revient en une sorte de cercle : on avait commencé l’histoire de Sawada avec ses personnages puis sa longue marche jusqu’au travail, on la termine en partant du travail et revenant à ces personnages, même si le travail est différent. C’est un très joli moment où Sawada accepte qu’il n’a jamais été un "vrai journaliste", qu’il ne l’est toujours pas, et qu’il a fait plein d’erreurs. Bien sûr, il savait déjà avoir fait des erreurs, mais dans ce moment-là où il se met à pleurer, puis à sourire avant que le générique de fin apparaisse dans un flash, on a le sentiment que tout le poids des évènements lui tombe soudain sur les épaules, mais s’envole une fois réellement accusé. J’aime aussi le fait que cette scène fasse écho à une discussion qu’a eue Sawada avec un personnage secondaire plus tôt dans le film : elle disait aimer les hommes qui pleurent (prenant des personnages de film pour exemple), et il lui avait répondu que les vrais hommes ne pleurent pas. Mais le voilà, sanglotant dans un restaurant, et puisque le thème de cette fin est qu’il avait toutes les mauvaises convictions étant plus jeune, le film semble conclure que, si, les vrais hommes pleurent aussi, et que ne pas se laisser ressentir les émotions est une entrave à la guérison. Buki est excellent dans cette scène. Et elle fait du bien au spectateur aussi, car comme j’en discutais plus haut, My back page donne un sentiment d’enfermement, si bien que cette dernière scène a eu un effet libérateur sur moi aussi. Et puis c’était aussi agréable de voir que le personnage avait grandi. [/spoiler]

 

Non parce qu’on va pas l’absoudre, Sawada. Il était bloqué et un peu désespéré, il était naïf et s’est laissé embrigader mais dans sa relation avec Umeyama, qui est au cœur du film, les deux personnages se sont utilisés l’un l’autre, et plusieurs décisions de Sawada ont été prises parce qu’il était aveuglé par ses propres désirs. Et le truc avec les décisions c’est qu’elles ont des conséquences. Même quand on ne pense pas à mal, des fois, on bouge une boite de lapins et les lapins crèvent (ça arrive au tout début du film). Et des fois on donne à un manipulateur narcissique l’attention qu’il désire, et ça tue peut-être pas des lapins, mais ça veut pas dire que ça n’a pas de conséquences.

 

En face de Buki, Matsuken incarne Umeyama, un jeune homme dont la nature nous est dévoilée bien plus tôt qu’à Sawada. On sait rapidement que c’est un menteur, et les signaux d’alerte se multiplient. A vrai dire, si on a droit à une scène silencieuse d’introduction au tout début du film, la première scène où on entend parler Umeyama est une scène de débat qui met à jour tout ce qu’il a de pathétique : Umeyama (qui s’appelle en vérité Katagiri, c’est son vrai nom, donc celui qu’on entend dans cette scène) s’excite à dire qu’il faut que les manifestants soient plus violents, plus radicaux, et oh, il a la passion, il veut former son propre groupe d’activistes. Mais quand on lui demande quelles seront ses positions, sa politique, ce qu’il veut changer avec ce fameux groupe, c’est le vide, et parce qu’il n’a pas de réponse Umeyama se fait à attaquer son interlocuteur. C’était presque douloureux à regarder tellement c’est évident qu’Umeyama est en train de perdre ce débat. Parce qu’il n’a pas de vraies convictions. Il aime l’esthétique de la révolution, il aime flatter son égo à s’imaginer chef d’un mouvement, mais il n’a pas de positions, c’est un poseur pathétique qui aime simplement manipuler son petit monde. Vers la fin, My back page fait référence à un film qui s’intitule The 19 years old map. Je ne l’ai pas vu, mais d’après ce que j’ai pu lire, c’est l’histoire d’un type mauvais qui aboie fort mais n’est finalement qu’un mec mesquin et minable, et… ouais ça cadre plutôt bien. Donc ça fait un peu de peine de voir Sawada se prendre à son jeu, séduit par les faux-airs d’Umeyama. Et on parle vraiment de séduction : pour tout vous dire, dans la scène où la connexion se créé vraiment (sur l’air de Have you ever seen the rain ? de Creedance Clearwater Revival, et wouhou, j’adore cette chanson et j’en veux limite au film de ne pas avoir laissé Matsuken la chanter en entier) j’en étais limite à m’attendre à ce que Sawada se penche pour embrasser Umeyama.

 

Malheureusement, non :( Car des fois la vie n’est que déception.

 

En conclusion, néanmoins, j’ai bien aimé ce film. Je ne vous cache pas que, parfois, j’aurais bien aimé qu’il accélère un peu le mouvement, et je me suis sentie gigoter sur ma chaise, parce que je ne devais pas être dans le bon état d’esprit, mais il y a des tas de choses que j’ai trouvée intéressantes dedans, et le film se termine sur ma scène favorite, ce qui m’a laissée sur la meilleure note possible. Et la fois cette note n’était possible que grâce à ce qui était venu avant, évidemment. Donc dans l’ensemble, j’ai apprécié ce film, ainsi que la performance de Buki en particulier.

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