[Arbre tombé] Ranhansha 乱反射

Publié le 24 Mars 2021

Film sur le deuil et une tentative de vengeance vouée à l’échec, Ranhansha est intéressant, et joliment tourné et interprété, mais a manqué d’impact pour moi.

 

 

 

Sorti en 2019

Dure 1h34

Réalisé par Ishii Yuya

Ecrit par Ishii Yuya & Naruse Katsuo

D’après un roman de Nukui Tokuro

 

Avec :

Tsumabuki Satoshi : Kayama Satoshi

Inoue Mao : Kayama Mitsue

Kogishi Hikaru : Kayama Shota

Hagiwara Masato : Adachi Michiro

Tsurumi Shingo : Ishibashi Tadayuki

Kitamura Yukiya : Ebisawa Kazuya

Serizawa Tateto : Kobayashi Rintaro

Mitsuishi Ken : Kamimura Ikuo

Sagara Itsuki : Otsuka Kanae

Miura Takahiro : Kumegawa Haruaki

Hara Hideko : Kayama Michiko

Otaka Akira : Kayama Akira

Tsutsui Mariko :Kasuya Shizue

Umezawa Masayo : Tamaru Hana

Tayama Ryosei : Misumi Kozo

 

 

Dontesque ?

Un jour de vent violent, un arbre dont la maladie n’avait pas été détectée s’abat sur un petit garçon. L’enfant perd la vie, les parents sont effondrés, et le père jure de trouver le responsable et s’en venger.

 

 

oOo

Lorsque je regarde un film avec Tsumabuki Satoshi, je vais régulièrement pleurer auprès de Luthien que Buki a joué dans beaucoup trop de trucs tristes, et que la prochaine fois j’espère tomber sur un acteur ou une actrice ayant joué dans un maximum de films d’horreur funs. En vérité, j’aime bien que la filmographie de Buki me sorte de mes habitudes, mais par contre c’est vrai qu’il y a une certaine… récurrence : « tiens, une comédie musicale parodique ! … mais elle devient super triste :D », « tiens un film avec un cochon choupi ! … mais à la fin il faut débattre de s’il doit être mis à mort ou pas :D », « tiens un film de braquage de banque qui a l’air fun ! … mais en fait tous les persos sont profondément déprimés :D », « tiens une comédie romantique ! … mais en fait explorons le regard superficiel du héros qui gâche ses relations :D » … why, Buki, why ?! Au moins, avec Ranhansha, je n’étais pas prise par surprise : l’histoire est celle d’un couple (interprété par Buki et Inoue Mao que j’étais toute contente de retrouver, et le film ne rate pas sa chance de faire une référence à Hana Yori Dango) qui perdent leur enfant dans un accident, et doivent gérer le deuil. Et pour une fois j’avais lu le synopsis (parce que le titre apparaissait deux fois dans la filmographie de Buki, en tant que drama SP et film, donc je voulais vérifier s’il y avait erreur quelque part), donc j’étais prévenue : cela n’allait pas être gai. Et ça ne l’a pas été, en effet. D’ailleurs j’ai eu envie de pleurer dès le début, lorsqu’on nous montre la scène de l’accident. On commence avec la mère qui rentre chez elle, poussant son fils dans la poussette, mais il y a un vent de fou, et le bruit de ce vent est déjà menaçant, puis l’accident arrive, et j’avais les larmes aux yeux.

 

Mais après ça, de façon surprenante, le film ne m’a pas mise au 36ème dessous. Pas parce que je n’étais pas impliquée mais parce que pendant le gros du film on suit le personnage de Buki et, s’il est triste, le personnage est habité avant tout par la colère, la rage et la frustration. Et c’était ce que je ressentais avec lui, même si de mon côté c’était plus de l’agacement et de la frustration, parce que j’étais un peu plus en retrait que lui quand même.

 

Ranhansha est une histoire de vengeance. Ou plutôt l’histoire d’une tentative de vengeance.

 

Quand Satoshi apprend et encaisse la mort de son fils, son réflexe n’est en effet pas de se dire que c’était un accident tragique, mais que son fils a été tué. Que quelqu’un est responsable. Parce que c’est plus facile d’avoir un coupable. Et Satoshi étant du genre à enquêter (c’est son boulot : il est reporter), il décide de le trouver, ce fameux coupable et de s’en venger. Le souci étant : il n’y a pas de coupable. Pas vraiment.

 

Le film, comme précédemment établi, commence le jour de la mort de l’enfant. Après cela, il remonte dans le temps, une semaine plus tôt, et il nous montre tout ce qui a précédé l’incident, revenant petit à petit à ce fameux jour et cette fameuse scène. Et ce qu’on voit se mettre en place est une chaine de gens dont les petites actions ont causé les actions des autres, créant la situation qui a causé la mort de Shota. L’approche simpliste de Satoshi est dangereuse, elle le frustre et le consume, sa colère n’a nulle part où porter le grand coup, parce qu’il n’y a pas réellement un responsable mais des responsables, et ces gens n’ont pas commis de crimes mais de petites fautes qui, si elles sont agaçantes et contre les règles de la société ou même des manques à leur devoir (par exemple un employé de la mairie devait ramasser des crottes de chien et ne l’a pas fait) peuvent difficilement les rendre directement coupables de la mort de l’enfant. Satoshi, d’ailleurs, ne nous est pas montré meilleur que ces gens : malgré un panneau clair interdisant la chose, il bourre une poubelle publique de ses déchets domestiques. Qui sait si, ce faisant, il a lui-même créé un effet boule de neige ayant provoqué la mort de quelqu’un ? Il y a peut-être quelque part un autre parent qui pleure son enfant à cause de ce petit geste... mais personne ne jugerait Satoshi responsable pour autant, si ? Et oui, ça craint qu’il n’ait pas respecté les règles, et le film semble presque être une mise en garde qu’il faut suivre les règles sinon on tue des enfants (o.o), mais qui les respecte en permanence ? On a tous un jour, même sans y penser, fais quelque chose qu’on n’était pas censé faire, par négligence, paresse, frustration, ou autre.

 

Bref ce que j’essaie de vous dire c’est qu’il y a des enfants morts à cause de vous PARTOUT. FOUTUS MEURTRIERS QUE VOUS ÊTES !

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Mais aussi que la vengeance de Satoshi est mal barrée, même si j’admets qu’il y a quand même des maillons de la chaine que je blâmais plus que d’autres. Perso, le médecin qui a refusé de prendre le gamin dans l’hôpital de peur d’avoir un procès au cul si le gamin mourait, je l’ai regardé avec des fusils dans les yeux. Qu’il soit pas formé pour le prendre en charge, certes, mais c’est le manque total d’empathie et d’intérêt pour le gosse à l’agonie qui, urgh. Et autant tous les autres personnages impliqués ne pouvaient pas toujours imaginer les ramifications de leurs choix, autant là c'était différent pour moi, et s'il y avait une personne sur qui je voulais bien que s'abatte la vengeance de Satoshi… Bref, oui, c’est surtout l’attitude qui m’a donné des envies violentes, et en général, c’était ce qui séparait les personnages pour lesquels j’avais de la compassion ou pas : l’attitude. Pas tellement la responsabilité, mais l’empathie ou les regrets dont ils faisaient ou ne faisaient pas preuve. A vrai dire, deux des personnages à m’avoir le plus fait bouillir le sang n’ont même pas contribué à la chaine des évènements : ce sont les passants qui regardent la scène de l’accident en souriant et prenant des photos. J’espère qu’ils se prendront un arbre dans la face un jour de vent :D

 

 

Pardon.

 

Toujours est-il que, je le réitère, la vengeance de Satoshi est mal barrée, et apparait donc de plus en plus comme ce qu’elle est : une quête vaine que Satoshi utilise comme barrage contre la douleur, une distraction, une esquive. Le souci étant qu’en esquivant, Satoshi ne s’occupe pas vraiment de lui, ne digère pas la perte, et il abandonne au passage sa femme à qui il a promis qu’il s’occuperait de tout (comprendre : trouver le coupable, s’en venger, et ainsi « régler le problème ») mais qu’il laisse en vérité à elle-même, chacun vivant la tragédie de son côté.

 

La réussite du film était que j’espérais vraiment qu’ils allaient arranger ça.

 

Pour être honnête, au début, quand on voit le couple interagir pour la première fois, j’ai eu envie de baffer Satoshi, à cause de la façon dont il écoute sa femme exprimer son stress et sa fatigue, et rigole tout le long en lui disant juste vaguement que ça va aller. Mais on réalise rapidement que c’est un couple pas parfait mais qui fonctionne et que Satoshi est un meilleur mari qu’on ne l’avait cru, donc j’avais envie de voir ces deux personnes s’en sortir. Mais plus Satoshi s’enfonçait dans sa vengeance, plus il s’y perdait, plus il pétait les plombs, et plus je m’inquiétais. C’était là qu’était le grand enjeu du drama à mes yeux, et Inoue Mao comme Tsumabuki Satoshi sont bons, donc je m’en faisais pour eux. L’attitude « laisse moi m’occuper de tout / tout se passera bien, pas besoin de s’en faire » de Satoshi ne fonctionnerait juste pas dans cette situation, et toute la question était de savoir s’il s’en rendrait compte à temps.

 

J’ai trouvé aussi que le réalisateur avait fait du bon boulot. La réal sait quand écraser les personnages, quand agrandir le champ pour les laisser respirer, quand montrer leur solitude en les séparant à l’écran, et quand se concentrer sur de petites choses : les lumières vives que Satoshi a du mal à supporter après la mort de son fils ou bien la petite lumière de la caisse où travaille Mitsue (Inoue Mao donc) et par laquelle elle se laisse hypnotiser, se perdant dans ses pensées, pour échapper à la réalité.

 

Mon seul regret est que le film ne m’a pas frappée de plein fouet. Je ne saurais pas mettre le doigt sur quoi, mais il me manquait quelque chose. J’étais investie, mais pas profondément investie. Après : j’ai vu la version courte. Ranhansha est d’abord sorti en 2008 en tant que drama SP durant 1h53, puis il est ressorti en 2019 en tant que film d’1h34 cette fois, et c’est la version que j’ai vue parce que c’est celle que j’ai trouvée. Donc mon avis est à prendre un peu avec un grain de sel, parce que qui sait ce qu’il y avait dans ces scènes que je n’ai pas vues ! Peut-être que c’est pile ce qu’il manquait pour que le film me brise complètement le cœur.

 

En attendant, dans sa version courte, j’ai trouvé Ranhansha intéressant et engageant, mais pas dévastateur. Mais honnêtement, ça me va. Certes, ça veut dire que le film n’a pas autant d’impact qu’il aurait pu/dû, mais mon cœur s’en est pris plein sa gueule de sale palpitant ces derniers temps, donc il était content de pouvoir souffler un peu, là ;;

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