[Le rôle d'une vie] Smuggler スマグラー

Publié le 23 Avril 2021

Violent, mais drôle, mais violent, Smuggler m'a fait passer un bon moment. A part sur la fin. Mais sans parler de coup de coeur, je me suis amusée devant le film, et ça m'a convenu.

 

 

Sorti en 2011

Dure 1h55

Réalisé par Ishii Katsuhito

Ecrit par Ishii Katsuhito, Yamaguchi Masatoshi & Yamamoto Kensuke

D’après le manga de Manabe Shohei

 

Avec :

Tsumabuki Satoshi : Kinuta Ryosuke

Ando Masanobu: Vertèbre

Nagase Masatoshi : Joe

Matsuyuki Yasuko : Yamaoka Yuki

Mitsushima Hikari : Tanuma Chiharu

Tei Ryushin : Viscère

Gashuin Tatsuya : Jijii

Takashima Masahiro : Kawashima Seiji

Abe Tsuyoshi : Kabashi Bukutadashi

Etc

 

 

Dontesque ?

Un acteur raté endetté se voit forcé de prendre un travail peu attirant de transporteur, avec deux nouveaux collègues. Le travail ne serait pas si stressant mais il ne tarde pas à découvrir en quoi consiste le cargo : des cadavres humains.

 

 

oOo

Bon, il est évident que ce film fait partie de mon projet Buki et était donc sur ma liste de choses à voir parce qu’il y a Tsumabuki Satoshi dedans, mais, aussi, j’avais vu cette image d’Ando Masanobu :

 

 

1/ j’aime beaucoup Ando Masanobu et 2/ il a la classe sur cette photo ! Donc j’étais aussi motivée par cela, d’autant que j’avais bien envie de voir un peu d’action (et j’en ai eu un peu, en effet) et que je me souvenais avoir beaucoup aimé Shark skin man and peach hip girl du même réalisateur. Oh, je ne me souviens pas du film lui-même, que j’ai vu il y a une éternité (mais j’ai acheté le dvd récemment donc je le reverrai un jour !) mais je savais que ça m’avait beaucoup plu donc, yep, j’étais hypée. Et heureusement, je n’ai pas été déçue, le film m’a bien plu ! D’ailleurs, maintenant, je serais curieuse de lire le manga, et l’achèterai probablement un de ces jours pour voir ce qu’il donne. Car, oui, le film est basé sur un manga, et… ça se voit.

 

Visuellement, Smuggler m’a immédiatement accrochée. Il commence avec un plan de ville vue de loin, la nuit, avec une petite musique au piano, nous mettant déjà du point de vue de quelqu’un qui évolue dans les « marges », puis, une fumée d’usine se transforme en brouillard, une lune apparait et devient des feux, et le film transitionne à la camionnette où se trouvent trois de nos personnages principaux (même si on ne les y voit pas encore). Pendant que la musique s’intensifie, dans le brouillard apparait alors enfin le titre du film. C’est une très jolie transition, et le moment où je me suis dit « okay, film, tu me parles » (et il n’avait pas commencé depuis deux minutes encore, donc je me suis très vite enthousiasmée, en clair).

 

Le film a des couleurs atténuées qui tendent généralement vers le gris (il y a des exceptions, des verts ou des rouges qui ressortent parfois), un choix sensé puisque le monde dans lequel vivent nos personnages est lui-même très gris. Comme c’est répété trois fois dans le film, c’est un monde « sombre mais pas complètement noir ». Bref un monde gris. Gris parce qu’il est assez déprimant mais qu’il n’est pas encore tout à fait dénué d’espoir ni de gestes de gentillesse et compassion, et gris parce que moralement répréhensible mais les personnages n’ont pas tous perdu toute humanité, et que, pour certains, on les condamne tout en les plaignant. « Moralement gris/trouble », on va dire, donc.

 

Les tons sont très contrastés, et malheureusement je suis nulle pour parler d’esthétique, mais pour moi ça participe à rappeler que le film est adapté d’un manga, parce qu’il fait très stylisé, rien ne semble naturel ou vrai, c’est une réalité trafiquée. Et je suppose que c’est une bonne chose, du reste, parce que le film vire souvent très violent, et s’il était en plus réaliste, il en deviendrait certainement compliqué à regarder (et en soi ce serait pas mauvais, mais le film serait différent). Déjà que là il y a des moments où je souffrais un peu…

 

Par ailleurs, le film est découpé en chapitres. Cinq, pour être exacte. Au début, j’ai cru que, peut-être, le film avait l’intention de ne pas raconter son histoire dans l’ordre chronologique, mais s’il y a des flash-backs, il reste sinon linéaire. Puisqu’il y a plusieurs personnages dont les chemins sont d’abord séparés avant de se rejoindre, on pourrait se dire que le film suivrait, dans chaque chapitre, un personnage différent avant de tous les rassembler dans le chapitre final, mais ce n’est pas vraiment cela non plus. En revanche, oui, le découpage en chapitres contribue à l’effet « manga », continuant également d’insister sur l’aspect fictif de l’histoire qui nous est présentée.

 

Enfin, il y a tout simplement le look de certains personnages.  Certains ont un look totalement banal, notamment nos trois transporteurs de cadavres qui sont effectivement censés être des gens non-remarquables, mais d’autres ont des styles moins anodins, tels que la banquière gothic lolita et, bien sûr, nos deux assassins, en particulier celui interprété par Ando Masanobu, avec ses cheveux blonds et ses tatouages (pas que tous les gens avec des cheveux blonds et des tatouages fassent manga, mais c’est un élément dans un tout). 

[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー
[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー

Parlons-en, des personnages.

 

C’EST QUOI CE CASTING OMG !? Moi, comme d’hab, j’avais fait le minimum niveau « me renseigner avant de regarder le film », donc quand le générique de début a commencé à aligner les noms connus, j’étais en mode « whut ?! » devant mon écran.  Non seulement il y a Buki et Ando Masanobu dans ce film (un jour peut-être, je ferai un « projet Nobu, haha… en vrai il faisait même partie des acteurs que je comptais couvrir pour la SA2020 !) mais on y trouve également Mitsushima Hikari (idem, encore une actrice que j’étais censée « couvrir » ;;) ! et Abe Tsuyoshi ! et Kohinata Fumiyo ! même Matsuda Shota fait une apparition ! Et d’autres dont je ne vous spoile pas les noms, vous aurez la surprise comme ça. Pas d’Asano Tadanobu, par contre, malheureusement, alors que c’est un habitué du réalisateur. Mais yep, Ishii Katsuhito (le réal) a l’air d’avoir des contacts…  

 

Bon mais dans tout ce déballage d’acteurs de première classe, je pense qu’on peut dire que les personnages de Buki (Kinuta) et Nobu (Vertèbre) sont les principaux. Ou peut-être que je suis biaisée (car je suis biaisée), mais ils sont les deux personnages que je qualifierais de « au centre » des deux segments d’histoire qui se rejoignent lorsque les deux personnages se rejoignent également, ce qui lance la dernière partie du film. Les autres personnages ne vivent pas leur vie en fonction de ces deux-là, ils sont personnages principaux de leur propre histoire, mais le film semble s’articuler autour de Kinuta et Vertèbre en particulier.

 

Kinuta est un acteur raté qui a développé une addiction aux pachinko (ce sont des machines à sous) et a touché le fond si bien que pour repayer une dette le voilà à présent piégé dans ce boulot de transporteur de cadavres. Le personnage n’est clairement pas aussi endurci que ses collègues et fait un peu « mauviette » à cause du contraste. Surtout, il est naïf (à un moment donné il fait une connerie tellement monumentale, que quand elle lui retombe sur la gueule, je vous avoue que j’ai rigolé tant je ne voyais pas à quoi d’autre il pouvait s’attendre). Mais il s’avère également plein de ressources par moments, et c’est quelqu’un de gentil avec un intérêt pour les autres et un enthousiasme que la vie n’a pas l’air d’avoir encore complètement détruits. Même ceux autour de lui qui se moquent semblent finalement avoir de l’appréciation pour les qualités de Kinuta, parce que, comme le dit Joe (le collègue de Kinuta, interprété par Nagase Masatoshi) dans ce monde pourri, finalement, les choses les plus précieuses sont les choses immatérielles. Après tout, ce qui fait la valeur d’une chose est souvent sa rareté, et la compassion et l’optimisme ne sont pas courantes dans le monde de nos personnages, si bien que, je trouve, on se met rapidement à espérer que tout va bien se passer pour Kinuta, malgré que tout semble indiquer que ce soit mal barré.

 

Ca aide, bien entendu, que Buki soit bon dans ce rôle. Jouer les losers attachants, c’est un peu sa spécialité après tout, et la vulnérabilité, ça le connait. Il y a notamment une scène où il a super peur et se met à chialer toutes les larmes de son corps, et mon cœur n’en pouvait plus, perso. En tous cas, oui, j’espérais de tout mon palpitant qu’il allait s’en sortir. Notamment, j’ai été touchée par sa relation avec Joe, qui, lui, est visiblement dans le métier depuis bien plus longtemps que Kinuta et est largement résigné à cette vie. J’ai trouvé que Nagase Masatoshi était bourru et parfois brusque tout en gardant une certaine chaleur, et le personnage m’a plu.

 

J’ai également été ravie de voir Mitsushima Hikari rejoindre nos transporteurs, parce qu’avoir Mitsushima Hikari à l’écran est toujours un plaisir, et j’ai aussi eu un faible pour Matsuyuki Yasuko dans le rôle de « la banquière » en habits de Lolita, parce que le personnage est au cœur de tout un monde qui a son propre fonctionnement, et que j’étais contente de le regarder marcher. Mais, oui, le second personnage principal de ce film, à mes yeux, c’est Vertèbre.

[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー
[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー
[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー

Vertèbre fait partie, avec son collègue Viscère (Tei Ryushin), d’un duo redoutable d’assassins chinois. Du moins, ils parlent chinois entre eux la plupart du temps (aucune idée de si Ando Masanobu et Tei Ryushin sont convaincants dans cette langue, par contre) et bossent pour la mafia chinoise, mais comme personne n’est trop au courant de leur identité, on ne sait pas exactement d’où ils viennent. En tous cas, ce qui est clair c’est qu’il vaut mieux ne pas croiser leur chemin, et si Viscère n’est pas à prendre à la légère et est d’autant plus dangereux qu’il s’emporte vite, le film nous fait particulièrement démonstration du danger que représente Vertèbre avec son nunchaku. Le type est brutal o_o  Finalement, je crois bien que la preuve la plus convaincante que Viscère est également à redouter est qu’il arrive à tenir le coup contre Vertèbre, une chose dont peu de gens peuvent se vanter. Le type est à peine humain. Il est si rapide qu’il va plus vite que des balles, et il y a une scène où il ressemble réellement à un monstre de film d’horreur. Tu m’étonnes que la plupart de ses scènes d’action nous sont montrées en slow motion : quand c’est pas en slow motion, on n’a pas le temps de calculer ses mouvements.

 

De façon parfaitement prévisible, Vertèbre a été mon personnage favori de ce film.

 

J’y peux rien, c’était couru d’avance. Visuellement, il a la classe avec ses tatouages, et puis Nobu est super joli, et le personnage est un bad-ass total. Certes j’irais pas lui faire un câlin parce que c’est une machine à tuer, mais par contre, je le regarde bouger à l’écran avec des étoiles dans les yeux. Du reste, j’ai menti : ce n’est pas une machine. Il est efficace, mais il est aussi fatigué, et lorsqu’on commence le film, ça fait déjà un petit temps qu’il se pose des questions. Pas au point que je l’approcherais à moins de quarante kilomètres, mais il n’est pas fait de métal, on sent que les choses lui pèsent et l’atteignent, et parce que les humains sont incroyables et capables d’empathir avec tout et n’importe qui, bah, j’étais un minimum investie dans le personnage émotionnellement et, je vais pas vous mentir, il y a même plusieurs scènes qui m’ont fait un pincement au cœur le concernant.

 

Je suis faible, que voulez-vous. Et puis j’aime les scènes d’action, aussi, et il est au cœur de quasi toutes les scènes d’action du film, qu’elles soient sérieuses ou comiques. Encore que même les sérieuses ont un élément de comédie de toute façon. J’ai bien aimé l’action de ce film. Elle a cet élément de comédie, mais elle est aussi brutale, on sent la portée de chaque coup. Les corps et les attaques ont un poids. Le film ne lésine du reste pas sur le sang et les membres cassés en slow-motion, et je vous préviens, si vous avez un truc contre les fluides buccaux, ça va pas être votre film, parce que le réalisateur a l’air d’avoir une fixation dessus, et nous filme bave et sang qui sortent de la bouche au ralenti et en gros plan… Moi-même, ce n’étaient pas mes images favorites, haha. Mais sinon, j’ai beaucoup accroché à l’action du film, en particulier cette fameuse scène où Vertèbre et Viscère font s’affronter leurs savoir-faire.

 

Comédie et brutalité sont ce qui définissent tout le film à mes yeux.

 

Il y a beaucoup d’humour dans Smuggler. Même le tout début, avec la date qui passe de « 666 » à « 1999 » est tellement gros qu’il ne peut que prêter à sourire, et après cela, Smuggler contient beaucoup d’humour noir ou absurde ou les deux. Pour vous donner une idée, dans deux styles différents, voici deux scènes qui m’ont fait rire :

 

1/ la scène où un chef de gang réputé pour ne pas supporter les fumeurs allume lui-même une cigarette, au grand choc de ses interlocuteurs auxquels il entreprend d’expliquer qu’il fume mais déteste les fumeurs parce que fumer indirectement est hyper dangereux pour la santé.

 

2/ la scène où, après un massacre, Vertèbre et Viscère utilisent une main coupée pour tenir un sèche-cheveux et sécher leurs vêtements. Haha. C’est drôle de façon macabre.

[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー

Néanmoins, malgré son humour, le film reste effectivement brutal, et ne conviendra certainement pas à tout le monde. Personnellement, j’ai, je pense, une bonne tolérance à la violence, et en suis même amatrice quand il s’agit de scènes d’action, mais le film, dans son dernier tiers, contient plusieurs scènes de torture, et là il s’agit par contre de juste regarder un personnage souffrir pendant de longues, longues minutes, et je dois dire que j’étais pas hyper bien dans ma tête. Regarder des gens se faire tuer de façon presque grotesque au point d’en repeindre tous les murs en rouge, pas de souci, mais la torture, là, c’était pas facile. Et le film essaie d’introduire de l’humour noir dans ces scènes également, usant d’images étranges qui, je suppose, pourront faire rire certaines personnes par leur décalage, mais qui, à mes yeux, donnaient simplement quelque chose de surréaliste, et donc d’autant plus cauchemardesque, aux scènes.

 

Et ça durait. Je comprends qu’il fallait que la torture soit longue et terrible ([spoiler] histoire que Kinuta atteigne le point de rupture, et je dois dire que ce moment-là où il prend le controle de la situation est effectivement satisfaisant… [/spoiler]), mais si je n’avais pas été occupée à grimacer devant mon écran, je pense que j’aurais fini par me lasser et m’ennuyer. Enfin je suppose que le film atteint son objectif, il arrive à rendre le sentiment d’insoutenable, donc je ne sais pas si je peux parler d’échec, mais clairement, moi, j’étais prête à passer à autre chose et ça a rendu le dernier tiers du film plus pénible (de façon négative) et long qu’il n’aurait dû l’être. C’est sans doute ma seule frustration avec le fait qu’il y a beaucoup de personnages et que j’aurais bien aimé moins les survoler parfois. Mais honnêtement, ça ne m’a pas empêchée de bien apprécier Smuggler.

 

A vrai dire, à la fin, j’ai même été triste qu’il n’y ait pas de suite, parce que le film pourrait presque servir d’ « origin story » à un personnage et que j’aurais bien aimé voir ce qui allait lui arriver, moi. Pour être honnête, je n’ai pas été profondément remuée par Smuggler, et je n’ai pas non plus été plongée dans un état de réflexion profonde, de même qu’il ne va pas rejoindre la liste de mes films favoris, mais c’était fun. Je me suis amusée. Je me serais bien amusée un peu plus…

[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー
[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー
[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー
[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー[Le rôle d'une vie] Smuggler  スマグラー

 

Sur ce, plus de films adaptés de mangas :

 

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :