[Vos conseils (5)] The mad miss Manton / The flatshare / The ocean at the end of the lane (film & livres)

Publié le 19 Mars 2021

 

Vos conseils, pt. 5

 

 

Retrouvez les autres articles de la série "vos conseils": ici

 

Hello les gens !

 

Aujourd’hui, je vous reviens avec un article dans ma série « Vos conseils ». Ce ne sont pas des articles que j’écris de façon régulière (clairement) mais puisque ces derniers temps j’ai suivi quelques conseils, et qu’en plus tout ce que j’ai vu/lu m’a plu, je me suis dit qu’il était temps d’écrire un autre de ces articles :D

 

Au programme :

 

The mad miss Manton (film, conseillé par SALT)

The flatshare (livre, conseillé par Panda)

The ocean at the end of the lane (livre, conseillé par Becca)

 

« Pourquoi ne pas écrire un article sur chaque ? » me direz-vous, et CERTES. Mais comme toujours dans la vie, je manque un peu de temps, donc au lieu d’écrire un article développé sur chaque, j’ai écrit un truc rapide, et ça donne cet article, voilà ><

 

Sur ce, je ne m’étends pas plus et vous laisse découvrir tout cela ! (vous pouvez aussi cliquer sur les titres donnés plus haut si vous voulez accéder à une partie en particulier)

 


 

Sorti en 1938 / Dure 1h20 / Réalisé par Leigh Jason / Ecrit par Philip G. Epstein / D’après une histoire de Wilson Collison / Avec : Barbara Stanwyck, Henry Fonda, Sam Levene, Frances Mercer, Hattie McDaniel, etc

 

Une jeune femme de la bonne société mais connue pour son excentricité et son manque de sérieux, découvre un cadavre et appelle aussitôt la police. Mais lorsque la police arrive, le cadavre a disparu, et tout le monde croit à une mauvaise farce. Vexée de ne pas être prise au sérieux, Melsa Manton décide de s’improviser détective avec l’aide de ses amies.

 

Pour commencer, histoire d’annoncer la couleur : j’ai beaucoup aimé ce film. Il m’a été recommandé par SALT (qui se plante rarement, sauf quand je suis le mauvais conseil :’D), et le rôle central y est tenu par Barbara Stanwyck (que j’avais adorée dans Ball of Fire et Baby Face), donc je ne doutais pas qu’il me plairait, et yay, je ne m’étais pas trompée.

 

Je dois admettre, quand même, que je n’étais pas spécialement rendue curieuse par l’affaire de meurtre et le mystère autour. L’identité du coupable, sa motivation, tout ça, ça ne me taraudait pas des masses. Mais j’étais investie quand même, parce que je voulais que Manton chope le coupable parce que je voulais qu’elle cloue le bec des hommes qui s’étaient moqués d’elle, et qui n’avaient pas voulu la croire. La nature de la résolution m’importait moins que la victoire qu’elle représenterait pour Manton, en clair. Mais, hé, ça a fait que j’étais embarquée, au final ! Et puis j’ai beaucoup aimé l’ambiance du film. Le noir et blanc, ça fonctionne toujours bien pour ce genre de film, parce qu’avec le contraste et les ombres, on peut renforcer le sentiment de mystère et de danger. Les noirs deviennent plus noirs, et inconsciemment, on se demande ce qui se cache dans l’ombre. Et ce qui brille brille d’autant plus, du reste, et parce que je suis basique dans ma tête, quand je voyais les robes ou les bijoux de l’héroïne étinceler, j’étais en mode « waaah, ça brille ** ». Donc certes, je n’étais peut-être pas particulièrement intéressée par le mystère en soi mais ça ne m’a certainement pas empêchée de me prendre au jeu et apprécier chaque étape de sa résolution parce que j’aimais voir Manton progresser. Et briller **. Figurativement et littéralement.

 

De même, dans la catégorie « non, mais oui », le film introduit une romance que j’ai trouvé précipitée et donc pas très naturelle et forcée dans son développement, mais, déjà, son déroulement n’est pas si surprenant pour un film de l’époque donc je l’ai facilement accepté, et ensuite je trouvais peut-être le rythme trop rapide, mais j’aimais beaucoup les dialogues et la dynamique des deux personnages, le personnage d’Henry Fonda essayant de faire la cour à une Miss Manton pas impressionnée. Ça donne des dialogues délicieux. Parmi mes favoris :

 

Mr. A. - Melsa, please. I’ve never run after a woman before – that is, I’ve never admitted it – but I’m running after you.

Miss M. - You’re on a treadmill, Mr. Ames. You may keep on running but you’ll remain on the same spot.

 

Traduction rapide:

 

M. A. - Melsa, je vous en supplie. Je n’ai jamais couru après une femme – du moins, je ne l’ai jamais reconnu- mais vous, je vous cours après.

Melle M. -  Vous êtes sur un tapis de course, Mr. Ames. Vous pouvez continuer à courir, mais vous faites du surplace.

 

Et, en parlant d’aller à un évènement pour la charité :

 

Miss M. - I’m going because I’m charitably inclined.

Mr. A. - If that’s your mood, go with me. I’ll let you pay the cab fare.

 

Traduction rapide:

 

Melle M. – Je m’y rends parce que je suis une âme charitable.

M. A. – Si vous êtes d'humeur charitable, alors allez-y avec moi. Je vous laisserai payer le taxi.

 

Ils me faisaient sourire, et j’en viens donc à ce que j’ai aimé par-dessus tout dans ce film : il est fun. Il est juste drôle ! Je vous ai déjà cité ces deux passages, mais pour en citer deux autres :

 

Miss M. – There’s a murderer on the loose, I tell you. And he’s got my cloak.

Policeman – Don’t worry, it won’t fit him

 

Traduction rapide:

 

Melle M. – Je vous dis qu’il y a un meurtrier en liberté. Et il a volé ma cape.

Policier – Ne vous en faites pas, elle ne lui ira pas.

 

Et, lorsque Manton et ses amies fouillent un appartement dans le cadre de leur enquête :

 

Miss M. – Helen, you search the upstairs.

Helen, scared – Oh no. I was never much of an individualist. If the upstairs has to be searched, we’ll search it together.

Third friend, shocked – Why, that’s communism!

 

Traduction rapide:

 

Melle M. – Helen, tu t’occupes de l’étage.

Helen, apeurée – Oh, non. Je n’ai jamais été très individualiste. S’il faut fouiller l’étage, nous le fouillerons ensemble.

Une autre amie, choquée – Mon Dieu, mais c’est du communisme !

 

Le script a été écrit par Philip G. Epstein (connu pour avoir écrit Casablanca avec son frère Julius J. Epstein, mais aussi Arsenic et vieilles dentelles), d’après une histoire de Wilson Colinson, et j’adore ce qu’il a fait des dialogues.

 

Bon, je pense qu’on aurait pu se passer du soupir de Manton qui se plaint (sans qu’on soit censé la prendre au sérieux) d’être exploité par son personnel, c’est-à-dire Hilda, sa bonne noire, un personnage rappelant comme les rôles noirs à l’écran étaient limités. Elle est interprétée par Hattie McDaniel (qui sera Mammie dans Autant en emporte le vent l’année d’après), une actrice qui a beaucoup été typecastée dans ces rôles de « servante/esclave bougonne et à la langue bien trempée », le rôle de la « mammy ». En soi, Hilda est un personnage amusant et attachant, dont on comprend fort bien la fatigue et l’exaspération, et Hattie McDaniel est très bonne dans le rôle, donc si le film existait sans aucun contexte il n’y aurait pas de souci, mais le problème vient du fait que les femmes noires étaient si souvent limités à ces rôles de « mammy », qui en plus avaient pour effet d’édulcorer la réalité : les personnages semblent si libres de pouvoir s’exprimer, elles font partie de la famille, donc c’est que tout ne va pas si mal, finalement, si ? Si vous lisez l’anglais, vous pouvez vous tourner vers cet article pour vous renseigner sur l’histoire du stéréotype : https://www.ferris.edu/jimcrow/mammies/

 

Mais sinon, oui, j’ai trouvé l’écriture franchement réussie, et le film très drôle, avec une Barbara Stanwyck géniale au centre. Oh, il n’y a pas que Miss Manton que j’ai aimée : j’ai aussi adoré ses amies. J’ai beaucoup aimé le fait que s’il y a un rôle central clair, notre héroïne est entourée par une bande d’amies fidèles, avec lesquelles elle se serre les coudes en toutes circonstances. La petite bande forme un tout attachant et drôle, et si elles semblent parfois ne pas beaucoup réfléchir, elles sont clairement plus efficaces que la police !  Néanmoins, Miss Manton reste la star de ce film, Barbara Stanwyck lui donnant vie avec charisme, énergie, beaucoup de charme, et un ton parfait pour cette reine du répondant.

 

Ma conclusion est donc qu’il faut que je regarde plus de films avec Barbara Stanwyck o.o

 

Justement, plus de films avec Barbara Stanwyck:

 

 


 

Autrice : Beth O’Leary / Roman publié en 2019 / Titre français : A moi la nuit, toi le jour

 

Quatrième de couverture, éditions Fayard/Mazarine :

 

Tiffany et Leon partagent un appartement.

Tiffany et Leon partagent un lit.

Tiffany et Leon ne se sont jamais rencontrés.

 

Tiffany Moore a désespérément besoin d’un logement pas cher.

 

Leon Twomey travaille de nuit et a absolument besoin d’argent.

 

Leurs amis respectifs pensent qu’ils sont complètement fous, mais aux grands maux les grands remèdes : pourquoi ne pas tout simplement partager un appartement, même s’ils ne se connaissent pas ?

 

Leon habite le studio le jour de 9 heures à 18 heures, Tiffany le reste du temps. Mais entre les ex un peu fous, les clients exigeants, un frère emprisonné à tort et, bien sûr, le fait qu’ils ne se sont jamais rencontrés, ils vont découvrir que pour avoir un foyer harmonieux, il vaut mieux ne pas s’en tenir aux règles et suivre son cœur …

 

Ce livre m’a été recommandé par mon amie Panda lorsque je lui ai demandé de me conseiller des romances littéraires. Elle m’a fait la recommandation il y a un moment, et j’ai un peu honte d’avoir mis plusieurs mois à me lancer enfin dans le roman mais mes phases de lecture ont tendance à commencer et finir de façon abrupte. En tous cas, voilà, j’ai lu le roman, et ça m’a beaucoup plu ! J’ai même eu un peu la larme à l’œil à la fin.

 

Panda m’avait fait une liste de plusieurs titres, mais j’ai commencé par celui-là parce que j’aimais beaucoup le concept central de deux personnes vivant dans le même espace sans jamais se croiser, et d’une relation se développant sans se voir, tandis que les deux protagonistes apprennent à se connaître grâce aux mots mais, aussi, aux traces que chacun laisse partout dans l’appartement.  J’ai été très embarquée par tout cela, et je dois admettre que toute la partie où les personnages se devinent et s’imaginent est ma favorite, d’autant que j’aimais aussi le suspense de ne pas savoir quand les personnages finiraient par se rencontrer. J’aimais le sentiment d’anticipation.

 

Par ailleurs, les personnages m’ont plu. Les personnages secondaires sont un peu trop unidimensionnels mais ils sont malgré tout, pour la plupart, sympathiques quand ils sont censés l’être, et surtout j’ai accroché aux deux personnages principaux, ce qui est clairement la clé de tout, vu qu’on saute de la tête de l’un à celle de l’autre tout le long du roman et que c’est eux que l’histoire entend rapprocher et faire s’aimer.

 

Oh et puis, c’est pas grand-chose mais je voulais le mentionner et ne sais pas où le caser : l’appartement des deux personnages principaux se trouvent près de Stockwell Station à Londres, et lorsqu’elle s’y rend, l’héroïne y voit le premier renard de sa vie en vrai et en liberté, et ça m’a fait sourire parce qu’en janvier 2018 je suis allée à Londres, je séjournais dans un appart près de Stockwell Station et, un soir, en y rentrant, j’y ai également vu le premier renard de ma vie :D Apparemment c’est quelque chose de commun à Stockwell, il y a beaucoup de renards qui viennent fouiller dans les poubelles, et ça m’a fait plaisir de retrouver quelque chose dont j’ai fait l’expérience dans ce livre.

 

Mais bref, pour en revenir à ce que je disais, j’ai apprécié les deux personnages. Au début j’ai eu du mal à m’habituer à la façon dont s’exprime Léon, par contre. Pour donner aux personnages des voix distinctes et parce que Léon n’est pas du genre causant, ses chapitres sont écrits avec beaucoup de sujets manquants, comme s’il faisait une liste rapide des évènements. Je comprendrais que cela puisse devenir agaçant. Personnellement, je m’y suis faite et j’ai fini par ne quasiment plus y faire attention au bout d’un moment. En tous cas, le personnage est attachant. Il n’est pas parfait, mais il est parfait pour l’héroïne, Tiffy, et honnêtement je ne le jetterais pas en dehors de ma vie non plus : il est séduisant, patient, compréhensif, et tout le ce beau bordel. Quant à Tiffy, je l’ai également trouvée attachante. C’est le genre de personnage excentrique qui aurait facilement pu me taper sur les nerfs pour peu qu’elle semble trop forcée, et comme tous les personnages de ce livre il y avait quelque chose d’effectivement un peu exagérée chez elle, je trouve, comme si pour, chacun d’entre eux, l’autrice avait choisi un trait de caractère et l’avait accentué. L’équivalent de faire porter à chacun d’entre eux des habits entièrement d’une couleur, avec pour chacun une couleur différente, histoire qu’ils soient bien distincts les uns des autres. Cela aurait pu me déranger dans ce que cela a de simpliste, mais non, et j’ai bien aimé cette héroïne. Son évolution est d’ailleurs ce que j’ai préféré dans ce livre.

 

Bien sûr, il y a une romance au cœur du livre mais ce n’est pas tout ce qu’il y a, le livre contenant également des « intrigues secondaires », encore que pour l’évolution de Tiffy, j’hésite à l’appeler comme cela. Mais bref, en plus du rapprochement de nos deux personnages centraux, il y a une histoire d’homme injustement emprisonné, celle d’un vieil homme et du soldat dont il était tombé amoureux pendant la guerre, et puis l’histoire de Tiffy et son ex. [spoiler] Dès les débuts du bouquin, j’ai commencé à relever les mauvais signes : les amis de Tiffy ne l’aiment pas, après leur rupture elle s’est remise à être plus créative, le ton du mot de Justin, le fait qu’il n’aimait pas qu’elle sorte avec son amie Rachel, ses commentaires sur ses tenues, les disputes, les ruptures… et chaque fois que Tiffy nous parle de ce que Justin disait d’elle, c’était quelque chose de négatif : il disait qu’elle n’avait pas de mémoire, pas le sens de l’orientation, qu’elle ne savait pas quand lâcher un sujet, etc. Ca peut n’avoir l’air de rien, mais si je n’ai jamais été dans une relation abusive moi-même (j’ai esquivé le danger en n’ayant aucune relation :D), j’ai vu plusieurs amies s’y perdre (et heureusement s’en sortir, aussi) du coup à chaque petite chose, j’avais une alarme dans la tête, un mauvais pressentiment et lorsque Tiffy a son premier flash-back, je n’ai donc pas été surprise.

 

Personnellement, j’ai aimé la façon dont la découverte de Tiffy se fait progressivement. Comme on est dans sa tête, pour nous aussi, elle vient petit à petit. Tiffy a été victime d’un gaslighting violent, donc elle n’a pas encore réalisé ce que Justin lui a fait, et ça vient lentement. Les étapes par lesquelles elle passe collent avec les expériences dont j’ai été témoin/qu’on m’a relatées, et j’ai ressenti beaucoup de compassion pour Tiffy, ainsi qu’énormément d’admiration de la voir se reconstruire. La fin m’a paru peut-être un chouïa accélérée, autant du côté de Tiffy que du côté de Richie du reste (le frère incarcéré de Léo), mais j’étais investie dans les deux histoires, et quand tout s’est bien terminé, j’ai eu les yeux un peu humides. [/spoiler]

 

Je n’ai pas été également intéressée par toutes les histoires, mais je me suis prise au jeu de la plupart, et la lecture a été à la fois légère et émotionnellement engageante pour moi. Je ne sais pas encore si c’est un livre qui me restera longtemps en tête (il faudra voir dans un an) mais en tous cas je l’ai lu très rapidement parce qu’il était facile à lire, parce que je me sentais investie et parce que j’avais toujours envie de savoir la suite.

 

Sur ce, plus d'histoire de gens qui tombent sous le charme d'autres gens d'abord sans les voir:

 

 


 

Auteur: Neil Gaiman / Roman publié en 2013 / Titre français : L’océan au bout du chemin

 

Quatrième de couverture des éditions Au diable Vauvert :

 

De retour dans la maison où il a passé son enfance, le narrateur se retrouve submergé par le souvenir des événements étranges et tragiques qui ont marqué l'année de ses sept ans. Un suicide dans une voiture volée ; Lettie Hempstock, cette petite voisine qui lui affirmait que l'étang au bout du chemin était un océan ; les monstres qui rôdaient dans les ténèbres ... Pourquoi les a-t-il enfouis dans sa mémoire ? Qu'est-il réellement arrivé cette année-là ?


L'auteur culte d'American Gods, Neverwhere ou encore Stardust livre avec L'océan au bout du chemin son œuvre la plus personnelle, d'une rare force d'évocation, sur le passage de l'enfance à l'âge adulte.

 

Ce livre m’a été recommandé par mon amie Becca, qui aime Hadestown donc elle a excellent goût Pour le coup, j’avais de toute façon déjà le roman : le titre était joli, la couverture me plaisait (j’aime l’eau et le bleu), et surtout c’est un roman de Neil Gaiman, un auteur que j’apprécie beaucoup et dont je compte bien lire tous les livres avant de mourir (sauf accident inattendu). L’année dernière, j’avais lu American Gods, son plus long roman a priori, et cette année j’ai donc décidé que si je n’en lisais pas d’autre, The ocean at the end of the lane serait mon Gaiman de 2021. Et sans surprise, j’ai beaucoup aimé. Yay !

 

Le style de Gaiman est toujours un plaisir. Il est joli sans être excessivement fleuri, il arrive à peindre des images vives de ses personnages et son monde, et il n’est pas simpliste mais il est facile à lire. On se plonge, je trouve, rapidement dedans, et ça aide, bien sûr, que Neil Gaiman ait le don de créer des mondes dans lesquels on a envie de se perdre. Ici ne fait pas exception et j’ai adoré cet univers qui ressemble au nôtre mais peuplé de choses vieilles comme le monde qu’on ne perçoit pas. Les trois femmes Hempstock (Lettie, sa mère, et sa grand-mère) sont évidemment inspirées de la Triple Lune ou Triple Déesse qu’on retrouve dans les traditions païennes sous la forme de la vierge (ou jeune fille), la mère et la vieille (je suis plus familière des termes anglais : the maiden, the mother and the crone), et apparemment on retrouverait le nom « Hempstock » dans d’autres histoires de Gaiman (il en parle lui-même ici : https://youtu.be/s-kH45WFljQ?t=461 ) mais je dois admettre que je ne l’avais pas reconnu. Je suis pas très bonne à retenir les noms.

 

Le monde de The ocean at the end of the lane est également peuplé de sa propre faune magique (dont je ne vous spoile pas la nature, parce que j’ai tellement aimé découvrir les quelques spécimens qu’on nous décrit) et j’aime beaucoup l’idée de ce monde entier existant dans la marge du nôtre. Mais pas de façon aussi nettement séparée que d’autres histoires de mondes magiques secrets. Ici, il faut juste marcher assez loin, et peut-être entrer dans cet état où on n’est pas encore endormis mais plus tout à fait éveillés non plus. Le livre, entre autres thèmes, touche à celui des souvenirs, et la façon dont ils disparaissent avec le temps, laissant derrière eux plus de sentiments que de détails, comme un rêve dont on ne se souviendrait plus une fois éveillés, n’en gardant qu’une émotion. A cause de cela, j’ai trouvé que tout le livre avait quelque chose de très flou, mais pas dans un sens péjoratif : on ne jamais trop où sont les lignes, où certaines choses commencent et où finissent les autres, et ça m’a plu.

 

D’autant que c’est une bonne ambiance pour me foutre les boules, et le livre a bien réussi, à ce niveau-là ! Alors que je ne m’y attendais pas du tout. Ironiquement, en décidant de ma lecture, j’avais hésité entre celui-là et A head full of ghosts de Paul Tremblay (dont j’avais partiellement beaucoup apprécié Disappearance at Devil’s rock) et m’étais dit « non, faut que tu te calmes avec l’horreur, lis autre chose ! » mais, ha, The ocean at the end of the lane m’a bien inquiétée, et comme j’ai eu la bonne idée d’en lire une bonne partie vers 2h du matin, je vais pas vous mentir, je me suis retrouvée à guetter les bruits dans la maison, haha. Bon, j’aimerais pas que vous vous imaginiez que le livre est terrifiant, parce qu’il se veut abordable pour un public enfant (tout en s’adressant tout autant à un public adulte : c’est une aventure d’enfant mais sur laquelle revient un narrateur adulte, et il y en a pour les deux publics), mais il se trouve qu’il est plein des choses qui me font peur. A savoir, surtout, des « choses » qui se font passer pour humaines. Des choses qui bougent trop vite, ont des sourires trop pleins de dents, et portent leur visage humain comme un masque, ou imitant des voix. Encore une fois, on est dans le domaine de l’ambigu, et c’est le genre de trucs qui me foutent les boules facilement. Et ça m’a beaucoup plu, comme vous vous en doutez !

 

Par ailleurs, j’ai trouvé que c’était un livre très riche.

 

Il présente une aventure réussie avec des frissons, du suspense, un antagoniste intimidant et un monde qu’on a envie d’explorer, mais il a aussi des thèmes que j’ai trouvés intéressants.

 

En partie, The ocean at the end of the lane est l’histoire d’un enfant (dont le nom ne nous est jamais dévoilé) qui se heurte au déclin de sa famille et au monde des adultes en général. On pourrait, je suppose, même essayer d’interpréter tous les éléments fantastiques comme n’étant pas réels mais une histoire que se racontait le narrateur pour gérer tout cela, mais je n’aime pas beaucoup cette interprétation, je trouve qu’elle ne fonctionne pas tout à fait et je ne la trouve pas nécessaire, puisqu’on peut avoir le beurre et l’argent du beurre : un monde magique qui existe réellement et qui sert également de métaphore pour ce que traverse le narrateur. D’un côté, il y a sa famille qui est en train de se casser la gueule, en majeure partie à cause de son père, avec même une scène de maltraitance assez violente (pour les personnes ayant besoin de l’éviter, elle est dans le chapitre [spoiler] 7 [/spoiler], et après cela est évoquée seulement, sans que ce genre de scène se reproduise). De l’autre, notre narrateur semble craindre le monde des adultes en général. Il n’aime pas leurs histoires, et puis les adultes ne veulent pas le croire quand il essaie de les avertir d’un danger, on ne peut pas compter sur eux. Mais surtout le monde adulte, c’est l’inconnu, l’incompréhensible. Lorsque, vers la moitié du livre, l’antagoniste prend sa forme la plus terrifiante, le narrateur en dit qu’il est « le monde adulte avec tout son pouvoir, tous ses secrets, et toute sa cruauté bête et désinvolte ». Il dit également qu’à ce moment-là, peu importe que l’antagoniste soit un monstre, il est surtout un adulte « et quand les adultes se battent contre des enfants, les adultes gagnent toujours ». The ocean at the end of the lane voit donc son personnage principal affronter ce futur qui lui fait si peur, et apprendre quelques secrets sur ces fameux adultes, grâce à Lettie qui est suffisamment enfant pour être une amie et suffisamment ancienne pour comprendre le monde et ces fameux adultes.

 

The ocean at the end of the lane est également une histoire sur les histoires. Notre héros est un grand lecteur : il nous dit avoir plus vécu dans les livres que n’importe où ailleurs, quand il est en danger il aimerait avoir un livre avec lui, et lorsque l’antagoniste le menace, « plus de livres » fait partie de la menace. On peut sentir, dans ce roman, tout l’amour du narrateur pour les livres, et ce faisant tout celui de Neil Gaiman qui utilise The ocean at the end of the lane comme métaphore pour la magie des histoires. Il le dit lui-même dans l’interview que j’ai citée tout à l’heure : « L’idée d’un océan de la taille d’une mare mais qui contienne absolument tout, tout l’univers, me semblait être la parfaite métaphore pour tout ce que j’allais tâcher de faire dans cette histoire. Et aussi une métaphore pour les histoires elles-mêmes. La magie d’un livre, la magie d’une histoire, c’est qu’elle ne fait que quelques pages mais on peut y faire tenir l’univers entier. Il y a des gens là-dedans, il y a un monde là-dedans, il y a le Sussex de 1968. Et on peut tout faire rentrer, de la même façon qu’on peut faire rentrer un océan dans un seau si on lui demande gentiment ». Je trouve que c’est une très belle métaphore, qu’on ressent le long du livre. Un autre élément, sur le même thème, que j’ai aimé, est le moment où Lettie utilise une langue que le héros ne comprend que dans ses rêves, et qu’il identifie comme la base de l’univers, et une qui construit le réel parce que ce qui se dit dans cette langue ne peut pas être un mensonge. J’ai trouvé qu’on pouvait rapprocher cela de la façon dont les auteurs créent des univers avec leurs mots : ce qu’ils écrivent comme vrai le devient entre les pages.

 

Bref, c’est une jolie lettre d’amour aux histoires et à l’écriture, et pour contenir tout un monde, The ocean at the end of the lane en contient un, et un vaste ! A tel point que parfois j’ai regretté que le livre soit si court, parce qu’il y avait tellement à découvrir. Mais la fraction qu’on voit nous laisse imaginer le reste, ce que j’ai aimé aussi, et le format permet au livre d’avoir un rythme soutenu d’aventure. Le personnage central n’est pas ce que le livre a de plus mémorable, mais je ne trouve pas que ça impacte négativement le livre : on peut facilement se glisser dans sa peau sans qu’il soit pour autant trop fade, et j’ai frissonné et me suis enthousiasmée avec lui.

 

Vous l’avez compris (parce que je vous l’ai dit au début, en même temps), j’ai beaucoup aimé ce livre. C’était un vrai plaisir et ça n’a fait que cimenter mon appréciation pour Neil Gaiman en tant qu’auteur :)

 

 

Sur ce, plus d'aventures d'enfants avec des trucs flippants dedans:

 

 

Et sur ce, c’est tout, les gens !

 

Merci encore à SALT, Panda et Becca pour leurs excellentes recommandations

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