[La fête à la grenouille] Museum ミュージアム

Publié le 11 Juin 2021

Prenant sans être renversant dans sa première partie, Museum se casse la gueule dans la seconde, faute d'une écriture solide de ses personnages.

 

 

 

Sorti en 2016

Dure 2h12

Réalisé par Ohtomo Keishi

Ecrit par Takahashi Izumi

D’après le manga de Tomoe Ryôsuke

 

Avec :

Oguri Shun : Sawamura Hisashi

Tsumabuki Satoshi : Kirishima Sanae

Ono Machiko : Sawamura Haruka

Nomura Shuhei : Nishino Junichi

Maruyama Tomomi : Sugawara Tsyoshi

Matsushige Yutaka : Sekihata Kozo

Etc

 

Dontesque ?

Sur les traces d’un serial-killer ayant le sens de la mise en scène et ne tuant que les jours de pluie, un policier dévoué à son boulot au point de s’être aliéné de sa famille va bientôt voir son enquête prendre des enjeux très personnels.

 

 

Note : je vais faire une révélation dans cet article qui, à mon sens, n’impacte absolument pas l’appréciation du film, si bien que je ne la considère pas comme un spoiler (vu que dans « spoiler », il y a « spoiler »/ « gâcher »). Mais comme je sais que certaines personnes préfèrent ne pas avoir ce genre d’info, je vous préviens : si vous voulez vraiment ne rien savoir, mieux vaut regarder le film d’abord, et ne pas lire cet article. Ou quoi que ce soit sur le film, parce que la chose est révélée quasiment partout. Bon, perso, je vous recommande pas le film, mais c’est une autre question. Voilà. Vous êtes prévenus, donc je continue~

 

 

oOo

J’avais plusieurs bonnes raisons de regarder ce film. La première était bien entendu Buki, et la seconde Oguri Shun, que je n’avais pas vu depuis un moment dans un projet récent (Gokusen, ça compte pas, c'est pas récent). Une troisième était que le film est réalisé par Ohtomo Keishi, dont le travail m’avait beaucoup plu sur la trilogie des Rurouni Kenshin (qui ne sera plus une trilogie lorsque les deux volets suivants sortiront, certes) et me plait tout autant en ce moment dans les épisodes de Ryomaden qu’il réalise. En plus, Museum est un thriller, j’aime bien les thrillers, et j’avais entendu dire que celui-là flirtait même un peu avec l’horreur (c’est le cas de beaucoup de thrillers) donc j’étais d’autant plus enthousiaste. Je suis donc un peu triste de devoir vous annoncer que j’ai été déçue par Museum. Dans la première partie du film, les choses se passaient encore bien entre nous, mais lorsque le film est entré dans sa seconde moitié, j’ai senti que ça commençait à déraper, et le film s’est terminé dans un grand « bof ». Après cela, sur plusieurs jours, j’y ai réfléchi pour écrire cet article et honnêtement, lorsque j’ai eu terminé de planifier ce post, j’étais encore moins enthousiasmée par Museum qu’au début. Tristesse.

 

Parlons-en.

 

Visuellement, j’ai accroché au film très rapidement, et j’ai apprécié l’ambiance générale de Museum. Bien que l’éclairage vire au bleu ou jaune lors de certaines scènes, le film semble sinon baigner dans le gris et le verdâtre. Par ailleurs, comme le tueur (avec son masque de grenouille) ne tue que les jours de pluie, il y a beaucoup de pluie dans la première partie du film (la seconde a plus de scènes en intérieur) et tout ça, ça créé une ambiance glauque, très « croupie » et opaque, ce qui se marie très bien avec le sujet du film. J’admets : le masque du criminel peut sembler un peu ridicule. Mais personnellement j’ai trouvé que malgré tout, il gardait une présence généralement inquiétante, même s’il y a une ou deux scènes, j’avoue, j’ai rigolé, comme quand il apparait derrière Sawamura (Shun) pour lui faire « bouh »… à la fois parce que la situation me faisait rire mais aussi parce que j’imagine le type tranquillement se balader avec ce masque dans la ville et que ça me fait sourire… hé, au moins il filera le covid à personne, a priori ! Mais oui, c’est vrai, si j’ai trouvé que le film réussissait son ambiance pesante, il y a quand même des scènes où j’ai rigolé doucement, dont une lors de l’apogée du film, du reste, ce qui est un peu dommage. Mais de toute façon, à ce stade, je n’étais déjà plus autant investie qu’au début.

 

En gros, à partir du moment où l’homme-grenouille a perdu son masque, le film a commencé à me perdre moi. Avant cela, on était réellement dans l’enquête policière, et j’étais raisonnablement engagée en partie grâce à l’ambiance du film mais aussi parce que j’étais intriguée par le tueur et me demandais ce qui le motivait. Le film avançait à un rythme soutenu, avec quelques scènes d’action ici et là (Sawamura prend très cher le long du film…) et notre personnage principal avait l’esprit vif, reconnaissant les indices et les connectant entre eux, même si des fois il était aidé (dont une fois par une coïncidence si énorme que j’ai sincèrement cru que le tueur avait arrangé la situation pour l’aider et, honnêtement, je ne suis toujours pas convaincue que ça n’ait pas été le cas). Le reste de la police est moins efficace, par contre. Et même Sawamura se fait de moins en moins intelligent le long du film mais en même temps il est aussi de plus en plus désespéré et paniqué, ce qui aide rarement à la réflexion, donc j’ai trouvé ça naturel. Vraiment, si je ne chantais pas à tue-tête jusque-là, c’est quand le masque est tombé que j’ai réellement commencé à déchanter.

[La fête à la grenouille] Museum  ミュージアム[La fête à la grenouille] Museum  ミュージアム
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Et ça me rend d’autant plus triste que c’était la première fois que je voyais Buki jouer pas juste un type un peu antipathique mais réellement un antagoniste, un méchant, un tueur.

 

Au passage : oui, j’ai choisi de le dire dans l’article. C’est l’information dont je parlais au début.

 

S’il est vrai que le film garde son visage caché pendant sa première moitié, j’avancerais que ce n’est pas en priorité pour cacher les traits de Buki (je vous en dirais plus, mais là on entrerait dans le spoiler pour le coup… pour les curieux : [spoiler] je pense que c’est plus à la fois pour le rendre plus menaçant mais aussi pour cacher ses cicatrices dues à l’allergie qui finissent par permettre à Sawamura de l’identifier [/spoiler].) A la sortie du film, oui, je pense que Museum avait joué la carte du mystère : le nom de Buki n’apparait (sauf erreur de ma part) pas sur le poster et le film entendait donc probablement créer la surprise, parce que Buki est non seulement un acteur très connu mais également un acteur avec une image très sympathique et qui est plus habitué aux rôles de protagonistes. C’est pour cela que le voir en criminel m’a d’abord enthousiasmée : ça changeait. Mais à présent le film est sorti il y a cinq ans, donc sa présence dans le film n’est plus un secret pour grand-monde : son nom n’était pas sur le poster à la sortie, mais il est sur la jaquette du dvd. Moi, je vous parle du film dans le cadre du projet Buki donc vous savez qu’il est dedans et, à partir de là, soit vous ne savez pas qui il est, auquel cas l’information n’a pas beaucoup de valeur pour vous, soit vous savez qui il est, auquel cas, de toute façon, à la seconde où le tueur ouvre la bouche, son identité est cramée. Je suis rentrée dans le film sans savoir qui Buki jouait dedans, mais dès qu’il a parlé, c’était évident. Buki n’apparait par ailleurs jamais en tant qu’un autre personnage qui ferait partie des suspects, donc ce n’est pas comme s’il y avait un twist en mode « OMG, c’était donc lui depuis le début ! ». Cette information n’a aucun impact sur le déroulement de l’enquête. Et puis soyons honnête : si, dans un article du projet Buki, je n’évoquais pas une seule fois Buki tout en écrivant sur un mystérieux tueur masqué, vous n’auriez pas besoin d’être le meilleur détective de Tokyo pour faire le lien.

 

La question importante, maintenant : comment est Buki dans ce fameux rôle ? … Euh… compétent ? J’ai aimé qu’il se donne à fond et change effectivement de registre, en ne présentant rien de sympathique. C’est un personnage très laid et Buki ne cherche pas à retenir quoi que ce soit de l’image qu’on lui associe le plus souvent. Simplement, si son interprétation est décente, je ne lui ai rien trouvé de particulièrement accrochant, elle m’a semblé générique… ce qui la rend tout à fait en accord avec le personnage que j’ai lui-même trouvé très générique.

 

Je ne vais pas vous parler de ce qu’on nous dit de lui, parce que ce serait spoiler. En revanche, je peux parler de l’absence de certaines choses, je pense.

 

• Le film n’entre que très peu dans les détails de ses motivations. Il donne une raison pour ses actions, c’est juste qu’on n’explore pas énormément la chose.

 

• Le film n’emprunte que très peu son point de vue. Lors de la scène de meurtre qu’on le voit commettre, on ne voit pas son expression puisqu’il porte un masque, donc on vit plutôt la chose du point de vue de sa victime terrifiée. Les scènes de meurtre ont visiblement un élément de mise en scène (pensez à quelque chose du genre de SE7EN), il y a une tentative visible de la part du tueur de créer des sortes de tableaux mais le film ne les montre jamais réellement de la sorte. On contrastera cela, par exemple, avec la série Hannibal où les mises en scène macabres sont filmées de sorte à être à la fois horribles et esthétiques, nous faisant emprunter le point de vue des tueurs sur leur œuvre. Ici, je n’ai vu aucune volonté de sublimer les scènes crées par le tueur, on les voit plutôt comme la police : le tueur se pense peut-être artiste mais il n’est qu’un criminel. (Note : je ne dis pas que c’est un mauvais choix en soi, et, promis, ça va être plus clair dans quelques lignes)

 

• Le film ne nous donne pas de backstory pour le personnage, juste quelques lignes jetées rapidement vers la fin, comme une sorte de P.S. ajouté à la dernière minute. D’ailleurs, parce que la conclusion du film dépend de ce P.S., elle perd aussi énormément de son impact, alors qu’il est clair que le film comptait beaucoup dessus. [spoiler] On est censés s’effrayer de voir le fils de Sawamura se gratter parce qu’il développe peut-être lui aussi une allergie au soleil, l’idée étant que le traumatisme des évènements du film pourrait en faire un tueur à son tour, mais ce serait bien plus impactant si on avait su plus de choses sur l’homme-grenouille (oui je vais continuer à l’appeler comme cela), histoire de sentir la tragédie d’une histoire se répétant… là, tout ce que la conclusion m’a inspiré c’est un « okay, pourquoi pas » et un haussement d’épaules. [/spoiler]

 

• Le film ne donne pas au personnage une philosophie particulière. Ce n’est pas que le type n’a pas d’opinion sur les gens qu’il tue, mais on ne peut pas dire que le film essaie, à travers lui, de nous faire voir le monde d’une autre façon. Du moins, je n’ai pas trouvé (non parce que, bien entendu, il va sans dire que tout cet article n’est qu’une expression de mes impressions personnelles et que je peux être passée à côté d’un truc).

 

Donc pour résumer, on a un antagoniste dont on n’explore ni les motivations, ni la philosophie, ni la backstory et on n’emprunte pas son point de vue sur son œuvre, donc autant vous dire qu’on n’apprend pas à le connaître bien en profondeur. On a le minimum, on a des infos superficielles, mais on ne peut pas dire que le personnage soit très développé. Et ça pourrait ne pas être un souci !

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Après tout, on n’est pas obligé de tout le temps creuser les monstres de nos fictions. Le tueur peut aussi être juste un type qui tue des gens et qu’il faut attraper, et c’est suffisant. C’est juste une souris (meurtrière) que chasse le chat, et on peut se concentrer sur la chasse et sur le chat. Le souci c’est qu’il arrive un stade du film où Museum ne devient plus une chasse mais un face à face entre le chat et la souris, sauf que la souris n’est pas très intéressante. Si le film voulait faire de son tueur plus que simplement quelqu’un à attraper, il fallait… ben… en faire plus, justement. Mais encore une fois, ça aurait pu fonctionner. Notre homme-grenouille est la menace qui fait pression sur notre protagoniste et le pousse à péter un câble petit à petit, et l’intérêt de leur face à face n’est pas tant dans le dialogue que cette pression. Pourquoi pas !

 

Le problème étant que… je ne trouve pas que Sawamura soit un personnage particulièrement intéressant non plus ? Pardon, Shun ;A; C’est pas de sa faute ! Il est très bien, y a pas de souci, et avec l’ambiance générale, Oguri Shun est probablement ce que j’ai préféré de ce film, mais son rôle est tout aussi générique que celui de Buki : il est un flic qui s’est tellement laissé absorber par son travail qu’il en a négligé sa famille. Okay ? C’est pas que ce soit voué à être inintéressant uniquement parce qu’on a déjà vu ce genre de personnage un milliard de fois mais à partir de cette vague description très banale, c’est le boulot du film de nous offrir de quoi accrocher au personnage, de quoi l’étoffer, en fait. Et le film, je crois, essaie, en nous donnant quelques flash-backs de scènes avec sa famille, mais il n’y a rien de spécifique à ces personnages dedans. Je n’avais pas le sentiment de connaître ces gens, pas au-delà du fait que je reconnaissais les clichés qui m’étaient présentés. Et le film a du mal avec son timing car vers la fin du film il nous balance un flash-back important qui donne du contexte au personnage d’Oguri Shun, et je suppose que ce flash-back intervient si tard parce que Sawamura a une révélation, mais ça n’aurait pas dû être une révélation pour nous, ça aurait dû être l’élément qui fasse du personnage une personne et donne de l’importance à son parcours. Pardon, c’est vague. Pour les gens qui n’ont pas peur des spoilers : [spoiler] on nous montre vers la fin du film que le père de Sawamura était également flic et largement absent, même lors de la mort de la mère de Sawamura, ce dont son fils lui a beaucoup voulu. Mais lorsque le père est mort pour protéger deux civils en danger, Sawamura a soudain compris la vocation de son père, a regretté d’avoir si peu parlé avec, et a décidé de devenir policier à son tour, y voyant un moyen de dialoguer avec son père même après sa mort. C’est quelque chose qu’on aurait vraiment gagné à savoir avant. Ce n’est pas un twist qui vient subitement bouleverser notre perception du personnage. En revanche, si on avait su cela avant, regarder Sawamura être tiraillé entre son envie de maintenir son seul lien avec son père et sa peur de reproduire ses erreurs aurait rendu le personnage bien plus intéressant et moins générique. [/spoiler]

 

Si dans la chasse à la souris, la chasse est raisonnablement prenante mais s’arrête à la moitié du film et ne laisse plus qu’un chat pas très intéressant face à une souris pas très intéressante, qu’est-ce qu’il me reste, moi !? Ou, pour le dire sans images pourries : moi je veux bien que le film décide de finir par se concentrer plus sur ses personnages que sur son intrigue, mais quand aucun des deux personnages ne m’intéresse, forcément, le film tombe à l’eau.

 

Je n’ai pas détesté ce film, je n’ai pas de sentiments forts à son égard. Je l’ai commencé plutôt divertie et terminé lassée et déçue, c’est tout. Encore une fois, comme toutes les opinions exprimées sur ce blog, celle-ci n’engage que moi, mais en clair : bof.

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