[L’Enfer c’est les autres] Strangers from Hell 타인은 지옥이다

Publié le 26 Mars 2021

Tendu et angoissant à souhait, Strangers from Hell explore les travers de la société sud-coréenne et l'influence du regard d'autrui avec un excellent sens de l'esthétique et des performances d'acteurs prenantes.

 

 

Diffusé en 2019

Sur OCN

10 épisodes d’environ 1h

Réalisé par Lee Chang Hee

Ecrit par Jung Yi Do

D’après un webcomic de Kim Young Ki

 

Avec :

Im Si Wan: Yoon Jong Woo

Lee Dong Wook: Seo Moon Jo

Lee Jung Eun: Eom Bok Soon

Park Jung Hwan: Byeon Deuk Jong/Byeon Deuk Soo

Lee Joong Ok: Hong Nam Bok

Ahn Eun Jin: So Jung Hwa

Cha Rae Hyoung: Shin Jae ho

Kim Han Jong: Park Byung Min

Kim Ji Eun: Min Ji Eun

Hyun Bong Sik: Ahn Hee Joong

Lee Hyun Wook: Yoo Ki Hyuk

Ro Jong Hyun: Kang Seok Yun

Etc

 

Yunibulle

 

 

Dontesque ?

Fraichement débarqué à Séoul, Jong Woo cherche un logement aussi peu cher que possible, et emménage dans un immeuble décrépit, ce qui s’avère rapidement avoir été une très mauvaise décision. Non seulement le bâtiment est mal entretenu et la chambre toute petite, mais les locataires vivent les uns sur les autres, et les voisins du jeune homme se font de plus en plus inquiétants. Entre la pression au travail, ces voisins effrayants, et les cauchemars qui l’empêchent de bien dormir, Jong Woo semble entamer une véritable descente en Enfer.

 

 

oOo

 

 

Introduction

 

Le fun

La beauté du cauchemar

Le tournant

La destruction

Le reflet dans le miroir

 

Conclusion

 

 

Note: pour une version très courte de l'article, vous pouvez lire les passages en gras et écrits plus gros. Ca vous donne un aperçu et ça devrait être lisible comme un texte à peu près cohérent.

 

En cette fin de mars 2021, on se retrouve pour causer du coup de cœur dramatesque de Yunibulle, et un drama sur lequel j’étais particulièrement contente de tomber, parce que j’avais envie de le voir depuis sa sortie, pour des raisons évidentes : j’aime beaucoup Lee Dong Wook, j’avais super envie de le voir en tueur flippant pour changer, et puis c’est un drama d’horreur, et j’adore l’horreur, donc j’étais plus que ravie. En plus, fin début 2020-début 2021, j’ai regardé (et adoré) le drama Run On, c’est-à-dire mon premier drama avec Im Si Wan dans un rôle principal, et je l’ai beaucoup aimé dedans donc j’étais toute contente de le retrouver si vite, yay. Et pour plus de yay : j’ai adoré Strangers from Hell ! Le drama a été une expérience intense, pfiou. Et changeante, aussi. C’est-à-dire qu’au début, je me suis beaucoup amusée. La tension était au rendez-vous, bien sûr, et je compatissais avec les personnages en mauvaise position, mais pendant quatre épisodes j’ai été très divertie, et c’est dans l’épisode 5, véritablement, que j’ai senti un changement, et à partir de là le drama est resté très bon mais il s’est fait de plus en plus tendu, et, surtout, triste.

 

Dans un sens, ça fait écho au livre de Kafka, La Métamorphose. Le titre du drama (« 타인은 지옥이다 / L’enfer c’est les autres » en version originale) est une référence à Huis Clos de Jean Paul Sartre, et effectivement le drama a des thèmes en commun avec cette pièce de théâtre, mais La métamorphose est également plusieurs fois mentionné : après le flash-forward de début, la première image de Jong Woo (Im Si Wan) pré-emménagement qu’on a est celle du jeune homme dans le bus le conduisant à Séoul, et il y lit La métamorphose. Le livre nous est montré plusieurs fois après cela, notamment entre les mains de Moon Jo (Lee Dong Wook) qui en cite même directement plusieurs lignes dans l’épisode 9. Et quand je dis que mon expérience avec Strangers from Hell, émotionnellement, a en commun avec La métamorphose, c’est que le livre de Kafka connait ce genre de progression : au début, même si on a de la compassion pour Samsa (le personnage principal du livre), l’absurdité de la situation (il se réveille transformé en cafard, sans aucune explication, et n’en cherche aucune, sa seule préoccupation étant de savoir comment il va bien pouvoir se rendre au travail) a quelque chose d’amusant, mais plus on tourne les pages, plus sa situation devient triste. [spoiler pour le livre et le drama] Et pour finir le livre de Kafka m’a brisé le cœur, à tel point que j’étais quasiment soulagée de voir Samsa mourir (lui-même ressent un certain bien-être à ce moment-là, et c’est le passage que cite Moon Jo dans l’épisode 9), de même que j’ai presque été soulagée de voir Jong Woo craquer parce que le regarder lutter était trop douloureux [/spoiler]

 

J’entends tout cela de façon très positive, évidemment. J’ai beaucoup aimé lire La métamorphose et j’ai beaucoup aimé regarder Strangers from Hell. La série est divertissante, fait s’intéresser à ses personnages, m’a fait prendre leur devenir à cœur, est tendue à souhait, souvent douloureuse, et a des choses à dire : on pourrait difficilement lui en demander plus, et tout cela fait d’elle une très bonne série d’horreur, et une très bonne série tout court. Donc parlons en :D

 

 

… le fun

 

Je suppose que ça va dépendre de votre sens de l’humour, mais moi, de base, « un jeune homme emménage dans un immeuble, et pas de chance, tous ses voisins sont de dangereux tueurs », c’est un point de départ qui me fait sourire. Et il y a plusieurs moments dans le drama où j’ai même rigolé pour de vrai. Par exemple, quand Moon Jo nous fait le cliché du « j’apparais dans la rue, regarde le protagoniste de façon appuyée, une voiture passe et tadam, je suis plus là » (je l’imaginais courir se cacher et c’était comique). Ou bien quand il plaisante (peut-être)(peut-être pas) à Jong Woo qu’il est en train de lui faire manger de la chair humaine. Par ailleurs, même si on ne peut pas parler exactement de romance, Moon Jo a une forme de crush sur Jong Woo et il y a des scènes qui m’ont fait rire parce que si on oublie un moment que Moon Jo est un tueur potentiellement cannibale, ça donne juste les scènes de flirt les plus malaisantes du monde (#Hannibalcanrelate).

 

Par ailleurs, dans la grande tradition des histoires d’horreur où les gens tombent sur un endroit pas cool, que ce soit une maison hantée ou un immeuble plein de serial killers, plusieurs moments de ce drama consistent à vouloir hurler à Jong Woo « mais poourrrqqquooooi tu restes ? » (genre quand son voisin flippant lui dit littéralement qu’il va le tuer). Malheureusement, la triste réponse à cette question est souvent la même : la pauvreté. Pour déménager, il faut en avoir les moyens, et dans ces histoires, les gens les ont rarement, ces histoires devenant donc une façon d’explorer le cercle vicieux des situations de précarité : les personnages n’ont pas les moyens de s’en sortir, donc la situation empire et ils ont de moins en moins les moyens de s’en sortir. Malgré tout, il y a beaucoup de moments où on a envie de hurler à Jong Woo d’aller passer la nuit dans un sauna ou chez sa copine. Un de mes moments favoris du drama est celui de l’épisode 5 où Jong Woo se demande si c’est à cause du lit inconfortable qu’il n’arrête pas de faire des cauchemars. Alors c’est peut-être un souci de traduction, mais sinon, ha, c’est l’équivalent d’être dans un appartement en feu sur un volcan et de se demander si on a trop chaud parce qu’on a oublié d’éteindre un radiateur. Cela dit, je n’ai jamais ressenti de frustration à l’égard de Jong Woo, j’étais juste amusée.

 

Il y a aussi quelque chose de drôle, je trouve, à ce que la situation a de familier. Pas que j’aie vécu ce qu’a vécu Jong Woo, mais on a tous eu des voisins trop envahissants ou un peu flippants. Enfin, moi j’en ai eu, en tous cas.

 

Jong Woo vit dans un goshiwon, c’est-à-dire un tout petit studio meublé et pas cher, un type de logement qui était à la base destiné aux étudiants préparant leurs examens mais qui est à présent prisé par tous ceux devant vivre sur de petits budgets. Il y a différents types de goshiwon, mais celui de Jong Woo est à douches, WC et cuisine en commun, et, comme la plupart des goshiwons semble-t-il, il est très mal insonorisé, si bien qu’on « entend respirer les voisins », comme ils disent dans le drama. Bref, y a mieux pour l’intimité, et les voisins de Jong Woo ont des tendances meurtrières, donc il est dans une situation extrême. Mais en voyant la voisine l’empêcher de partir au travail parce qu’elle n’arrête pas de lui poser des questions, ou bien lorsqu’un paquet arrivé pour Jong Woo est ouvert par un autre résident, j’ai reconnu des situations dans lesquelles je me suis trouvée, et ça a quelque chose d’amusant (au début) de voir Jong Woo se débattre avec ces frustrations. A la fois c’est flippant, parce qu’on sent que Jong Woo est en danger, mais dans les quatre premiers épisodes, le stress et la peur côtoyaient une forme d’amusement noir pour moi.

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A côté de cela, pour rester dans le fun, il y a la simple excitation du thriller. On est constamment en tension, on a envie de voir ce qui va se passer, on tremble pour les personnages, toutes ces bonnes choses. J’avais envie que Jong Woo échappe à son immeuble, j’encourageais en silence So Jung Hwa (la policière, interprétée par Ahn Eun Jin), et à la fois Moon Jo était tellement bon à anticiper les questions et y répondait avec tellement d’intelligence qu’une partie de moi avait presque envie de le voir s’en sortir, de voir jusqu’où il pourrait mener son numéro. Ca aidait beaucoup que Lee Dong Wook soit aussi bon, évidemment. C’était la première fois que je voyais Lee Dong Wook dans un rôle aussi sombre et menaçant (chaque fois que Jong Woo lui tournait le dos, j’avais comme un frisson, parce que perso je tournerais pas le dos à ce type… et si possible ne l’approcherais pas à moins de trois kilomètres), et il a quelque chose de très « Antony Hopkins dans Le silence des agneaux » dans la façon dont il ne cille pas, regarde fixement sa proie, et maintient une politesse séductrice sans que la menace soit jamais tout à fait masquée malgré tout.  Il est aidé, c’est vrai, par le travail sur les lumières, le drama aimant beaucoup l’éclairer de lumières rouges pas rassurantes, mais Lee Dong Wook est aussi simplement très bon, et, en face, Im Si Wan ne l’est pas moins. Si Im Si Wan avait été moins bon, le drama aurait sans doute été plus facile à regarder, mais malheureusement/heureusement, il rend parfaitement la détresse du personnage, sa fatigue grandissante, et la torture mentale qu’on lui fait subir, si bien que j’ai eu très très mal pour Jong Woo.

 

Enfin, dans la catégorie des choses qui font plaisir, la série est une joie pour les yeux (pourvu qu’on n’ait rien contre le sang), et j’en ai tiré beaucoup de plaisir visuel.

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… la beauté du cauchemar

 

On a un bon aperçu de ce qui nous attend dès la première scène de l’épisode 1. Littéralement, on a effectivement un aperçu de l’avenir puisque la scène est un flash-forward (après, dans ce drama, on n’est jamais super certain de ce qu’on voit, de ce qui est réel, donc le flash-forward n’est pas une garantie), mais surtout le drama nous donne aussitôt une bonne idée de son ambiance

 

Encore qu’avant la première scène, on a déjà l’opening qui ne nous montre le visage d’aucun personnage mais s’attarde plutôt sur notre décor. Une porte s’ouvre. Derrière, un long couloir. Un ventilateur qui ne marche pas (en Enfer, après tout, il fait chaud), un feu sous une casserole, une viande suspecte dans le frigo, une lumière qui marche à peine, un robinet qui fuit… l’endroit est insalubre et sombre : à peine entrés on a envie d’en sortir.

 

Puis, on entre le flash-forward avec un plan en contre-plongée d’une pluie qui nous tombe dessus tandis qu’une voix à la radio ou la télé nous annonce un typhon. Je ne vais pas vous décrire tout ce qui suit, bien entendu, mais l’ouverture nous introduit aux couloirs angoissants de l’immeuble, on vient de commencer la série mais la tension est déjà son comble et le tout se termine sur Jong Woo trainé dans un couloir lentement, sa voix-off nous parlant d’enfer, le tout accompagné d’une musique très belle qui donne l’impression de s’enfoncer dans un autre monde, un rêve ou, ici, un cauchemar, l’impression de se noyer dans cet autre état étant renforcé par le zoom vers le visage de Jong Woo. L’entrée en matière de Strangers from Hell est brutale, tendue et efficace, et nous donne immédiatement un aperçu de plusieurs des thèmes qui seront abordés par la série, de son ambiance, et de ses ambitions esthétiques (au passage, j’aime beaucoup l’OST de la série, et en particulier Room No. 303 de The Vane -qui avaient déjà chanté quelque chose de très cool pour Vagabond, et on les retrouve aussi sur les OSTs d’Itaewon Class, Save me et ITEM entre autres- et Strangers de The Rose dont le début inquiétant est parfait pour cette série).

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Avis aux personnes qui ont du mal avec le sang : la série n’est pas avare en hémoglobine et est carrément brutale, donc soyez prévenus, même si personnellement je trouve ça très supportable. Mais j’ai apprécié que le drama aille au bout de son idée d’enfer, et propose des images marquantes, notamment dans le dernier épisode qui a une séquence où j’ai eu plus que jamais le sentiment d’être en effet entrée dans le fin fond de l’Enfer. Bon par contre je parle « d’aller jusqu’au bout » mais on n’échappe pas à la censure avec certaines images floutées, le plus ridicule étant le floutage habituel des lames de couteau, l’hypocrisie du « montrer des cadavres et de la torture = okay, mais couteau = nope, surtout pas » me faisant toujours sourire. Cela dit, par rapport à d’autres dramas, ça ne m’a pas sortie de la série parce que l’ambiance est suffisamment solide et prenante pour retenir malgré ça. Il y a juste un moment où j’admets avoir rigolé : [spoiler] à la fin, la propriétaire de l’immeuble cherche un couteau pour tuer quelqu’un, et elle hésite, réfléchissant à quel couteau fera l’affaire, ce qui nous donne : ce plan. MMH JE ME DEMANDE QUEL COUTEAU ELLE VA CHOISIR. La raison pour laquelle seul le couteau qu’elle va prendre a été flouté est que les lames sont floutées quand elles sont combinées à une intention de blesser/tuer, mais ça donne cette image absurde et ça m’a beaucoup fait marrer. [/spoiler]  

 

Mais sinon, je n’ai pas été dérangée, le drama étant trop immersif pour cela. A tel point que, quand on est dans l’immeuble, on a tendance à oublier qu’il y a un monde extérieur. La plupart de l’action se déroule dans les étages 3 (là où vivent Jong Woo et ses voisins) et 4 (l’étage condamné où il vaut mieux ne pas s’aventurer… et fun fact : je savais que le Japon n’aimait pas ce chiffre, et en regardant Strangers from Hell je me suis demandé si c’était une c’était une coïncidence mais il semble qu’en Corée du Sud également -et autres pays d’Asie de l’Est- le chiffre 4 sonne comme « mort » si bien que ce n’est pas un chiffre apprécié et que, même si la superstition n’est pas aussi forte que dans d’autres pays, dans plusieurs bâtiments le quatrième étage est marqué « F » plutôt que « 4 »… bref le quatrième étage est l’étage de la mort :D). Quand on est dans l’immeuble, on passe le plus clair de notre temps à ces étages-là, et le sentiment de claustrophobie est puissant : tout parait terriblement étroit, et le drama utilise la structure du bâtiment pour visuellement mettre les personnages dans des « boites », accentuant l’effet, tandis que tout le reste disparait dans le noir. Je n’avais pas vu un drama avoir une obscurité aussi obscure depuis un moment (et dans cette nuit noire, cette nuit noire et obscure, obscure et sombre, Jong Woo s’est cogné contre les murs, les murs).

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On s’y sent tellement confinés que quand, lors d’une scène, on croise une voisine d’un étage en-dessous, ça m’a fait un choc un peu. J’avais complètement oublié que le monde existait en dehors des troisième et quatrième étages…

 

Au bout d’un moment, même quand on est en dehors de l’immeuble, c’est presque comme si on y était encore, du reste. Jong Woo a beau être à l’extérieur, son esprit est comme prisonnier des couloirs sombres et de sa toute petite pièce. En « huis clos », même à l’extérieur.

 

Quand on se tient ici (à l’entrée du couloir)… on a l’impression d’être dans un long tunnel dont on ne pourra jamais sortir, tu ne trouves pas ?

Episode 1, Yoo Ki Hyuk (Lee Hyun Wook) à Jong Woo

 

Aussi, je voulais souligner l’attention portée aux transitions ! Les transitions d’une scène à l’autre ne sont pas toujours ce sur quoi les dramas se penchent, et c’est assez rare que je prenne note de la façon dont un drama réalise ces transitions (mais ça arrive, cf. par exemple 365 : Repeat the year) mais dans Strangers from Hell, dès le départ, ça saute aux yeux, et très souvent la série s’arrange pour qu’il y ait un lien entre deux scènes. Ça peut être un lien thématique, ça peut être un lien de dialogue à image (par exemple, quelqu’un va parler de parapluie et on passe à une scène où quelqu’un tient un parapluie)(ça n’arrive pas dans le drama, c’est pour expliquer), et bien souvent c’est un lien visuel (une action qui commence dans un plan et se termine dans une autre, un objet qui laisse place à un autre d’une forme similaire, etc). Voici plusieurs exemples :

 

 

 

 

Ce ne sont que trois exemples (les deux premiers tirés de l’épisode 1 et le dernier de l’épisode 7) mais il y en a plein, et non seulement je trouve ça super agréable parce qu’on voit le soin qui a été apporté et parce que c’est simplement satisfaisant de voir quelque chose « couler » comme ça, mais aussi je trouve que ça donne l’impression de suivre un cheminement de pensée, les scènes étant reliées les unes aux autres comme quand on passe d’une idée à l’autre par associations. Dans un drama qui s’attache à rentrer dans la tête de son personnage central en particulier et à nous montrer ce qui s’y déroule, je trouve cela particulièrement approprié.

 

Strangers from Hell a par ailleurs des scènes de cauchemars que j’ai trouvées très réussies, dans lesquelles tout se mélange, et le fait qu’elles soient angoissantes mais pas beaucoup plus angoissantes que les moments éveillés de Jong Woo est un bon indicateur d’à quel point sa nouvelle situation et l’endroit où il vit sont flippants. Cela dit, il y a une pensé qui est encore plus effrayante que tout. Parce que oui, la réalité de Jong Woo semble avoir basculé, il a été plongé en Enfer, et c’est affreux, mais… et si c’était sa place ? Et si ça avait toujours été sa place ? Et s’il avait toujours été dans ce fameux tunnel et que le goshiwon n’en était que l’arrivée ? 

 

Enfin, ça n’empêche pas Jong Woo de vouloir en sortir, et comme je vous le disais : il y a eu un basculement dans la série pour moi. Un moment où le drama est passé de « très bon, tendu, angoissant et fun » à « très bon, tendu, angoissant, douloureux et triste ». Et ce moment, ça a été l’épisode 5. Je dis pas nécessairement que c’est un tournant clair au sein du drama de façon « objective », c’est juste que c’est l’épisode où pour moi tout a changé.

 

 

… le tournant

 

Plusieurs choses arrivent dans cet épisode 5.

 

Jong Woo, surtout, se retrouve dans une position similaire à celle où était un ancien voisin (qui a mystérieusement disparu), et se fait la réflexion qu’il comprend enfin pourquoi cet ancien voisin était terrifié. Parce qu’il ressent la même terreur à présent. Et plus tard dans l’épisode, bien alcoolisé, il supplie son patron (qu’il n’aime pas beaucoup) de le laisser dormir chez lui, puis se retrouve au commissariat à pleurer qu’il ne veut pas retourner au studio.

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Dans cet épisode également : [spoiler] une femme qui avait été enlevée et torturée par les habitants de l’immeuble arrive à s’enfuir, tout cela pour tomber sur Moon Jo. Elle le supplie de l’aider, sans savoir qu’elle vient de croiser la pire personne possible. C’est cruel. Et ça rappelle aussi un peu la situation de Jong Woo dans un sens, parce qu’il s’efforce de s’échapper, et des fois il semble qu’il est sur le point d’y arriver, mais tous les gens à l’extérieur ne cessent de le repousser vers le studio. Il est possible que je voie des parallèles là où il n’y en a pas, mais dans le même épisode on a cette femme qui essaie de s’enfuir et supplie la mauvaise personne de l’aider, et Jong Woo qui essaie également de s’échapper et supplie pour qu’on l’aide sans beaucoup de succès non plus. [/spoiler]

 

Bref, c’est en voyant Jong Woo pleurer qu’il ne veut pas rentrer au studio que quelque chose a vraiment changé pour moi. Avant cela bien sûr, il avait déjà peur, mais on en était encore au stade où il essayait de rationaliser et retournait à cet immeuble tandis que je criais « mais nooooon pourquoi tu y retournes ! ». Là, on n’a plus qu’un Jong Woo absolument terrifié qui ne veut pas rentrer et ça m’a brisé le cœur. A partir de là, j’ai commencé à avoir le moral de plus en plus sapé. Il est même possible que j’aie versé une larme ou deux, ici et là… [spoiler] okay, j’ai pleuré pour de vrai dans l’épisode 9, lorsque le nouvel ami de Jong Woo lui pleure de rester et que Jong Woo refuse, n’ayant pas conscience que son ami est en fait en train de supplier pour sa vie. C’était affreux comme scène, et je suis une petite chose sensible. [/spoiler]

 

Voyez-vous, autant j’encaisse généralement plutôt bien la violence physique, le sang, le gore, tout ça (évidemment, ça dépend malgré tout des œuvres et du contexte) autant je suis bien plus sensible à tout ce qui relève de la torture psychologique. Bien sûr, la douleur physique impacte la santé mentale, les deux ne sont pas séparés du tout, mais il y a quelque chose de particulièrement dur à regarder ce que les habitants de l’immeuble infligent à Jong Woo. Ils le brisent psychologiquement, ils lui font douter de tout, ils lui font perdre pied, et c’est d’une tragédie sans nom.

 

Moon Jo le dit deux fois dans ce drama : son travail est de disséquer, réarranger, reconstruire. Et c’est ce qu’il essaie de faire avec Jong Woo également. Le réarranger, le reconstruire… et pour faire ça, il faut d’abord le disséquer, le séparer en morceaux que Moon Jo pourra réassembler à sa guise. Et c’est cela qui était dur à regarder : la destruction de Jong Woo.

 

 

… la destruction

 

Tes yeux ressemblent aux miens. Je te connais bien. J’ai un travail similaire. Je dissèque et réarrange. Puis je reconstruis. Ne t’en fais pas, je ferai de toi une nouvelle personne. […] Tu deviendras spécial, je te le promets. Parce que je te rendrai spécial.

Episode 8, Moon Jo à un personnage dont je tais le nom

 

La première chose importante à noter est que Jong Woo est une victime de choix. Un des grands propos de Strangers from Hell est que si nos tueurs vont tâcher de briser Jong Woo, leur boulot a été prémâché par le fait que Jong Woo est en bas de l’échelle sociale dans une société qui ne fait pas de cadeaux, quelque chose qu’il a en commun avec la flic qui a flairé l’affaire et voudrait aider, mais, et c’est à l’avantage des habitants de l’immeuble, est dans une position tout aussi compliquée.

 

Jung Hwa (la policlière, donc) est une femme dans une institution que le drama nous dépeint comme majoritairement masculine, et elle n’est pas très « gradée », donc elle a beau avoir tous les bons instincts et présenter des arguments convaincants, personne ne l’écoute, à tel point que j’avais envie de traverser l’écran pour foutre des baffes à tout le monde. La seule personne à la prendre au sérieux est le rookie de l’équipe, parce qu’il est à un rang encore plus inférieur qu’elle. Quant à Jong Woo, sa précarité financière le met dans une position de faiblesse de base (et en cela l’immeuble est une parfaite toile d’araignée qui n’attire que les bonnes proies : personne avec suffisamment de connexions ou d’argent n’emménagerait dans un endroit pareil), et il commence tout juste à travailler donc il est un petit employé, le nouveau dans son entreprise, dans une culture de la hiérarchie inquiétante.

 

Il n’y a pas qu’au travail que le monde est hostile. Jong Woo a été beaucoup marqué par son service militaire, notamment, et puis sa mère l’avait prévenu : il n’y a rien de plus dangereux que les gens, et lorsque Jong Woo arrive à Séoul, il se heurte immédiatement à l’indifférence des autres (un homme casse son ordinateur portable et ne prend même pas la peine de s’excuser), à leur malhonnêteté, à la façon dont ils profitent des faibles, des désespérés. « Les hommes sont des hommes pour les hommes et les loups ne sont que des chiots » (C’est cool – Gaël Faye).

 

Malgré tout, c’est quand même sur la culture toxique au travail qu’appuie particulièrement Strangers from Hell (du reste, c’est aussi un thème qu’aborde La Métamorphose, dans laquelle la valeur du personnage central est déterminée en fonction de sa capacité à travailler, à gagner de l’argent pour sa famille, en bossant dans une entreprise qui traite ses employés comme des insectes). Que ce soit Jung Hwa, Jong Woo ou Min Ji Eun (la petite-amie de Jong Woo, interprétée par Kim Ji Eun), ils en sont tous victimes. Ils sont tous malmenés par ceux au-dessus d’eux, que leurs supérieurs les rabaissent verbalement, refusent de les écouter, ou bien leur demandent de sacrifier leur temps, leur santé mentale, leur vie privée, etc. Le patron de Jong Woo s’était plaint de la culture du travail sud-coréenne et lui avait assuré que son entreprise à lui était plus libre, mais la vérité est qu’ « ici » est comme ailleurs, et son nouveau patron exige de Jong Woo qu’il participe aux repas entre employés, qu’il sourit quand on lui demande de sourire, qu’il baisse la tête et qu’il se la ferme, qu’il ne fronce pas les sourcils quand on lui fait du tort, etc. Franchement, chaque fois que Jong Woo avait une pensée violente vis-à-vis de son boss et ses collègues, j’étais, comme Moon Jo, le diable sur son épaule avec les pom-poms qui scandait « go for it ! go go ! do it ! ».

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C’est arrivé à un point où l'immeuble avait beau être un enfer, j’étais soulagée chaque fois qu’on s’y trouvait parce qu’au moins on n’était pas au bureau: être dans un immeuble infecté de serial-killers me semblait préférable. Je priais limite pour que revienne le week-end, et à cela je vois deux explications principales.

 

• La première c’est qu’au moins dans l’immeuble infernal (ironiquement appelé « Eden studio »), on a l’impression de pouvoir se défendre. Jong Woo peut y prendre un couteau ou une batte, s’enfermer dans sa chambre, ce genre de choses. Bon, il n’est pas en position de force, clairement, et il se sent flippé et dépassé, mais malgré tout, dans l’immeuble il y a plus le sentiment qu’il peut rendre les coups quand il s’en prend. Et même si on a vu que s’échapper n’est pas si facile, il peut sortir de l’immeuble, alors que c’est plus chaud d’échapper à la société entière.

 

• La seconde explication est une pure question de familiarité : j’ai eu affaire à des voisins envahissants voire un peu inquiétants, certes, mais je n’ai jamais (à ma connaissance) vécu dans un voisinage de serial-killers. En revanche, j’ai eu à me retenir face à des patrons méprisants et sexistes, à supporter des collègues malveillants, j’ai bossé des heures supplémentaires qu’on ne m’a jamais payées, j’ai eu droit à des promesses non tenues, etc… C’était sans doute moins intense que ce que vivent les personnages du drama, ou ce que vivent au quotidien des tas de gens moins chanceux que moi, mais la frustration de Jong Woo au travail, je la comprends, parce que je l’ai vécue. Ou, du moins, j’en ai vécu une version, si bien que chaque fois qu’on retournait à son bureau, j’avais les nerfs à vif, et je n’avais qu’une envie : que Moon Jo débarque et tue tout le monde puis se fasse une couronne avec leurs dents, ALL HAIL OUR TEETH OVERLORD.

 

Cette frustration contribue, bien sûr, à faire de Jong Woo une victime parfaite. A cause de son statut social, il est vulnérable mais aussi corruptible. Moon Jo veut le faire basculer du côté obscur, promettant à Jong Woo un pouvoir et un contrôle qu’il n’a pas dans sa vie de tous les jours. En cela, Strangers from Hell a un peu en commun avec Psychopath Diary : Psychopath Diary était très préoccupé par des questions de classes sociales et hiérarchie au travail et en se pensant un serial-killer, c’était comme si le protagoniste se voyait octroyé un super-pouvoir, parce que soudain il se sentait prédateur lui aussi. Il n’était plus le plus faible, il avait, en secret, le pouvoir de s’en prendre aux autres, de ne plus être une victime. C’est ce que Moon Jo fait miroiter à Jong Woo dans Strangers from Hell également, même si, on le constate rapidement, même le monde des serial-killers a sa hiérarchie stricte. Personne n’échappe complètement au système. Malgré tout, pour quelqu’un comme Jong Woo, il n’est pas compliqué de saisir l’attrait potentiel de grimper quelques échelons.

 

[spoiler] A vrai dire, une scène clé pour moi, a été celle où Moon Jo et le patron de Jong Woo clashent dans l’épisode 8 : le patron se montrait particulièrement odieux avec Jong Woo, donc Jong Woo finit par craquer et le menacer physiquement, et j’étais à nouveau en mode « yeesss, frappe le » mais à la fois j’avais envie qu’il se retienne car je savais que ça ne ferait que précipiter la chute de Jong Woo. Moon Jo fait alors son entrée et Jong Woo est terrifié, et je pouvais sentir sa panique et sa peur, mais à la fois, la façon dont Moon Jo se fout ouvertement de la gueule du patron, et n’est pas le moins du monde intimidé, était tellement satisfaisante. A ce moment-là, Moon Jo restait effrayant mais le Diable, après tout, punit les pécheurs et je regardais le patron avec un « oh, tu n’as aucune idée de ce qui vient de te tomber dessus » triomphant. Evidemment, il ne méritait pas d’être violemment assassiné, mais c’est une fiction, et yep, j’ai ressenti beaucoup de satisfaction en regardant cette interaction, et même si Jong Woo, lui, est terrifié à ce moment-là, ça nous donne un goût de la tentation du « Côté Obscur », de la satisfaction que ce serait de voir Jong Woo avoir le même pouvoir et la même assurance que Moon Jo. [/spoiler]

 

Mais bien sûr, c’est compliqué de convaincre quelqu’un de basculer (et potentiellement manger des gens), donc l’étape numéro 1 est de briser Jong Woo. Le faire douter de tout et surtout de lui-même, détruire son esprit petit à petit. En cela, Strangers from Hell m’a parfois évoqué Rosemary’s Baby. Dans l’un comme dans l’autre, quelque chose d’essentiel est d’isoler la victime, la faire sembler suffisamment irrationnelle pour qu’elle n’arrive plus à communiquer avec qui que ce soit.

 

C’était glaçant de voir à quel point c’était facile. Glaçant et usant pour les nerfs aussi. Comme dans La Métamorphose où la famille de Samsa participe à sa déshumanisation lente et se félicite d’avoir fait tout ce qu’ils ont pu mais ont surtout cherché à s’accommoder eux-mêmes, l’entourage de Jong Woo, à quelques exceptions près, fait preuve d’un manque assez triste de compassion et empathie, et ça me faisait grimper la tension. Son patron (qui est censé être un ami) est une chose, mais si je comprenais que sa petite-amie avait ses propres problèmes (et je la plaignais, elle aussi) ça me tuait qu’elle n’écoute pas plus Jong Woo parce que, qu’elle le croie ou pas, c’était évident que le type était en train de craquer mentalement. Erf.

[L’Enfer c’est les autres]  Strangers from Hell  타인은 지옥이다[L’Enfer c’est les autres]  Strangers from Hell  타인은 지옥이다

Cela dit, c’est frustrant, certes, mais ça fait qu’on vit réellement les choses avec Jong Woo. On sent sa frustration (et celle de notre policière que personne ne veut écouter) parce que nous aussi on sait que les gens de l’immeuble sont dangereux, et nous aussi on aimerait pouvoir le hurler, mais personne ne nous entend, de la même façon que personne n’écoute Jong Woo. On fait vraiment l’expérience des évènements avec Jong Woo, et tandis qu’il perd ses repères, on perd également les nôtres.

 

Le drama contient plusieurs scènes de cauchemars dans lesquelles le passé, le présent, les voix des gens de la vie de Jong Woo se mélangent, et on a également plusieurs scènes de fantasmes où Jong Woo imagine une scène puis en sort. Plusieurs fois le drama nous montre une scène tout cela pour en sortir avec un « ce n’était pas réel » et c’est un procédé qui ne fonctionne pas toujours selon les dramas (je me souviens encore de W et ses multiples fake-outs, je n’en pouvais plus) mais dans Strangers from Hell c’est bien utilisé et pas gratuit. Cela sert en effet trois objectifs en particulier :

 

• ça nous montre tout simplement ce que Jong Woo a dans la tête, ce qui est tout l’objet du drama en général.  

 

parce que les cauchemars et fantasmes commencent tôt, ça nous fait douter : Jong Woo a-t-il effectivement sa place dans cet immeuble depuis le début ? [spoiler] Après tout, Moon Jo ne convertit pas tous les gens qui ont le malheur d’emménager là… Certains finissent simplement morts ou torturés, pas convertis. Moon Jo reconnait apparemment quelque chose de particulier chez Jong Woo. [/spoiler]

 

ça nous met dans un état de doute constant. Tout comme Jong Woo qui ne peut plus entièrement compter sur sa perception de la réalité, on ne sait plus ce qu’on doit croire ou pas, on est en alerte permanente.

 

J’ai ressenti une paranoïa grandissante face à cette série. J’en venais à douter de tout le monde : le nouveau locataire était trop avenant, se pourrait-il qu’il fasse partie des tueurs et ne soit là que pour tendre un piège à Jong Woo ? Le policier qui refuse d’écouter Jung Hwa était trop incompétent, se pouvait-il qu’il soit en fait corrompu et ait un lien avec Moon Jo ? D’un autre côté, je doutais aussi de Jong Woo, et, de façon un peu perverse, Moon Jo en semblait stable en comparaison, et devenait limite une ancre pour moi, une des rares choses auxquelles je pouvais m’accrocher.

 

 

… le reflet dans le miroir

 

Huis Clos de Sartre a pour principal thème le regard des autres. Dans cette pièce de théâtre, trois personnages vont en Enfer après leur mort et sont enfermés dans la même pièce. Il n’y a pas de torture physique, pas de flammes (et pas de brosse à dents !), mais juste eux trois dans cette pièce vide, et la torture est le regard des deux autres, auxquels ils ne peuvent se soustraitre, et qui interprètent et jugent. Il n’y a plus nulle part où se cacher, et les mensonges qu’ils disaient aux autres et à eux-mêmes sont mis à jour. On retrouve potentiellement un peu de cela dans Strangers from Hell : Moon Jo a-t-il perçu quelque chose chez Jong Woo que Jong Woo cherchait à cacher ? Le regard anormalement fixe de Moon Jo a-t-il mis à nu les mensonges de Jong Woo sur sa nature ?

 

Quelque chose d’important dans Huis Clos est qu’il n’y a pas de miroir dans la pièce où sont enfermés nos trois personnages. En conséquence, ils ne peuvent plus se voir eux-mêmes, et à la place doivent compter sur le regard des autres pour juger d’eux-mêmes. Les autres deviennent leur miroir… le souci étant que les gens sont moins objectifs qu’une glace.

 

Mon image dans les glaces était apprivoisée. Je la connaissais si bien… Je vais sourire : mon sourire ira au fond de vos prunelles et Dieu sait ce qu’il va devenir.

Huis Clos, scène 5


« L’Enfer c’est les autres » ne signifie pas que les autres vont nécessairement nous faire du mal, mais que nous construisons notre image de nous-même en partie à travers leur regard, si bien que si nos relations avec sont toxiques et qu'ils portent sur nous un regard négatif, ça affecte la façon dont nous nous voyons, et s’ils nous détestent et nous méprisent par exemple, nous commençons à nous mépriser nous-même, notre conscience de leur regard et son influence deviennent insoutenables, et c’est là qu’est l’Enfer. Il y aussi, dans la pièce, un moment où un des deux personnages féminins explique avoir influencé la façon dont une femme voyait l’homme qu’elle aime (« Je me suis glissée en elle, elle l’a vu par mes yeux ») et avoir ainsi réussi à briser un couple, donnant un autre exemple de la façon dont le regard des autres peut agir sur nos vies lorsqu’il se substitue au nôtre, négativement lorsqu’il est mal intentionné.

[L’Enfer c’est les autres]  Strangers from Hell  타인은 지옥이다[L’Enfer c’est les autres]  Strangers from Hell  타인은 지옥이다
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Peut-être que Moon Jo a effectivement perçu quelque chose chez Jong Woo, certes, mais est-ce que ça signifie réellement que cette chose était là ? Ou Jong Woo (et nous) commence-t-il à la voir parce qu’il se voit de plus en plus à travers les yeux de Moon Jo, un miroir pas fiable ? Et combien de temps avant que Jong Woo, si son image de lui-même est trop influencée par le regard de Moon Jo, se mette à agir en accord avec cette image ?

 

Dans l’épisode 1, un chauffeur de taxi dit à Jong Woo qu’à son avis les gens naissent mauvais. Jung Hwa, elle, a une position différente :

 

Tu sais pourquoi certaines personnes sont tordues ? Ce n’est pas parce qu’elles sont tordues de base mais parce que leur entourage les tord. Si tout le monde autour de toi te répétait que tu es fou alors que tu ne l’es pas, tu penses que tu resterais sain d’esprit ?

Episode 6, Jung Hwa à son partenaire

 

C’est une idée qu’on trouve dans La métamorphose aussi : un matin, Samsa se réveille transformé en cafard, et s’il fallait qu’il soit un animal peu apprécié pour justifier la réaction de sa famille (genre s’il s’était réveillé transformé en lapin tout poupette, les choses se seraient sans doute passées un peu différemment), il aurait pu devenir un serpent ou une araignée, mais est à la place devenu un insecte, parce que (à mes yeux en tous cas) c’est comme ça qu’il était traité au travail (et le travail engloutissait sa vie). Il est physiquement devenu ce que les autres voyaient.

 

Bref, dans Strangers from Hell, on retombe sur la fameuse question de la nature contre l’environnement : est-ce qu’on né quelque chose ou est-ce qu’on le devient ? Ou bien est-ce un peu des deux ? Qui est responsable ? Et est-ce inévitable ou Jong Woo peut-il échapper à l’Enfer ? Je l’espérais fortement, en tous cas, et vous verrez bien ce qu’il en est.

 

 

… en conclusion

 

J’ai adoré ce drama, comme vous l’avez compris. Je n’en ai jamais décroché, le nombre réduit d’épisodes fait que le rythme ne faiblit jamais, j’ai trouvé les thèmes intéressants, et c’est une série hyper immersive et super tendue. Dans cet article, je me suis concentrée sur les thèmes du drama, et sur Jong Woo et Moon Jo, mais il y a plein de personnages marquants, et la série prend des tours et détours dont je n’ai pas discuté histoire de vous laisser le plaisir de la découverte. J’étais toujours en suspense, j’avais terriblement peur pour les personnages principaux, et j’ai pas mal souffert mais à la fois j’étais fascinée. Et une partie de moi se sentait coupable parce que si Lee Dong Wook est toujours joli, je ne l’avais jamais trouvé aussi joli que dans ce drama… ce sont les cheveux, je n’y peux rien ;A; Et en même temps, ça fait partie du personnage : c’est quelqu’un qui présente bien et séduit, c’est aussi pour ça qu’il est dangereux. Bref. J’ai adoré ce drama et ne peut que le recommander chaudement.

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