[Aperçu derrière le voile] The Eye 見鬼

Publié le 3 Juillet 2018

 

Réalisé par Danny et Oxide Pang

Ecrit par Danny et Oxide Pang, et Jo Yuet-chun Hui

Sorti en 2003

Dure 1h38

 

Avec:

Angelica Lee : Mun

Lawrence Chou : Dr Wah

So Yut Lai : Yingying

Chutcha Ryinanon : Ling

 

 

Dontesque ?

A l'âge de deux ans, Mun a perdu la vue. Dix huit ans plus tard, suite à une opération, elle la recouvre, mais ne voit pas seulement les choses qu'elle est censée voir : de temps en temps, des ombres apparaissent, des gens qui ne devraient pas être là…

 

 

.oOo.

Dans le cadre de ma Semaine Anniversaire, j’avais prévu de regarder the Eye 2 (parce qu'il y a Shu Qi dedans), et quitte à regarder the Eye 2 (qui est le seul de la série des the Eye que je n’ai pas vu, pour une raison que je ne m’explique pas), je me suis dit que je ferais aussi bien de revoir the Eye, tant qu’à faire. D’autant que 1/ c’est un film qui m’avait vraiment plu la première fois,  2/ je venais de regarder Forest of Death et the Storm Warriors qui m’avaient mise en mode « frères Pang » (même si Forest of Death c’est pas très bon, okay), et 3/ j’avais été assez ébranlée par une scène du film en particulier (la scène de l’ascenseur, histoire d’être originale) si bien que j’espérais plus ou moins exorciser mon traumatisme. Mais à vrai dire, je me souvenais très bien de tout le film, et à la revoyure, il s’est avéré que j’avais une bonne raison : c’est un bon film :O ! Incroyable, je sais. J’avais un peu peur d’être déçue en le regardant à nouveau, mais au contraire, je crois qu’à présent que j’ai un peu navigué dans le cinéma d’horreur (sans être experte non plus) je n’ai que plus d’appréciation pour ce film, et pour l’ambiance qu’il arrive à instaurer. Parce que the Eye, ce n’est quasiment que ça : de l’ambiance. Ce film est malaisant, glauque, tendu, creepy (il nous faudrait décidément un véritable équivalent français à ce mot, parce que j’ai souvent envie de m’en servir, mais je trouve jamais rien qui veuille tout à fait dire la même chose), et pour un film d’horreur, il n’y a rien de mieux (selon moi).

 

The Eye ne se repose absolument pas sur des jumpscares accompagnés de gros « tadam » musicaux (pas que le film ne fasse pas sursauter une ou deux fois, mais ça n’est jamais artificiel ou exagéré), étant au contraire plutôt tranquille la plupart du temps, et prenant son temps (note: les jumpscares ne sont pas un mal en soi, ils sont un souci quand ils sont mal exécutés et qu'un film ne propose rien d'autre). Il n’est pas lent du tout, mais il sait quand il faut laisser une scène s’étirer, et c’est pour ça que la scène de l’ascenseur m’était vraiment restée : on est complètement coincés avec Mun et le fantôme. Elle est dans cet endroit confiné, un esprit derrière elle, il se retourne petit à petit, tandis que l’ascenseur semble mettre une plombe à atteindre chaque étage, et on peut sentir chaque…seconde…angoissante…qui….passe… The Eye laisse vraiment son spectateur s’imprégner de l’ambiance générale. Le film n’essaie tellement pas de vous envoyer les choses à la face, à vrai dire, qu’il y a même des détails que j’avais complètement loupés la première fois, comme un visage fantôme se reflétant dans une vitre, ou une ombre au fond d’un couloir. Le film n’attire pas l’attention dessus, mais ces détails sont là, et plus on les repère, plus on réalise que les fantômes sont partout, ce qui participe à donner la chair de poule (et du coup, c’était une autre très bonne raison de le revoir).

 

Et vraiment, dans ce film, c’est se rendre compte de leur présence qui est effrayant. Parce que l’idée d’être entouré de tas d’esprits qu’on ne peut pas voir, mais qui eux nous observent peut-être, est malaisant au possible. Ils n’ont même pas besoin de faire quoi que ce soit, leur simple présence créé le malaise. Et d’ailleurs, ils ne font justement pas grand-chose. La plupart des fantômes que croise notre héroïne n’ont strictement aucune intention agressive et se contentent d’exister, enfermés dans une sorte de boucle pour certains (rapports à des affaires non-terminées). Même les ombres noires qui viennent chercher les âmes des morts n’ont pas l’air de se préoccuper beaucoup de Mun, et ne sont pas présentées comme menaçantes. Leur présence est inquiétante parce qu’elle signifie que quelqu’un va mourir, mais eux ne sont pas agressifs. On en reparlera dans the Eye 2, mais il n’y a pas de vraie diabolisation de ce qu’il y a derrière le voile, mais juste le fort sentiment qu’on n’est pas censés voir derrière ce voile. Il y a bien un conflit dans the Eye, et une menace, mais il n’y a pas vraiment d’antagoniste, et donc je réitère : c’est la simple présence des fantômes, le fait de les voir, et non pas tant ce qu’ils font, qui crée la tension de the Eye. Du coup, l’écriture du personnage de Mun est assez géniale, parce que pour elle, le voile se lève sur deux mondes à la fois: celui qu’elle est censée voir grâce à son opération, et celui que personne n'est censé voir.

[Aperçu derrière le voile] The Eye 見鬼[Aperçu derrière le voile] The Eye 見鬼
[Aperçu derrière le voile] The Eye 見鬼[Aperçu derrière le voile] The Eye 見鬼
[Aperçu derrière le voile] The Eye 見鬼[Aperçu derrière le voile] The Eye 見鬼[Aperçu derrière le voile] The Eye 見鬼

Mun est un personnage que je trouve sympathique, et pour lequel on est poussé à ressentir de la compassion parce qu’elle est à un tournant de sa vie, tout son monde étant en train de changer alors qu’elle recouvre progressivement la vue. Bien sûr, on peut voir ça comme un miracle de la science, et le film ne nous pousse pas à la plaindre de retrouver la vue, mais ça veut quand même dire que tout change pour elle, et ce n’est pas facile. Parce que l’univers est subitement tout nouveau, il y a tout un « langage » qu’il faut qu’elle apprenne. Littéralement à vrai dire, parce qu’elle ne sait pas lire à la façon des personnes voyantes. Je suppose qu’avant ça, elle devait lire en braille, mais du coup à présent, le monde va s’attendre à ce qu’elle participe en tant que « voyante » (par exemple, on lui demande de ne plus participer à son orchestre pour non-voyant), donc son illettrisme va devenir un nouvel handicap. Et puis surtout, elle ne sait pas identifier ce qu’elle voit, parce qu’elle ne sait pas à quoi ressemblent les choses, forcément (le film en parle explicitement, elle doit voir un docteur qui l’aidera à apprendre tout ça).

 

Le film joue énormément là-dessus: Mun voit, mais elle ne sait pas ce qu’elle voit, elle n’a aucun moyen de savoir. Du coup, quand elle perçoit des fantômes, de façon très floue parce que ses yeux sont encore en phase d’adaptation, et sans pouvoir vraiment voir ce que ces fantômes ont d’étrange, elle va vers eux, et on a envie de lui hurler « noooon ». Mais pour elle le monde entier est étrange à ce stade. Ou bien, quand elle s’approche d’un autel funéraire, nous on sait ce que c’est, mais elle, elle ne peut pas lire ce qu’il y a d’écrit sur les lanternes, parce qu'elle ne sait pas encore lire. Le film joue parfaitement avec le point de vue de son personnage, qui réalise lentement que quelque chose ne va pas, et sur le décalage entre ce qu’elle comprend, et ce que nous, nous comprenons. Et puis quelque chose qui m’a aussi fait ressentir de l’empathie pour Mun est que, comme je le disais, elle est à une période de transition dans sa vie, et elle ne sait pas ce qui est normal, donc je pense qu’à plusieurs moments elle se demande aussi si elle s’inquiète pour rien. Elle ne connait plus aussi bien son corps, elle ne sait plus si elle doit lui faire confiance, comment l'interpréter, et j'admets que c’est une chose à laquelle je m’identifie énormément.

 

Le film n’est pas exactement parfait, avec notamment quelque chose d’un peu cheap dans la réalisation par moments (et les effets spéciaux aussi, mais la plupart du temps ça passe parce qu’on ne les voit jamais trop clairement), et une relation entre Mun et son médecin à laquelle j’ai toujours eu un peu de mal à croire à 100% car je la trouve trop rapide à s’installer (dans un film qui, autrement, fait attention à prendre le temps dont il a besoin) mais ce n’est rien de vraiment dérangeant. J’aimerais parler un peu plus de la fin du film, mais forcément ça nécessiterait que je vous spoile, donc je vais me retenir, mais the Eye a une seconde moitié qui me plait beaucoup, avec un « point culminant » que je n’avais certainement pas oublié non plus.

 

En général, de toute façon, the Eye est un film d’horreur très réussi, qui joue sur une sensation d’angoisse qui vous rentre peu à peu sous la peau tandis qu’un personnage qu’on apprécie semble marcher droit vers le danger sans le savoir. Ce coup-ci, je savais comment le film allait finir, donc je n’avais plus de grosse surprise, ou de grand suspense quant à comment le film allait se conclure, mais ça n’a absolument pas entamé mon appréciation, et au contraire, j’ai été plus libre de regarder un peu dans le fond, et de découvrir d’autres bonnes choses proposées par the Eye. Sans garantir qu'il vous fera frémir (c'est très personnel, la peur), je pense que c'est un bon film, et qu'il vaut le coup d'oeil. Et je vous parle bientôt de the Eye 2, car même si je trouve la suite moins bonne, il y a des tas de choses dedans que j’ai aimées aussi ! (dont Shu Qi) (of course)

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