[A l'aube du millénaire] Millenium Mambo 千禧曼波

Publié le 26 Juin 2018

 

Réalisé par Hou Hsiao Hsien

Ecrit par Chu T’ien-wen

Sorti en 2001

Dure 1h59

 

Avec :

Shu Qi : Vicky

Tuan Chun Hao : Hao Hao

Jack Kao : Jack

Etc

 

Dontesque ?

Une jeune femme nous raconte un tournant de sa vie, 10 ans auparavant, alors qu’elle peinait à se sortir d’une relation abusive, et côtoyait gangsters et jeunes gens perdus.

 

 

.oOo.

 

Note : cet article est paru dans le fanzine Taikenban, en version légèrement abrégée.

 

Lorsque j’ai fait mon petit programme « Semaine Anniversaire 2017 »  et ai dû sélectionner les projets de Shu Qi que je regarderais pour pouvoir écrire un peu sur elle, Millenium Mambo s’est imposé tout de suite, parce que c’est le tout premier film avec Shu Qi que j’ai vu, il y a un long bail de ça. Je m’en souvenais de façon un peu vague, mais dans mon article sur la question (que j’étais ravie à l’idée de pouvoir réécrire ! il faisait partie de mon ménage ~) j’avais l’air enthousiaste, et j’avais envie de revenir au Début. Après avoir revu le film… je suis en fait assez surprise que mon ancien-moi aie vraiment aimé ce film ! Pas parce que c’est un mauvais film, au contraire, j’ai beaucoup aimé à nouveau, mais parce que Millenium Mambo a un rythme assez lent, et que je l’ai vu à une époque où je n’avais pas toujours la patience d’apprécier les films qui prenaient autant leur temps. Mais pas seulement. C’est aussi parce que le film traite de sujets qu’à l’époque je ne comprenais pas vraiment, et qu’il a une ambiance assez pesante. Ce n’est juste pas le genre de films que j’appréciais beaucoup. Mais bien entendu, il y avait des exceptions, et apparemment Millenium Mambo en faisait partie. Et maintenant, ce n’est plus vraiment une exception, mais j’ai re-aimé ce film, donc yay, mon premier bon souvenir de Shu Qi peut rester intact !

 

Si vous cherchez un film agité, cela dit, vous pouvez effectivement passer votre chemin, parce que oui, Millenium Mambo, c’est lent, et c’est même l’idée. En effet, le film enchaine les longues prises, dans l’optique, je pense, de nous faire ressentir toutes les minutes qui passent, tandis que les personnages stagnent. Parce que ce film c’est vraiment une observation de l’immobilité de ces gens, et en particulier de l’héroïne, qui est coincée dans une boucle (Vicky n’a pas l’air de faire grand-chose de ses journées, et sort le soir avec les mêmes personnes, pour faire la même chose, sa vie se répète, et elle la sent vide), et étouffe. Le film est notamment très bleu, avec très peu de lumière naturelle (le film se déroule essentiellement la nuit et/ou en intérieur), si bien que je vous avoue que parfois, les couleurs m’en manquaient presque, mais à mon avis c’était aussi l’idée, ça renforçait l’impression d’être piégée. Je ne suis pas du tout la personne qu’il faut pour analyser la réalisation d’un film (c’est pour ça que l’article va être assez court, d’ailleurs, j’ai du mal ><), mais j’ai trouvé ça intéressant la façon dont le bleu semblait se refermer autour de l’héroïne, qui porte souvent des hauts rouges, et notamment un pull, qui a l’air d’être son préféré, et dont elle semble se servir comme une protection dans plusieurs scènes où elle est vulnérable. Et quant au bleu, quand on rentre chez le couple central pour la première fois, la pièce de Hao Hao, son petit-ami abusif et Hao Hao lui-même, sont noyés dans le bleu, parce que cette relation est certainement ce qui l’étouffe le plus.

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Hao Hao est violent (il essaie de la violer au moins une fois, et je crois bien qu’il y arrive, ou en tout cas qu’il la frappe, une autre fois, sans qu’on le voit), possessif (il fouille ses affaires et l’interroge interminablement sur les appels qu’elle passe, par exemple), et il l’a même activement empêchée de passer un examen important quand ils étaient plus jeunes, afin d’éviter qu’elle puisse trop avancer dans la vie. Et Vicky sait bien que cette relation est mauvaise pour elle, mais elle n’arrive pas à le quitter… ou plutôt, elle n’arrête pas de le quitter, mais il la supplie de revenir, et elle revient, une autre boucle dont elle n’arrive pas à sortir. On pourra noter aussi que le film adore les gros plans apparemment, ce qui nous rapproche des personnages, et notamment de Vicky, nous montrant ses réactions plutôt que ce qui se passe autour d’elle (par exemple, quand les policiers fouillent l’appartement, on reste concentré sur elle qui les regarde faire, mais on ne les voit pas procéder à la fouille), mais ça donne aussi le sentiment d’un monde très limité, très resserré. Bref tout est fait pour qu’on sente que Vicky est piégée, et ça donne donc un film assez lent, et qui m’a limite fait me sentir claustrophobique par moments.

 

Dit comme ça, cela ne parait pas très engageant, mais ce n’est pas comme si le film était pessimiste. A vrai dire, on ne regarde pas Vicky s’embourber, mais au contraire, aller vers sa libération, à l’aube de ce nouveau millénaire. Dans la toute première scène du film, on la suit marcher dans une sorte de tunnel (plus une allée couverte peut-être… éclairée de lumières bleues, bien entendu), et elle a le sourire aux lèvres, elle a l’air libre, puis on la quitte lorsqu’elle en sort, la caméra ne la suit pas, tandis qu’elle s’élance dans le monde extérieur, ce qui nous annonce ce qui va venir : oui, un jour, elle sortira du tunnel. La narration est un autre porteur d’espoir d’ailleurs, car le film est parfois accompagné de la voix de Vicky, qui nous parle d’elle-même, depuis dix ans dans le futur, mais le fait à la troisième personne, comme si elle parlait de quelqu’un d’autre, sous-entendant qu’elle est devenue une personne nouvelle, et posant un regard compatissant sur celle qu’elle était.  Donc non, Millennium Mambo est loin d’être un film défaitiste, mais il explore une partie de la vie de son héroïne où elle a le sentiment d’être bloquée dans un vide qui se répète. Et c’est vraiment bien fait. Je vais être honnête, il y a peut-être un ou deux moments dans le film, où j’ai trouvé le temps un peu long, mais dans le cas de ce film, j’ai presque envie de dire que ça allait avec le thème, donc…

 

Non, dans l’ensemble, j’ai vraiment bien aimé ce film. Le casting est très bon, en particulier Shu Qi (faut dire qu’on se concentre beaucoup sur elle, donc forcément, elle a la place pour nous montrer ce qu’elle est capable de faire) qui est également magnifique, et aide à ce que le film a d’hypnotique. Hou Hsiao Hen arrive parfaitement à nous faire ressentir ce qu’elle vit, si bien que j’avais vraiment envie de la voir s’en sortir, et me suis impliquée émotionnellement dans le film sans souci, tout en régalant mes yeux. Je ne pense pas que j’aurais pu choisir une meilleure introduction à Shu Qi~

Des super openings de film:

 

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